[science] Pour en finir une bonne fois pour toute avec Dieu

16 01 2010

Mes chères petites têtes blondes (et moins blondes, d’ailleurs),Nous allons parler aujourd’hui de l’abatage rituel pour l’alimentation et de ses conséquences, non pas gastronomiques mais, une fois n’est pas coutume, philosophique.

Avant de commencer cette démonstration, je vous invite à regarder ce petit film (merci Octarine pour avoir porté mon attention sur ce sujet brulant).

http://www.dailymotion.com/video/xw5ff_lepolygonedewillis-ravronchaya_shortfilms

Pour résumer, si tu tranches la gorge d’un animal, il souffre quelques secondes sauf s’il est kasher. Dans ce cas-là, il ne ressent aucune souffrance (et le fait qu’il se débat ne doit être interprété que comme une danse de la joie) parce que Dieu lui a offert « le polygone de Willis »)

Ainsi, selon cette personne éclairée, le polygone de Willis est la démonstration ultime de l’existence de Dieu.

CQFD et bon appétit bien sur.



Oui, mais…Je passerai sous silence les faiblesses de l’argumentation scientifique pour me concentrer sur l’argument théologique.

La présence du polygone de Willis chez les animaux Kasher peut être considéré comme ce qu’un grand scientifique (Douglas Adams pour ne pas le nommer) aurait pu appeler « l’effet poisson Babel ».

Pour rappel (et selon le Guide Galactique) : « Le poisson Babel (…) est petit et jaune ; il ressemble à une sangsue et c'est sans doute la chose la plus bizarre de l’univers. (…) il vous suffit de glisser un poisson Babel dans votre oreille pour instantanément comprendre tout ce que l’on vous dit et ce, dans n’importe quelle langue. »

Ainsi, cette petite merveille de la nature (presque aussi belle que le polygone de Willis qui permet d’égorger des animaux le cœur léger) est tellement merveilleuse et improbable qu’il n’y a aucune chance pour qu’elle soit apparue uniquement par les lois de l’évolution ou le hasard. Quand vous avez écarté l’impossible, comme dirait Sherlock, il ne vous reste que Dieu !

Ainsi, le polygone de Willis, tout comme le poisson Babel, est donc une preuve de la non-existence de Dieu.

Un autre extrait du « Guide Galactique » devrait vous convaincre (ou pas) :

«- Je refuse de prouver que j’existe, dit Dieu, car prouver c’est renier la foi et sans foi, je ne suis plus rien.
- Pourtant, remarque l’Homme, le poisson Babel en dit long sur le sujet, non ? Son évolution ne saurait être le seul fruit du hasard. Il prouve votre existence et donc, selon votre propre théorie, vous n’existez pas. C.Q.F.D.
- Sapristi, s’exclame Dieu. C’est que je n’avais pas pensé à ça ! » et sur-le-champ il disparaît dans une bouffée de logique.
Bah, c’était facile », dit l’homme puis – en guise de rappel – il se met à prouver sur sa lancée que le noir est blanc et finit écrasé sur le premier passage pour piétons. »

Pour la semaine prochaine, vous m’écrirez 2 pages sur la soupe de pois et le mouvement perpétuel.




[livre] Et maintenant, voici venir un long hiver

11 01 2010

Je viens de relire « Un singe en hiver ». Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai lu ce livre d’Antoine Blondin (qui a été aussi magistralement transposé à l’écran après une écriture de magnifique dialogue par Audiard).

C’est un autre livre qui m’en a donné l’envie. Une petite perle de Richard Russo, « Un rôle qui me convient ». Un livre fort différent de ses autres livres et qui m’a rappelé les meilleurs David Lodge et John Irving et qui n’est pas sans rappeler l’excellent « Des garçons épatants » de Michael Chabon. Les délires d’un  cinquantenaire, sorte de Hank Moody sur le retour, m’ont donné envie de replonger dans les aventures du Quartier maître Quentin et du matador Gabriel Fouquet.

Mais c’est lorsque j’ai vu mon père dans le rétroviseur de la voiture qui m’emmenait loin de lui pour de nombreux mois, un homme à la chevelure blanchie forcé à la sagesse par le poids des ans (et ce malgré un esprit enfantin qui n’a jamais cessé de l’habité), que lire ce roman unique est devenu une nécessité. Quelques jours passés en sa compagnie à renforcer, si besoin est, les liens avec ses petits enfants et perpétuant sa légende. « Trois générations qui ont besoin de s’habituer les unes aux autres. »

Mon père, qui symbolise à lui seul les deux protagonistes de ce livre, à la fois Albert Quentin, singe en hiver ayant renoncé à ses frasques d’antant pour un bonheur rangé dans une armoire, mais aussi Gabriel Fouquet, perdu lui aussi, fantôme du passé, et lui murmurant à l’oreille : « Vieux, prépare-toi. Je ne suis pas venu pour te détruire mais pour te réveiller ».

Relire « Un singe en hiver » d’Antoine Blondin, c’est replonger dans une histoire dont on connait par cœur chaque détail, retrouver des personnages familiers et pouvoir suivre leur destin immuable en se délectant de chaque figure de style.

C’est notre livre à mon père et à moi, lui qui est plus un ami qu’un père, une figure paternelle ambigüe, un modèle dont on doit se détacher mais qu’on envie. Un livre simple sans être simpliste et qui cache dans le recoin de ses truculentes frasques le mystère du sens de la vie, avec un humour qui fait peut-être défaut à des auteurs comme McCarthy.

«-  Je voudrais qu’on sache qu’un jour un jeune homme et un vieux se sont avancés ensemble vers…

- Vers quoi au juste ?

- Je ne sais pas. Il fait trop sombre dans ce bled. »

Aujourd’hui, ce roman prend une nouvelle dimension alors qu’approchant la quarantaine, je prends conscience de ma mortalité et que les signes du temps se marquent sur mes mains, sur ma peau et sur mon visage. L’avenir est encore là, « un avenir précaire qui impose à travers l’imminence de la mort ». Il est juste un peu plus prévisible. Je deviens chaque jour un peu plus Quentin et un peu moins Fouquet, tous deux luttant pour mon âme.

« Je n’avais aucun effort à accomplir pour me plier aux disciplines que je m’imposais. Le sang-froid, la précision, l’exactitude, peut-être ne les ai-je poussés à l’extrême que parce que ces vertus ne me sont pas naturelles précisément, mais ce jeu ne me pesait pas jusqu’à ces derniers jours ; J’y trouvais même une satisfaction. »

« Un singe en hiver », c’est ma cabale à moi. J’y trouve à chaque âge la sagesse qui me fait défaut et aujourd’hui me rapproche d’un père avec qui j’ai encore j’ai encore pas mal de corrida en perspective, de ciels à illuminer et de voyages à entreprendre. Même si ce n’est qu’à travers une bouteille.




[humeur] Le bonbon goût

10 01 2010

J’emmerde le bon goût ! (Coffe's style)

Et avec lui, les gardiens du temple ; ceux qui vous disent quoi goûter, comment optimiser vos repas, quel vin boire avec quel repas et surtout quel vin de pas boire avec tel repas ; ceux qui ont l’arrogance de prétendre comprendre comment fonctionne vos papilles gustatives, connaître les règles immuables tirées de leur grimoires poussiéreux et surtout l’alchimie entre vos perceptions et votre histoire et ainsi vous retenir de commettre le crime de tremper votre madeleine dans le thé de votre grand-mère.

Le seul bon goût qui compte est celui du plaisir.

Et s’il est quelqu’un qui a compris cela, ce n’est pas le critique gastronomique ou le sommelier, mais l’enfant.

Vous avez beau éduquer vos enfants à votre idée du bon goût, leurs apprendre à goûter de tout, apprécier, ne pas mettre de limites à leurs expériences, toujours ils reviendront au plaisir brut, préférant la simplicité à la subtilité, les grossières saveurs familières à la perfection. En un plat comme en cents, les pâtes bolos.

Pourtant, cela ne veut pas dire que les enfants sont incapables de s’émerveiller et le meilleur exemple est probablement les confiseries. Quel enfant est capable de résister à un marchant de bonbons (et quel adulte digne de ce nom) ?

La preuve en est que les bonbons tiennent une place de choix dans la littérature pour enfant.

Souvenez-vous de Fifi Brindacier, armée de son bras de mannequin et pénétrant dans le marchant de bonbon de la petite ville pour le dévaliser et tel un robin des bois distribuer 18 Kg de sucreries aux gamins du village.

« De nombreux enfants s’étaient attroupés devant la vitrine et contemplaient tous les délices déployés devant leurs yeux : de grands bocaux remplis de bonbons rouges, bleus et verts, des rangées de chocolats, des piles de chewing-gums et des montagnes de sucettes. »

Et que penser de la chocolaterie de Willie Wonka, le personnage du génial Roald Dahl, et de ses tours de magie ?

« Mr. Willy Wonka sait faire des pâtes de guimauve parfumées à la violette, et des caramels mous qui changent de couleur toutes les 10 secondes quand on les suce, et des bonbons feuilletés qui fondent délicieusement dès qu’on les prend entre les lèvres. Il fabrique du chewing-gum qui ne perd jamais son goûts, et des ballons en pâte de fruits qui deviennent énormes quand on souffle dedans, et puis on les pique avec une épingle et on les avale. Et puis, il a une méthode secrète pour faire de beaux œufs d’oiseau bleus, tachetés de noir, et si on en prend un dans la bouche, il devient de plus en plus petit jusqu’à ce que, soudain il ne vous reste qu’un petit bébé oiseau tout rosé, en sucre, perché au bout de la langue. »

Et bien entendu, le magasin de Honeydukes de Pré-au-lard dans Harry Potter.

« D’innombrables étagères débordaient des plus succulentes friandises qu’on puisse imaginer. Des nougats moelleux, des cubes de glace à la coco, des caramels dorés, des centaines de chocolats différents disposés en rangées bien nettes. Il y avait aussi un grand tonneau rempli des dragées surprises de Bertie Crochue et un autre qui contenait des Fizwizbiz, les fameux sorbets qui permettent de s’élever au dessus du sol. (…) Sur un autre mur, on trouvait les bonbons à ‘effets spéciaux’ : des bulles baveuses (un chewing-gum produisant des bulles mauves qu’il était impossible de faire éclater avant plusieurs jours), d’étranges fils dentaires qui déposaient du sucre à la menthe entre les dents, de minuscules Gnomes au poivre (‘Crachez du feu devant vos amis’), des Souris glacées (‘Vous entendrez vos dents cuiner !’), des pâtes de menthe en forme de crapauds (‘Vous les entendrez sauter dans votre estomac !’), de délicates plumes en sucre et des bonbons explosifs. »

Et si l’on passait plus de temps à écouter l’enfant qui est en nous et moins à essayer de suivre des règles établies par d’autres (parfois non sans raison mais l’enfant n’a que faire de la raison, c’est un truc de grande personne) ?

Le bon goût n’est que celui qui nous fait plaisir.

Na !




[science] café et pousse

09 01 2010

-          Un petit café, Oncle Lucien

-          Avec plaisir, petiote, cela va me remonter… et je ne parle pas de ma…

-          Lucien, les enfants !!!

-          Oh, ca va hein Janine, les jeunes de nos jours ils voient cela dans le poste tous les jours.

-          … et un petit pousse ?

-          Boire ou conduire, j’ai choisis ! Je bois.

Ahhh les fêtes de fin d’année. L’occasion de renouer avec la famille, de retrouver ses grands tantes et autres oncles facétieux. Ahhhh l’esprit de partage, le bonheur qui se lit sur les visages lorsqu’on ouvre ses cadeaux (un enième kit savon-serviette, une centrifugeuse et le dernier roman de Dan Brown).

Mais c’est surtout l’occasion de repenser à ces valeurs chrétiennes qui sont les bases de notre culture.

Bon, OK, qui est-ce que j’essaye de tromper. C’est juste une bonne excuse pour picoler impunément.

Il m’est alors apparu qu’il serait sans doute intéressant de vous faire part des résultants d’une étude scientifique (1) concernant les effets de l’alcool et du café sur notre comportement. Parce que l’alcool peut vous amener à dire et faire des choses affreuses (je vous laisse les commentaires pour nous faire part de vos expériences les plus éclairantes).

Ainsi, ils ont montré sur des souris que :

Fait numéro 1 : Si vous consommez de l’alcool, vous serez bourré (diminution de l’anxiété, de vos capacités d’apprentissage et de jugement, augmentation de votre activité, etc.)

Fait numéro 2 : si vous consommez du café, vous serez plus nerveux (augmentation de l’anxiété, diminution de vos capacité d’apprentissage et de jugement, etc.)

Rien de bien neuf sous le soleil, me direz-vous.

Mais derrière cette rechercher se cache l’idée reçue que « rien de tel qu’un bon petit café pour se remettre les idées en place avant de prendre la route après une soirée un peu arrosée » (dixit Oncle Lucien).

Il est vrai qu’un bon petit café en fin de repas vous donne l’impression de dégriser. Mais cette nouvelle étude tend à montrer qu’il s’agit juste d’une impression.

Fait numéro 3 : la consommation simultanée d’alcool et de café, donne l’impression d’être plus alerte et diminue l’anxiété MAIS n’améliore en rien vos capacités de jugement et d’apprentissage.

En résumé, vous êtes plus détendu (merci l’alcool), plus alerte (merci le café) mais sans être plus apte à apprendre et poser un jugement (donc incapable de conduire ou de vous souvenir qu’il vaudrait mieux éviter de culbuter votre affreuse cousine dans les foins ou de faire du pied à la fiancée de votre frère).  

Pour les souris, cela se traduit par des souris plus alertes et détendues mais totalement incapable d’éviter les pièges dans un labyrinthe (encore un coup de David Bowie… enfin, je me comprends).

La semaine prochaine, je vous parlerai de comment les pratiques SM des canards ont façonné leurs sexes (un long pénis en tire bouchon pour le mâle et un sexe en spirale pour la femelle).

(1) Gulick & Gould (2009) Effects of Ethanol and Caffeine on Behavior in C57BL/6 Mice in the Plus-Maze Discriminative Avoidance Task. Behavioral Neuroscience. 123: 1271–1278




[culture] Une histoire belge

08 01 2010

Vous avez certainement entendu parler de Darwin. Non, pas le héros de « Sleeper cells », bande de geek, le père de la théorie de l’évolution. Selon lui, les plus adaptés (comprendre ceux dont les gènes leurs permettent de faire le mieux face à leur environnement) ont plus de chance de survivre et de se reproduire. En corolaire, les moins adaptés passent à la trappe.

C’est en son hommage qu’à été créé un prix pour rire, les « darwin awards ».

Ce prix récompense des gens ont retiré spontanément leurs gènes de la circulation, soit par leur mort, soit par leur stérilisation. Chaque année, la mort ou l’accident le plus stupide est ainsi récompensé.

Cela va du gars qui jongle avec des grenades, celui qui saute d’un avion en oubliant son parachute ou encore celui qui joue à la roulette russe avec une arme semi-automatique.

Attention, n’est pas nominé qui veut. Les règles sont strictes. Les candidats doivent être morts ou stérilisés, atteindre l’excellence dans la bêtise, être responsable de leur acte et bien entendu l’histoire doit être vraie (encore une preuve que la fiction n’a rien à envier à la réalité).

Bref, si je vous rabâche les oreilles avec ces informations poussiéreuses, c’est que la Belgique peut aujourd’hui s’enorgueillir d’avoir gagné le double Darwin Award pour 2009.

Les heureux gagnants sont deux cambrioleurs qui ont eu la bonne idée de faire sauter un distributeur de billet dans la belle ville de Dinant (voir : http://tinyurl.com/ykp9mjq). Suite à une toute petite erreur de dosage, ils réussirent à faire sauter le bâtiment, bien heureusement inhabité, et à mourir écrasés.

Mais rassurez-vous, le distributeur de billet s’en est tiré sans encombre.

Alors, les français, on fait moins les malins maintenant !




[science] on est ce qu’on mange

07 01 2010

Les philosophes et les scientifiques ont la sale tendance à se poser des questions sans réponse. L’une d’elle est de déterminer ce qui sépare l’homme de l’animal.

Le biologiste que je suis aurait tendance à vous dire qu’en temps qu’espèce (animale), l’homme est aussi différent des autres animaux que n’importe quelle autre espèce (incluant les cafards). Il possède des caractéristiques physiologiques, physiques, comportementales qui le rendent unique tout en montrant quelles sont ses origines.

Notre égo est certainement l’une de ces caractéristiques et on a bien du mal à ne pas nous considérer comme le point culminant de l’évolution. Moi Tarzan, toi misérable scarabée. Moi Adam, toi petite bête jaune à long poil.

Plus sérieusement, il existe un courant philosophique qui estime que la culture est le propre de l’homme. Si certains (dont moi) estiment qu’il existe une forme de (proto)-culture animale, ce courant est encore bien vivace aujourd’hui (1). Jean-Jacques Rousseau fut l’un des premiers à défendre cette idée. Ainsi, il écrivait :

« La bête ne peut s’écarter de la règle qui lui est prescrite, même quand il lui serait avantageux de le faire et que l’homme s’en écarte souvent à son préjudice.  C’est ainsi qu’un pigeon mourrait de faim près d’un bassin rempli des meilleures viandes, et un chat sur des tas de fruits ou de grains, quoique l’un ou l’autre pût très bien se nourrir de l’aliment qu’il dédaigne. » (2)

C’est bien entendu complètement faux. Il serait facile de répondre à Rousseau en le mettant devant un tas de foin avec une vache et de voir lequel des deux va survivre.

Mais il intéressant de voir que l’exemple de Rousseau concerne la nourriture et nous permet de poser une autre question : Et si la cuisine était le propre de l’homme ?

La nourriture a joué un rôle essentiel dans l’évolution humaine et plusieurs théories expliquent le lien entre la cuisine et notre intelligence.

Ainsi, le fait de cuire les aliments à permis de réduire l’effort de mastication et donc, par sélection naturelle, de diminuer l’espace nécessaire pour les muscles de la mâchoire laissant de l’espace pour l’expansion de notre cerveau.

Une théorie plus récente repose sur l’idée que la cuisine permet d’optimiser la quantité de nutriment dans notre alimentation. Pour preuve, notre tube digestif a évolué vers une diminution de taille. Le corolaire de cette évolution, est que notre tube digestif est aujourd’hui trop petit pour nous permettre de survivre avec des aliments non-cuisinés pauvres en nutriment (comme l’a découvert à ses dépends, Christopher  McCandless, alias Alex Supertramp (3)). Cette prise plus efficace de nutriment grâce à la cuisine aurait alors aussi contribué au développement de notre cerveau (4).

Pour résumer, la découverte du feu et la cuisson des aliments pourrait être à l’origine de l’évolution humaine. La cuisine serait ainsi ce qui aurait fait de nous des humains avec un gros cerveau (et une petite bite mais c’est un autre problème).

Bon appétit, bien sur !

--

(1) si vous avez des problèmes á vous endormir, vous pouvez lire : « L’animalité, essai sur le statut de l’humain » par Dominique Lestel.

(2) Cité par Luc Ferry dans « Le nouvel ordre écologique ».

(3) Lire le super « roman » de Jon Krakauer « Into the wild ».

(4) Théorie de Richard Wrangham qui va plus loin en suggérant que la cuisson des aliments est aussi responsable de la séparation des rôles entre hommes et femmes. La femme à la cuisine !

url= http://www.newscientist.com/article/mg20427390.200-richard-wrangham-cooking-is-what-made-us-human.html




[Science] Martini?

06 01 2010

Dans toute recette qui se respecte, il est parfois bon de mélanger les ingrédients. Le secret est de ne pas le faire n’importe comment.

James Bond est particulièrement tatillon sur le sujet, surtout lorsqu’il est question de Martini.

« Martini… Shaken but not stirred » (« Martini… secoué mais pas frappé »).


Mais finalement, allez-vous me dire, qu’est-ce que cela change ? N’est-ce pas là marque de snobisme ?


Des scientifiques se sont posés la question.

