[musique] Elle est nulle ton histoire !

20 04 2008

 « Lay-laaaa, got me on my knees, Laylaaa »

- Tu peux mettre autre chose ?

- Quoi ? Tu n'aimes pas ?

- Ouais, ça va, mais bon...

- Ca va ?!? C'est tout ce que tu trouves à dire d'une des plus belles chansons d'amour de tous les temps ?

- Ouais, bon, faut pas exagérer non plus... C'est juste encore un de tes trucs de fossile qui te rendent nostalgique...

- Mais elle a une putain d'histoire cette chanson !

- Pfff... c'est encore repartit pour un tour...

- Tu connais Eric Clapton ?

- Le vieux qui joue de la guitare ?

- (...)

- Ouais, ouais...

- Dans les années soixante, Eric Clapton était très copain avec Georges Harrison et...

- Georges qui ?

- Tu ne connais pas Georges Harrison ???

- Je devrais ?

- Mais bon Dieu, c'est un des Beatles avec Paul McCartney, John Lenon et Ringo Star...

- Ils ne sont pas tous mort depuis le temps ? Et tu rigoles ? Il y a un gars qui s'appelle Ringo Star ?

- Oui et je parie que tu as déjà entendu parler de son fils, Zak Starkey !

- Le blondinet dans « Sauvé par le gong » ?

- Noooon, le batteur d'Oasis ! Le neveu de Keith Moon qui le remplace pour le concert des The Who...

- (...)

- Bref, Clapton et Harrison étaient très copain mais le malheur a voulu que Clapton tombe amoureux de Pattie Boyd, la femme de Harrison. Clapton en est bleu. Ils ont une petite aventure mais cela ne va pas beaucoup plus loin. Un jour, Clapton lit « L'histoire de Layla », un conte Perse, et il fait immédiatement le rapprochement entre ce poème racontant la triste histoire d'une princesse qui est marié contre son grès à un homme qui n'est pas celui qu'elle aime et qui finit par sombrer dans la folie. Il écrit alors cette belle chanson, « Layla » qui est un hommage évident à son amour pour Pattie. Une fois la chanson terminée et chantée avec son groupe de l'époque, Derek and the dominos, il invite Pattie Boyd, lui offre un exemplaire du bouquin et lui fait écouter la chanson.

- Elle craque, ils se marient et eurent beaucoup d'enfant. Je peux changer de canal maintenant ?

- Pas du tout. Elle se rend compte que cela parle d'elle, qu'il s'agit d'une déclaration de l'amour de Clapton au monde entier. Elle prend peur et refuse de quitter son mari. Clapton se met alors à déprimer, le rejet de Pattie et le fait que la chanson ne décolle pas immédiatement dans les charts font qu'il plonge dans l'alcool et la drogue (ce qui sera sûrement une inspiration pour d'autres de ses chansons, comme « Cocaïne »).

- Quoi ? Elle est nulle ton histoire !

- En fait, ils vont bien finir ensemble mais quelques années plus tard. Ils se marieront mais ne seront pas très heureux. L'histoire se termine rapidement par un divorce. Comme quoi, les obsessions ne sont pas toujours gagent de succès. Enfin, il lui écrira une autre petite perle, « Wonderful tonight », je te ferai écouter à l'occasion.

- Super... pffffff 

« Angieeeee Aaaaannngie, when will those dark clouds disappeeaaaaar »

- Merde... encore une autre chanson de vieux croulant...

- Quoi ? Les Stones des vieux croulants ? Et tu n'aimes pas « Angie » ?

- Tu ne vas pas me dire qu'il y a encore une belle histoire d'amour torturé derrière ce truc ?

- Mais siiii, enfin pas vraiment c'est une légende. On raconte que Mick Jagger aurait écrit cette chanson pour Angela Bowie mais en fait...

- Bon, je me casse...

- Dieu... que c'est dur de vieillir...




[culture] Achille Chavée, le surréalisme et mon père

30 03 2008

Une fois n'est pas coutume, ce petit texte a été co-écrit avec mon père (et pour être parfaitement honnête, si je suis instigateur de l'idée, le mérite de l'écriture du texte lui revient pour la grande majorité).

Il se divise en deux parties, une présentation succincte de la vie d'Achille Chavée, sorte de mise en contexte pour la seconde partie qui est une tranche de vie de mon père à l'époque où il faisait partie de la petite histoire du surréalisme wallon.

1. Achille Chavée, le trafiquant de l'invisible

« Automatisme psychique pur, par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale »

C'est en ces terme qu'André Breton définit le surréalisme dans son manifeste.

Ce mouvement trouve rapidement écho dans un pays qui en lui même incarne le surréalisme: la Belgique, avec des grands noms comme Magrite en peinture ou Achille Chavée en littérature.

Chavée était le second second fils d´une famille catholique, ce grand petit bonhomme, a pris très jeune, un engagement politique courageux. Tout petit, il dévore les romans d´aventure, le far-West le fait rêver, il prend parti pour les indiens et s´irrite de voir les (bons) blancs toujours vainqueurs.

Le vieux peau rouge est déjà bien installé dans ses gènes.

Le début de ses études est pénible, il a déjà bivouaqué dans plusieurs écoles de la Louvière, et renvoyé de l´institut St joseph pour ses idées subversives, il récuse dieu, refuse l´éducation religieuse.

« C’est parce que Dieu est toujours muet que nous avons acquis une ouïe si fine ! »

Cela ne l´empêchera pas de terminer brillamment ses études secondaire.

Il entre ensuite à l´université de Louvain. Son frère aîné qui comme lui fait le droit, lui sert de modèle, découvrant avec lui les plaisirs du jeux d´argent et des beuveries estudiantines.

Son diplôme en poche, il s'engage de plus en plus dans des actions politiques, prenant la défense des ouvriers. Chemin faisant, il découvre le surréalisme, publie ses premiers recueils et se retrouve entouré des grands noms du mouvement, prônant ensemble avec le groupe 'Rupture', la liberté totale des êtres qui gouvernera toute sa vie.

Achille Chavée est souvent annoncé comme un des précurseur du surréalisme en Wallonie, poète reconnu par Breton bien que se détachant de la pensée du maître.

«Je ne connais, à part celle d'Artaud, aucune oeuvre surréaliste qui soit aussi dénuée de littérature, illuminée aussi vivement par la sincérité à l'instant vécu. Poèmes qui, non seulement ont une valeur de témoignage, mais manifestent une beauté convulsive extraordinaire. Achille Chavée extrait d'un couteau acéré les images dures, implacables, brûlantes, chargées d'un humour d'écorché vif que contenait la gangue de la nuit de l'inconscient. », dira André Miguel.

Marchant sur les traces de Conan Doyle (partit pour à la guerre des Boers), Hemingway (impliqué dans les deux guerres mondiales) ou encore Roald Dahl (pilotant un chasseur en Grèce lors de la seconde guerre mondiale), Chavée s'enagae comme volontaire dans les brigades internationales en 1936. Ce stalinien part défendre la liberté du peuple dans ce qui deviendra la sanglante guerre d'Espagne dont Robert Cappa ramènera des photos dramatiques. Il connaît son baptême du feu dans l’enfer de Brunète, dans le Sud où il tombe gravement malade, après être monté souvent au front.

Quelques année plus tôt, Chavée avait rencontré Simone à un bal au Palace, elle a su de suite que ce petit poète au pantalon râpé serait l´homme de sa vie. Pourtant, tout sa vie durant, Achille Chavée sera imbuvable et leur vie commune ne sera qu´une suite de querelles et de réconciliations.

Avant son départ pour l´Espagne, il lui dédie 'ELLE'.

« Elle a dans son cœur une ile
pour moi quand je reviens de loin
elle porte une perle sur ses seins
quand je la bois comme une huître
elle croit à la révolution
comme à la mort et à l’amour
elle est sérieuse et m’abandonne
quand je dois prendre conscience
de la couleur invisible de mon destin »

En 1969, ce grand monsieur quittera définitivement La louvière, sa terre de surréalisme, sa terre de révolte et de poésie, non sans avoir laisser une bibliographie des plus riche à découvrir absolument (1).

(1) http://www.servicedulivre.be/fiches/c/chavee.htm

2. Quelques exemples d'aphorismes du maître

« On n'a jamais aussi soif qu'après avoir traversé un désert qui n'existe pas »

« L'humour noir, c'est la politesse du désespoir. »

« Dieu ne va jamais au secours que des gens qui savent nager. »

« On est toujours prisonnier de son dernier mouvement d'enthousiasme. »

« A beau chameau, vaste désert. »

« On découvre aisément en Dieu des signes graves d'anthropomorphisme. »

« Il existe une manière de dire en bien énormément de mal de son prochain »

« Le fataliste est celui qui lave son âme dans son urine. »

3. Les années folles de ma jeunesse

1966, La Louvière, petite ville du Hainaut, terre du surréalisme.