En particulier, ils se sont demandés : « mais bon dieu, comment se fait-il que James Bond soit si en forme ? »

Ils ont alors posé l’hypothèse que le martini et en particulier ses propriétés anti-oxydantes pouvaient être responsable de son énergie débordante. Encore plus fort, ils se sont demandés si la manière de mélanger les ingrédients (secoué ou frappé) en changeait les propriétés.

S’en est suivit une étude très sérieuse à la méthodologie irréprochable et ils sont arrivés à la conclusion que le martini « secoué » avait des propriétés anti-oxydantes plus importantes que le martini « frappé ».

CQFD (1).

Vous savez ce qu’il vous reste à faire...

A votre santé (c’est le cas de le dire).



Tout abus d’alcool, bla bla bla

(1) Cette étude loufoque a donné lieu à une publication scientifique des plus sérieuses dans un excellent journal médical. Si vous ne me croyez pas, je vous invite à consulter le lien ci-dessous. Cela pose bien entendu la question de la santé mentale des scientifiques ainsi que l’utilisation des deniers publics.
Shaken, not stirred: bioanalytical study of the antioxidant activities of martinis:
http://www.bmj.com/cgi/content/full/319/7225/1600




[Culture] Food Poker

02 01 2010

Quand il est question de cuisine, l’Angleterre n’a pas très bonne réputation. Mais il est peut-être temps de revisiter ce stéréotype, n’est-il pas ?

J’aime beaucoup les îles Britanniques. Comment résister à un pays où la « pub culture » joue un rôle si important ?

Après de nombreux séjours en Angleterre, Irlande et en particulier un long séjour en Ecosse, je suis devenu un fervent défenseur de l’idée selon laquelle il est plus facile et moins cher de bien manger en Angleterre qu’en France.

Avant que vous ne vous mettiez à hurler, je précise que je ne parle nécessairement pas de « fine » cuisine et de restaurants étoilés. Je parle d’un bon repas, intéressant, voire surprenant dans une petite gargote de caractère.

En Angleterre, chaque petit village à son pub qui sert une nourriture souvent simple mais agréable et parfois agréablement surprenante. En France, les petits restos abordables ont souvent tendance à vivre sur la réputation du pays ou de la région et l’on court souvent à la déception (attention, ne généralisons pas non plus… il existe des tas d’exceptions dans les deux pays), soit dans son assiette, soit dans son portefeuille, voire les deux.

Si vous vous baladez sur la côte est de l’Ecosse, vous découvrirez que chaque village possède sa spécialité. Les fabuleux « Smokies » de Arbroath suffiront à vous mettre l’eau à la bouche.

D’autre part, les anglais sont de plus en plus intéressés par la fine cuisine. « Tout le monde peut cuisiner », comme dit Gousteau dans Ratatouille (oui mes gosses sont fans), et les anglais l’ont pris au mot. Une preuve est la foison d’excellents programmes consacrés á la cuisine à la télévision anglaise (si on était sur TV, je vanterais l’excellence des programmes anglais et leur créativité). Par exemple, je suis un grand fan de « River Cottage ».

Ce long préambule pour vous parler d’un jeu consacré à la cuisine et diffusé sur la BBC depuis 2007 : « Food Poker » (1)



Le principe est simple et est basé sur un jeu de carte représentant des ingrédients. Cela peut-être une entrecôte, du fenouil, de la crème ou du gingembre. Le jeu rassemble 4 chefs confirmés (et souvent propriétaires d’un restaurant célèbre) autour d’une table de Poker.

Pour les deux premières manches (une manche salée, une manche sucrée), chaque chef se voit distribuer deux cartes (qu’ils gardent secrètes) et 3 cartes sont déposées visibles sur la table et sont partagées entre les 4 concurrents. Chaque candidat dispose donc de 5 cartes, soit 5 ingrédients, avec lesquels in doit imaginer un plat (s’il considère que c’est mission impossible, il peut aussi passer). Deux joueurs devront alors réaliser la recette en moins de 20 minutes et un jury détermine le vainqueur.

Les deux chefs qui sortent gagnant de ces deux premières manches doivent ensuite s’affronter lors de la finale dans laquelle ils se voient imposer un ingrédient qui devra former la base du plat et ils ont la possibilité de choisir 3 autres ingrédients dans une sélection tirée au hasard. A nouveau ils disposent de 20 minutes pour réaliser leurs plats.

Comme disait Lars Von Trier : « Les limitations sont les parties les plus importantes de l’Art ».

Il y a quelque chose de vraiment fascinant à observer ces chefs créer en direct des plats souvent savoureux en un temps record et avec des ingrédients parfois surprenants « Linguine au foie de volaille et purée d’échalote », « La sèche grillée farcie au fenouil » ou encore « Le saumon tandori et son chutney de tomate ».
La cerise sur le gâteau est que toutes ces recettes uniques et originales sont disponibles sur le site web.

De quoi vous donner de l’inspiration et de vous donner envie d’expérimenter dans la cuisine.

Après la cuisine est faite pour les audacieux et les créateurs !
Je vous donne les cartes : « boudin noir », « citron », « carottes », « patates douces » et « piments »… à vos casseroles.

(1) Le site officiel est disponible sur le site de la BBC : http://www.bbc.co.uk/food/tv_and_radio/foodpoker_index.shtml




[musique] the power of love

01 01 2010

Je le savais (…) les signes (…) fin du monde (…) lisent mon esprit (…) mangent ma mémoire (…) boire du coca et du jus de chat (…) chapeau en alu (…) Nostradamus (…) Orwell (…) Frankie (…) Twilight

Je n’ai pas toujours été fou. Avant de prendre résidence dans cette belle chambre matelassée, j’ai aussi eu une vie normale faite d’attouchements moites et maladroits avec des filles boutonneuses alors que résonnait la voix chaude de « Frankie Goes to Hollywood ».

Mais j’ai vu les signes, j’ai compris, la fin du monde est proche.

Vous ne me croyez pas ?

1984… Georges Orwell.

Le monde du futur. Pas de voitures volantes, pas de cauchemars kafkaien, mais la new wave et en particulier une chanson skette braguette :

Il y avait déjà de quoi avoir peur. Mais derrière le tube se cachait un présage funeste.

Oui, je vous le dis, Frankie Goes to Hollywood nous prédisait le pire : Twilight !

Vous ne me croyez pas ?

I’ll protect you from the hooded claw

Keep the vampires from your door

A l’époque j’étais plus occupé à essayer de convaincre une laide ado pré-pubère à danser avec moi plutôt qu’à prêter attention aux signes. Mais cela continue :

Sparkling love

Si ce n’est pas une allusion à ce crétin congénital d’Edward condamné á vivre sous les nuages, que je sois damné.

Love is danger”

Et hop, le leitmotiv de cette histoire d’”amour” pour ado coincés dans le syndrome de Roméo et Juliette (qui, il faut bien l’avouer est l’histoire d’amour la plus ridicule et pathétique de tous les temps), sorte de porno soft pour midinette.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire. Plongez-vous dans l’œuvre de ces nostradamus des temps modernes et cherchez dans leurs paroles le funeste destin de 2010.

Relax, don’t do it!




[livre] Et dormir comme un requin dans l’onde de Steven Hall

30 12 2009

Il y a quelque chose de contrariant à vieillir. On a beau garder un âge mental de 4 ans, on devient plus difficile à berner. On identifie plus facilement les recettes, les hommages ont tendance à devenir des plagiats et la facilité comme une insulte personnelle.

Quand j’ai commencé « Et dormir comme un requin dans l’onde » par Steven Hall, le plaisir potentiel de la lecture était embrouillé par le bruit de fond…

Memento, Jasper Fforde, Matrix, Fight Club, Dantec, Lisbeth Salander, Dans la peau de John Malkovitch, Charlie Kaufman, Dantec, Les dents de la mer, Lovecraft, Dantec, Dan Brown,

Après quelques centaines de pages, le bruit devenait assourdissant.

Dantec, Dantec, Dantecdantecdantecdantec, …

« Et dormir comme un requin dans l’onde  » est un livre qui se veut original, fou, créatif, aux multiples références populaires évidentes.

Un homme se réveille amnésique et commence un jeu de piste guidé balisé par des indices qu’il s’est laissé lui-même et qui l’entraine à la frontière de la réalité, là où le verbe se fait chair et où les concepts peuvent vous dévorer. Un roman de mystères des plus classiques qui fait des incursions dans le délire et mélange les genres.

Oui, mais…

Pour celui qui a un peu lu, il ressemble à un mélange facile de déjà-vu selon une recette éculée dont les concepts les plus originaux (comme l’idée de virus mental cher au courant cyberpunk)  ont été développé avec beaucoup plus de talent (bien entendu, ce point est libre à discussion) par d’autres.

Au final, « Et dormir comme un requin dans l’onde » apparait comme un Dantec plus digeste qui aurait été écrit par Bernard Werber. Un magnifique produit de consommation caché derrière une étiquette de respectabilité.

Je vous laisse imaginer le monstre et juger si c’est une bonne chose ou non.




[livre] Je n’ai pas peur de la route, faudra voir, faut qu’on y goûte…

28 12 2009

Notre relation à la nourriture est basée sur le plaisir, une sophistication des sens. On en oublierait presque sa fonction première, un besoin primaire dont dépend notre survie.

Ceux qui ont un peu baroudé en dehors des sentiers battus se rappelleront avec émotions ces moments de soif ou une simple gorgée d’eau tiède semble le meilleur des nectars ou ces périodes de disette où une bouchée de fruit devient un diner gastronomique.

« Ce seront les meilleures poires que t’auras jamais goûtées, dit-il. Les meilleures. Tu vas voir. Attends. »

Essayez d’imaginer ce que serait votre vie si toute nourriture avait disparu. S’il ne vous restait que les miettes de la civilisation pour votre survie, les scories de notre vie actuelle, les déchets de l’humanité. Vivre avec le souvenir des plaisirs passés et, la faim et la peur au ventre, se battre quotidiennement pour votre absurde survie.

C’est le lot de l’homme et de l’enfant, les deux protagonistes du fantastique roman de Cormac McCarthy, « La route » (qui est maintenant adapté à l’écran avec Viggo Mortensen et devrait sortir en janvier).

Dans un futur que l’on devine proche, un cataclysme à détruit notre civilisation. Les ruines du monde sont couvertes de cendre et le ciel s’est obscurci à jamais. La planète n’est plus qu’un grand charnier. La végétation se résume à des troncs desséchés, les os sont les seuls témoins de l’existence animale. Ne restent que quelques hommes qui pour survivre sombrent dans la sauvagerie et le cannibalisme.

L’homme et l’enfant marchent sur la route, luttant pour survivre et garder leur humanité. Ils marchent vers une fin que l’on devine sombre dans un monde sans avenir.

« La route » récompensé par un prix Pulitzer en 2007 est un livre troublant. Une écriture magnifique pour une histoire métaphorique qui n’a rien à envier à Camus ou Sartre et qui bouleverse vos émotions et pénètre dans vos rêves. Le livre ultime sur la relation entre un homme et son fils. Un livre sur le sens de la vie, la responsabilité et le choix de l’humanité.

Un livre à lire en ces temps troublé où l’échec de la conférence sur le climat de Copenhague laisse présager des changements radicaux dans notre monde et où curieusement cela ne semble pas changer grand-chose à nos habitudes et nos petites fêtes de fin d’année.

« Ils mangèrent un somptueux repas aux chandelles. Du jambon et des haricots verts et de la purée de pomme de terre avec des biscuits et de la sauce. »

Peut-être que la nourriture est le bon moyen pour secouer les consciences. Imaginez un monde où chaque bouchée pourrait être la dernière.

« Prends-en un peu, Papa.

Je veux que tu boives tout.

Prends-en un peu.

Il prit la cannette et but une gorgée et rendit la cannette au petit. Bois tout, dit-il. Restons ici un moment.

C’est parce que j’en aurai jamais d’autre à boire, hein ?

C’est long jamais.

D’accord, dit le petit ».




[science] Même pas mal !

27 12 2009

Nous entretenons une relation sado-masochiste avec l’alcool. Une relation faite de plaisir et de douleur, le plaisir de l’ivresse et la douleur de la gueule de bois.

Nous avons tous nos petits secrets pour limiter les dégâts mais la recette miracle n’existe pas. Il m’est souvent arrivé de rêver à cette pilule miracle imaginée par Joe Haldeman et qui pourrait faire disparaître instantanément les désagréments de l’alcool.

Mais parfois la réalité rattrape la fiction.

Une équipe de chercheur dirigée par le controversé David Nutt (1) s’est lancé sur une piste intéressante : un alcool artificiel.

Cette nouvelle boisson basée sur des molécules proche du valium procurerait des effets similaires à l’alcool (relaxation, bien être), sans en avoir les effets secondaires nocifs dont la dépendance. Encore plus fort, une simple pilule permettrait d’en éliminer rapidement les effets.

Une nouvelle opportunité pour se bourrer la gueule et puis prendre le volant sans danger ou retourner au boulot frais comme un gardon après avoir plongé dans les paradis artificiels avec la nouvelle secrétaire.

Bien entendu, cela ne remplacera pas l’alcool en tant que plaisir gustatif mais plutôt qu’en tant que véhicule. Après tout, peu importe le vin pourvu qu’on ait l’ivresse.

Qui monte à bord ?

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(1) Il fut démis de sa position au  Advisory Council on the Misuse of Drugs (ACMD) après sa déclaration selon laquelle le cannabis et le LSD seraient moins nocifs que l’alcool. Voir : http://en.wikipedia.org/wiki/David_Nutt




[livre] Cannery row

05 02 2009

Si un jour vous avez la chance de vous rendre en Californie et que vos pas vous guide dans la région de Monterey, vous y découvrirez une rue, dans le prolongement d’ocean view avenue, appelée Cannery row. Après avoir été visiter le Monterey Bay Aquarium, probablement un des plus beaux aquariums du monde, vous irez vous promener dans la rue proprement dite, centre touristique de la ville, bordée de restaurants et de magasins de souvenirs avec ses wharfs présentant des allures de Disney land.

Si le tourisme et la civilisation a eu raison de ce qui fut autrefois le cœur bohème de la région, « an island surrounded by an encroaching society which ultimately destroy it. » (1).

Cannery row est composée de grands bâtiments, connectés entre eux par des ponts couverts et qui servait autrefois à la mise en boite des sardines pêchées dans la baie.

Mais si Cannery row et Monterey est très célèbre, ce n’est pas seulement pour ses fruits de mer, ses plages où paressent phoques et pélicans, ses eaux bleues abritant des forêts de kelp où s’égaient des loutres, ni pour le climat de la Californie, mais parce qu’il a été célébré par un des plus grands auteurs américains, John Steinbeck, et l’un de ses amis les proches, le biologiste « Ed Ricketts » (2).

« Cannery row » est également un roman de Steinbeck, que je ne saurais trop vous conseiller, que vous passiez par Monterey ou pas.

Comme beaucoup, j’ai découvert Steinbeck avec des livres tels que « Des souris et des hommes », « La perle » ou « Les raisins de la colère » et la lecture de « Cannery row » a été une surprise et une révélation.

Ce livre a été écrit dans les années 40 par Steinbeck sur la demande de soldat basés dans la région de Monterey et qui lui avait demandé un livre amusant qui ne parlait pas de la guerre. Et il s’agit d’un pari magnifiquement réussi.

« Cannery row » est un petit bijou d’humour absurde, d’une incroyable poésie (en particulier lorsqu’il décrit la vie marine, 3), plein d’une belle philosophie de vie (le bonheur réside dans le fait de se contenter de peu) :

« Look at them. There are your true philosophers. (…) In a time when people tear themselves to pieces with ambition and nervousness and covetousness, they are relaxed. All of ours o-called successful men are sick men, with bad stomachs, and bad souls, but Mack and the boys are healthy and curiously clean. They can do what they want. They can satisfy their appetites without calling them something else.  »

Ce roman raconte l’histoire de la rue et de sa faune (ses prostituées, son artiste maudit, son épicier chinois, ses clodos, un monde qui n’est pas sans rappeler celui plus récent de la série « Deadwood »). Le personnage central est le « doc », un de nombreux hommages de l’auteur à son ami biologiste Ricketts à qui il dédie ce livre (« For Ed Ricketts, who knows why or should. »), un homme formidable à qui une bande de gentils vauriens décident d’organiser une fête.

Mais comme le dit si bien Steinbeck, les fêtes ont une dynamique étrange et mystérieuse, et les choses se passent rarement comme on l’imagine.

Le tout donne lieu à des situations hilarantes, absurdes (que l’on retrouve par exemple dans les romans de John Irving ou de Michael Chabon) mais auxquelles on a tellement envie de croire.

Une petite perle d’humour nonsense dans l’œuvre d’un auteur plein de surprise.

A lire sans plus attendre !

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(1) Richard Astro dans l’introduction de « The log from The sea of Cortez » de Steinbeck et Ricketts.

(2) Dans une rue parallèle à Cannery row, vous pourrez voir la statue de Ricketts à qui les habitants continues de rendre hommages en déposant une fleur dans la main.

(3) Dans un chapitre, Steinbeck décrit la plage qui borde la Hopkins Marine Station avec une poésie incroyable. Quelques 70 ans plus tard, la plage est telle qu’il l’a décrit à l’époque, avec ses lumières, ses odeurs et sa faune, comme si elle avait été dessinée selon ses ordres et avait échappé au passage du temps. Si vous passez par là, je vous conseille de braver la sécurité de la station pour aller y jeter un coup d’œil !




[BD] Les chroniques de la lune noire

18 01 2009

Vingt ans. Il aura fallu attendre 20 ans.

Vingt ans et pas moins de 14 albums et deux dessinateurs (Olivier Ledroit pour les 5 premiers tomes remplacé haut la main par un petit nouveau, Cyril Pontet) pour qu’enfin se réalise la prophétie et arrive « La fin des temps ».

Je vous parle bien entendu de « Les chroniques de la lune noire », une aventure épique entamée en 1989 sous la plume de François Froideval, et qui vient juste d’arriver à sa conclusion en novembre 2008.

Dans un univers médiéval fantastique né des jeux de rôle dont l’auteur à une grande expérience, un héros anonyme va s’opposer à l’empire du côté de l’inquiétante lune noire dont il est le jouet à son insu. Accompagné de ses fidèles compagnons, il va progressivement acquérir de plus en plus de pouvoir jusqu’à devenir l’égal des dieux et tenir le monde dans sa main. Le dernier tome se cloture sur un faux air du « Grand pouvoir du Schninkel ».

Rien de bien excitant, me direz-vous.

Et jusque là, vous auriez bien raison.

Tout l’intérêt des « chroniques de la lune noire » réside dans ses excès. Cette série est à la BD ce que « Le seigneur des anneaux » est au cinéma (la version de Peter Jackson, pas la plus ancienne à moitié en dessin animé). Tout son charme repose dans la démesure et la surenchère.

Des planches démentielles couvrant deux pages de batailles titanesques dans lesquelles s’affrontent des centaines de guerriers de toutes races, des explosions de magie à faire pleurer Voldemort, des visions de l’enfer où les âmes arrivent en masse pour devenir les jouets des démons et de l’érotisme et du sexe incarné dans le personnage de Hellaynnea, un succube cruelle aux milles visages.

Avec « Les chroniques de la lune noire » on est bien loin des petits Tintin du passé et les petites perles de subtilité et d’intelligence qui sont aujourd’hui à la mode. On est plus proche d’une version BD du Heavy Metal, du brut, du violent, mais quelque part, de l’irrésistible. On se délecte de cette énergie primaire qui nous donne envie de nous jeter dans la mêlée, tel le chevelu dans un pogo.

Pour en savoir plus et découvrir les produits dérivés de la série (jeu vidéo, autres livres reprenant le genèse de certains personnages, des petites animations, ou encore jeux de plateau bouclant la boucle), voir : http://lalunenoire.dargaud.com/

 




[livre] Baudolino de Umberto Eco

11 01 2009

Il n’est plus nécessaire de présenter Umberto Eco, cet académique qui s’est imposé comme un auteur majeur de roman historique avec un seul roman à son actif, le brillant « Le nom de la rose » dont l’adaptation cinématographique en a fait fantasmer plus d’un (enfin, au moins un). Vingt-cinq ans après la sortie de ce premier roman remarquable et remarqué, il n’a à son actif que 5 romans dont le dernier n’est sortit qu’en 2004, « La mystérieuse flamme de la reine Loana », qui nous plonge dans un magnifique voyage dans la mémoire.

En 2000, il nous offrait « Baudolino », son quatrième roman, dans lequel il revenait au roman historique en reprenant une idée qu’il avait largement développée dans le second « Le pendule de Foucault » : il suffit parfois de croire suffisamment fort à quelque chose pour qu’elle devienne réalité.

Si dans « Le nom de la rose », il transposait au moyen-âge la structure classique du roman policier (telle qu’on la retrouve dans les livres de Conan Doyle), dans « Baudolino » il nous fait une démonstration par l’absurde que l’Histoire avec un grand H, l’histoire avec un petit et les mythes qui y sont souvent associés ne sont que des abstractions et des vues de l’esprit. Le tout est raconté avec un humour et une intelligence magnifique.

Si « Baudolino », comme les autres roman d’Eco, n’est pas de lecture facile, il est absolument truculent. On y retrouve Baudolino dans un constantinople en ruine et qui par hasard se retrouve à raconter sa vie à un historien. Une vie hors du commun puisque celui qui fut un gamin à la langue bien pendue d’un petit village sans importance s’est retrouvé au milieu des turpitudes politiques de l’Europe en devenant le fils adoptif de l’empereur Frédéric dans un XIIe siècle tourmenté.

Baudolino raconte alors sa version de l’Histoire, avec ses faits bien connu et choses plus surprenantes.

Mais, de son propre aveux, Baudolino est un menteur et si ses mensonges sont visibles en filigranes, il nous entraîne rapidement dans un délire fait de mythes à faire rougir le baron de Munchausen.

Mais derrière ces mensonges se cache une certaine idée de la vérité, la façon dont le monde était perçu à cette époque et la naissance des légendes : quête du Graal, discussion théologiques, naissance des reliques (dont rien de moins que le saint suaire, la tête de saint Jean Baptise (ou les têtes de saint Jean Baptiste) et le Graal, bien entendu).

« Oui, je le sais, ce n’est pas la vérité, mais dans une grande Histoire on peut altérer des petites vérités pour qu’en ressorte la vérité plus grande. »

Une belle réflexion haute en couleur qui nous démontre qu’en histoire (comme ailleurs), la vérité n’existe pas et qu’il faut peut être la candeur d’un grand auteur (« quelqu’un, plus menteur que Baudolino ») pour la raconter.

Un livre qui n’est pas à dévorer mais à savourer, page par page, en prenant tout son temps.




[livre] Adios Shéhérazade

08 01 2009

Putain ! Elle commence bien cette année et cette chronique si j’en juge par cet étalage gratuit de vulgarité. Mais il faut me comprendre ! Un grand Monsieur vient de s’éteindre laissant derrière lui une œuvre qui vous gardera haletant bien plus de mille et une nuits.

Il faut dire qu’il s’agissait d’un auteur américain prolifique avec plus de 90 livres à son actifs depuis 1960 dont un grand nombre ont subi des adaptations cinématographique plus ou moins réussies (plus moins que plus, pour être honnête).

Par une curieuse coïncidence, j’ai appris la triste nouvelle alors que je venais juste de m’offrir mes traditionnels deux livres du maître que je me paie à chaque retour au pays : « Pierre qui roule » écrit en 1970 et qui lance le flamboyant personnage de Dortmunter ainsi qu’un livre plus récent « Fire break » écrit en 2005 sous le pseudonyme de Richard Stark.

Vous voyez de qui je veux parler ?

Il s’agit bien entendu de Donald Westlake, alias Richard Stark, alias Tucker Coe, alias Samuel Holt, alias Edwin West, alias Curt Clark, alias Thimothy Culver, autant de pseudonymes derrière lesquels se cachait un stakanoviste à côté duquel Stephen King fait figure de fainéant.

Donald Westlake est un maître du roman noir.

Il a révolutionné le genre en y introduisant une bonne dose de nonsense. Un bel exemple est le personnage de Dortmunter, son héros favoris, sorte de cambrioleur aussi fou qu’absurde, capable du plus grand génie et de la plus grande bêtise mais assez cinglé pour se sortir des pétrins les plus fous (pour vous donner une bonne idée du personnage, voir « Payback » avec Mel Gibson inspiré d’un roman de Westlake).

Mais en 90 romans, Westlake s’est essayé à bien des genres. Le roman nonsense, délirant et d’une grande intelligence narrative (par exemple, « Adios Shéhérazade »), le polar classique, la satire sociale (par exemple, « Le couperet » qui a été adapté par Costa Gavras avec Garcia) mais il s’est aussi attaqué avec plus ou moins de succès à des mythes comme l’homme invisible (« Smoke ») ou encore la religion (« Trop humain »).

Mais le point commun à toute son œuvre reste l’humour, « comme moyen de faire naître l’émotion et la peur ».

Donald Westlake est décédé la nuit de la saint Sylvestre âgé de 75 ans mais il me reste encore bien des nuits à passer dans son univers.

Pour en savoir plus : http://www.donaldwestlake.com/




[création] Santons sous la pluie

04 01 2009

Préface

Par Jésus de N.

J’adore Owen Meany. Ce type est formidable. Alors quand son éditeur m’a demandé son aide dans ses prières, j’ai sauté sur l’occasion. « Seigneur, aide-moi à trouver quelqu’un qui acceptera de signer la préface de son livre », me disait-il chaque soir. J’ai décidé – brisant ainsi plusieurs millénaires de silence – de prendre la plume et de vanter ce cher Owen. Après tout, le libre arbitre c’est très surfait et si je peux donner un coup de pouce à un petit jeune, pourquoi pas.

Mais pourquoi lui, me demanderez-vous ? Il ne croit même pas en vous et ce texte est la preuve qu’il ne respecte rien !

Je suis la vie et la carrière d’Owen Meany depuis sa naissance. Bon, d’un autre côté, c’est un peu mon boulot de suivre ce que fait tout un chacun. Non pas que j’ai mon mot à dire mais c’est toujours sympa de se tenir au courant. Bref, Owen est un garçon plein de talent et très prometteur. Ce nouveau texte en est la preuve.

Pour la petite histoire, cette nouvelle lui a été inspirée alors qu’il fêtait mon anniversaire. Il se trouvait pour l’occasion chez sa belle-mère et il est tombé en extase devant la crèche en santons de Provence. Ces petites statuettes, représentations très libre des personnes présentes le jour de ma naissance combinée à des personnages clés du paysage provençal, dont on attribue l’origine à François d’Assise mais qui en fait ont été créés par un commerçant particulièrement inventif d’Aix, formaient une petite communauté des plus étonnantes. Owen s’est alors imaginé ce qu’aurait été ma naissance dans de telles conditions.

Je n’en dirai pas plus mais il n’est peut-être pas si loin de la vérité.

Sur ce, je vous laisse, j’ai du travail. Paix sur la terre et tout ca.

Jesus

--

1. Girls just wanna have fun

- « Peuchère, quel temps pourris. Il n’y a plus de saison !

- Par Jéhova, tu l’as dit ! Je me les gèle.

- Je vous ai déjà dit de ne pas jurer comme cela devant la petite !

- C’est sur qu’on pourrait choquer la pucelle. Ah ah ah. »

Un étrange cortège évoluait sous la froide pluie de décembre. La nuit allait bientôt tomber et en ces temps portant sur son dos son lot de merveilles et de modernités, les hommes continuaient à maudire les éléments comme au temps d’Abraham.

Ils étaient quatre. Deux hommes menaient la marche. Marius, un béret vissé sur le crâne et les boules de pétanque à la main, se chamaillait gaiment avec « le ravi », l’idiot de son village qui le suivait partout. Derrière eux, une très jeune femme, un foulard couvrant une abondante chevelure blonde, portait une robe bleue trop légère pour l’hiver de Judée. Détrempée par la pluie battante, elle lui collait au corps dont les rondeurs étaient synonymes de futures nuits blanches et nombreuses lessives. A ses côtés, se trouvait un berger protecteur, lui jetant des regards inquiets et suivit de son troupeau constitué en tout et pour tout de 3 agneaux.

Soudain, Marie, parce c’est ainsi que la jeune fille s’appelait, gémie de douleur. Le berger se précipita pour la soutenir, le visage tordu par l’angoisse.

- « Il faut vraiment qu’on trouve un abri », cria-t-il à ses compagnons.

- « Je ne demande pas mieux, con ! Mais tous les hôtels sont complets. », répondit brusquement un Marius passablement irrité.

- « Quand est-ce qu’on mange ? », renchérit le ravi.

Marius se mit alors à grommeler.

- « Quelle idée aussi de partir pour Bethléem pour fêter les Saturnales quand on est enceinte jusqu’aux yeux. »

Marie était une fille très jeune et par là même, très naïve. Elle avait lourdement insisté pour aller fêter les Saturnales avec ses copines à Bethléem, caprice que le berger n’avait pu lui refuser. Après tout, cela n’avait pas été facile pour la gamine ces derniers mois. Une grossesse non désirée, son fiancé Joseph qui se fait la malle. De toute façon, le berger n’avait jamais su lui résister et Marie le savait bien. Elle était très jolie et avait appris depuis longtemps comme faire pour user de ses charmes pour obtenir ce qu’elle voulait des hommes.

- « S’il te plait, tout le monde y va !, avait elle pleurniché en lui faisant ses yeux de biche, On s’amusera bien. »

Quand il avait cédé, elle n’avait plus fait attention à lui. Elle s’était paré de ses plus beaux atours et préparé pour aller danser.

Ces derniers temps, Bethléem était devenu « the place to be ». Des touristes des quatre coins de l’empire romain s’y rendait pour fêter les Saturnales. Certains grinçaient des dents, dénonçant le caractère mercantile de cette fête importée mais tous profitaient de l’occasion pour manger le traditionnel rôti de chameau au miel avec sa sauce aux dates et sa purée de poix chiches, et l’auberge de Bethléem était reconnue pour servir le meilleur rôti de chameau du monde. Toutes les hotels de la région affichaient complet et il fallait réserver des mois à l’avance pour espérer y avoir une chambre en cette saison. Les commerçants avaient su sauter sur l’opportunité et une vieille grange était transformée en boite de nuit où tous les jeunes du coin venaient y faire la fête.

Ils étaient à mi chemin quand le temps se dégrada. Le berger tenta en vain de faire entendre raison à Marie.

- « Soit raisonnable, tu vas tomber malade et c’est dangereux pour le bébé.

- Qu’est-ce que tu peux être rabat joie. Et puis une petite douche ne te fera pas de mal, tu pues le mouton. »

Cette dernière remarque piqua le pauvre berger. Les belles jeunes filles sont souvent cruelles. Ils continuèrent en silence. Une heure plus tard, Marie se remit à geindre.

- « C’est encore loin ? Je n’ai pas envie d’arriver en retard. »

En l’absence de soleil, le berger ne pouvait savoir avec précision depuis combien de temps ils étaient partit. Il savait qu’il devait être aux environs de seize heure et qu’ils auraient du être arrivé à Bethléem depuis longtemps.

- « Je ne sais pas. Je pense qu’on devrait y être très bientôt.

- Ne me dis pas qu’on est perdu ? Tu es vraiment minable, mon pauvre. Si on arrive en retard, je ne te le pardonnerai jamais !

- Je vais demander mon chemin à ces deux étrangers. »

C’est ainsi qu’ils avaient rencontré Marius et le Ravi, deux touristes en provenance du Nord et qui venaient à Bethléem pour faire la fête. Ils avaient décidé de terminer le voyage ensemble, Bethléem n’était plus qu’à une heure de marche. Marius avait reluqué Marie quelques temps, lui avait montré ses boules mais la jeune femme n’avait pas été impressionnée par sa moustache.

Ils arrivèrent enfin en vue de Bethléem. La ville était magnifiquement décorée pour l’occasion. Sous l’excitation, Marie avait forcé l’allure pour être arrêtée dans son élan par une terrible douleur au ventre.

- « Ah non, tu ne vas pas me gâcher ma fête, toi. »

Mais même l’impétuosité et les certitudes de la jeunesse ne peuvent rien contre la nature. La fréquence des contractions augmenta, clouant le bec de la jeune écervelée. Malgré une irrésistible envie de la laisser se débrouiller seule, les trois hommes se mirent alors en quête d’une chambre où Marie pourrait avoir son enfant au sec.

 

2.

Plus de peur que de mal. S’ils n’avaient pas réussi à trouver une chambre de libre dans la ville, ils étaient au moins au sec. Le Berger avait rencontré un de ses amis éleveur avec qui il partageait une certaine vision de l’ambition (il ne possédait pour tout bétail qu’un âne et un bœuf dont il essayait de faire l’élevage mais semblait avoir quelques problèmes de reproduction). Ce dernier avait mis son étable à leur disposition.

Au début, Marie avait fait un scandale.

- « Si vous pensez une minute que je vais avoir mon bébé dans une étable puante, vous êtes encore plus bête que vous en avez l’air. »

Le Ravi avait alors perdu à la fois sa patience légendaire et son éternel sourire, avait baissé sa main droite qu’il gardait toujours levée pour une obscure raison et avait donné une violence claque à la gamine. Même le berger n’y trouva rien à redire.

Ensuite le travail et l’accouchement avaient pris le pas sur son sale caractère. Tout s’était passé très vite et si elle avait fait beaucoup de cinéma, la naissance s’était passée sans grand heurts.

Pendant ce temps là, le berger taillait le bout de gras avec son copain fraichement retrouvé.

- « Tu as fait quoi pour Hannukah ?, demanda-t-il au jeune éleveur peu ambitieux.

- Comme tous les ans, en famille, grosse bouffe et petits cadeaux.

- Avec les nouvelles taxes imposées par les romains, je pensais qu’on laisserait tomber la tradition mais visiblement la crise ne se reflète pas sur les fêtes. »

Marie portait maladroitement son enfant. Elle ne semblait pas savoir que faire de cet encombrant fardeau. Pourtant, le petit ange était un véritable miracle. Il était particulièrement gros pour son âge. Il devait faire dans les 8 kilos. Son abondante chevelure blonde entourait un visage qui n’avait rien de commun avec celui que l’on retrouve habituellement sur un nouveau né. Il était particulièrement calme et semblait afficher un sourire serein.

- « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? », demanda Marie.

Marius, le Ravi, le Berger et son ami, se regardèrent en chien de faïence. La porte s’ouvrit comme pour répondre à la question laissant le passage à un homme basané au costume chatoyant.

- « Bonjour la compagnie ! »

Marie sursauta, lâchant le jeune enfant qui, heureusement, tomba dans la mangeoire des bestiaux garnie de paille. Dérangé dans leur repas, l’âne et le bœuf se mirent à souffler de mécontentement sur le nouveau né qui ne semblait nullement s’en offusquer.

Enfin délivrée de son fardeau, Marie remis sa tenue en ordre, ouvrant l’un ou l’autre bouton pour exposer sa ronde poitrine aux yeux brûlant du beau ténébreux qui venait de faire son entrée.

- « Yé m’appelle rhésous. C’est bien ici qué se déroule la fiesta ? »

Avant que quiconque ait pu répondre, un autre personnage fit son entrée par la porte restée ouverte.

- « Qui veut m’acheter un rose ? »

Il s’agissait d’une vendeuse de fleur qui faisait le tour des auberges en ces périodes de fleurs et qui vendaient des fleurs à la pièce aux jeunes amoureux.

Venant ajouter à la confusion, d’autres intrus vinrent s’ajouter à cet étrange cortège : une bohémienne, une enfant en bas âge emmitouflé dans ses bras. « Pas argent. Pas travail. Pour manger. », et trois vénérables vieillards, les bras chargés de trésor saugrenu.

- « Ben, ne vous gênez pas !, s’offusqua l’ami du Berger.

- « On a vu de la lumière, la porte était ouvert alors on a cru…, commença le dénommé Gaspard qui sentait très fort.

- C’est qu’on est un peu perdu, on cherche une auberge, renchéris son jumeau prénommé Melchior et dont la bourse bien garnie teintait joyeusement.

- Et puis on se les gèle », ici. Conclut Balthazar mirant en coin la belle Marie.

Opportuniste, Jésus – ou Rhésous avec l’accent – sortit un couteau de sa poche et s’approcha des trois vieillards.

- « Soyez les bienvenus. On était yustement en train de faire oune petite fête pour la naissance du petit. » Il fit un clin d’œil à Marie qui rougit comme une pivoine. « C’est mon filleul, vous voyez. Il s’appelle Jésus, comme moi. »

En parlant, il se curait les ongles avec son long couteau aux reflets inquiétants.

- « C’est yentil en tout cas d’être passé avec des cadeaux. »

Les trois hommes étaient aussi lâches que sage et se délestèrent de leurs biens sans faire d’histoire. Jésus en profita pour acheter une fleur pour Marie et filer une pièce à la mendiante. Les derniers et faibles remparts de Marie cédèrent devant cet esprit chevaleresque et ensemble ils se rendirent à la fête suivit des trois vieillards, de la vendeuse de fleur et de la bohémienne qui n’avaient plus rien à faire là. Restait le berger et son ami, les deux touristes, les animaux et le bébé.

Les quatre hommes se rassemblèrent autour de la mangeoire.

- « Peuchère, il est pas gâté le pauvre gamin, dit Marius.

- Qu’est-ce qu’il va devenir ?, demanda l’ami du Berger.

- Je suppose que demain, on le ramenera à Nazareth avec sa mère et probablement une belle gueule de bois en prime, dit le Berger, un beau gâchis, si tu veux mon avis. »

Quand au Ravi, il se contentait d’être ravi, comme à son habitude.

- « De toute façon, c’était écrit dans le livre, conclut l’ami, rien de bon ne sortira de Nazareth ! ».




[film] La malédiction de la soupe aux choux

26 12 2008

Les fêtes de fin d’année sont riches en excès. Si vous ne me croyez pas, demandez à votre tube digestif.

Le miens a tendance à me répondre à l’aide de petits vents plus ou moins discret. C’est alors que, m’échappant de la grande sauterie de Noël pour fumer une bonne petite cigarette sous le ciel étoilé que j’ai laissé mes intestins exprimer leur désarrois face à cet excès de bulles en tout genre, contribuant un peu plus aux changements climatiques.

J’ai alors levé les yeux vers le ciel, espérant la visite de la Denrée qui viendrait me rendre visite de la lointaine planète Ox et avec qui je partagerais les restes de scampis à l’armoricaine préparés avec amour par ma maman.

Souvenez-vous, c’était il y a 27 ans en cette douce année 1981.

Un monument du cinéma français sortait sur nos écrans : La soupe aux choux.

Un film engagé, racontant avec tendresse l’éternel lutte entre tradition et modernité, jeunesse et vieillesse, une amorce à cette critique de la société de consommation devenue si consensuelle aujourd’hui.

Le Glaude (Louis DeFunes) et Le Bombé (Jean Carmet) sont deux petits vieux vivant selon les règles d’une autre époque, partageant leurs journées entre de nombreux chti canons et de la bonne nourriture de la campagne (dont la soupe aux choux susnommée) et luttant à leur façon contre le maire du village voulant créer un parc d’attraction sur leur propriété.

Leurs vies va basculer le jour où ils rencontreront la Denrée (Jacques Villeret), extraterrestre proutoglote qui va tomber amoureux de leur mode de vie et va considérablement influencer leurs vies.

Mais je ne vous apprends rien. « La soupe aux choux » est un classique parmi les classiques.

Ce que l’on ignore souvent (et qui ne m’a frappé hier après de trop nombreux verres d’alcools en tout genres… sans doute une visite du saint chti canon), c’est la malédiction qui a frappé ce film.

Cela n’est pas sans rappeler l’histoire de la malédiction liée à la découverte de la tombe du pharaon Toutânkhamon par Lord Carnavon, entraînant dans son sillage quelques 20 morts mystérieuses.

Bien que moins connue (enfin jusqu’à hier), la malédiction de « La soupe aux choux » n’en a pas été moins meurtrières.