La Place de la Louve, une minuscule place à deux pas du théâtre communal, et là, derrière la statue, un minuscule bistrot, l'ARD'N, quatre mètres de façade à tout casser.

Sous l'enseigne, une citation: "prière de ne pas réveiller Chavée, il pense."

Un an plus tôt, une petite annonce m'interpelle : « À remettre Café ARD'N ».

Je m'emmerdais royalement, entouré de cette clientèle de bourgeois friqués de la taverne du Théâtre. Ca bouillonne dans ma tête, car je sais que ce boui-boui, repaire de quelques anarchistes amis de Achile Chavée, est plus dans ma ligne de pensée que ces porte-monnaies ambulants.

J'avais alors décidé de passer le cap et j'en devins propriétaire.

Rapidement, le courant passa avec les plus anars des anars, Jean Louvet (1), Frans Badot, Jean Capiau (2), André Balthazar (3), les apôtres du vieux poète qu'était Chavée.

Mais il n'est pas motivant de casser du sucre sur les bourgeois sans qu'ils n'aient le droit de réponse.

Je décidais donc de les attirer dans ce lieu de perdition.

On dit que les enfants sont attirés par les interdits, j'ai dû me rendre a l'évidence, les Bourgeois aussi. Il fallait les intriguer, flatter leur statut social, et là c'est de Frans Badot, un touche-à-tout, acteur de cinéma, écrivain, prof de français et spécialiste des coups fourrés, me vint une aide.

Il y avait dans les habitués des gens comme le docteur Lambot, trompettiste, Jean Therasse, pianiste (5), Robert Michiel, guitariste, et bien d'autres dont le nom m'échappe aujourd'hui, et qui, pour la bonne cause, sont venus au début tous les vendredis soir organiser une jam session ; par la suite, Jean Therasse et Michiel animèrent les soirées.

Il fallut peu de temps pour faire de l'ARD'N le lieu de rencontre des amoureux du jazz, de voir venir la "haute Louvièroise" s'encanailler et plus si affinité.

Pour parfaire le tout, j'étais tombé dans les bonnes grâces de la petite Marie, maquerelle notoire, qui après la fermeture venait s'encanailler le reste de la nuit avec ses jolies pensionnaires, qui me servaient d'attrape-mouche pour ne pas dire d'attrape-bourgeois.

Chavée, imperturbable, toujours assis à "SA" table, ne sortait pas de son monde, il écrivait le nez dans ses pensées. Les seuls moments où il revenait parmi nous, c'était pour recommander le Xème gros rouge de la soirée, tandis que la pauvre Simone, son épouse, regardait sa montre pour la centième fois. Mais, vous ne vous avisiez pas de faire la moindre remarque sur son Achile, elle vous aurait arraché les yeux.

La veille du réveillon 1967, nous nous retrouvons, seuls dans mon bistrot, moi, par choix, lui pour fuir les beaux-parents qu'il honnissait et qui avaient envahi son milieu familial. Nous ne savions que faire.

- Tu n'as pas une idée marrante Frans ? On ne va quand même pas rester ici comme deux cons !

Le côté non-sens de son cerveau réagit au quart de tour.

- On va réveillonner chez les bourges de Tivoli, me dit-il.

Sitôt dit, sitôt fait, un peu avant minuit, armé d'un grand sapin piqué devant l'hôtel de ville, nous descendions vers le Tivoli, fief des parvenus de La Louvière.

Une villa brillante de mille feux nous apostropha. Au troisième coup de sonnette, une tête ahurie nous demanda ce que nous faisions là ; sans hésiter, nous forçons l'entrée en hurlant comme des possédés le "bonne année" de tradition, ça n'a pas raté, nous fûmes accueillis comme les rois mages, sauf que les bonnes choses c'est nous qui les avons reçues.

A minuit trente, nous sortions dignement après avoir éclusé quelques coupes de champagne et avalé moult victuailles qui restaient de leur ripaille, et, après avoir repris le sapin, nous nous sommes dirigés vers notre seconde victime.

Nous avons abandonné notre "sésame ouvre toi" à 6h du matin après cinq ou six visites fructueuses, nous étions bourrés mais heureux d'avoir confectionné un souvenir inoubliable.

Dans la vie de tous les jours, Achile Chavée était un tendre bourru, malheur à celui qui tentait de lui en imposer, son vocabulaire à ces moments dépassait l'imagination.

Chez moi, il avait sa table réservée, c'est sur celle-ci qu'il écrivait la plupart de ses poésies et ses aphorismes, j'ai gardé des cartons entiers de sous-bocks qui lui servaient de papier brouillon, son "je suis un vieux Peau-Rouge qui ne marche pas en file indienne" a été peint sur le plafond en face du bar, j'en était fier.

Certaines anecdotes le concernant sont gravées à jamais dans ma mémoire.

Un soir, 19h, un petit mec en costume de velours verdâtre entre, un étranger pour Chavée. Sarcastique, il lui demande:

- Tu es trop tôt pour aller voir Brel mon garçon !

Un large sourire se dessine sur les lèvres du visiteur, et là, stupeur, IL était là devant nous.

- Que je suis con !, s'exclama Chavée, il a fallu qu'il ouvre sa gueule de Flamand pour que je le reconnaisse.

Ce fut une demi-heure inoubliable, Brel et Chavée réunis dans mon petit bistrot, à discuter de manière très sérieuse des probabilités de gain sur un billard à sous.

A mon vingt-huitième anniversaire, ils se sont arrangés pour me remplacer derrière le bar. Je pouvais donc vivre une nuit de beuverie avec tous mes potes.

Je n'aurais jamais dû oublier à quels enfoirés j'avais affaire.

Jusque 5h15, ce fut la grosse rigolade au bout du bar où ils me coinçaient à coup de vodka et autres nectars. Je ne me méfiais nullement, ils étaient tous autour de moi, tous, sauf Badot et Michiels. La sonnette d'alarme aurait dû retentir dans mon crâne embué, les deux plus tordus manquaient a l'appel.

5h16, commence alors un concert de klaxon de plus en plus virulent. il arrive fréquemment qu'il y ait des accrochages au rond-point de la statue de la Louve, les ouvriers des usines Gustave Boel passent par centaines sur cette route afin de prendre la pause de 6h.

Je me suis donc précipité, et là, l'horreur.

La route en face du bistrot, avait été dépavée sur toute la largeur, balisée avec des rubans rouges et blancs, et dans le sable de soutènement, des légumes plantés par nos deux rigolos qui avaient travaillé comme des forçats.

Un superbe jardin remplaçait la route, on y trouvait des salades, des choux, des carottes et d'autres légumes divers. Un embouteillage monstre s'était formé. Une vingtaine de gugusses dont moi étions écroulés de rire. Nous étions les seuls d'ailleurs. Les flics accourus nous ont prouvés une fois de plus leur manque d'humour.

Deux mois plus tard, nous étions quatre devant le juge de paix, nous fûmes tous les quatre condamnés, faut dire que nous étions défendu par Chavée !

Je suis resté quelques années dans ce génial bar, j'ai emmagasiné une montagne de souvenirs, Achille est décédé en 1969. Tous nous étions a ses cotés pour son dernier voyage sur la terre du surréalisme.

Il avait laisser une lettre à son frère qui nous était destinée, où il offrait une dernière soirée à ses amis de l'ARD'N . Nous avons ri comme c'était son désir, mais le cœur n'y était pas.

Ce petit texte est un résumé de la partie la plus folle de ma vie, je l'écris ce jour à la demande de mon fils, les épisodes que je relate sont vrais, je n'ai rien ajouté, j'aurais pu passer des heures à vous raconter ces histoires absurdes mais combien exaltantes.

Un jour, fin 1970, une superbe nana est rentrée, les enfoirés n'avaient d'yeux que pour elle, en septembre 1971 naissait un joli petit garçon avec un tout petit zizi.

Mais qui est-il ?...

--

Pour en savoir plus sur les individus cités ci-dessus, qui ne vous en déplaisent, ont laissé leurs noms dans la grande histoire:


(1) http://www.cief.info/archives/congres_2004/ecrivains/louvet.html
(2) http://studio-theatre.apinc.org/troupe/Jean_Capiau/index.html
(3) http://www.servicedulivre.be/fiches/b/balthazar.htm
(4) Jean, le petit canard noir de l´illustre famille Therasse, mon meilleur ami du moment.




[musique] A Tribute to R.E.M.