Quelques dates et faits marquant :

- « La soupe aux choux » a été le couronnement de la carrière de son réalisateur, Jean Girault, mais en réalisant ce film, il a également scellé son destin. L’année suivant la sortie du film, Jean Girault décernera à l’âge de 58 ans des suites d’une mystérieuse maladie (soit disant une tuberculose) alors qu’il tournait « Le gendarme et les gendarmettes »

- L’année suivante, un autre protagoniste de l’aventure « La soupe aux choux », René Fallet décédera à seulement 56 ans. Il avait lui aussi profité du succès du film puisqu’il était l’auteur du roman qui avait inspiré le scénario du film.

- Cette même année, Louis De Funès décèdera d’un infarctus et de nombreux autres décès suivront : Jean Carmet, Jacques Villeret, Raymond Lefèvre (compositeur de la musique), Jean Halain (scénariste et dialoguiste), etc. En fait, il devient difficile de trouver aujourd’hui un protagoniste lié à ce film qui soit encore de ce monde. Chaque année, la malédiction de « La soupe aux choux » fait de nouvelles victimes, entraînant dans son sillage jusqu’aux spectateurs. Selon une étude scientifique très poussée, d’ici la fin de ce siècle, TOUS les spectateurs qui ont vu le film à l’époque auront succombés à ce que certains (enfin moi) appellent « le film qui tue » (l’idée a été reprise dans le film « The ring »).

Pensez-y à deux fois à la prochaine rediffusion de ce film. Votre vie ne tient qu’à un prout !

PS : Suite à des commentaires surréalistes qui ont ponctués une de mes précédentes chroniques absurdes, je me vois dans l’obligation de préciser que ce texte est totalement absurde et ne doit en aucun cas être pris au sérieux ! Bien entendu, les malédictions ne sont que le fruit du hasard et de la nécessité des gens à donner du sens à ce qui n’en a pas. Disons qu’au mieux, il s’agit d’une démonstration par l’absurde, au pire un petit texte ridicule né de mon esprit embrumé par trop de champagne.




[création] Mon père est un séducteur

25 12 2008

1.       Myna

Comme beaucoup d’enfants, j’ai vécu dans l’ombre d’un géant. Un homme aux multiples succès, aux exploits sportifs, à une réussite sociale et professionnelle sans faille. Un homme que l’on aime au premier regard, capable de s’adapter à toutes les situations, tous les milieux. Mais mon père possédait une caractéristique peu commune. Mon père était un séducteur. Là où les autres parents bercent leur progéniture de conseils plus ou moins éclairés, mon père est l’homme des deux cents femmes. Celui qui avant de rencontrer ma mère à connu l’ivresse de l’amour sans nom et sans lendemain. Celui qui a su déclencher le désir et la passion en restant simplement lui-même. Mais mon père est toujours un séducteur. Les liens du mariage n’ont jamais su retenir le chasseur qui vit en lui et moi, je suis devenu le témoin privilégié, parfois le confident, souvent l’alibi de ses incartades. Je l’aime. J’aimerais pouvoir marcher sur ses traces. Mais je ne suis pas digne de son héritage. Je vois bien que je le déçois. Je m’appelle David, j’ai quinze ans et je suis sur la bonne voie pour finir vieux garçon.

                Je déteste les dimanches. Je n’arrive pas à profiter de mes dernières heures de liberté sachant que le lendemain je retournerai à l’école. En plus, le lundi est le jour de la gym avec son lot de brimades et de moqueries. J’aimerais tellement ne plus être le plus petit de ma classe, ne plus avoir l’air d’avoir douze ans, ne plus être si timide. Je rêve souvent d’une nuit où mes prières seraient exaucées et où je renaîtrais dans la peau de Damien, le clown de la classe. Le jour ou les filles s’amuseraient de mes facéties. Mais chaque lundi, c’est la même rengaine. Au mieux, je suis anonyme. Au pire, l’objet de défoulement de mes camarades.

                Mais je verrai Myna.

                Myna, c’est une nouvelle. Elle est arrivée cette année. Elle est jolie. Ce n’est pas la plus jolie de la classe, mais à mes yeux elle dépasse toutes les autres. Myna, elle est discrète. Elle n’est pas invisible comme moi, on la laisse tranquille mais sans l’ignorer. Elle est toujours gentille avec moi. Elle me dit bonjour, elle me sourit, parfois elle me parle. A son arrivée, je me suis imaginé pleins de choses. Mais si elle n’a pas été témoin de mes humiliations passées, elle a vite découvert que je n’étais pas celui par qui on devenait populaire. Mais elle s’en fout. Elle est gentille, Myna.

 

2.       La petite amie imaginaire

- « Comment cela se passe à l’école ? »

La question rituelle et automatique que mon père mon pose presque tous les jours, comme s’il était totalement aveugle à ma situation.

- « Bien »

Que pouvais-je répondre d’autre. Papa ne pourrait pas comprendre. Et s’il pouvait comprendre, que pourrait-il faire de toute façon.

- « Toujours pas de petite copine ? »

Je l’attendais celle là. S’il ponctue sa phrase d’un petit clin d’œil complice, je sais que cela l’inquiète. Après tout, les garçons de mon âge ne sont-ils pas supposer sortir avec des filles ?

Moi, je ne sais même pas comment faire pour embrasser une fille.

- « Jean, laisse le tranquille. »

Maman, toujours prête à venir à ma rescousse. C’est de sa faute si je suis si timide, d’après papa. Elle m’a toujours trop couvé.

Je ne sais toujours pas pourquoi mais ce jour là, sans même y réfléchir, j’ai fait quelque chose d’inattendu. Quelque chose qui allait peut-être compliquer considérablement ma vie. Mine de rien, j’ai lancé une bombe à la table du diner, une bombe que je ne pourrais désamorcer qu’à grand pleine.

- « Si, j’ai une petite copine ».

Je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu l’impression de voir passer une petite note de soulagement sur les visages de mes parents lorsqu’ils ont échangé un regard surpris.

 

3.       Un mensonge presque parfait

Bien entendu, cela n’en est pas resté là. S’ils se sont comportés de façon exemplaire sur le moment, les questions n’ont pas traîné à pleuvoir.

Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de toujours mentir en restant aussi proche de la vérité. Puisque je venais de m’inventer une petite amie imaginaire, pourquoi ne pas utiliser celle qui habitait vraiment mes rêves.

- « Elle s’appelle Myna. »

- « Elle est dans ma classe. »

- « Elle est très jolie. Elle a des courts cheveux bruns et des grands yeux noisettes. »

- « Elle habite à Court Saint Etienne. »

- « On sort ensemble depuis plusieurs semaines. »

Les mensonges s’enchaînaient avec une étonnante facilité. J’adorais donner corps à mes fantasmes, faisant de moi celui que j’avais toujours rêvé d’être. Moi qui n’avais jamais osé toucher une fille. Moi qui rougissais à chaque regard. Moi qui tremblais devant les autres. J’étais maintenant un amoureux romantique. Un être qui inspirait l’amour et appelait les baisers.

Ah, les baisers.

Pourquoi est-il si difficile de trouver des informations sur le sujet. Les livres, les films, les publicités regorgent d’image de couples qui s’embrassent, de bouche qui s’ouvrent et s’unissent. Mais que se passe-t-il alors ? Quels mystères sont cachés derrière ces lèvres scellées ? Si le sexe n’a en théorie plus de mystère pour moi, le baiser reste nimbé d’un grand mystère.

Il y a eu cette fille, l’été passé, avec qui j’ai partagé mes jeux sur la plage. Combien d’heures avons-nous passé, cote à cote, à discuter, regarder la mer, dans l’attente de quelque chose que je ne me suis jamais résolu à faire. Chaque jour je me disais : « demain, je l’embrasse », le courage montant à la faveur de l’obscurité mais disparaissant immédiatement en sa présence faisant place à de multiples excuses. Jusqu’à cette dernière seconde où les larmes aux yeux je suis monté dans le bus qui m’éloignerait à jamais d’elle sans avoir d’autre courage que celui de lui prendre la main.

Maintenant, il est trop tard. J’ai bien pensé demander à Caroline. Elle a toujours été gentille avec moi. Peut-être accepterait-elle de m’initier. Mais que se passerait-il en cas de refus ? Que se passerait-il si les autres l’apprenaient ? Je n’ai vraiment pas besoin d’offrir aux autres une nouvelle raison de se moquer de moi.

Maintenant j’ai quinze ans et je suis sans doute le dernier garçon sur terre à n’avoir jamais embrassé une fille.

4.       Comme un roman

Curieusement, ce mensonge m’a rapproché de Myna. J’ai l’impression que nous partageons un secret. Je me surprends à lui parler plus souvent. C’est que nous avons une passion en commun. Tous les deux nous aimons lire. Moi je lis beaucoup de romans policiers et d’aventures. Elle a des lectures plus ambitieuses et quand elle en parle, il y a ces petites étoiles qui brillent dans ces yeux. J’essaye de suivre mais elle est beaucoup plus intelligente que moi. Les professeurs disent souvent que ses lectures ne sont pas adaptées à son âge.

En ce moment, elle lit les romans d’Umberto Eco. Elle me parle des mensonges de l’histoire, de la vérité qui nait des mensonges des hommes. Elle s’enflamme en m’expliquant que parfois les pires mensonges deviennent réalité juste parce qu’on y croit avec suffisamment de conviction. Moi, je me contente d’acquiescer.

Un jour, j’ai même essayé de lire le même roman qu’elle : Jane Eyre. Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’elle aimait dans ce livre mais je le lisais religieusement chaque soir, l’imaginant dans la même posture, vivant l’histoire en même temps que moi.

Pour elle, j’ai même accepté de participer à la pièce annuelle de l’école. J’y tenais un petit rôle de figurant mais cela me permettait de la voir plus souvent aux répétitions. Je n’avais pas une ligne de texte mais c’était un terreau fertile pour mes mensonges que je continuais à distiller régulièrement à mes parents avides, drogué de mes amours.

Ils commençaient à s’étonner de ne jamais avoir rencontre l’élue de mon cœur mais j’arrivais toujours à trouver des parades. Je partais souvent me promener seul, prétendant la rejoindre pour une glace ou pour chercher un livre à la bibliothèque. Eux souriaient, imaginant des baisers sur des bancs publics cachés derrières mais piètres mensonges.

Je vivais dans un demi rêve mais la réalité, souvent, ne se contente pas de dépasser la fiction, elle la rattrape pour lui donner un bon coup de pied dans les côtes.

 

5.        Karma police

On a tendance à baisser ses gardes lorsque l’on ment impunément. En participant à la pièce de l’école j’avais négligé le fait que mes parents pourraient avoir envie d’y assister lors session réservée aux parents.

- « Vraiment, ce n’est pas la peine. Je n’ai qu’un rôle mineur ! »

Je me débattais avec l’énergie du désespoir. J’avais mal au ventre. Je voulais mourir.

- « On ne raterait cela pour rien au monde. », disait maman, « Et puis cela sera l’occasion de rencontrer ta chère Myna ! », enchaînait papa.

Oui, c’était bien cela le problème.

Il ne me restait qu’une solution. Je devais la quitter au plus tôt. Mais comment faire pour quitter un rêve ? Avais-je la force de tuer dans l’œuf le seul amour de ma vie ?

J’ai alors fait ce que je faisais le mieux. J’ai nié le problème. J’ai vécu dans le deni, espérant que le temps s’arrêterait, qu’un événement surprenant résolverait tout mes problèmes : une mort dans la famille, une jambe cassée à point nommé, un incendie de l’école. Tout sauf la rencontre entre deux mensonges. J’y ai cru pendant les jours avant la pièce, j’y ai encore cru sur le chemin pour l’école, à l’entrée dans la salle. J’ai prié pendant toute la représentation, prié plus fort pendant les applaudissements. J’ai failli vomir alors que je me dirigeais, le cœur battant la chamade, vers les places occupées par mes parents.

- « Alors ? Tu nous présente ta copine ? » Direct, sans fioriture.

- « Elle est déjà rentrée chez elle. On y va ? » Déjà, je m’engageais vers la sortie, essayant d’entraîner ces deux boulets récalcitrant.

- « Tu es sur ? Ce n’était pas la petite brunette qui jouait le rôle de Verruca ? »

- « Non, enfin si. On y va ?», je commençais à sérieusement paniquer. Et soudain le coup de grâce fut donné par mon père.

- « Tu dois être Myna ? »

Une vague glacée à traverser mon corps. J’étais figé, tel un lapin devant les phares d’une voiture et attendant l’inévitable choc.

- « David nous a beaucoup parlé de toi. Tu étais super dans cette pièce. »

Je n’entendais pas les réponses de Myna. J’étais incapable de me retourner et de faire face à cette situation.

- « On va manger un petit morceau. Tu veux te joindre à nous ? On aimerait tellement faire plus ta connaissance. »

Pourquoi ne peut-on pas choisir le moment de sa mort ?

 

6.       Epilogue

Les choses ont une fâcheuse tendance à ne jamais se passer comme on l’imagine. J’avais imaginé de nombreux scénarios pour mon premier baiser. Mais il y a une chose qui ne m’avait jamais traversé l’esprit. Une abomination sans nom : que ce premier baiser hésitant se déroulerait sous le regard ému de mes parents.

Lorsque je me suis retourné, Myna me souriait. Après avoir demandé l’autorisation de ses parents, elle a accepté l’invitation singulière de mon père et nous nous sommes retrouvés tous les quatre autour d’une table de restaurant. J’étais tendu, effrayé, mais ni Myna, ni mes parents n’ont fait de faux pas. Tous ensemble nous avons joué une parfaite comédie.

N’ayant plus rien à perdre, j’ai laissé mon mensonge prendre le pas sur la réalité. N’ayant plus vraiment le choix, ma main s’est dirigée vers celle de Myna cachée sous la table. Nos doigts se sont trouvés, apprivoisés. Elle n’a pas refusé mon étreinte. Le monde se résumait à ses deux mains se découvrant, se caressant.

Plus tard, mes parents ont déposés Myna devant chez elle. Je l’ai accompagnée jusqu’au pas de sa porte. Et devinez quoi ? On s’est embrassé.

Mon père est un séducteur. Je ne suis pas sur que je marcherai sur ses traces. Je m’appelle David. J’ai quinze ans et je suis amoureux.




[film] Rocky vs Klitschko (ou Réalité 1 – Fiction 0)

15 12 2008

La réalité dépasse, dit-on, la fiction mais le rapport entre les deux est souvent beaucoup plus complexe. Ainsi, la fiction s’inspire très souvent de la réalité et la réalité lui rend bien souvent la politesse. Celui qui regardera « Les Soprano » sera amusé de voir les mafieux américains s’inspirer de films tels que « Le parrain » pour construire leurs personnages. Bien entendu, vous me rétorquerez que c’est la fiction qui s’inspire de la fiction mais curieusement cette fiction s’inspire de la réalité.

Si vous êtes perdu, c’est tout à fait normal. Tel un mouvement de camera de Gus Van Sant, je m’essaye à l’écriture métaphorique, plongeant l’improbable lecteur dans un malaise incompréhensible illustrant mon propos.

A ceux qui me rétorqueront que je suis un sale branleur, je dirais qu’ils ont bien raison. Mais c’était cela ou vous balancer un extrait de cette émission de radio où un réalisateur expliquait le plus sérieusement du monde qu’il croyait plus en la fiction pour décrire la réalité qu’en un repartage qui biaise toujours par l’observateur influant sur l’observé.

Tout ce charabia pour dire que je n’y connais rien à la boxe.

Ce noble art qu’est la boxe et qui consiste à se foutre sur la gueule jusqu’à ce que K.O. s’ensuive se résume pour moi a quelques matchs regardés distraitement à la télévision et quelques beignes maladroitement échangées lors de rixes d’ivrogne.

Heureusement, la fiction est toujours là pour me sauver.

Il y a les grands livres, de Sherlock Holmes pugiliste de talent aux récits suintant la sueur d’Hemingway, l’introduction fulgurante du « Dahlia noir » d’Ellroy jusqu’aux nouvelles magnifiques de F.X. Toole.

Et bien entendu, il y a le cinéma : « Raging Bull » et Jake La Motta (« you fucked my wife ??? »), « Ali » and Mohamed Ali ou le « Million dollars baby » du grand Clint.

Mais s’il ne doit en rester qu’un, cela n’aura rien à voir avec MacLeod, ce serait le grand « Rocky ».

« Rocky », sortit en 1976, est avant tout un film social. Un beau film sur un homme simple qui essaye de vivre son rêve avec le peu de cervelle et de talent dont la nature l’a doté. C’est aussi un conte de fée pour son auteur, acteur, réalisateur, Sylvester Stallone.

Mais « Rocky » c’est aussi un super-héros. Un homme doté du rarissime « syndrôme de Homer Simpson » qui lui permet de prendre un nombre incalculable de coup potentiellement mortels jusqu’à l’épuisement de son adversaire.

« Rocky », c’est LE super héros des années 80 avec la sortie de 2 films sur cette décennie qui inspire tant de nostalgie (à une époque où Batman était joué par Julien Lepers). Dans « Rocky III – L’œil du tigre », il foutait une raclée au très méchant « Mister T » et encore plus impressionant, il se retrouvait face à la machine « Dolph Lundgren » alias « The punisher » et en sortait vainqueur triomphant d’un « Au début, vous m’avez hais, alors moi aussi je vous ai hais… »

Rappelez-vous ce choc des titans.

D’un côté, la machine. Ivan Drago sorte de « Terminator » fabriqué par les technologies de pointe soviétique. 1m97, plus de 100 kilos de muscles.

De l’autre, l’étalon italien, Rocky Balboa. 1m78 ( !!!) et bien moins de 100 kilos et obligé de s’entrainer dans la neige avec les moyens du bord.

Pourtant, armé du bon droit et de son amour éternel pour Apollo qui fut autrefois son adversaire, il restera debout sur le ring pendant 15 rounds à supporter les assauts brutaux d’un drago médusé (« Ce n’est pas un homme… ») pour finalement lui foutre une raclée.

Après cela, le ring est le monde du « tout est possible », où la force de caractère est plus forte que le muscle brutal.

C’est armé de mes religieuses convictions cinématographiques que j’ai regardé ce week-end le combat entre le challenger américain, le freluquet « Hassim Rahman » (1m89…), et le tenant du titre, l’ukrrrainien, « Wladimir Klitschko » (2m !!!) remettant en jeu sa ceinture de poids lourd en 12 rounds.

Ce match, c’était plus qu’un simple match de boxe. Il s’agissait de la copie du match Balboa-Drago transposé dans la réalité. Le combat entre fiction et réalité.

Dès le premier round, la réalité s’est retrouvée en bien mauvaise posture. En la personne de Rahman, elle s’en prenait plein la gueule. Curieusement, quand on mesure 12 cm de plus que son adversaire, on a une plus grande allonge.

Mais je restais confiant. Après tout, Rocky aussi avait pour habitude de prendre des coups et pas des moindres. Lorsque Rahman alias « The rock » s’est retrouvé dans les cordes en version humaine du punching ball pour Klitschko « Steel hammer », je ne me suis pas trop inquiété. Même lorsque Rahman s’est retrouvé au sol, je n’ai pas hésité un instant. Il allait se remettre sur ses jambes.

Et puis, ce fut la consternation. Klitschko ou plutôt Klitsch-K.O. a été fidèle à sa réputation et l’arbitre a mis fin aux souffrances du pauvre Rahman qui n’aura jamais eu le dessus dans aucun round.

Réalité 1 – Fiction 0… un K.O. technique sans discussion.  

Voilà qui remet en question ma vision du monde.

Moi qui me suis inspiré du cinéma pour guider ma vie, moi qui suis ce que je suis grâce à des modèles tels que « Indiana Jones » ou « Muad’Dib », que vais-je faire maintenant ?




[film] Bambi must die

11 12 2008

Le courant de votre pensée est souvent modelé par des rencontres (« C’est bien comme situation rencontre ? »). Ces dernières peuvent prendre diverses formes, un livre, une personne, une idée glissée furtivement dans un dialogue de bistrot. Il s’agit de ces petits « hasards nécessaires » qui nous fait rêver au destin.

Plus rarement, elles prennent l’allure d’un couple de faon qui s’écrasent nonchalamment contre votre pare-choc.

Qu’est-ce que c’est con, un faon… Une sorte d’insulte à Darwin et sa belle théorie de la sélection naturelle. Un pied de nez du grand créateur.