26 03 2008

La sortie du 14e album de R.E.M., 'Accelerate' pourrait détourner la vindicte populaire de Radiohead.

Encore un de ces groupes, nés dans les années 80 dans le courant du rock alternatif pour ensuite apporter une autre dimension à la pop, lui offrir ses lettres de noblesses pour certains, trahir ses idéaux pour les autres.

Quoi qu'il en soit, le quotidien belge 'Le Soir', a décidé de rendre hommage à ce groupe mythique, comme dirait Nikos, en demandant á des noms connus et plus confidentiels de la scène belge de chanter du R.E.M. dans des conditions minimalistes, appartement, musée, librairies, etc.

Une excellente idée puisqu'on retrouve des groupes tels que Mud Flow, Kris Dane (guitariste de Ghinzu et qui a fait ses armes dans le Deus des origines), ou encore Mint.

L'idée est vraiment séduisante et l'occasion de piocher quelques noms intéressant de la scène belge mais l'enfer est pavé de bonnes intentions.

Le résultat est quelque peu décevant avec au final de réels plantages (des versions inécoutables de 'Half a word away' par un Superlux dépourvu de son chanteur attitré ou un consternant 'Loosing my religion' de My Cheap Little Dictaphone'), des choses très moyennes (une honnête reprise de 'World Leader Pretend' par Mud flow) et quelques rares reprises intéressantes (des versions très personnelles de 'Man on the moon' par The Bony King Of Nowhere ou encore 'Loosing my religion' par Kris Dane).

A vous de voir et d'écouter !

url= http://blogs.lesoir.be/festivals/category/les-sessions-ukulele/




[livre] American psycho

23 03 2008

- Vous connaissez les Bateman ? Une famille charmante. Je vous ai déjà parlé de Sean, le plus jeune, héros de Les lois de l’attraction.

- (…)

- Oui, le film… ou le livre de Bret Easton Ellis, comme vous préférez.

- (…)

- Son frère, Patrick, vit à New-York et réussit très bien. Il nous raconte ses aventures dans American Psycho.

- (…)

- Oui, le film… ou le livre de Bret Easton Ellis, comme vous préférez.

- (…)

- Bon, je vais retirer ce bâillon comme cela, vous pourrez hurler plus librement pendant que je vous raconte tout à son sujet.

[Scraaaattttttccccchhhhh]

[CHAPO]

Patrick Bateman est un jeune homme d’une bonne vingtaine d’année, vivant à New-York fin des années 80, séduisant, riche, charmant, successful dans son travail de haute finance, et dont les principales passions sont les vêtements de marque et le bon goût, les restaurants à la mode, le sport qui entretient son corps parfait, la musique pop des années 80, la drogue et l’alcool.

Je décide d’intéresser un peu le jeu en leur montrant ma nouvelle carte de visite professionnelle. Je la sors de mon nouveau portefeuille en peau de gazelle (850$ chez Barney) et la plaque sur la table, attendant les réactions.

- Qu’est-ce qui se passe, on va se faire une ligne ? demande Price, non sans intérêt.

- Ma nouvelle carte. (J’essaie de prendre l’air indifférent, mais je ne peux retenir un sourire d’orgueil.) Qu’est-ce que vous en pensez ?

- Ouah ! fait McDermott, prenant la carte et la retournant dans ses doigts, réellement impressionné. Très jolie. Jette un coup d’œil, dit-il, la tendant à Ven Patten.

- J’ai été la chercher chez l’imprimeur hier.

- Bien, la couleur, dit Van Patten, examinant la carte de près.

- C’est la teinte " os ", fais-je remarquer. Quand au caractère, il s’appelle " Silian Rail ".

- Silian Rail ? répète McDermott.

- Ouais. Pas mal, hein ?

- Elle est très chouette, Bateman, dit Van Patte, d’un air circonspect, crevant de jalousie. Mais ce n’est rien… Il tire son portefeuille et plaque une carte sur la table, à côté du cendrier. " Regarde plutôt ca. "

Nous nous penchons tous pour examiner la carte de David. Ca, c’est vraiment superbe, déclare Price, très calme. Un bref spasme de jalousie me traverse quand je note le raffinement de la teinte et la classe des caractères. Je serre les poings, tandis que Van Patten annonce, l’air suffisant : Coquille d’œuf, caractère Romains… "

Oui… mais…

Patrick Bateman nous raconte aussi par le détail les désirs de son passager noir, son monstre intérieur, comment il torture, viole, massacre ses victimes. A ses heures perdues, Patrick Bateman est un meurtrier particulièrement sadique.

" … Je prends une perceuse électrique, essayant de la lui enfoncer dans la bouche, mais elle est encore trop consciente et trouve la force de serrer les dents… "

American psycho est un récit à la première personne. Le narrateur nous plonge progressivement dans un monde violent, sanglant, qui devient rapidement insoutenable et pose la question de " où se trouve notre limite ? " ou " Que faut-il pour briser le masque de notre indifférence ? "

Comme dans le film C’est arrivé près de chez nous, le roman commence par fasciner, amuser, le lecteur se laisse porter par cette description schizophrénique de deux mondes d’apparence si différents et qui s’amalgame dans le narrateur. Mais la violence crue, froide et décrite par le menu finit par déranger jusqu’à la nausée et l’on ne sort pas de l’aventure indemne. C’est à nous que Pat Bateman s’attaque.

La méthode est particulièrement efficace dans le roman de Bret Easton Ellis alors que le film, bien que réussit, ne parvient pas à transcrire l’infâme sensation de dégoût que le livre inspire. Pour quelque chose de semblable, lui préféré un film comme Funny games qui a su aller plus loin visuellement (ou Orange mécanique en son temps).

Patrick Bateman est une allégorie vivante du monde dans lequel il évolue. Froid, égocentrique, obsédé par l’argent, vouant un véritable culte aux apparences, réduisant la culture à la pop. En devenant une machine à tuer sans pitié, il n’est qu’un reflet dans la société du succès, tuant sans état d’âme ceux qui ne peuvent rentrer dans le moule, clochards, prostituées, et autres victimes de cette guerre du pouvoir et de l’argent. Et il y a nous, lecteurs, spectateurs, citoyens, protégés dans le confort de notre vie douillette, moutons volontaires laissant la belle place aux loups et sacrifiant les agneaux pour sauver notre peau.

Pour preuve, tous ces yuppies semblent avoir le plus grand mal à se reconnaître les uns les autres, au point d’être dépersonnalisés. Patrick Bateman ne semble pas avoir d’existence propre, il en devient presque invisible, il n’a aucune substance. Il n’est qu’un fantôme parmi les autres.

Mais Patrick Bateman est avant tout un grand affabulateur. Jouant du paradoxe du menteur, recette qui a fait le succès de Le meurtre de Roger Ackroyd et de tant d’œuvre après lui, il décrit une réalité qui est la sienne, amalgamant ses fantasmes de succès et de violence à une vie beaucoup plus terne, donnant vie à cette créature atavique tapie en chacun de nous. Patrick Bateman est-il vraiment ce séducteur à la réussite fulgurante doublée du psychopathe qu’il nous décrit ? Peut-être pas. Après tout, sa folie semble absurde, invraissemblable et incohérente. Doit-on y voir un message d’espoir, comme dans cet épilogue de Orange mécanique de Burgess, ou une mise en garde ?

American psycho est un livre brillant à lire et relire, délire prophétique cauchemardesque, dont la lecture n’est peut-être pas facile mais qui ne laisse pas intact.

Et n’est-ce pas un des rôles de la littérature que de secouer nos certitudes ?