Alors que je contemplais les derniers poils, résistant encore et toujours à l’aspirateur, qui me nargaient sur la calendre de ma skoka familiale décapotable, j’ai été frappé de plein fouet par le fantôme de Carl Jung. Me regardant avec son air cynique, il semblait me dire : « alors ? tu ne crois toujours pas au destin ? » Il était difficile de nier le fait que cette rencontre coïncidait étrangement avec une autre rencontre.

Deux jours plus tôt, mes enfants qui jusque là, tel le prince Siddhartha, avaient été protégé de toute agression cinématographique, avaient exposé à un film innommable. Moi qui amoureusement et la larme à l’œil leurs proposait des « Wallace et Gromit », « Kirikou » et autres perles du cinéma pour la jeunesse, avaient sans préparation aucune, été plongés dans le monde infernal de Walt Disney (NON, Pixar ce n’est pas Disney !!!). Ma mère, telle une Cruelle d’enfer, leur avait fait regarder « Bambi » a mon insu. Depuis, ce film est devenu le « choisi » du moment de télévision du soir.

Cela n’avait été qu’une gêne sans importance jusqu’à cette rencontre avec ces faons en chair et en os.

Et  si Jung avait raison ? Si cette rencontre était synchronistique (1) ? Si elle était un appel du destin ?

J’ai été obligé de me faire une raison et accepter l’appel. Il me fallait découvrir la vérité et le nuage pestilentiel et obscur qui entoure ce faon anémique et attardé appelé « Bambi ».

Je me suis alors plongé à corps perdu dans ce bourbier, découvrant des vérités qui auraient peut-être du rester enfouie dans la terre plutôt que de retrouver, dans une demi-vie, la lumière d’un soleil éblouissant.

Je prends aujourd’hui la casquette d’un James Ellroy (2), n’hésitant pas à salir les icones, pour rétablir ce qui aurait pu être la vérité, faisant tomber de leurs piédestals les statues de marbre des cervidés les plus adulés.  

Assez palabré, je balance ma bombe : « Bambi » est une incitation à la violence !

Vous ne me croyez pas ?

 

Voici quelques faits indiscutables :

- Le contexte historique. Nous sommes en 1942. La guerre déchire l’Europe et les Etats-Unis sentent qu’ils ne pourront plus longtemps rester neutre. Walt Disney, malgré ses accointances avec les idées fascistes sent qu’il est temps de retourner sa veste et de participer au futur underground effort de guerre. De source sure (que nous désignerons sous le pseudonyme de « Deep Throat »), nous savons qu’une réunion a réuni tous les cerveaux de l’Amérique secrète de l’époque.  Une idée folle apparait alors. Utiliser le cinéma pour enfant pour recruter la future chair à canon. Le résultat sera la sortie du film « Bambi ».

- La méthode est aussi diabolique qu’originale. Fait : aucun adulte ne peut regarder « Bambi » sans être pris d’une envie de meurtre. Outre l’histoire qui est aussi agaçante que ridicule (avec pour héro un jeune faon attardé, avec des problèmes psychomoteurs et de langage, résultat probable de plusieurs mariages consanguin et qui se trouve propulsé « Prince de la forêt »), on y trouve des dizaines de messages subliminaux (par exemple, si vous passez « plic-ploc la chanson de la pluie » à l’envers et en 68 tours, vous entendez distinctement des rafales de mitrailleuses, une des 132 preuves que le film a été financé par la NRA, fait que Michael Moore a été obligé de caché dans « Bowling for Columbine » suite à diverses menaces). Regardez « Bambi », c’est se jeter dans les mains de l’armurier le plus proche.

- Mais pourquoi un film pour enfant ? La naissance d’un jeune enfant pour limiter votre désir de mourir pour la bannière étoilée. Le public visé était donc les jeunes parents condamnés à voir le film pour faire plaisir à ses enfants. Après une vision de « Bambi », les jeunes pères n’étaient que trop heureux que d’aller casser du boche. Petit détail supplémentaire, l’image du père présentée dans « Bambi » montre un père absent, fier et arrogant. Ceci permettait de préparer les mères au futur veuvage.

Je suppose que vous êtes convaincu. Dans le cas contraire, je vous invite à attendre la sortie du livre illustré de 769 pages que j’écris sur le sujet.

Le bon côté des choses est que grâce à Bambi, les alliés ont gagné la guerre.

Mais à quel prix ?

La question est lancée…

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(1) Autre preuve, alors que j’écris ces quelques mots et que je place astucieusement ce mot aussi joli que sexy (les fameux « Big words » qui ont cet effet si particulier sur la jolie Lara Flynn Boyle dans « Un garçon, une fille, trois possibilité »), j’écoute une émission de radio dans laquelle Claude Lelouch dit « un miracle, c’est une synchronicité réussie ». Tiens, cela me donne envie d’écouter « The Police ».

(2) Un auteur à lire absolument pour son Quatuor de Los Angeles qui a donné naissance à l’excellent film « L.A. Confidential ».




[film] Highway to Hell

07 12 2008

Stephen King et moi, on est comme cul et chemise.

Bon, il est vrai que je le connais moins bien que mon patron ne connait Brian May (mon patron connait Brian May !!!) ou ma mère Philippe Gelluck (pour une raison obscure, ce dernier faisait toujours des bonjours enthousiastes à ma mère lorsqu’ils se croisaient au Delhaize d’Ottignies), mais lui et moi on a des tas de trucs en commun.

D’abord j’ai lu pas mal de ses bouquins dans ma jeunesse et je les ai bien aimé (sauf « Da Vinci Code »… quoi ? ce n’est pas Stephen King ?... tant mieux pour lui !).

Ensuite, on partage les mêmes goûts musicaux.

Vous ne voyez pas ?

Un petit indice : allez fouillé les bacs DVD à moins de 1 euros le pack de douze et cherchez un film intitulé « Les camions de l’enfer » (ou « Maximum overdrive » en V.O.)

Cette petite merveille sortie en 1986 avec des acteurs connus tels que Emilio Estevez et… enfin avec des acteurs connus… est surtout la première (et unique… thanks god) tentative de Stephen King derrière la caméra. Celui dont les romans ont si souvent été malmenés au cinéma a pour une fois décidé de prendre la caméra par les cornes et adapter lui-même une de ses nouvelles.

Le résultat est consternant (et s’offre un magnifique 4.5/10 sur imdb).

Le film raconte l’histoire du monde lorsque les machines, suite à l’action d’un mystérieux brouillard lumineux, prennent vie et leur revanche sur les humains qui les ont toujours asservis. On suit en particulier le combat entre un petit groupe de personne barricadé dans une station service et un grand camion sortit de « Mask ».

La seule chose intéressante dans ce film est sa B.O., nous ramenant au début de cette propa.

Elle est entièrement composée de morceaux de AC/DC, groupe australien (1) dont nous sommes tous deux friands.

AC/DC est certainement le plus grand groupe de rock de l’univers. Leur dernier album, « Black Ice » est une pure merveille et nous replonge à la grande époque de Bon Scott. La popularité du groupe n’a jamais faiblie depuis sa création en 1974 et la sortie du cultissime « High voltage » en 1975 et quelques 17 albums plus tard, le groupe réussi encore à faire sold-out en quelques heures dans toutes les salles majeures du monde.

Pour ceux qui l’ignore, le groupe a connu deux grandes époques, celle du chanteur Bon Scott, décédé en 1980 à l’âge christique de 33 ans suite à un vomi mal orienté alors que le groupe culminait avec le prophétique « Highway to Hell » et la période « Brian Johnson », le chanteur qui l’a succédé sur le génial « Back in Black »

Le groupe a surfé sur le succès, conservant un style reconnaissable à la première note et un amour immodéré pour le blues et le rock dont ils subliment les racines. Pourtant, ils restent discret et vivent loin des regards des projecteurs.

C’est donc avec grand plaisir que je vous annonce qu’un film sur la vie de « Bon Scott » et les origines du groupe est actuellement en projet.

Rassurez-vous, Stephen King n’y est pour rien. L’initiateur est un obscur réalisateur australien, « Eddie Martin » a qui l’on ne doit qu’un film sortit cette année « Lionel » (que j’espère ne pas être consacré à Lionel Ritchie).  Au mieux, le film entrera en chantier dans un an, le réalisateur n’en étant encore qu’au stade des recherches, rencontrant les proches de Bon Scott.

Une affaire à suivre de près si comme Stephen et moi, vous êtes amateur de grande musique.

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(1) Ce dernier point est sujet à discussion. Si le groupe a été fondé en Australie, ses membres sont nés en Ecosse. Je propose que nous les considérions donc comme australien pour éviter de tomber dans les mauvais jeux de mots tels que MaC/DC.




[film] Casino Royale – James Bond begins…

06 12 2008

Peu importe le format, quand il est question de super-héros, c’est toujours le récit des origines qui est le plus excitant (oui, je sais, « Dark Knight » et tout ca). James Bond ne fait pas exception à la règle.

STOP… arrêt sur image !

- Pardon ? James Bond ? Un super-héros ? Vous vous moquez de qui, Monsieur ? Il n’a aucun super pouvoir, ce minable agent secret à l’humour douteux.

PLAY…

Il est vrai que considérer James Bond comme un super-héros est sujet à discussion. C’est vrai qu’il n’a aucun super pouvoir. Quoi que… on pourrait lui trouver des points communs avec « Mystic » dans la série des X-men. Après tout, il change assez facilement de visage, d’apparence et même de styles. En 23 films, il a eu la tête de Sean Connery, George Lazenby, Roger Moore, Timothy Dalton, Pierce Brosnan, Daniel Craig et je ne vous parle même pas de la ribambelle de Bond de la première adaptation de « Casino Royale ».

De plus, si posséder un super pouvoir est la condition sine qua non pour recevoir l’étiquette « super héros », Batman peut aller se rhabiller.

STOP… arrêt sur image !

- Et là… on ne touche pas à Batman ! Je vous rappel, Mossieur, qu’il fout quand même la pâtée à Superman (par exemple, dans « The Dark Knight strikes again ») Il a au moins le pouvoir d’encaisser comme personne !

PLAY

Et pas James Bond, peut-être ?

Mais revenons à nos moutons. Si on accepte l’idée que James Bond est un super-héros…

STO…

Toi, ta gueule !

PLAY

… le récit de ses origines est « Casino Royale ». Cette histoire a été déclinée sous de nombreuses formes depuis la sortie du premier roman de Ian Flemming en 1953 : un téléfilm, un film parodique délirant avec une brochette d’acteurs incroyable et une fin à faire frémir de honte les Monty Pythons de « Sacrée Graal » (qui avait avoué avoir essayé de faire la pire fin de l’histoire du cinéma) et enfin, le film de 2006 qui a fait découvrir Daniel Craig dans le rôle du super-agent.

Ce dernier film est sans doute celui qui rend le plus hommage à l’œuvre de Flemming (qui n’a pas fait que découvrir la pénicilline… non, je déconne… c’est le Flemming way).

STOP… arrêt sur image

-…

- Oui ?

- Non, rien, pardon

- J’aime mieux cela !

PLAY

Dans le roman original, James Bond vient de gagner ses galons de double zéro, preuve qu’il est capable de tuer en mission si nécessaire. On lui confie alors la mission de se rendre dans un petit casino de la côte normande pour jouer une partie contre « le chiffre », sinistre malfrat communiste, et de le ruiner. Ainsi discrédité, il pourra être éliminé par le SMERSH. L’homme froid et sans passion va alors jouer la partie de baccara de sa vie, se faire tortuer à grand coup de tatannes dans les couilles, se découvrir un cœur pour le perdre tout aussitôt (Le roman se termine sur un magnifique « La garce est morte »).

L’adaptation de 2006 est bien entendu remise au goût du jour : courses poursuites haletantes (la scène d’ouverture est grandiose), les poussiéreux communistes sont remplacés par de très modernes trafiquants d’armes, la grise côte normande est remplacée les Bahamas et le baccara fait place à une bonne partie de poker.

Mais le personnage de James Bond est tel qu’il doit être : une machine parfaitement huilée, sans états d’âmes, manipulatrice et n’utilisant le charme qu’à dessein. Avec Daniel Craig, on est a cent lieues de l’humour de Roger Moore ou le charme de Sean Connery qui étaient bien loin du sadisme  et de l’érotisme qui teintait les romans de Flemming : « Soyez régulier, espionnez bien ou vous mourrez ».

« Casino Royale » est aux James Bond ce que « Batman begins » est aux… Batman.




[humeur] La machine à voyager dans le temps – Retour vers Nostalgie (0)

06 12 2008

J’écris une lettre à mon Père (1)

Cher Papa, je suis bien arrivé à l’hôpital. J’en profite pour t’envoyer par hirondelle d’or et son générateur d’improbabilité cette petite bafouille, que tu liras si tu as des couilles.

Normalement, elle est programmée pour arriver quelques jours avant ton septantième anniversaire (ou cinquante-vingtième anniversaire comme on dit maintenant dans la Belfrance du Sud), pour te prévenir et essayer de changer le passé (enfin le futur dans ton cas). Bien entendu, c’est peine perdue puisque d’après la théorie du grand physicien Kalish, le paradoxe temporel n’existe pas et toute altération du passé fait partie intégrante du futur. J’avoue ne rien comprendre a tout cela mais cela expliquerait le bordel qui nous entoure.

Je suis donc bien arrivé à l’hôpital et mon foie artificiel fonctionne à merveille.

Note, cher Papa, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. La fête de tes septante ans m’avait pourtant préparé au pire mais, dans ma grande naïveté, je pensais que tu te serais calmé pour tes cent ans.

Mais assez parlé de moi ! Je t’écris cette lettre dans un but précis.

Alors que tu es à quelques heures de ton septantième anniversaire, tu es loin de te douter que tu n’es encore qu’au tout début de l’œuvre de ta vie (qui ne consiste pas uniquement à détruire mes cellules hépatiques). Le fait que ton âge mental n’ait jamais dépassé 4,2 ans en est peut-être un indice.

Inutile de revenir trop longuement sur ton passé, il est largement étalé dans les livres d’histoires et les innombrables biographies (dont celle écrite par ton grand ami André Grafitti) : ta naissance à même la table de la cuisine (dont la légende dit que tu es tombé plusieurs fois), ton enfance dorée à la campagne entre rationnement salvateur pendant la guerre et bains glacés dans des mangeoires, tes turpitudes sexuelles, ta reconversion en égérie du mouvement surréaliste belge, ta rencontre avec des icones de la scène francophone, et j’en passe et des meilleures.

Tu fus alors sauvé d’une vie de saltimbanque par la fille de sainte Lucette. Lucette, une femme exemplaire et aux talents multiples (elle combinait la fonction de directrice de la banque locale, éleveuse de quelques 150 000 poules, neurochirurgienne et chercheuse en astrophysique), au charme dévastateur inspirant un amour inconditionnel, pur et unique à l’homme de sa vie (qui nageait beaucoup pour entretenir la forme). Sa fille donc, qui t’a sortit du caniveau pour te transformer malgré toi en un honnête père de famille pointant à l’usine.

Elle te donna aussi un fils dont on dit que trois rois mages se penchèrent sur son berceau pour bénir son destin exceptionnel (malheureusement, Lucette passant par là aurait renvoyé ces « bougnouls » (sic) d’un cinglant « ce n’est pas le messie, juste un méchant petit garçon »).

Mais nous ne sommes pas là pour parler de moi.

Après tout, nous connaissons tous le rôle que tu as joué dans mon éducation : la valeur du travail (en me faisant lever tous les jours à 3h30 pour préparer la pâte à crêpe pour le « fournil », un tea room que la fille de Lucette avait créé avec l’argent qu’elle avait gagné dans un fructueux négoce de meuble, et où tu essayais tant bien que mal de faire bonne figure), un alcoolisme chronique (en me forçant à boire de la bière) et une vision tordue de l’amour (sans commentaire).

Mais l’amour a ses raisons qui fait déborder le vase et, cher Papa, j’ai décidé de prendre la plume aujourd’hui, alors que mon foie confit d’alcool servira bientôt de base pour les futurs repas de Noël, pour te rendre l’amour que tu m’as toujours porté et te lancer une mise en garde.

Si tu n’y prends pas garde, les 30 prochaines années risquent de te surprendre : sept mariages (dont un avec Lucette), 42 enfants (dont 3 avec Lucette), un poste de président sur un monde virtuel (Lucette comme vice présidente), la création de la secte qui balayera les religions du monde entier (et comme le chantera Julian Lennon dans son dernier bide : « Imagine all the people, living for Kiglisss, ouh ouhhhh »), etc. etc.

Mon conseil ?

Tout a commencé le jour de cette fête pour tes septante ans sous la forme du verre de vodka de trop. Je t’en conjure, pas de vodka, papa ! Et surtout pas de lapin aux pruneaux !!!

Cela peut te sembler obscur, mais papa, je t’en conjure, écoute mes augures, c’est plus sur. (si j'avais habité à genappe, j'aurais ouvert mon dictionnaire de rime à une autre page)

Sur ce, cher Papa, je te souhaite un joyeux anniversaire.

Sam

 

PS : La nuit de ton anniversaire prochain, tu auras trop bu et tu oublieras de mettre un préservatif (que tu es obligé de porter à chaque rapport sexuel, ayant découvert par trois fois dans le passé (ce chiffre est sujet à caution et certains spécialistes parlent de nombreux bâtards répandus à la surface du globe et qui par un mystérieux hasard se sont tous retrouvés sur un secteur dont tu as contribué à la création) que les pilules contraceptives sont sans effets sur tes spermatozoïdes capables de dénicher un ovule fertile dans les recoins les arides. Ta fraîche et nouvelle épouse tombera enceinte d’un rejeton qui sera le premier d’une longue série. Je ne suis pas autorisé a en dire trop mais sache qu’on est assez nombreux pour faire une équipe de foot et que si tu continues comme cela, on pourra enfin créer l’orchestre philarmonique dont on rêve depuis toujours.

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(0) Ce texte, comme il se doit, rappelant ainsi l’esprit de nos maîtres du nonsense, est plein de digressions et de notes cherchant à perdre le lecteur et l’enrober d’une nimbe toute londonnienne d’absurdité. D’autre part, il est également plein de références hautement culturelles. Par exemple, ce titre une allusion subtile à l’œuvre de H.G. Wells et à Olivier Rameau. Ainsi, au final, nous avons un texte intellectuellement lourd, mais en fin de compte complètement idiots. Sur ce, je vous laisse, j’ai des brocolis sur le feu [cette dernière phrase est un exercice pratique… expliquez en 10 lignes comment cette référence correspond au style de cette note de bas de page… toute référence aux coccinelles est considérée comme un atout].

(1) Le format de ce texte est le résultat d’un traumatisme d’enfance, mon père m’ayant laissé écouter en boucle les cassettes (2) des spectacles de Roland Magdane.

(2) Pour les plus jeunes d’entre vous, la cassette est un support qui permet d’enregistrer, ré-enregistrer et écouter des sons. Par exemple, outre enregistrer votre musique favorite à la radio ou copier votre 45 tours (3) préféré, vous pouvez y stocker les données de votre commodore 64 (4).

(3) Le 45 tour est une sorte de grand DVD, noir et couvert de sillons qui permettait d’écouter de la musique. La grande différence entre les deux formats est que le graveur de 45 tours était hors de prix.

(4) Le commodore 64 est un micro-ordinateur qui a fait la joie de toute une génération grâce à sa terrifiante puissance de calcul de 64K. Il a balayé le pauvre ZX80 qui contrairement à ce que son nom pourrait le laisser entendre était bien loin de 80K.




[culture] Quelle est ta quête ?

27 10 2008

Galahad: You are the keeper of the Holy Grail?

Zoot: The what? (1).

 

Oui, au fait, c’est quoi le Saint Graal ? Le calice floral et fertile de Marie Madeleine ? (2) Un « machin genre verre à jus de fruit de Jésus » ? (3)

Celui qui, comme moi, est abonné à cette sous-culture qu’est le cinéma possède de nombreuses sources pour entamer sa quête. C’est qu’il a inspiré pas mal de scénaristes le godet du Christ, de « Perceval le Gallois » de Rohmer à l’infâme « Lancelot » (Richard Gere ? Non mais et puis quoi encore ???) en passant par « Indiana Jones et la dernière croisade », « Excalibur » ou indirectement « Star Wars ». Mais si vous voulez un film qui, selon les spécialistes, « repose sur une connaissance solide de la légende arthurienne et avoue des intentions pédagogiques » (4), il ne vous reste qu’un seul titre : « Sacré Graal » (1).

Mais revenons-en à nos moutons.

Des chevaliers suintant la testostérones et voyageant par monts et par vaux, de combats et combats, pour chercher le Graal, cette coupe que le Christ aurait utilisé pour son dernier repas, qui aurait ou n’aurait pas recueillis son sang, qui aurait ou n’aurait pas été rapporté en Angleterre par Joseph d’Arimatie, et qui tels Adams connaîtront la déchéance et la mort par la faute d’une pécheresse.

C’est ce que vous trouverez dans les récits du 12e siècle qui posent les fondements de la légende arthurienne (lisez le magnifique recueil dans la collection « Bouquin » qui contient entre autre l’intégrale de Chrétien de Troye).

 C’est beau, c’est puissant, c’est viril… et par là même un peu ridicule et absurde. Tout en symbolique, cette quête du Graal est le symbole de la quête nonsensique, de celles dont l’objet est sans réel intérêt et donc le but ultime est le cheminement. La quête du Graal, c’est la quête du sens de la vie, quête absurde s’il en est, mais notre quête à tous.  Un combat acharné, perdu d’avance et vide de sens.

Comment faire pour rendre la balade intéressante quand on sait que le but est au mieux une vieille coupe en terre cuite ébréchée et toute tâchée ? On s’amuse. Tel est le message de « Sacré Graal ».

On laisse au rencard les fiers canassons pour les remplacer par le son harmonieux de la noix de coco au petit matin, on se bat contre des animaux fabuleux tels des lapins sanguinaires, on soudoie des adversaires polycéphales à l’aide de jardinets, on danse et on boit dans la douce chaleur de Camelot, on évite les femelles tentatrices du château d’Anthrax dont la seule vocation est de nous détourner de notre quête.

« Sacré Graal » est un film qui tout en étant une déconne absurde et bidonnante nous offre toutes les clés tirées des récits classiques pour réussir notre vie. Il est l’incarnation philosophique nonsensique qui peut vous faire renoncer au suicide romantique nihiliste tout en vous faisant rire un bon coup !

Bien entendu, tout ce que je viens de dire est parfaitement idiot. Mais si vous avez suivit, c’est le fondement même de la philosophie du Graal.

Je terminerai ici et ainsi, par une fin misérable toute à l’image de celle du film des Monty Pythons réussissant ainsi le défi de faire « the worst bloody movie ending in cinematic history » (5).

 

Arthur: Please go and tell your master that we have been charged by God with a sacred quest,  and if he will give us food and shelter for this night he can join us in our quest for the Holy Grail.

Man:  Well, I'll ask him, but I don't think he'll be very keen. He's already got one, you see? (1)

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(1) Chapman et al. (1965) Monty Python and the Holy Grail. http://sfy.ru/sfy.html?script=mp_holygrail

(2) Brown (2003) Da Vinci Code (Maintenant que je vous ai balancé la fin, cela vous évitera de le lire).

(3) Gilliam (1991) The Fisher King.

(4) Lucas (1996) Réception de la littérature médiévale à travers le médium cinématographique. http://crm.revues.org/index2497.html

(5) Cleese (1982) BBC1 interview.




[culture] George du Maurier, L’ombre et la lumière

01 10 2008

Il existe de nombreuses raisons d’écrire ou de lire une biographie.  La plus courante étant la fascination de la personne que l’on y fait vivre (même si cette personne est soi-même dans le cas de l’écriture d’une autobiographie). Tout dépend de ce que l’on espère y trouver, des anecdotes sur un personnage aimé ou détesté, des informations sur son auteur ou encore un petit reflet de soi.

Il est cependant plus rare de lire la biographie d’un individu dont on ignore tout.

C’est pourtant ce que j’ai fait en lisant « L’auteur ! L’auteur », la biographie de Henry James.

Si je me suis aujourd’hui offert « Le tour d’écrou », un des romans majeurs du maîtres, je dois confesser que je n’ai jamais lu une seule ligne de son œuvre, n’avait jamais entendu parler de ses tentatives en tant que dramaturge et qu’au mieux son nom me semblait familier.

Alors pourquoi lire sa biographie ?

Pour son auteur, bien sur !

Si David Lodge décidait demain d’écrire un livre sur la culture de la betterave, il est fort a parier que je me plongerais immédiatement dans sa lecture (ou alors que je conserverais précieusement cet ouvrage pour un moment de creux où un livre de grande qualité est requis).

David Lodge est un des auteurs majeurs de notre époque, qui ne cesse de surprendre par ses pirouettes narratives, ses changements incessants de styles et son humour, sa maîtrise du nonsense qui en font un des auteurs les plus honnêtes que j’ai jamais lu (si ce n’est pas déjà fait, lisez n’importe lequel de ses romans, par exemple « Nouvelles du paradis » ou « Changement de décors »).

Avec « L’auteur ! L’auteur ! », il se lance dans la tâche délicate de raconter une vie bien réelle en choisissant la prose, présenter une réalité sous une forme romanesque (surtout en sachant avec quel mépris Henry James considérait les biographes, détruisant une part substantielle de sa correspondance pour éviter que l’on puisse plus tard récupérer sa vie : « Je déteste penser que des gens pourraient les lire quand nous serons mort. (…) les publier, et en tirer de l’argent. Il en va ainsi à cette époque affreuse, américanisée qui est la nôtre. Il n’y a plus d’intimité qui tienne, plus de décence. Journalistes, biographes… Ce sont des parasites. »).

Malgré un début déroutant, il réussit à embarquer le lecteur dans un voyage fascinant dans la vie d’un homme en quête d’absolu  et ne récoltant au mieux qu’une reconnaissance tardive (parsemée de déception et d’une humiliation particulièrement cuisante).

Mais comme souvent dans les lectures, on se perd en chemin et dans cette biographie de Henry James, c’est un autre personnage qui m’a fait un clin d’œil, une icône du nonsense : George du Maurier.

George du Maurier, « Kiki » pour sa famille et ses amis, a été un des maîtres à penser de cet âge d’or du nonsense qu’a été le 19e siècle de l’Angleterre victorienne. Il était un des meilleurs amis de Henry James et là où James était en quête de gloire, du Maurier n’était qu’un artiste humble, plein d’humour et créatif. Si aujourd’hui le nom de James éclipse largement celui de du Maurier pratiquement tombé dans l’oubli, ce n’est pas sans une certaine ironique que de leur vivant, du Maurier connaîtra la gloire convoitée par son ami Henry et ce, presque par accident.

Né à Paris en 1834, c’est à Londres que du Maurier se fera un nom. Il se lance d’abord dans la peinture mais la perte d’un de ses yeux lui fermera à jamais la possibilité de devenir un peintre digne de ce nom. Il laissera derrière lui la vie de bohème parisienne pour devenir caricaturiste à Londres, succédant au célèbre John Leech dans le journal Punch.

Toute sa vie sera guidée par la crainte de perdre son deuxième œil et avec lui la capacité de s’exprimer à travers son art. Mais c’est sous la casquette de romancier qu’il deviendra probablement l’auteur le plus vendu et le plus lu de toute son époque (causant des sentiments contradictoires chez son ami Henry James).

Son premier roman, « Peter Ibbetson », n’a connu qu’un succès limité, mais son second livre « Trilby » dont il fit également toutes les illustrations, connaîtra un succès mondial marquant le début de cette récupération dysneyenne qui est devenu la règle aujourd’hui : des adaptations au théâtre mais aussi des chaussures, des glaces, des chapeaux, des balayettes et même des saucisses se verront étiquetées « Trilby ».

« Trilby » est l’histoire d’une jeune fille, devenue modèle nu pour les artistes, et qu’un hypnotiseur réussi à faire chanter comme un ange (alors qu’elle est dépourvue de tout talent en son absence). L’origine de son succès est quelque peu obscure et jamais du Maurier n’arrivera à renouveller son exploit. Il mourra en 1896, juste après avoir mis le point final à un second roman illustré « La martienne » qui ne connaîtra que bien peu de succès et se verra railler par les critiques.

Du maurier vivra mal sa renommée, étant le premier étonné du succès (et un peu énervé aussi puisque si le livre lui assurera une confortable fortune, ce ne sera qu’une goutte d’eau par rapport à ce qu’il aurait pu gagner s’il n’avait d’abord cédé ses droits pour 2000 livres.)

Si aujourd’hui du Maurier a laissé son empreinte dans l’inconscient collectif anglais (tout le monde sait ce qu’est un chapeau « Trilby », ce qu’est un « Svengali » du nom de l’hypnotiseur du roman ou encore l’expression « full monty » pour désigner un nu intégral), peu peuvent en retracer l’origine et son auteur. Il garde cependant une place de choix dans l’histoire du nonsense, grâce à  ses illustrations et limericks.

Un petit exemple de ses « vers nonsensiques à l’usage des familles anglaises » publiés en français dans le magasine Punch en 1877 :

« Il naquit près de Choisy-le-Roi ; Le latin lui causait de l’éffrois ; Et les mathématiques ; Lui donnaient des coliques, Et le grec l’enrhumait. Ce fut moi. »

« Il était un gendarme à Nanteuil, Qui n’avait qu’une dent et qu’un œil ; Mais cet œil solitaire ; Etait plein de mystère ; Cette dent, d’importance et d’orgueil. »

Un auteur á découvrir en filigrane dans la biographie de Lodge ou au milieu de ses pairs dans « Les dingues du nonsense » de Robert Benayoun.




[humeur] Gonna be a rock’n’roll star…

01 10 2008

Alors que je fais la queue pour prendre les billets de ce qui seront mes 7e et 8e vols de cette semaine, je vois à côté de moi un groupe de musiciens qui s’embarque pour les Etats-Unis. Ils sont facilement reconnaissables à leurs instruments et leur look décalé.

Je les regarde avec une petite pointe de jalousie mais pas trop.

Il faut dire que je n’ai pas trop mal réussi mon coup.

Bon, mon nom ne résonne pas encore pour l’éternité comme je l’espérais dans ma tendre enfance mais ce rêve là est vite mort profit de petites aspirations plus réalistes : devenir Indiana Jones et être une rock star.

Mais tu n’es pas un archéologue super sexy en quête de trésor perdus et ton dernier concert date de nombreuses années (et le maigre public pourra témoigner que tu étais loin de la rock star), me direz-vous.

C’est vrai.

Mais dans la vie, tout est question de perspectives.

Je suis un biologiste marin et chaque jour je m’aventure ou personne n’a jamais mis les pieds. Je crée la vie et observe des choses qu’aucun humain avant moi n’a vues. Il faut croire qu’Indiana Jones m’a inspiré plus que l’achat de l’une ou l’autre chemise.

Aujourd’hui que ma vie de chercheur prend un peu d’ampleur, je peux enfin goûter à la seconde partie de ma ligne directrice de vie. Je bosse en ce moment sur un sujet aussi grave qu’à la mode. Cela signifie qu’une partie de mon boulot est de parcourir le monde pour partager mes résultats avec mes confrères et essayer de convaincre les autres de l’urgence de faire quelque chose.

Pratiquement, cela signifie partir en tournée mondiale, avec ses dates de représentation (j’ai une conférence qui se rode au fil du temps), ses fêtes et ses débordements (appelés « Ice Breaker party » ou encore « Gala dinner »).

Je ne suis donc pas loin de la rock star ! Et je pense sérieusement à me faire imprimer un t-shirt de tournée.

Après tout, pour réussir sa vie, il suffit d’avoir 3 ans d’âge mental, faire ce que l’on aime et de ne pas se prendre au sérieux.




[livre] L’industrie du sexe et du poisson pané

30 09 2008

On ne saura jamais qui a inspiré l’autre mais alors qu’un individu faisait l’analogie entre une tornade balayant une montagne de pièce détaché pour former miraculeusement une voiture (comme analogie à la probabilité que la vie soit apparue juste par « chance »), les shaddoks tentaient l’expérience : si les chances de créer un vaisseau spatial en lançant des pièces détachées en l’air est de une sur un milliard, il suffit de répéter le procéder 999 999 999 fois « pour rire » et obtenir son vaisseau au dernier lancer.

Il suffisait d’y penser.

Cet absurde pied de nez aux statistiques va dans le sens du fait que celui qui ment en disant en mensonge peut parfois dire la vérité.

Ainsi, il ne faut pas confondre nonsense et n’importe quoi.

Le nonsense n’est pas absence de sens (contrairement à ce que le mot peut évoquer, ce qui en soit est déjà un nonsense mais je ne vous emmerderai pas avec les fractales cette fois ci). Le nonsense, c’est ce qui ne va pas dans le même sens que les autres, même pas en contre sens.

Cela peut ressembler à du n’importe quoi mais c’est beaucoup plus que cela (propriétés émergentes, bla bla bla).

Par contre, serait-il possible que du nonsense naisse du n’importe quoi, à l’instar du menteur qui dirait parfois la vérité par mégarde ? Le nonsense pourrait-il naitre de cette tempête balayant une décharge ?

J’aime à penser que oui.

Prenez le roman d’Emmanuel Pierrat : « L’industrie du sexe et du poisson pané » (oui, j’ai encore été victime d’un achat compulsif basé sur un titre intrigant et la présence du mot « déniaisé » en quatrième de couverture, mot qui a presque autant de saveur que le « déviergé » que j’ai du croisé au détour d’une case de « Carmen Cru »).

Prenez donc ce livre, se pourrait-il qu’il contienne quelques perles de nonsense ?

Rien que la démarche a quelque chose d’absurde.

« L’industrie du sexe et du poisson pané » est calqué sur le schéma du roman érotique de gare (pour en découvrir les procédés d’écritures, je vous invite à lire l’excellent « Adios Schéhérazade » de Donald Westlake). Deux magnifiques jumelles orphelines, ayant connu trop jeune un sexe décevant et brutal, décide de quitter à 18 ans leur Bretagne natale et leur vie de pêcheuse au gros, pour explorer ce que le sexe peut leurs apporter à Paris (leur imagination ayant été titillée par leurs lectures et leurs expériences zoophilo-incestueuses). Elles débarquent dans la capitale où un lointain cousin bi-sexuel se révèle être un guide hors pair (paire ?).

Du porno super soft et un peu plus intellectualisé (avec de ci, de là, des vindictes contre les biens pensants, la prostitution, la pédophilie, ) mais qui a néanmoins du mal à choquer après le passage d’un Houellebecq qui a fait cela avec beaucoup plus de talent. Ajoutez à cela des analogies poissonnières et vous avez entre les mains le roman de Emmanuel Pierrat.

Pas de la grande littérature, parfois franchement consternant, ce roman se laisse pourtant lire « juste pour rire » et amusera ceux qui s’amusent de la sexualité jusque dans l’excès. 




[musique] Le retour des champions

25 09 2008

PROLOGUE

Queen est moi, c’est une histoire qui ne date pas d’hier. Enfant, je collectionnais amoureusement les cassettes enregistrées à partir des vinyles. Aujourd’hui, je reste un amateur de la première époque et je considère que « A night at the opera » est un de 10 albums sur ma liste des meilleurs albums de tous les temps.

Alors, que penser du retour de Queen bien des années après la mort de son leader charismatique Freddy Mercury ? Après tout, comme me le disait encore un fan hier « Queen c’était 90% Freddy Mercury ».

Voici une petite histoire en 4 actes pour faire le point sur le « return of the champions » avec à leur tête le polyvalent Paul Rodgers.

ACTE I – Mythologie

Pour beaucoup, le retour de Queen sous la forme « Queen + Paul Rodgers » a quelque chose d’hérétique, un peu comme de lire une Bible dans laquelle Jésus serait remplacé par Pascal Sevran. Mais pour moi, ce n’est pas si perturbant. Il faut savoir que j’ai une certaine tendance à interpréter les faits sans toujours les vérifier pour ensuite les intégrer dans ma mythologie personnelle. Si cette tendance s’est un peu calmée avec l’âge, cette forme d’auto-crédulité était assez prononcée dans mon enfance.
Ainsi, pour moi, Freddy Mercury n’était pas le chanteur de Queen. Il n’était que le nouveau chanteur de Queen à partir du moment, où selon mes critères personnels, le groupe à entamé la pente descendante.

Je situe précisément ce moment à la sortie du single « Radio Ga-Ga ». Pour l’occasion, l’émission de clip que je regardais hebdomadairement sur la chaîne belge avait mis les plats dans les grands. L’animateur de l’époque avait présenté le clip en faisant une parodie de publicité pour une marque de lessive : « prenez un baril de Queen, ajoutez une bonne dose de Freddy Mercury… » pour ensuite laisser place au clip aujourd’hui célèbre combinant image du groupe (et préparant le public aux gestes démentiels qu’ils continuent d’utiliser aujourd’hui) et extrait de « Metropolis ».

Comment ? C’est Queen, ca ?

Cette déception ne pouvait provenir que de l’influence maléfique de ce nouveau chanteur, Freddy machin.  Mais pourquoi diable avaient-ils changés de chanteur ? QU’est-il arrivé au chevelu qui chantait avant ?

Une seule explication s’imposait, tel Bon Scott terrassé par son vomi, il avait du passer l’arme à gauche ! (ce que la pochète d’un précédent album ne pouvait que confirmer même si le paradoxe temporel aurait du me mettre la puce à l’oreille).

Il m’a fallu de nombreuses années et de nombreuses humiliations publiques pour enfin découvrir la vérité. Et si Freddy Mercury est bien mort, ce n’est que de nombreuses années plus tard.

Alors, vous pensez… un nouveau chanteur pour Queen, ce n’est pour moi qu’un chanteur de plus !

ACTE II – les ravages du temps

Depuis que je vis en Suède, j’ai pris une certaine distance avec la télévision. C’est donc par une incroyable coïncidence que j’ai profité de la sieste dominicale des deux monstres pour allumer le poste en ce dimanche pluvieux. Je suis tombé sur la diffusion du concert pour les 90 ans de Nelson Mandela auquel participait une belle brochette d’artistes, nombre sortant du caveau des années 80. Si j’ai a peine reconnu Peter Gabriel ou encore eu de la peine pour Simple Minds, ces magiciens de la foule, qui semblent avoir perdu leur don face à un public qui les a oublié, j’ai été positivement impressionné par le final de Queen + Paul Rodgers, reprenant les standards du groupe avec une pèche épatante.

Mon petit cœur d’enfant idiot et crédule s’est remis a battre dans ma poitrine et une petite pointe de regret s’est mise à me titiller.

Pourquoi diable n’avais-je jamais eu l’occasion de voir ces monstres en concert ?

Et puis l’idée folle s’est mise à envahir mon cerveau perturbé : et s’il n’était pas trop tard ?

Une rapide recherche sur le net m’a renseigné. Queen + Paul Rodgers avaient déjà fait une tournée il y a quelques années (damned !!!) mais allaient sortir bientôt un nouvel album studio intitulé « The cosmos rocks ». Qui dit album dit souvent tournée. J’ai poursuivit plus avant ma recherche et cherché les dates de la tournée européenne. Après tout, il n’était pas improbable qu’ils passent par Göteborg qui se trouve à un jet de pierre de ma maison perdue au fond des bois.

Mais le destin en avait décidé autrement…

Pas de date en Scandinavie. Il ne me restait que l’Allemagne ou la Belgique. The cosmos sucks. Putain de Karma !

Mais après tout, mon anniversaire était proche et pourquoi ne pas faire une petite folie. Le cœur battant, je me suis donc payé un aller-retour pour Bruxelles et profiter de mon séjour de moins de 24 heures dans mon pays natal pour aller voir Queen et son nouveau chanteur au Sportpaleis d’Anvers le 23 septembre 2008.

ACTE III – The return of the champions

L’aventure était en marche. Mais l’explorateur ne part jamais sans bien préparer son expédition.

Je me suis donc procuré l’album de la tournée précédente, un double album intitulé « The return of the champions ». 