[création] La voie du Lemming

21 03 2008

ou The lemming way

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 « Hé !!! Poussez pas !
- Pardon. Je suis désolé mais je fais ce que je peux ! »
Ils jouaient tous des coudes. Il faut dire que la foule était vraiment impressionnante. Ils n’avaient été que quelques uns à entamer cette migration. Quelques uns qui avaient été rejoints par quelques autres, tous ensemble formant un foule qui se transforma rapidement en ras de marée.
« Mais je vous connais. Vous étiez avec moi dans les premiers, n’est-ce pas ?
- Oui, difficile à croire que cela ait pris une telle ampleur ?
- Ian F., c’est ça ?
- Oui.
- Moi c’est Ernest.
- Je sais. »
Pendant quelques instants, ils contemplèrent le spectacle. Depuis peu, ils étaient arrivés au bord d’une falaise dominant les fjords de cette région de la Norvège. Ils semblaient arrivés au bord du monde.
« C’est somptueux.
- Oui, c’est un spectacle divin.
- Cela vous ferait presque croire en Dieu.
- Vous croyez en Dieu ?
- La nuit.
- Je m’attendais à devenir plus dévot en vieillissant, mais non, je n’ai pas changé.
- C’est bien dommage.
- Il est vrai que s’il est bien un moment pour se convertir, c’est maintenant. »
La foule se faisait plus pressante. Le peu d’espace qui restait au bord de la falaise était progressivement comblé par de nouveaux arrivants. Le silence qu’entraînait inévitablement l’ivresse de la contemplation du vide faisait place au brouhaha de ceux qui formaient l’arrière garde et se demandaient pourquoi la colonne cessait d’avancer. Devant cette intolérable immobilité, ils réagissaient avec la dernière civilité. Ils poussaient de toutes leurs forces pour faire avancer ceux qui ralentissaient la progression.
« Dieu… Je ne sais pas…
- Au moins, nous savons qu’il y a une vie après la mort.
- Parce que vous appelez cela une vie ?
- J’ai connu pire !
- Quand j’ai appuyé sur la gâchette, la dernière chose que j’imaginais c’était de me retrouver dans ce corps de rongeur !
- Ce n’est peut-être qu’une étape.
- On sera vite fixé de toute façon. »
La foule continuait de pousser. Ernest tenta vainement de se retourner pour regarder derrière lui. Il devait s’accrocher aux poils de ses camarades pour ne pas tomber, maintenant.
« La plupart d’entre eux ne savent même pas pourquoi ils nous ont rejoint.
- (…)
- Ils se contentent d’avancer et de suivre le mouvement.
- Je suppose que c’est la conséquence du succès. Ce qui était une bonne idée est devenu un phénomène de mode.
- Si jamais vous aviez vécu aussi longtemps que moi, vous trouveriez bien des choses étranges. »
Ernest se fit songeur.
« Attachez-vous de la valeur à la vie ?
- Oui. »
Ils avaient les griffes plantées dans le sol à quelques millimètres à peine du bord. Les vagues léchaient les rochers disposés comme autant de dents monstrueuses, grognant de satisfactions devant le sacrifice que la terre ne manquait jamais de lui offrir. La mer avait tout son temps.
« Mais que font-ils ? S’ils continuent comme cela, on va tous tomber !
- Cela fait bien longtemps qu’ils n’écoutent plus. Il est possible de raisonner un individu, il est plus difficile de faire changer une société. Il faut une génération pour faire bouger les choses et nous n'avons que quelques minutes.
- Vous pensez que tout ceci est notre faute ?
- Sans doute avons-nous notre part de responsabilité. Notre faute est sans doute d’avoir sous-estimé le pouvoir d’une bonne idée.
- Mais pourquoi nous ont-il suivit ?
- Mais pourquoi sommes-nous partit ?
- Je ne sais pas, j’ai toujours ressenti le besoin de chercher de la nouveauté.
- La fatalité, alors ?
- La fatalité, sans doute !
- C’est quelque peu absurde.
- C’est le sens de l’humour de la vie.
- C’est le sens de la vie !
- Drôle de manière de répondre à la grande question de l’humanité, mais vous avez sans doute raison.
Les deux amis se regardèrent. Toute trace de peur avait disparu de leurs yeux. Ils se souriaient. Ils étaient des frères d’armes d’une bataille qui ne s’était jamais déroulé dans une guerre qui n’avait pas de sens.
« Tu penses qu’ils vont nous suivre ?
- J’en suis certain.
- A trois ? »
Ernest et Ian F rétractèrent leurs griffes en même temps et se précipitèrent dans le vide.
« Ecrivons la légende », dit Ernest, et il se mit a pleuvoir des lemmings.

--

Ce texte et en particulier certains passages sont un hommage à ‘L’adieu aux armes’ de Hemingway qui pour une obscure raison m’a inspiré ceci.




[livre] L’arc d’Éros de Dora Escrivi

16 03 2008

**MAKING OF**

C’était un dimanche matin, un dimanche de brume, un de ces jours où tout semble possible. Il faisait étrangement calme dans la maison. Par un quelconque miracle à la portée très locale, les enfants dormaient encore alors qu’il était presque sept heure.

La brume était partout.

Elle avait envahis mon esprit, conséquence habituelle de l’excès de bière et de whisky de la veille. Dehors, le fjord avait disparu. Le brouillard qui sévissait dans ma tête semblait avoir recouvert le monde.

Mais qu’importe, le café passait et dans quelques instants j’allais pouvoir comater dans mon fauteuil en attendant que le soleil se lève à nouveau.

Je repensais encore à ce miracle. Comprenez moi bien, un enfant qui dort, c’est de la chance, deux enfants qui dorment, c’est un miracle. Pour peu, je me serais mis à croire en Dieu, pensais-je en ricanants.

" bip… bip… bip… bip… bip… "

Un bruit stridant, étouffé, me tira de ma torpeur. Une alarme anti-incendie ? Un réveil ? Après quelques secondes d’investigations embrumées, je découvris la source du bruit.

Le frigo.

J’ouvris la porte en haussant les épaules.

" - Ahhh, ce n’est pas trop tôt, c’est qu’il fait noir là-dedans ! ", dit une petite voix entre le chou blanc et les condiments.

Je commençai par m’évanouir, sorte de revanche de mes cheveux courts qui refusèrent de se dresser sur ma tête.

Lorsque je repris conscience, je décidai de donner au frigo une seconde chance. Après tout, ma fille allait bientôt se réveiller et voudrait son verre de lait. Le cœur battant la chamade, j’y jetai un coup d’œil.

" Il y a quelqu’un ?, demandais-je poliment à un bocal de cornichon.

- Si tu continues comme cela, je vais le prendre mal ! ", me répondit la voix entre le brie et le bloc de parmesan.

La tentation de m’évanouir une seconde fois était terriblement forte mais mes poils me sortirent d’affaire en se mettant au garde à vous.

" Dieu ? C’est toi ? Enfin, vous ?

- Presque ! Enfin quoi ? Tu pensais que Dieu apparaîtrait dans ton frigo ? Il est beaucoup plus théâtral, tu sais ! "

La voix prévenait d’une petite bonne femme dont les traits montraient clairement que sa patience avait des limites.

" Bon alors ? Tu l’as lu mon bouquin ? ", demanda-t-elle dans un regard de reproche.

Mon cerveau fonctionnait à cent à l’heure. Enfin, là je mens un petit peu. Au mieux, il fonctionnait à dix à l’heure. Il était en régime " sortie d’école " et les cris des enfants qui jouaient résonnaient dans ma tête.

Plusieurs noms se bousculèrent dans mon crâne douloureux : Hemingway, zigzaguant entre les mines, Bret Easton Elis, habillé d’un costume huit consommes croisées et 6 voyelles de chez ‘Times New Roman’, Donald Westlake fonçant tête la première. Aucun, cependant, ne correspondait à l’image de la petite bonne femme trônant dans mon frigo en mangeant un reste de Steak and Kidney Pie.

" Pas mauvais ce truc là !

- C’est mon patron qui l’a fait ! Il est anglais.

- Tu lui diras que c’est fameux.

- Je lui expliquerai qu’un esprit a apprécié sa cuisine, dis-je ironique.

- Pas esprit, Ego !

Soudain la lumière se fit.

" Garcitude ???

- Evidemment ! "

Evidemment. Les auteurs ont tous un ego démesuré mais seule Garcitude le porte en étendard au point qu’il soit capable de prendre substance, de voyager à travers l’espace et venir me rappeler à l’ordre. La raison pour laquelle il avait pris possession de mon frigo restait cependant un mystère mais en ce moment, j’avais d’autres chats à fouetter.

Cette situation quelque peu inconfortable était la conséquence d’un de ces actes irréfléchi qui sont ma marque de fabrique. Alors que je traînais dans les paradis virtuels, croisant plusieurs fois Garcitude, j’ai pris conscience que je n’avais jamais lu aucun de ses livres. Décidant sur le champ de régler cet oubli malheureux, je lui avais envoyé un petit message.

Quelques jours plus tard, je recevais un paquet par la poste contenant un magnifique ouvrage publié aux éditions Le Manuscrit : L’arc d’Éros, par Dora Escrivi, un autre des nombreux pseudonymes de cette femme insaisissable.

J’ai reçu, j’ai lu et j’ai, enfin, apprécié. Désolé pour l’absence de rime.

Je me suis alors promis d’écrire une petite critique, aussi objective que la situation le permettait.

J’ai placé le livre tout en haut de la pile des livres a qui je voulais faire l’honneur d’un petit texte. Et puis le temps a passé. Le travail s’est fait de plus en plus accaparant (et rien n’est plus accaparant qu’une larve d’oursin ou un bras d’étoile de mer), la famille de plus en plus exigeante, ne me laissant au final que quelques minutes par jour que je consacrais plus volontiers à regarder la télévision qu’à prendre la plume.

Le roman de Garcitude a été recouvert par d’autres livres.

Mais c’était sans compter sur l’Ego-avec-un-grand-E de Garcitude et il trônait maintenant dans mon frigo.

" Qu’est-ce que tu attends ?, me dit-il (elle ?) pour me rappeler à l’ordre. Je ne me contenterai pas de ton laconique ‘J’ai bien aimé’. Je ne quitterai pas ton frigo tant que ton texte n’est pas écrit ! "

Je soupirai.


" Est-ce que je peux prendre un verre de jus d’orange avant de m’y mettre ?

- Dans tes rêves ! Au boulot ! "

J’ai fermé la porte du frigo et me suis installé devant mon ordinateur portable, une tasse de café fumante à mes côtés.

Alors que je cherchais une idée pour commencer mon texte sur L’arc d’Éros, la voix étouffée de l’Ego de Garcitude me parvint de l’intérieur du frigo.

" Bon, tu t’y mets, fainéant "

Gromelant, je me mis à taper sur le clavier :

** [livre] L’arc d’Éros par Dora Escrivi**

Quelle est la recette du succès pour un auteur ?

Un pour-cent d’inspiration et 99 pour-cent de transpiration ? L’inverse ? 99 pour-cent d’inspiration ET de transpiration ?

Malheureusement, la transpiration, l’inspiration et même le talent ne sont pas toujours des conditions suffisantes (ni même nécessaires) pour faire un succès.

Ma première impression lorsque j’ai terminé L’arc d’Éros de Dora Escrivi, c’est que ce livre avait tout pour devenir un énorme succès de librairie si on lui en donnait la chance.

Après tout, on devine derrière ce roman un histoire semblable à celle d’Anna Gavalda. Une maman enchaînée à son foyer par d’adorable petits boulets et qui utilise ses temps libres pour s’évader au moyen de l’écriture.

L’originalité de L’arc d’Éros c’est qu’il est né dans la blogosphère.

Oui, vous avez bien lu, Dora Escrivi s’est découverte un talent d’écrivain sur le net. On aura vraiment tout vu ! Un bon coup de pied au derrière à ceux qui regardent le net avec mépris.

L’auteur joue de cette ambiguïté avec un plaisir évident. Dans son roman, elle amalgame réalité (sa vie mais aussi sa vie virtuelle), personnalité (vraie mais aussi le personnage qui se cache derrière ses différents pseudonymes) et fiction dans un conte (compte ?) dans lequel elle règle ses comptes (contes ?) avec l’Amour lui-même.

Cela donne un roman léger, fluide, sorte de livre pour grands enfants, qui se dévore avec délectation.

L’histoire est basée sur une idée simple et finalement classique dans la culture nonsense. Tout commence dans un quotidien ordinaire, dans le cas présent, l’Écriveuse, une femme au foyer qui écrit sur un blogue pendant son temps libre. Et brusquement, les frontières de la réalité sont brisées par la découverte d’une autre réalité.

L’Écriveuse, de par son ego surdéveloppé, attire l’attention des dieux. Pas n’importe quels dieux, les dieux grecs version 21e siècle, sorte de version naïve et comique réfléchissant selon les canons de notre époque. Elle va devoir se préparer à les affronter, jusqu’au procès s’il le faut !

Tout cela n’est pas sans rappeler la recette utilisée par Douglas Adams dans son " Guide Galactique " ou encore la rencontre entre Dirk Gently et les dieux de l’Olympe dans " Beau comme un aéroport " dans lequel Thor réduit un aéroport en poussière suite à une de ses grosses colères dont il a le secret.

L’arc d’Éros est un livre à découvrir et à faire découvrir d’urgence. Ne serait-ce que pour pouvoir dire dans quelques années : " Dora Escrivi ? Oui je la connais bien ! Je lisais déjà ses livres avant qu’elle ne devienne le phénomène qu’elle est aujourd’hui ! "

**EPILOGUE**

" Alors, heureuse ?

- Mouais, c’est pas trop mal.

- Je vais pouvoir récupérer mon frigo, maintenant ?

- Cela dépend. Est-ce que tu as été honnête ?

- Aussi honnête que possible !

- (…)

- Est-ce que tu m’autorises juste une petite critique ? Une minuscule critique ? Sans que tu ne décides de dévorer tout mon frigo ?

- Attention, je pourrais décider d’aller faire un tour dans ton bar !!!

- Gloups

- (…)

- OK, je me lance. S’il est un truc sur lequel Garcitude devrait mettre la pédale douce, ce sont ces allusions répétées à toi, son ego. C’est la seule chose que j’ai trouvée un peu trop redondante dans ton texte. Je sais que c’est un peu sa marque de fabrique mais pour pouvoir grandir, elle devrait te garder dans sa cage.

- Tu veux qu’elle me tue ? Tu veux te débarrasser de moi ?

- Non, non ? L’Ego c’est important. Je te présenterai le mien à l’occasion, il est actuellement en train de hanter Bernard Werber pour rigoler. Mais elle devrait plus te garder pour elle. Elle a encore beaucoup de chose à offrir, continuer d’écrire comme elle le fait, avec passion et humour, mais toi, tu as fait ton temps.

- Tu crois vraiment ?

- Oui ! Elle n’a plus besoin de toi, maintenant. Elle est assez grande pour continuer toute seule !

- Je crois que tu as raison…

- Bon, on se dit adieu ?

- D’accord.

- Ce fut un réel plaisir !

- Pour moi aussi. Cela te dérange si j’emporte un peu de Surströmming avec moi ?

- Que du contraire ! Prends tout !

POUF !




[livre] Adios Sheherazade de Donald Westlake

13 03 2008

Le roman noir n’est pas nécessairement un genre littéraire que l’on associe facilement avec la culture nonsense, même si celui-ci n’est pas exempt de parodie ou de cynisme. Il est pourtant un auteur qui a décidé de révolutionner le genre en tablant sur l’excès, l’absurdité, d’humour noir et une bonne dose d’humanité dans le sens le plus honnête et par conséquent cruel du terme.

Cet auteur, c’est Donald Westlake.

Westlake est une auteur inégal mais toujours surprenant. Il excelle dans le roman noir (lire Le couperet, Le contrat ou Au pire qu’est-ce qu’on risque ou si vous êtes fainéant, voir le film Payback inspiré d’un de ses bouquins et qui donne une assez bonne vision de son humour noir) alors que ses tentatives dans d’autres genres sont plus tâtonnantes (par exemple, Smoke, une variation autour du thème de l’homme invisible ou Trop humains sur le combat entre anges et démons).

Adios Schéhérazade, publié en 1970, est certainement un excellent roman pour découvrir cet auteur. S’il n’est pas le plus représentatif, il est certainement un des plus intéressant.

Ce roman est présenté sous la forme d’un journal un peu particulier, sorte de blogue des années 70.

Le narrateur, Edwin ‘Ed’ Topliss, est auteur de roman porno à la chaîne. Il assure son train de vie en reproduisant la même recette dans des romans qu’il écrit au rythme d’un livre par mois. Douze chapitres de quinze pages qu’il doit rendre à date fixe.

De l’argent facilement gagné.

Mais pas vraiment une perspective de carrière, surtout quand on n’est pas vraiment écrivain et que la reconversion sera difficile.

Les problèmes commencent quand il se retrouve devant un ultimatum. Soit il rend son prochain livre dans les temps, soit il se retrouve sans boulot. Le livre commence à ce moment là.

Adios Schéhérazade est constitué d’une succession de chapitre de 15 pages et n’est pas loin du roman porno (version ultra-soft) qu’écrit Edwin Tipliss, calquant sa vie jusqu’à l’absurde. Il s’agit de variations, de versions alternatives d’un roman qui a du mal à voir le jour, dans lesquels s’insinue des éléments de la vie de l’auteur qui table sur le fait que pour retrouver l’inspiration, il faut continuer à écrire, même si c’est n’importe quoi.

Entre psychanalyse et crise de créativité, le ‘journal’ de Ed va devenir une étrange dépendance et s’insinuer malgré lui dans sa vie avec des conséquences inattendues.

Ce roman rappelle étrangement les livres de David Lodge de par sa manière cruelle et honnête de présenter les personnages et les astuces narratives et structurelles. Il joue astucieusement sur l’amalgame entre fiction et réalité, mélangeant le personnage et son œuvre et n’hésitant pas à impliquer le lecteur.

La réalité rattrapée par la fiction. La fiction modelant la réalité.




[humeur] Second life

09 03 2008

 - Chérie ?