Avec lui sont venues les premières inquiétudes.

Oui Paul Rodgers se débrouille plutôt bien, imposant son propre style sans essayer de faire son « Freddy Mercury », les standards du groupes sont excellents et agréables à ré-écouter mais l’album est terriblement inégal. Dans les meilleurs des morceaux, l’album manque de vie, est trop polissé, trop travaillé. Il manque l’étincelle de magie. Mais c’est surtout quand les anciens membres du groupe, Rodger Taylor en particulier, se placent sur le devant de la scène pour interpréter quelques morceaux que les choses se gâtent… Cela culmine avec Taylor essayant d’imposer une nouvelle chanson au lance-pierre « Say it’s not true ».

En résumé, un bon début, un bon final et dans la tranche quelque chose d’assez indigeste.  

ACTE IV – The cosmos rocks

Le nouvel album studio est encore tout frais, ne sortant que quelques jours avant la date du concert.

Ne pouvant attendre, j’ai fait une petite recherche pour essayer de découvrir en « sneak preview » quelques plages de l’album à venir. Il y avait déjà « Say it’s not true » joué en concert lors de la précédente tournée et j’ai facilement pu tracer un extrait de passage à la télévision où le groupe jouait le futur premier single de l’album « C-lebrity ».

De nouveau, il y avait de quoi s’inquiéter. Si le morceau, sorte de critique légère du star système de l’âge de la télé-réalité qui ne peut que déstabiliser ces papy du rock est écoutable, il est loin des critères de qualités que l’on attend d’un groupe comme Queen, en particulier pour leur grand retour. Il fait plutôt sourire.

Le reste de l’album est du même tonneau. Un album sympathique, très écoutable, mais manquant singulièrement d’originalité et perdu entre différents styles. Du « rock à papa » pour reprendre l’expression du gars assez classe qui m’a accompagné plus tard au concert et rien qui pourra séduire une nouvelle génération qui ne connait de Queen que les deux albums « best of ».

C’est donc avec un enthousiasme quelque peu refroidit que je me suis rendu au concert, ce 23 septembre 2008 à 20h30 (non sans un arrêt par le palais de la pitta pour une traditionnelle petite collation).

ACTE V – Dans l’arène

Première constatation, le public est plus jeune que prévu. Si les quinquagénaires sont là, tous les âges sont représentés et je ne peux que sourire à la vue de ces gamins de 18 ans avec leur T-shirt de tournées d’avant leur naissance.

Les lumières s’éteignent. Les étoiles s’allument, scintilles, des météores bruyants envahissent la salle, le public s’échauffe (vont-ils commencer le concert par un « Flash » de derrière les fagots ?) et enfin, le son reconnaissable entre mille de la guitare de Brian May explose dans un flash de lumière.

Ils sont bien là, en chair et en os, Brian May, Rodger Taylor et Paul Rodgers. Ils se lancent alors dans une sélection de tubes des premières heures.

Rapidement, il apparait que le seul qui semble s’amuser sur scène est Paul Rodgers (et ce malgré les ridicules phrases lancées au public sans grande conviction, tels des « Formidable » de Charly Oleg). Il a la patate et est visiblement content d’être sur scène, souriant autant que le chanteur de Wet Wet Wet (ce qui n’est pas peu dire).

Pourtant, le public semble ingrat.

Les applaudissements pour Paul Rodgers sont juste poli, ce qui est particulièrement évident lorsqu’il interprète un morceau en s’accompagnant seul à la guitare acoustique.  Personne ne semble voir que c’est lui qui porte aujourd’hui le groupe sur ses épaules, insufflant de l’énergie là où Brian May semble se décomposer sur place (sans pour autant remettre en question son incroyable talent de guitariste) et Rodger Taylor semble prêt à mourir sur scène à tout moment.

Le groupe a joué 4 pistes du nouvel album, avec à la clé un accueil tiède du public (« voici un morceau de notre nouvel album The Cosmos rocks, vous êtes probablement 3 à l’avoir acheté », annonce Brian May de façon assez réaliste).

Une fois de plus, le milieu du concert est assez plat alors que Paul Rodgers est écarté pour laisser la place aux anciens : une sympathique version de ’39 par Bryan May et la traditionnelle « I’m in love with my car » par Taylor qui ferait vraiment mieux de s’en tenir aux percussions. Je passerai sous silence les interminables solos de batteries (même si l’introduction percussion-basse de Taylor était sympathique) et de guitare (note pour note le même que pour la tournée précédente) ainsi que les tristes manipulations du public à grand coup de « mon pote Freddy » (au fait, il est devenu quoi John Deacon ? On peut juste raisonnablement penser qu’il est toujours en vie puisque qu’il n’y a pas eu d’hommage chez Jean-Pierre Foucault).

La salle reprend un peu vie pour la dernière partie quand Queen retourne dans son bread and butter avec une succession de morceaux ultra-prévisibles.

J’ai passé un bon moment même si ce n’était pas aussi LEGEN… wait for it… DARY que prévu. Cela m’a permis de constater que le public ne se déplace que pour voir un groupe de reprise, sans laisser grande place à la nouveauté ou une vraie chance à Paul Rodgers. Le groupe, avec une lassitude évidente, donne au public ce qu’il veut : une sorte de karaoké géant où tout un chacun peut faire les gestes démentiels.

Pour ma part, je propose de rebaptiser le groupe Paul Rodgers + Queen et je vais de ce pas explorer plus avant la carrière éclectique de ce mercenaire du rock.

Voir Queen en concert, c’est fait.

Prochaine étape ? ACDC l’été 2009 ?

EPILOGUE
Dans le troisième avion qui m’éloigne un peu plus de la Belgique, je raconte le concert à mon patron qui a son tour m’étonne d’une petite anecdote.

Il se trouve que Brian May et lui viennent d’un même village en Angleterre et qu’ils leur arrivent de se croiser au détour d’une route.

Il y a de nombreuses années, alors que mon patron assistait à la traditionnelle pantomime du village, il fut fort contrarie par cet individu se trouvant devant lui et donc l’abondante coiffure lui bouchait la vue (c’est une des raisons pour laquelle la reine Fabiolla a une loge personnelle au théâtre et à l’opéra).  Ajoutant à cela une veste en cuir noir, mon patron aurait glissé, non sans quelques sarcasmes :

-          Un gars du village se prend pour une star du rock…

Avant de découvrir qu’il s’agissait du guitariste de Queen.

It’s a small world.

EPILOGUE 2

Mon patron semble incollable sur Brian May (« J’aimerais pouvoir dire que je le connais ») et m’a raconté une nouvelle anecdote que je vais mon contenter d’ingurgiter sans prendre la peine de la vérifier, comme au bon vieux temps. Ainsi, Brian May aurait fait des études d’Astronomie et un doctorat qu’il aurait interrompu suite au succès de Queen.  Ce n’est que récemment qu’il aurait repris cette branche oubliée de sa vie et terminé son doctorat pour devenir officiellement un docteur en astronomie. Voilà qui explique peut-être pourquoi « The cosmos rocks », l’omniprésence de sons « spatiaux » et l’allusion au paradoxe einsteinien en introduction de « 39 » lors du dernier concert.

C’était vraiment très intéressant !




[film] L’homme des hautes plaines

19 09 2008

La chaleur fait scintiller la plaine qu’une musique stridente contribue à rendre malsaine. Et soudain, un cavalier dont le cheval trottine calmement vers la petite ville de Lago, petite ville minière surréaliste posée au bord d’un lac. L’homme pénètre dans la ville sans un regard pour ses habitants, ces derniers visiblement intrigués par l’arrivée de l’étranger. Une chose est sure… personne n’oubliera le jour de son arrivée.

Ainsi débute " L’homme des hautes plaines ", un des westerns les plus étranges et remarquable sortit au début des années 70. Une fois de plus, il porte l’empreinte de celui qui contribuera à renouveler ce genre encore et toujours, Clint Eastwood, portant dans ce film les casquettes d’acteur, réalisateur et producteur.

Pour cette seconde réalisation qui marque le début d’une longue carrière à la reconnaissance tardive, Clint Eastwood décide de donner une nouvelle dimension surréaliste au western.

Si certains aspects sont conventionnels du genre (on est encore loin du réalisme de " Deadwood "), " L’homme des hautes plaines " est un OVNI (tout comme le seront " Josey Wales hors la loi " ou " Impitoyable " bien des années plus tard). Un film à la croisée des genres, entre " Pour une poignée de dollars ", " Lost highway " et " Angel heart ".

En choisissant de tourner loin des studios hollywoodien (tout en bouclant son film en 6 semaines, en avance sur le planning et en dessous du budget), Clint donne au film un cadre d’étrangeté que vient compléter le parfum surnaturel du héros, sortit de nul par pour plonger une petite ville littéralement en enfer. Loin du justicier, il n’hésite pas à se faire le bras droit du diable pour tourner les habitants les une contre les autres, prendre ce qu’il veut en tout impunité (femmes comprises) et plonger cette " babylone du far " dans le chaos.

L’étranger est un archange apocalyptique venu perpétrer la vengeance d’un marshall victime de la cupidité et de la lâcheté des citoyens. Curieusement, personne dans la ville ne semble remarquer la ressemblance troublante entre les deux hommes, cet étranger mystérieux et l’homme enterré sans même une plaque portant son nom, sans doute aveuglé par le péché et la culpabilité qui les ronge.

" L’homme des hautes plaines " est un film culte pour son mélange de genre et son ambiante sans comparaison encore aujourd’hui, sorte de " Une nuit en enfer " qui aurait la sobriété de la caméra de Clint Eastwood. A voir aussi pour découvrir les premiers pas d’un des plus grands réalisateurs de notre temps.




[musique] Young Owen plays it cold (0)

16 09 2008

(0) Est-il besoin de rappeler que l’humour nonsense est glacé, sophistiqué et hautement référencé et que la note de bas de page (de préférence totalement hors sujet) fait partie de ses traditions ? Commençons donc par une note de bas de page perdue en haut de page et vous proposant le jeu : « toi aussi explique le titre de ce texte ». A gagner un apéritif au dernier restaurant avant la fin du monde.

--

« A un moment, ells n’existaient pas, en tout cas sous une forme qui retenait l’attention, et le moment d’après on ne pouvait plus les éviter : elles étaient partout, où qu’on tourne les yeux. »

Cette petite remarque anodine de Nick Hornby (1) concernant l’apparition presque magique des filles au début de l’adolescence pourrait aussi s’appliquer aux références au ‘Guide Galactique’ lorsque celui-ci s’introduit subrepticement dans votre vie. Ne le niez pas, les ‘42’ sont partout, parfois dans les endroits les plus inattendus et ils nous sautent à la figure, tel des labradors mouillés sur votre costume du dimanche. Je n’ai pas la moindre idée de ce que cela peut signifier (probablement rien mais il faudrait mesurer un kiosque à journaux pour en être sûr, 2).

Un exemple ?

Prenez Coldplay, le « plus grand groupe de rock du monde » selon les délires radiophoniques de publicitaires belges (3). Il est déjà discutable de considérer Coldplay comme un groupe de Rock mais en plus chacun sait que le plus grand groupe de rock du monde et de l’histoire n’est autre que Plan Orsec ! (4). Il faut cependant reconnaître que ces deux groupes ont en commun un succès énorme sans faire preuve d’une grande originalité et que tous deux ont finit « Dans le soleil » (5).

Attention, je n’ai pas dit que je n’aimais pas Coldplay. Il faut leurs reconnaître une redoutable efficacité (á défaut d’une réelle originalité). Les balades de Chris Martin sont magnifiques, les morceaux sont parfaitement huilés selon des recettes parfaitement éprouvées (par d’autres groupes plus expérimentaux) avec au final, par exemple sur leur dernier et quatrième album ‘Viva la Vida or Death and All His Friends’, à une succession de hit à la perfection effrayante. C’est très beau, très plaisant mais un peu lisse au point que cela pourrait presque plaire à la grand-mère susmentionnée (suce mentionnée ???) si elle n’était pas en phase terminale depuis 10 ans.

Rien à voir avec un groupe comme Radiohead (auquel Coldplay est souvent injustement comparé) qui est devenu le plus grand groupe de rock du monde (oubliez la note (4)) en revisitant le genre rock dans sa période bénie ‘The Bend’ et ‘OK Computer’ avant de le quitter pour se lancer dans de nouvelles aventures.

Pourtant, les deux groupes ont bien quelque chose en commun… Ne citons que quelques pistes célèbres de ces deux artistes : ‘Paranoïd androïd’ pour Radiohead et ‘Don’t panic’ & ‘42’ de Coldplay.

Vous l’avez compris (une page de déblatération pour en arrivez là), il s’agit de références à saint Douglas Adams ! (6).

‘Don’t panic’ est la plage d’ouverture de ‘Parachute’, le premier album de Coldplay sortit en 2000 et qui fera découvrir le groupe avec des titres comme ‘Yellow’ ou encore ‘Trouble’. Un morceau ‘guitare’ pop-rock folk de base, ma foi assez plaisant, avec des paroles répétitives et assez minimaliste :

« Oh, we're sinking like stones, All that we fought for, (…)We live in a beautiful world »

‘42’ est une des plages marquante du dernier album en date sortit cette année. Il débute sur une balade voix-piano qui a fait les heures de gloire du groupe. La douce voix de Chris Martin est rapidement rejointe par une pléiade d’instrument, base, violon, batterie discrète.

« Those who are dead are not dead, They’re just living my head (…) »

Le morceau bascule alors dans une partie plus rythmée qui emprunte des riffs à Radiohead et les changements de rythme que l’on retrouve par exemple chez Dire Straits de l’époque ‘Romeo & Juliet’.

« You thought you might be a ghost, You didn’t get to heaven but you made it close »

Efficace mais rien à voir avec la richesse musicale de ‘Paranoïd android’ dont les paroles plus délirantes et moins faussement profondes qui rendent hommage à l’univers nonsense (« That's it, sir, You're leaving, The crackle of pigskin, The dust and the screaming, The yuppies networking, The panic, the vomit, The panic, the vomit, God loves his children, God loves his children, yeah! »

Alors l’éternelle question revient sur toutes les lèvres : « Pourquoi 42 ? »

Est-ce une blague en base 13 ? Est-ce une réponse à une question que le groupe se pose ?

Les paroles de la chanson sont assez peu éclairante et les spécialistes se disputent sur la question (enfin surement).

Certains évoquent le fait que l’album dure 42 minutes, font allusions aux 42 chansons qui ont été évincées de l’album précédent et d’autres explications farfelues du même tonneau.

La réponse, comme souvent, est venue de la bouche de Chris Martin (7) :

« Je ne pense pas que vous puissiez essayer de devenir le meilleur groupe du monde sans avoir une chanson qui soit un numéro » (8).

Et quitte à prendre un numéro, pourquoi pas 42, comme le répétait Douglas Adams…

--

(1) Dans son premier et probablement meilleur roman ‘Haute fidélité’.

(2) Je sais, cette phrase est encore plus absurde que les autres. Dans ma mythologie personnelle, Umberto Eco aurait fait référence au fait qu’on aurait retrouvé le nombre d’or, cette proportion ‘magique’ censée conféré beauté et longévité à toute création, un grand nombre de fois dans un kiosque à journaux des plus banal (et donc des plus hideux et périssable, tout comme ma grand-mère). L’histoire est belle, peut vous aider à séduire une poulette perturbée dans un bar enfumé mais je ne suis pas certain mes sources. J’ai eu beau me replonger dans ‘Le pendule de Foucault’ que je pensais être l’origine de l’histoire, je n’ai jamais pu remettre la main dessus…

(3) Je place un copyright sur cette nouvelle insulte !

(4) Selon le Guide Galactique (voir ‘Le dernier restaurant avant la fin du monde’) : « Plan Orsec, groupe de pluto-rock originaire de la région d’A.J.T. du Bocal est considéré non seulement comme le plus bruyant de tous les groupes de rock de la Galaxie mais en fait comme le plus bruyant de tous les bruits tous court. » et selon Ford Escord et Zappy « Le plus grand », « le plus riche » des groupes de rock de l’histoire de l’histoire elle-même.

(5) Une des grandes performances de Plan Orsec est de terminer un concert en plongeant dans un soleil alors que plus prudent, Coldplay en collaboration avec Michael Stipe de R.E.M. se sont contentés de chanter sur la chanson ‘In the sun’.

(6) « J’aime bien les préliminaires », comme me le disait encore ma belle hier… Rhaaaa Lovely. Sinon, on notera aussi l’apparition d’un robot « marvinien » dans un clip de Coldplay dont j’ai oublié le titre.

(7) Est-il de la famille de Dean, Aston et Ricky ? Une chose est sûre, il aime les films gore (Martin… Gore… humooouuurrrr !)

(8) Ne citons que ‘40’ de U2, ‘1979’ de Smashing pumpkins ou encore ‘39’ de Queen. Il faudra que je consulte la discographie de Plan Orsec pour vérifier cette théorie.




[humeur] Books strike back

11 09 2008

Bonjour et bonjour Pénéloppe,

La grande nouvelle de la semaine est le retour de ma bibliothèque. 2000 volumes qui dormaient au fond de la cave de mes beaux-parents depuis mon départ au pays de la korv och bröd et qui a trouvé enfin sa place dans ma nouvelle maison au fond des bois.

Mais, me direz-vous, quel peut être l’intérêt de posséder une bibliothèque à l’heure d’Internet et de Wikipedie ? Pourquoi se faire chier à passer ses dimanches à prendre la poussière sur ces objets disgracieux alors que vous pouvez tout savoir en un click ?

C’est parce que, Pénéloppe Solette, une bibliothèque n’est jamais obsolette, elle est aussi utile qu’une bicyclette, ou qu’une paire de chaussette.

Une bibliothèque se révèle être une partie unique de la connaissance alors qu’Internet n’est que le reflet de l’inconscient collectif. A l’ère de l’uniformisation des connaissances, les livres restent un moyen de se différencier.

La démonstration en sept jours (je pique l’idée à Dieu).

Lundi (en 1789)(ou Vendredi… voir Jeudi ou Lundi… enfin voir plus bas)

Le gang-bang, cette pratique sexuelle extrême, ne date pas d’hier et serait même lié au régime végétarien.

Dans le chapitre " Observations qui prouvent que l’homme peut vivre uniquement de végétaux, sans que sa constitution en souffre " (on savait écrire les titres en 1789) du livre ‘Bibliothèque physico-économique’, on y retrouve consignées les observations de chercheurs ayant participé à l’expédition des frégates ‘La boussole’ et ‘Astrolabe’ autour du monde.

De passage à l’île de Pâque, où la viande se fait plutôt rare et où les autochtones ne mangent que des légumes en se lamentant sur les forêts perdues. Malgré se régime végétarien, " les hommes y sont agiles et lestes comme des cerfs, et ils semblent jouir d’une très bonne santé " et les femmes, elles, loin de dépérir du manque de saucisses n’en sont pas " froides et lentes dans l’exercice des plaisirs de Vénus ".

Pour preuve cette petite anecdote : " Une de ces femmes qui vint à la nage joindre, loin du rivage, le vaisseau à bord duquel étoit M. Sparrman, soutint, dans l’espace de quelques heures, les embrassements de dix-sept hommes de l’équipage, avant de retourner à terre encore à la nage. "

L’histoire ne dit pas si cela c’est passé un lundi mais j’aime à le croire. Par contre, il est certain qu’aucun des 17 mercenaires n’a téléphoné à la demoiselle comme ils avaient tous promis de le faire (" on s’appelle ") et je ne trouve pas que le fait que le téléphone n’existait pas encore à l’époque, ni qu’il ait été installé sur l’île de Pâque soit une excuse valable.

Quoi qu’il en soit, vous y penserez la prochaine fois que vous direz à vos mouflets : " mange tes légumes ! " (1)

" Veg’ baaadd… veg’ baaaad… say not to carrot… "

Lundi, les canards sont á la marre…mar… mar…

Mardi (Samedi)

" Porridge today, Gromit, it’s tueeeee-sday "

5.15 du matin. Fiskebäckskil est loin de se réveiller. Et personne ne m’apporte mon porridge. Ce qui en soit est probablement une bonne chose.