- (...)

- Chérie ??

- han han...

- Chérie, tu m'écoutes ?

- (...)

Avant, j'avais une femme. On s'est rencontré, on s'est marié, il nous est même arrivé de nous reproduire une paire de fois. On était aussi heureux que possible. On avait une vie sexuelle épanouies.

Et puis...

Elle a commencé á devenir distante.

On ne pouvait pas blâmer le quotidien. On s'en réjouissait plutôt de la routine qui fait si peur aux amoureux débutant. Après tout, rien de tel que la routine quand on possède le petit grain de folie qui la rend intéressante.

Il fallait que je me fasse une raison, elle avait rencontré quelqu'un.

L'hypothèse semblait pourtant improbable. Non pas que je sois tellement imbu de moi-même que je ne crains point la concurrence (quoi que, je suis un mec quand même) mais plutôt pour des raisons géographiques. Après tout, pas des masses de prétendants sur notre petite île. Le facteur est une factrice (ce qui n'empêche rien) mais elle est vieille et moche (ce qui n'empêche rien non plus). Et les enfants, qui sont toujours dans ses pattes ? C'est quand même un frein, ca, non ?

Alors ? Qui ?

J'ai commencé à la surveiller, l'épier, fouiller.

Je sais, ce n'est pas joli, joli, mais le coeur à ses raisons. Et après tout, mon couple était en jeu.

Mais parfois, il est plus prendre de ne pas ouvrir la boite de Pandore.

Parfois, il est meilleur de vivre dans l'ignorance.

Ma femme me délaisse non pas pour une mais pour plusieurs personnes, sans réelle logique, ni distinction raciale, sexuelle, d'âge ou autres.

J'ai du faire face à un lourd secret. Une terrible vérité cachée au fin fond d'un terrible fantasme que je lui ignorais.

Elle se plongeait, devant mes yeux, dans des orgies virtuelles, des débauches de mots, se laissait caresser par des idées.

Ma femme était modératrice sur un forum.




[science] Esprit (critique) ? Es-tu là ?

08 03 2008

Il y a quelque chose de vraiment séduisant dans le paranormal.

Qui n'a jamais rêvé de se découvrir un pouvoir exceptionnel, la télékinésie, la télépathie ou encore la possibilité de voir l'avenir ? Qui n'a jamais été intrigué devant les prédictions des voyants ?

Mais derrière le rêve se cache souvent une sordide réalité, certains n'hésitant pas à exploiter les personnes sensibilisées á des fins malhonnêtes, d'autres plus honnêtes se laissant abuser par des chimères.

Au jour d'aujourd'hui, aucun phénomène paranormal n'a été éprouvé ou simplement constaté scientifiquement.

Les convaincus y voient une gigantesque conspiration visant à cacher une vérité connue depuis toujours. Entre nous, les scientifiques ont autre chose à faire et une conspiration d'une telle ampleur serait bien difficile á cacher si de tels pouvoirs existaient réellement.

La grande force des adorateurs du paranormal est qu'il est impossible de démontrer que cela n'existe pas. Le fait que personne n'ait jamais pu démontrer l'existence du paranormal n'est en aucun cas la preuve de sa non-existence. Le paranormal se nourrit de ce doute qui subsiste et pourra toujours subsister.

De nombreux charlatans ont été dénoncés mais l'existence de fraudeur n'exclus nullement l'existence de personnes réellement doués de dons (et certains sont de bonne foi).

Ce n'est pourtant pas faute de chercher.

De nombreuses personnes essayent depuis de nombreuses années de trouver des personnes possédants de vrais dons paranormaux.

C'est le cas des zététiques qui pendant 15 ans ont offert jusqu'à 200 000 euros (1) ou encore le magicien Randi qui offre encore aujourd'hui 1 million de dollars (2) a quiconque démontrera un quelconque pouvoir paranormal (allez voir les sites ci-dessous pour le résultat de ceux qui ont tenté leur chance).

Le principe est pourtant très honnête.

Chaque candidat doit expliquer son « don » et mettre au point un protocole de test qui était accepté par les deux parties. Ils déterminent ensuite ce qui, au terme de l'expérience, sera considéré comme un succès ou un échec.

Personne à ce jour n'a passé ce test avec succès.

Outre le fait de démontrer au grand jour l'existence du paranormal, il est difficile de croire que celui qui possède un réel « don » crache sur de telles sommes.

C'est une démonstration par défaut mais si l'on doit s'en tenir à l'esprit critique, force est d'avouer que le paranormal a bien peu d'arguments en sa faveur.

Pour terminer sur une note plus poétique, je trouve que la vie nous réserve tellement de surprise et de mystère qu'il n'est point besoin du paranormal pour s'émerveiller.

(1) http://www.unice.fr/zetetique/defi.html

(2) http://www.randi.org/research/index.html




[livre] Le meurtre de Roger Ackroyd – 2. Contre-enquête

04 03 2008

Ce texte fait suite au texte « Le meurtre de Roger Ackroyd – 1. Enquête » consacré au célèbre roman d'Agatha Christie « Le meurtre de Roger Ackroyd »

http://owen.monblogue.branchez-vous.com/2008/03/02#162125

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Avocat: Mesdames et messieurs, distingués membres du jury, nous sommes ici réuni pour déterminer qui a vraiment tué Roger Ackroyd, réhabiliter la mémoire du Dr. Sheppard et identifié son assassin. Tous nos éléments d'enquête proviennent de la réalité fragmentaire que constitue le roman d'Agatha Christie « Le meurtre de Roger Ackroyd ». Nous vous démontrerons que le coupable désigné par Hercule Poirot est totalement absurde et n'aurait jamais tenu la route devant un tribunal et que ce dernier est un dangereux individu, peu respectable et victime de délire voire de folie.

Premier témoin – un psychologue

Avocat: Agatha Christie a écrit ce roman en 1926. C'était son sixième roman. On y retrouve le détective Hercule Poirot, à la retraite et sans son fidèle confident masochiste, le colonel Hastings. Comme à son habitude, Hercule Poirot, non sans une certaine prétention, poursuit son enquête en s'attardant sur de nombreux détails. A la fin du roman, il élabore une théorie extraordinairement compliquée (chose d'autant plus invraisemblable alors que le tueur n'a eu que quelques heures pour mettre son plan au point) et désigne le coupable : le Dr Sheppard que le lecteur pensait au dessus de tout soupçon. Pour cause, le Dr Sheppard est le narrateur de l'histoire.

Monsieur le psychologue, que pensez-vous du Dr Sheppard comme coupable. Que vous apprend le profil que vous avez tracé.

Psychologue: Le Dr Sheppard n'a pas le profil d'un meurtrier de sang froid, calculateur et manipulateur. Il est plutôt faible et timoré. J'ai beaucoup de mal à le voir dans le rôle de l'assassin de Roger Ackroyd.

Avocat: Mais pourtant, lorsque Poirot le confronte à sa théorie, il avoue le crime !

Psychologue: Il n'avoue jamais. Vous ne trouverez nulle part de réelle confession. Il se contente de ne pas nier les faits. Il ne fait que répéter ce que Poirot veut entendre.

Avocat: Son suicide n'est-il pas un aveux de culpabilité ?

Psychologie: Pas vraiment. Il pourrait y avoir de nombreuses autres explications.

Avocat: Comment expliqueriez-vous le fait qu'il ne nie pas et qu'il se suicide ? Pourquoi endosser, même par défaut, la culpabilité de ce crime et faire de lui l'un des criminels fictifs les plus célèbres de l'histoire de la littérature ?

Psychologue: Peut-être protège-t-il quelqu'un ?

Second témoin – Pierre Bayard (1)

Avocat: Vous auteur d'un essais dans lequel vous défendez l'idée que le Dr. Sheppard est innocent du meurtre de Roger Ackroyd. Comment avez-vous eu cette idée.

Pierre Bayard: Ce roman est basé sur l'idée que le narrateur est l'assassin. Si tel est le cas, le narrateur est un menteur, au moins par omission. Il joue sur le double sens et les non-dits sans son texte. Par conséquent, on est en droit de se poser la question de la vérité dans l'ensemble de ses écrits. Avec une telle clé de lecture, il est tentant de reprendre l'enquête à zéro. Surtout que la solution proposé par Poirot est pleine d'invraisemblances que je compile dans mon essais. La beauté esthétique du procédé tend á éclipser l'énigme policière et j'ai donc décidé de reprendre l'enquête à zéro.

Avocat: Mais comment pouvez-vous remettre en question les conclusions d'Agatha Christie, après tout c'est elle qui a écrit cette histoire et elle sait donc exactement où elle voulait en venir !

Pierre Bayard: Le monde d'un roman dépasse rapidement les limites imposées par son auteur. Il existe un univers entre celui de l'écrit et le celui du lecteur, une subjectivité inévitable dans laquelle les personnages peuvent prendre vie. Il y a là aussi place pour une certaine forme de délire d'interprétation.

Avocat: Selon vous, Hercules Poirot a été victime d'un délire ?

Pierre Bayard: Au moment des faits, Poirot était à la retraite. Ses comportements n'en étaient encore que plus étranges et plusieurs allusions à sa folie sont faites au cours du roman. Selon moi, il a façonné les faits pour les faire coller à sa théorie, sans tenir compte de nombreuses incohérences, faiblesses et impossibilités.

Avocat: Mais pourquoi le Dr. Sheppard n'a-t-il pas protesté face à ces accusations ?

Pierre Bayard: Il n'avait pas tous les éléments pour justifier la nécessité de tuer Roger Ackroyd et ce même s'il était le maître chanteur. Par contre, peut-être savait-il ou avait-il compris qui était le vrai meurtrier et a donc décidé de prendre la responsabilité du meurtre pour protéger le vrai coupable.

Avocat: Et selon vous, qui est le vrai coupable ?

Pierre Bayard: Sa soeur Caroline. Elle était l'élément fort de sa famille et aurait fait n'importe quoi pour protéger son frère. Elle avait le mobile, la liberté d'agir et tous les éléments pour justifier son crime. Sa personnalité est plus celle d'un assassin que celle de son frère. De plus, elle est certainement le coupable le plus improbable (à tel point que Poirot ne s'enquiert jamais de son emploi du temps au moment du meurtre), respectant ainsi la règle du genre.

Avocat: Caroline Sheppard a donc tué Roger Ackroyd ?

Pierre Bayard: Oui pour protégé son frère et le docteur Sheppard a endossé la responsabilité pour la protéger elle. C'est donc un innocent qui a trouvé la mort. Par contre, on peut dire que Hercule Poirot a commis un meurtre par interprétation en condamnant le docteur comme il l'a fait.

Troisième témoin: Agatha Christie

Avocat: Que pensez-vous de la thèse de Pierre Bayard que je viens de vous résumer.

Agatha Christie: Je la trouve très rafraîchissante ! Il est malin, le bougre.

Avocat: Mais il salit le nom d'un de vos personnage fétiche, Hercule Poirot.

Agatha Christie: Mais Hercule Poirot est un assassin. Je vous rappelle que dans « Rideau », un roman que j'avais écrit et gardé sous clé jusqu'à ma mort, Poirot tue un homme de sang froid parce qu'il le sait coupable, qu'il sait qu'il va récidiver mais ne peut prouver sa culpabilité. Poirot n'est pas parfait et peut-être que son raisonnement n'est pas toujours parfait. Il est tentant de se laisser abuser par de belles théories et d'adapter la réalité pour qu'elle y colle. Cela se retrouve dans toutes les activités humaines. Alors pourquoi pas dans mes romans ?

Avocat: Mais pouvez-vous nous confirmer que le Dr. Sheppard est bien l'assassin de Roger Ackroyd ?

Agatha Christie: Vous aimeriez bien que je vous donne une réponse simple. Un 'oui' ou un 'non', bien tranché. Mais la vie n'est jamais aussi simple. Oui, Roger Ackroyd a bien été assassiné mais le reste est libre à l'interprétation. Seul l'assassin possède la certitude de la culpabilité.

Avocat: Mais c'est vous l'auteur ! Vous savez tout !

Agatha Christie: La subjectivité du lecteur, la liberté d'interprétation est au personnage de roman ce que le libre arbitre est pour nous, un moyen de nous libérer de la destinée. Une lecon d'humilité pour l'auteur et pour Dieu lui-même.

Avocat: Mais c'est absurde !

Agatha Christie: (...)

Avocat: Que pouvez-vous nous dire de Caroline Sheppard, le coupable désigné par Monsieur bayard ?

Agatha Christie: C'est mon personnage préféré de ce roman. Elle m'a même soufflé l'idée d'un autre de mes personnages phare, Miss Marple.

La plaidoirie

Avocat: L'ensemble des faits présentés dans ce dossier montre d'une part que les éléments présentés comme preuves par Poirot étaient insuffisant pour faire condamner le Dr. Sheppard. D'autre part, les faits semblent plutôt démontrer que le coupable le plus probable est Caroline Sheppard, la soeur de l'accusé, donnant au récit une dimension beaucoup plus profonde et intéressante, transformant un meurtre glauque en un acte romantique. Hercule Poirot entraîne le lecteur dans son délire d'interprétation des faits, désignant ainsi un faux coupable et empêchant le lecteur de voir la vérité. Hercule Poirot se rend ainsi responsable de la mort d'un innocent juste pour la beauté d'une théorie. Il falsifie la vérité pour la rendre cohérente à sa vision des faits.

Le verdict

Juge: Au vu des faits, nous ne pouvons que déclarer le Dr. Sheppard non coupable. Une enquête sera rouverte pour déterminer les responsabilités de Monsieur Paton (que tous les faits désignent comme le coupable idéal), Madame Sheppard et Monsieur Poirot dont les rôles dans cette affaire sont plus que trouble. Nous remercions Monsieur Bayard pour les informations qu'il nous a fournit mais rappelons que lui aussi est soumis au délire d'interprétation. Et que sa relecture des faits, aussi séduisante soit-elle, n'en reste pas moins subjective. Il est si facile de choisir certains faits et de démontrer le bien fondé de sa théorie. Quand aux lecteurs, nous espérons qu'ils prendront un peu plus conscience de la relation délirante et subjective qu'ils peuvent entretenir avec un roman mais aussi avec la réalité.

Affaire suivante !!!

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(1) Pierre Bayard est professeur de littérature française à l'Université de Paris et l'auteur de nombreux essais sur la littérature dont l'excellent « Qui a tué Roger Ackroyd » dont ce texte est largement inspiré. Les propos qui lui sont attribués ici sont entièrement fictifs mais inspirés de son livre.




[livre] Le meurtre de Roger Ackroyd – 1. Enquête

02 03 2008

Précaution : Ce texte contient des informations qui pourraient gâcher le plaisir d'une première lecture naïve du roman célèbre d'Agatha Christie « Le meurtre de Roger Ackroyd » (1).

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Le roman policier et le roman noir ont aujourd'hui largement dépassé le cadre de la littérature de genre, pénétrant dans la Littérature-avec-un-grand-L à grand coups de poing meurtriers avec des auteurs tels que James Ellroy, Dennis Lehane qui ont su donner une réelle dimension sociale ou encore dans une certaine mesure Umberto Eco ou Iain Pears qui ont su ré-inventer un genre classique.

Le roman policier, en tant que littérature de genre, trouve son origine avec Sophocle et son Oedipe-roi (même si l'on peut arguer que la Bible comporte quelques histoires policières), premier roman qui présente une réelle structure classique de meurtre, assassin, enquêteur et enquête qui sert de trame à l'histoire jusqu'à la révélation finale. Il faudra néanmoins attendre le XIXe siècle pour que le genre connaisse sa construction formelle à partir du texte fondateur d'Edgar Alan Poe (2) et connaisse un succès énorme grâce à des auteurs tels que Arthur Conan Doyle.

Lorsqu'il est question du sous-genre de roman à énigme, un nom est souvent cité en exemple: la prolifique Agatha Christie et ses personnages de Miss Marple et Hercule Poirot.

Comme tout un chacun, je me suis plongé dans ses oeuvres dans ma jeunesse, avec comme petite particularité que je les ai lu chronologiquement dans une belle édition compilant l'intégrale de cet auteur avec de brillantes remises en contexte.

Aujourd'hui, de nombreuses années plus tard, j'ai entrepris la relecture d'un de ses classiques parmi les classiques, « Le meurtre de Roger Ackroyd », relisant un livre de la collection 'Livre de Poche' que j'ai négligé ces dernières années au profit des livres des collections Rivages ou 10/18.

« Le meurtre de Roger Ackroyd » est le sixième roman d'Agatha Christie, publié en 1926 et celui qui l'a rendu célèbre (sans pour autant faire l'unanimité, certains critiques l'accusant d'avoir trahis les règles du genre et d'avoir 'triché' (3)).

Le principe du roman a énigme est d'entraîner le lecteur dans une enquête qui se déroule pas à pas devant ses yeux. Lui sont fournit tous les indices nécessaires à la résolution de l'affaire (en général un meurtre) mais se termine inévitablement par une révélation : la découverte du coupable, de la méthode utilisée et de son mobile.