Comme il est trop tôt pour savoir ce qui va se passer aujourd’hui, je vous propose donc de disserter sur le nonsense et pour lancer le débat, je pose les questions suivantes : " est-il possible de définir le nonsense ? " et " peut-on écrire sérieusement sur quelque chose de drôle ? "

Les réponses sont " oui " et " non " mais je ne sais plus dans quel ordre.

Quoi qu’il en soit, je vous invite à lire ‘Les dingues du nonsense’ de Robert Benayoum qui s’attaque malgré lui aux deux questions. Dans une introduction très sérieuse intitulée ‘Le sens du nonsense’, l’auteur nous explique qu’il est impossible de définir le nonsense et ensuite s’applique à le faire, ce qui est parfaitement dans l’esprit du nonsense mais curieusement est incompréhensible et assez peu drôle.

Pour être honnête, je n’ai rien compris. Il faut dire qu’il est trop tôt pour 39 pages de " Ne cherchant pas à discerner le vrai du faux, mais bien à confondre, le nonsense évite soigneusement la méthode discursive et échelonne ses jugements suivant un ordre parfaitement arbitraire. "

Ah ah ah (enfin, pas vraiment).

Alors ? Qu’est-ce que le nonsense ? Une chose est sure… le nonsense n’est pas n’importe quoi et le nonsense à un sens, juste un sens qui va à l’encontre de l’évident, un sens contradictoire et enfantin.

Je vous laisse méditer sur cette petite histoire qui a elle seule définit mieux le nonsense qui nous habite que n’importe quelle définition de dictionnaire.

J’ai vu un garnement qui debout sur la tête

Riait tout fort, à mon grand désarroi.

Je lui dit de se mettre aussitôt à l’endroit,

Mais pour toute réponse, il se moqua de moi :

Sur vos pieds, me dit-il, vous avez l’air si bête,

Que je ne peux me retenir de rire ! "

Mardi, ils s’en vont jusqu’à la mer…mer…mer…

Mercredi (Dimanche)

Devinez qui est né un mercredi ? Allez devinez ??? Votre serviteur !

Je vous propose donc, plutôt que de célébrer le jour l’année de votre naissance (ce qui vous fait au mieux une centaine d’anniversaire par an), de fêter le jour de la semaine de votre naissance. Cela multiplie par 52 les occasions de souffler les bougies (et cela relancera le commerce de la vente de gâteau, de fabrication de bougies, la médecine et les régimes).

Devrait on changer le mot en semainiversaire ?

Dans la foulée, pourquoi ne pas changer aussi le concept même de l’astrologie ? Créons sept nouveaux signes basés sur les sept jours de la semaine. Tu es né un mercredi à 6.42 ? Tu es donc Pokemon descendant Porridge.

Les Pokemons sont des personnes exceptionnelles. Elles sont belles, intelligentes, drôles, elles sentent bon de la bouche au réveil, et sont capables de replier une carte routière sans se tromper (presque des X-men selon les critères de Gotlieb).

Par contre, si vous êtes ascendant Porridge, cela signifie que vos parents sont distraits et qu’ils ont bêtement oubliés d’inviter la fée marraine à votre baptême et que vous avez un sexe atrophié.

Pour compenser, vous avez une grosse bibliothèque (tu veux la voir, ma grosse bibliothèque ???)

Mercredi, ils organisent un grand jeu…jeu…jeu…

Jeudi (Lundi)

Je viens de relire la Bible.

Enfin, la genèse.

Enfin, le début.

Et en lisant : " Dieu dit : ‘ Qu’il y ait des luminaires au firmament pour séparer le jour de la nuit, qu’ils servent de signes tant pour les fêtes que pour les jours et les années… bla bla bla… quatrième jour. ", je me suis dit que c’est seulement le jeudi que Dieu a créé les jours de la semaine.

Par conséquent, je propose de faire un nouveau calendrier basé sur cette nouvelle lecture de la Bible, créer une secte (ou une sexte, ce qui serait plus drôle) où le premier jour de la semaine (le lundi) serait le quatrième ! Par exemple, le dimanche serait ainsi le jeudi, etc.

Par contre, je me demande ce que cela va changer pour notre nouvel horoscope…

Encore une chose qu’Elizabeth Teissier n’avait pas prévu (par contre Nostradamus, si, comme le prouve ce quatrain : " La verge en main mise au milieu de Branches, De l'onde il moulle & le limbe & le pied. Vn peur & voix fremissent par les manches, Splendeur diuine. Le diuin prés s'assied.  ")

Il va y avoir du boulot… Ainsi, il va falloir rebaptiser pas mal de choses : " Vivement lundi ! ", cette série d’auteur avec Bernard Menez, deviendra " Vivement Jeudi ! " (pareil pour " Pas mal pour un lundi " de De Caune et Algoud qui deviendra " Pas mal pour un jeudi "). Francis Cabrel chantera " un mercredi soir sur la terre " et n’oublions pas Sunday Adams.

Jeudi, ils volent dans le vent…vent…vent…

Vendredi (Mardi)

Aujourd’hui est le jour dont vous êtes le héros.

- Si vous adoptez le nouveau calendrier (voir Lundi)… allez à Vendredi (2)

- Sinon (voir Jeudi), lire la nouvelle ci-dessous.

Ahh C’est enfin la fin de la semaine et comme dit le proverbe haïtien : " Si le labeur était une bonne chose, il y a longtemps que les riches l’auraient accaparé. "

Tiens et pourquoi ne pas en profiter pour faire un duel de citation ?

A ma droite, ‘Le grand livre des proverbes Africains’ présenté par Ahmadou Kourouma. A ma gauche, ‘Dictons et expressions populaires de Normandie’ compilé par Hervé Eveno.

Le principe est simple, par 5 fois j’ouvre le livre au hasard et lis la première citation de la page.

Gong

Premier round :

  • Au mois d’aout, le vent est fou
  • Si tu ne tues pas, tu ne dépèces pas

Second round :

  • Vent du nord qui mouille, pas plus de poisson que sur la peau de mes couilles
  • Le petit oiseau bavard n’a pas de graisse au derrière

Troisième round :

  • Comme la brebis qui bêle, il perd sa gouleye
  • Le petit rat ne tète pas les mamelles du porc-épic

Quatrième round :

  • Pour dire qu’y a d’la pomme, y en a point ; pour dire qu’y en a point, y en a !
  • Où se lève le serval se couche la martre

Cinquième round :

  • Prêter son qu’va, c’est plus dur que donner sa fille à marier
  • Si tu vois un crapaud couché sur le dos, ce n’est pas le plaisir qui le mit dans cette position.

Ce premier match se termine par un nul… mais lequel ?

Vendredi, ils se dandinent comme ça…sa…sa…

Samedi (Mercredi)

Finalement, ce fut une semaine assez calme ou alors c’est juste que j’ai été trop fainéant pour faire mes devoirs et que je me suis contenté de rester dans ma tour d’ivoire au milieu de la foret à écrire n’importe quoi. A noter que ces deux propositions ne sont pas exclusives.

Il faut dire que j’ai une vie un peu spéciale. Cette semaine, j’ai masturbé des tunicités, tué quelques milliers de bébés en bas âge, pris des photos d’embryons et j’ai préparé ma tournée mondiale (Owen on tour… de nombreuses dates à travers le monde… Ok ce ne sont que des conférences mais j’ai toujours rêvé d’être une rock star et je ne suis qu’un biologiste).

Alors je vous propose de garder ce Samedi pour les commentaires.

Et vous ? vous avez fait quoi cette semaine ?

C’était vraiment très intéressant.

Samedi, ils pensent à Lady Di…di…di… (3)

Dimanche (Jeudi)

" Régis

Né lundi,

Baptisé mardi

Marié mercredi,

Malade jeudi,

Pire vendredi,

Mort samedi,

Enterré dimanche,

Telle fut la fin de Régis. "

Il n’y a pas à dire, c’était vraiment une semaine de merde pour Régis (qu’est-ce qu’il est con ce Régis). Et ca, c’était vraiment l’image de la semaine !

Dimanche, la semaine est finie, on recommencera lundi.

--

(1) Comme disait l’Oncle Sagamore dans ‘Fantasia chez les Ploucs’ :

" - Faut qu’elle mange des légume.

- Qué pitié ! Et une jeune fille, encore "

(2) Je viens de constater que si vous êtes un croyant de notre nouvelle religion, vous risquiez d’être bloqué dans une boucle infernale entre vendredi et mardi (mardi renvoyant à vendredi). Je vous laisse donc cette note de bas de page, telle une bouée de secours, pour que vous puissiez vous en échapper en allant directement au mercredi. Maintenant, si vous êtes indécis et que vous changiez d’avis tous les vendredi… allez vous faire foutre.

(3) J’ai curieusement oublié la partie du samedi dans cette comptine des jours de la semaine… Chaque soir, je suis contraint d’inventer une nouvelle rime boiteuse lorsque je la chante à mes enfants… Si par hasard, vous connaissez la phrase originale, merci de me la communiqué !!




[livre] Méchants pingouins !!!

09 09 2008

Mais pourquoi les pingouins prennent-ils autant de place dans la culture nonsense ?

Bon, il faut bien reconnaître que l’idée d’un oiseau incapable de voler et nageant comme un poisson a de quoi titiller le plus fervent défenseur du créationnisme (mais après tout, pourquoi est-ce que Dieu ne déconnerait-il pas de temps à autre ?), mais quand même.

C’est qu’ils sont partout ces sales bêtes ! Ce sont les ‘42’ du monde animal !

Vous ne me croyez pas ?

Dans les Monty Python’s flying circus, quel est l’animal empaillé qui explose sur la télévision de ce petit appartement anglais ? A la psychologie de qui, Robert Benchley a-t-il consacré un livre ? Dans ‘Destin tordu’ de Woody Allen, quelles sont les dernières paroles de Needleman ? Quel créature rempli les vides du cerveau de Dirk Gently, le détective holistique de Douglas Adams ? Et si le pingouin est absent des ‘Dirty Beasts’ De Roald Dahl, quel est le nom de la maison d’édition qui a publié ce livre ?

Ah ahhhh !!!

Notez que nous l’avons échappé belle. Je viens de m’offrir un livre qui nous offre une vision apocalyptique de ce que le monde aurait pu devenir si les pingouins révélaient leur personnalité démoniaque.

‘Méchants pingouins’ (1) est un livre imaginé et dessiné par Elia Anie, photographe naturaliste qui a passé une bonne partie de sa vie a étudier les pingouins aux quatre coins du monde (enfin, au moins aux coins où ils y a des pingouins…)

Ce petit recueil de dessin est édifiant !

Ces sales bêtes sont partout et répandent leur fiel dégoulinant avec une cruauté sans pareille.

Quelques exemples :

 

Ce livre possède au moins le mérite d’éclairer les dernières paroles énigmatiques de Needleman susnommé : « Non, merci, pas un pingouin, j’en ai déjà un ! »

--

(1) J’ignore si ce livre est publié en francais et quel en est le titre éventuel, je me contente d’une traduction libre de la version suédoise que je possède ‘Onda pingviner’. Notez qu’il s’agit d’un recueil de dessins sans légendes que vous pouvez dès lors vous procurer dans n’importe quelle langue.




[livre] Fantasia chez les ploucs de Charles Williams

08 09 2008

-          Catégorie ‘Littérature’

-          Je prends la main Bruce

-          Moi c’est Julien

-          OK, compris Batman (le candidat fait un clin d’œil complice à un animateur médusé)

-          TOP. Auteur américain, il publie de nombreux romans dont plusieurs seront consacrés à sa passion pour la mer et pour les voyages avant de mettre fin à ses jours…

-          BUZZ. Hemingway !

Mon Dieu, qu’il est bête ce candidat ! D’une part, il ne sait pas que Julien Lepers n’est plus Batman depuis l’arrivée de Christian Bale (on passera sous silence les autres Ersatz du ‘Dark Knight’ qui ont évolué avant et entre ces deux périodes) et d’autre part, il n’a pas lu le titre de ce texte (ce qui lui aurait évité cette humiliation publique).

L’auteur en question est sans doute beaucoup moins connu que le grand Ernest mais il a pourtant publié quelques romans clés dont en particulier un des grands classiques de l’humour noir et nonsense américain : ‘Fantasia chez les ploucs’ (une traduction quelque peu fleurie du titre original ‘The diamond bikini’).

Curieusement, je n’ai découvert cet auteur que récemment et totalement par hasard (je me suis offert ‘Calme blanc’, le roman d’où a été tiré le film du même nom qui rassemblait dans un huis clos des plus efficaces la belle Nicole Kidman avant qu’elle ne se transforme en statue de marbre, l’inquiétant XXX et le beau Billy Zane. Par la suite, je n’ai pas résisté à une recommandation de Manu de chez Slumberland à Louvain-la-Neuve dont le goût pour les bonnes choses n’est pas à démontré lorsqu’il à mis en exergue ‘Fantasia chez les ploucs’).

‘Fantasia chez les ploucs’ est une petite perle sortie en 1956 dans laquelle on retrouve le jeune narrateur, un petit gamin diablement intelligent, qui observe avec les yeux de l’innocence les arnaques organisées par son paternel et son oncle Sagamore, sorte de génie de la magouille vivant dans une petite ville de bouseux intemporelle. Le résultat est une sorte de ‘Sheriff fait moi peur’ qui aurait été co-écrit par John Irving et Woody Allen.

Le point culminant de cette histoire truculente étant une chasse à l’homme – ou plutôt une chasse à la femme – orchestrée par les deux frères dont je vous laisse apprécier l’annonce d’origine :

« RECOMPENSE

JEUNE NUDISTE

PERDUE DANS LES MARAIS !

RECOMPENSE ! $ 500. RECOMPENSE

MISS CAROLINE TCHOU-TCHOU.

 

REINE DU STRIP-TEASE

PERDUE

Cinq cents dollars de récompense à qui ramènera saine et sauve Miss Caroline Tchou-Tchou, reine du strip-tease, du ballet de bulles et de la danse du ventre, qui s’est égarée dans la brousse, aux creux d’un torrent désséché proche de la forme Noonan, à huit kilomètres au sud de la ville de Jerome, compté de Blossom.

Miss Caroline a disparu depuis dix-sept heures, mardi soir, lorsqu’elle a été surprise et attaquée par des gangsters qui ont tiré sur elle plusieurs coups de feu alors qu’elle nageait dans le lac proche, vêtue seulement d’un cache-sexe. On sait qu’elle a pu s’échapper dans le sous-bois, mais du fait qu’elle n’a pas de vêtements sur elle, sa situation ne devrait pas tarder à devenir pénible.

Signalement : Buste 92,7 cm Taille 61 cm Hanches 91,5 cm

Gagnante de trois concours de beauté, vedette de ballets aquatiques à seize ans, ex-mannequin, reine du festival aquatique en 1955, ravissante, adorable brune aux yeux bleu azur et aux cheveux noir corbeau. Dix-neuf ans. Beauté satinée tout entière délicatement dorée par le soleil. Reconnaissable à un tatouage en forme de liseron qui s’enroule autour de son sein droit avec une petite rose en son milieu.

PRIERE DE NOUS AIDER A RETROUVER CETTE JEUNE FILLE ! »

Une telle annonce ne peut que réveiller l’altruisme qui ha-bite en chacun de nous (mais comme dit l’oncle Sagamore, une petite lueur de malice dans les yeux : « Faut faire tout notre possible pour aider. ») et je vous laisse découvrir l'origine et les conséquences de cette folle histoire.

Charles Williams a écrit une suite à ce roman, ‘Aux urnes les ploucs’ dont je vous parlerai à l’occasion.

 




[livre] Les moutons Ecossais ne cassent pas de briques

22 08 2008

Si les androïdes ne rêvent pas de moutons électriques, les moutons écossais, eux, ne cassent pas de briques. C’est en tout cas ce qu’affirment Philippe Fournier et Owen Dowling dans un roman au titre qui le rend inévitable.

                Il faut dire que j’en venais á en douter de ma santé mentale. Ces derniers jours, j’ai visité de nombreuses librairies sans acheter un seul volume. Tel mon ami Dexter perdu sans son passager noir dans le nullissime Dexter in the dark de Jeff Lindsay, je m’inquiétais. Le fait que je venais de terminer les 96 caisses de livres (my precious bibliothèque) pour qu’elles partent vers la Suède qui allait devenir mon logis pour quelques années de plus pouvait passer pour une circonstance atténuante mais quand même.

                Quel bonheur de craquer devant un petit volume joliment coloré présentant un ogre la bouche grande ouverte et dévorant une fille à grand renfort de ketchup (une belle illustration de Tatjana Mai-Wyss qui n’est pas sans rappeler les dessins de Tim Burton, en particulier dans La triste fin de l’enfant huitre). Un pauvre livre perdu dans une caisse de volumes soldés.

                Sa lecture (délaissant dans la foulée les autres livres que je lis en ce moment) m’a fait découvrir que Les moutons écossais ne cassent pas de briques est un manifeste démontrant que l’humour nonsense a encore de belles heures devant lui en francophonie.

                Ce petit recueil d’histoires plus délirantes les unes que les autres rassemble de nombreux éléments clés du nonsense et des moments d’une douce absurdité qui confine au génie (1). Je ne vous parlerai pas des moutons écossais, des poissons rouges amnésiques ou des cavaliers au poney, je vais me contenter d’un exemple tiré de la nouvelle Le plan secret de Galaad, qui nous rappelle, si besoin est, que Camelot est vraiment « such a silly place » :

« - Vraiment, Lancelot, vous jouez pire que Merlin, aujourd’hui ! s’exclama-t-il.

Tout le monde éclata de rire, même les chevaux. A cet instant, il est utile d’expliquer que les chevaliers jouaient au poker sur leurs chevaux, buvaient du thé sur leurs chevaux et faisaient même le saut à l’élastique sur leurs chevaux. Et ils portaient aussi leur armure complète. ‘Il faut toujours être prêt à défendre le royaume !’, disait Arthur entre deux tasses de thé.

Un des chevaliers se demandait : ‘Défendre le royaume contre quoi ? Les bonbons qui font mal à la gorge ?’ Ce chevalier s’appelait Galaad. Et tout d’un coup, après deux mois passés à jouer au poker et à boire du thé, il se rendit compte qu’il s’ennuyait. Il finit son thé, en prenant garde de ne pas le laisser dégouliner dans son casque et dit :

- Veillez m’excuser, chaps, je crois que je vais aller à la recherche du Graal !

Plusieurs chevaliers, et aussi les chevaux (certains jouaient au poker et buvaient du thé), bredouillèrent de surprise. Le roi Arthur tomba de son cheval, ce qui emmena le chevalier Fournier à tomber du sien, ainsi que Lord Percy. Ils tombèrent tous comme des dominos blindés.

- A mon avis, continua Galaad, ce sera une aventure intéressante. C’est bon pour la santé de prendre l’air !

- Bon pour la santé ? C’est surtout plus dangereux que de se promener à cheval sans airbag ! cria Arthur. Et connaissez-vous seulement la direction du Graal ?

- Oui ! fit un cheval.

- Bof, c’est simple, dit Galaad. Un vieux sage d’Istanbul, aveugle et unijambiste, m’a donné un plan secret. D’accord, il a tendance à se coiffer d’une perruque guadeloupéenne, mais j’ai confiance en lui… »

Si cet extrait ne vous a pas convaincu, sachez qu’un des auteurs ne se lave jamais les cheveux et l’autre vénère les corn-flakes.

                Quoi qu’il en soit, ce livre aura au moins réussi le tour de force de me faire reprendre la plume dans le chaos qu’est ma vie en ce moment. Et ce n’est pas rien (« C’est pas faux ! »)

 

(1) Pour preuve, des phrases telles que « C’est un type en mobylette qui m’a ramené. Les mariages de super héros, c’est bien mais c’est crevant. » ou encore « Hélène était la plus belle fille que j’ai jamais vue. Sa barbe était blanche, petite et mignonne, ses oreilles longues et un peu pointues, son ventre gros et ferme. », très différente du « Tu me dis que tu m’aimes, tu me dis que tu n’es pas indifférent, et puis tu m’encules et tu écris cette merde ! » tiré (si j’ose dire) du génial 1974, premier volume de la tetralogie du Yorkshire de David Peace.




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