Pour être efficace, l'auteur doit donc jouer d'imagination pour garder l'effet de surprise pour la fin, cachant le véritable coupable en utilisant milles astuces. Agatha Christie était particulièrement habile à ce jeu, utilisant et inventant de nombreuses méthodes pour conserver intacte celle dissimulation: faux indices, coupable improbable, coupable évident, etc.

Dans « Le meurtre de Roger Ackroyd », livre quelque peu anachronique dans la longue série des enquêtes d'Hercule Poirot, Agatha Christie donne une grande leçon en secouant ce genre sur ses fondations.

Le coupable n'est autre que le narrateur (4)

Celui-ci relate l'enquête, remplaçant le fidèle Hastings qui joue en général le rôle de scribe des aventures de Poirot, sans jamais mentir, se contentant de quelques mensonges par omission et quelques très belles figures de style et de texte á double sens (5)

« La lettre lui avait été remise à 9 heure moins 20. Il ne l'avait toujours pas lue quand je le quittai, à 9 heure moins 10 exactement. J'hésitais un imstant sur le seuil, la main sur la poignée, et me retournai en me demandant si je n'oubliais rien. » (6)

Derrière ce tour de force qui a inspiré tant d'auteurs (7), se cache la caricature du principe de mauvaise foi du narrateur dans le roman policier. Ainsi, le narrateur, connaissant le coupable au moment de rédiger le livre, essaye par tous les moyens de tromper le lecteur pour lui laisser le plaisir de la révélation.

Mais il n'est peut-être pas inutile de revenir sur l'histoire de la mort de Roger Ackroyd.

Tout commence par le suicide de madame Ferrars, une veuve qui a assassiné son mari et victime d'un chantage. Avant de mourir, elle envoie à Roger Ackroyd, son nouvel amour, une lettre dans laquelle elle dénonce son maître chanteur. Un peu plus tard, Roger Ackroyd est retrouvé assassiné, un couteau dans le dos et Hercule Poirot, célèbre détective alors à la retraite entre en jeu. Tous les indices semblent converger vers un suspect: le fils adoptif de Ackroyd, héritier de sa considérable fortune et qui a disparu depuis le meurtre.

Au fil d'une enquête où il s'accorde á résoudre les petits problèmes de détails négligés par la police (un meuble déplacé, la couleur des chaussures de tel personnage, etc.), Poirot explique dans une de ses classiques petites mise-en-scènes qui est le véritable coupable, Le Dr Sheppard, le narrateur lui-même, et lui offre une digne porte de sortie: le suicide.

De par le succès et l'originalité de ce roman, le Dr. Sheppard est l'un des criminels les plus connus de l'histoire romanesque policière. De nombreux auteurs se sont répandus en études sur le sujet mais, jusqu'à récemment, aucun n'a jamais remis en doute la culpabilité du coupable (et ce, même si la solution de Poirot est tirée par les cheveux et pas totalement satisfaisante à de nombreux points de vue).

Et si le Dr. Sheppard était innocent ?

Et si la vraie question était « Qui a tué le Dr. Sheppard ? »

Quel nonsense, me direz-vous ! Agatha Christie, qui est quand même l'auteur de ce roman, n'a jamais mis en doute la culpabilité de Sheppard et le texte est là comme un testament.

Vraiment ?

N'y aurait-il pas un second niveau de lecture qui désignerait un coupable que l'auteur aurait caché, tel l'arbre dans la forêt, à la disposition des détectives les plus rigoureux ?

Puisque c'est du nonsense, je vous donne rendez-vous sur R42 pour un contre-enquête.

-

(1) Ce roman est cependant très intéressant à lire ou relire en connaissant les faits donnés ci-dessous et montrent le coup de génie de son auteur !
(2) Pour un historique passionnant et un parallèle intéressant entre naissance du roman policier et de la psychanalyse, lire les essais de Pierre Bayard.
(3) Ce roman a fait coulé beaucoup d'encre, empiétant dans des domaines parfois surprenant. Pour en savoir plus, lire l'excellent « Qui a tué Roger Ackroyd ? » de Pierre Bayard.
(4) Elle ne reprendra cette astuce que 40 ans plus tard dans « La nuit qui n'en finit pas »
(5) Il n'existe que peu d'astuce pour vraiment bouleverser la structure narrative d'un roman. Un auteur qui est passé maître dans ce genre de chose est David Lodge, changeant de style de roman en roman (voire au sein d'un même roman), pastichant ou encore bouleversant certaines certitudes du lecteur, comme le fait que, contrairement à un film, le lecteur sait quand le livre va se terminer puisqu'il peut visualiser le nombre de pages qui lui reste. Pour un bel exemple, lire « Changement de décors »
(6) Cet extrait est un des moments classiques du livre. Le meurtre se cachant entre la première et la second phrase.
(7) S'il ne doit en rester qu'un, lire « Le cercle de la croix » de Iain Pears, qui joue habilement du jeu de la subjectivité du narrateur et du problème de l'interprétation tout en remaniant le genre policier avec encore plus de brio que Umberto Eco et son « Le nom de la rose ».




[science] La fin d’un monde

28 02 2008

Part 1: les leçons du passé…

Il était une fois, à la fin du Permien, il y a de cela 250 millions d’années, la terre et les océans étaient fort différents de ce que l’on connaît aujourd’hui. On y retrouvait une abondance de forme de vie que l’on pourrait qualifie des plus étranges selon les standards actuels (1).

Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que ‘quelque chose’ arrive.

Personne n’est totalement sur de ce qui a été la cause première. Peut-être une météorite. Peut-être un subtil changement dans l’axe de la terre. Peut-être une augmentation de l’activité volcanique.

Ce que l’on sait, c’est que des gaz á effet de serre ont été libéré massivement dans l’atmosphère, provoquant des changements drastiques dans le climat.

Si l’on ignore ce qui a poussé sur la gâchette, on comprend assez bien les conséquences qui se sont étalées sur plusieurs centaines de milliers d’années : la température dans l’atmosphère a grimpé de quelques degrés, le taux de CO2 à grimpé. La chimie des océans a été perturbées par les changements atmosphériques : diminution de l’oxygène disponible, augmentation de l’acidité et de la température.

Rien de bien impressionnant : quelques degrés par ci, quelques dixième d’unité de pH en moins.

Mais voilà… la vie est distribuée en réseaux complexes et des modifications qui semblent subtiles peuvent avoir de terribles conséquences.

En quelques millénaires, la face du monde a été modifiée.

Dans cette masse d’eau gigantesque qu’est les océans, tellement gigantesque qu’il semble presque impensable de la perturber, ces changements se sont propagés comme un véritable fléaux provoquant la disparition de plus de 92% de toutes les espèces vivantes.

De nombreux facteurs étaient responsables de la mortalité de ces espèces mais l’un d’entre eux a déterminé qui survivait et qui mourrait : l’acidité.

En devenant légèrement plus acide, les océans diminuaient la quantité de carbonate de calcium disponibles pour les animaux et essentiel pour nombre d’entre eux (par exemple, pour construire les coquilles des mollusques).

Une extinction de masse (2).

Mais certains ont survécu… et la vie et l’évolution a repris son cours. Des tas de nouvelles formes de vie sont venue remplacer celles qui avaient disparu.

Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que ‘quelque chose’ arrive.

Une espèce de mammifère est apparue avec la capacité de raison : l’homme.

Part 2 : Une autre vérité qui dérange…

L’homme possède une incroyable capacité à modifier son environnement. Cette capacité a pris une allure inquiétant au détour de la révolution industrielle il y a de cela quelques 150 ans. De par ses activités, l’homme a libéré des quantités considérables de gaz à effet de serre dans l’atmosphère entraînant des changements rapides et au delà de tout ce qui avait été observé ces dernières centaines de millier d’années.

Ces changements très rapide (3) et dont la vitesse de changement s’emballe á des conséquences déjà observable sur nos écosystèmes.


Et ce n’est qu’un début.

A ce rythme, les choses vont rapidement devenir alarmantes.

Par exemple, le CO2 libéré depuis seulement 150 ans ont déjà modifié nos océans. L’eau de mer est déjà plus acide qu’il y a un siècle et les prédictions les plus optimistes prédisent une eau 1.5 fois plus acide pour 2050 et 2.5 fois plus acide en 2100.


Et alors ?

Pour vous donner une idée, ce serait des conditions semblables à celles observées lors de la grand extinction du Permien avec pour grande différence que la vitesse de changement serait beaucoup plus rapide, laissant ainsi peu de temps aux espèces vivantes pour s’adapter.

A ce rythme, on peut donc s’attendre à une extinction massive.

Bien entendu, la vie reprendra ses droits. Mais peut-être que nous n’aurons pas cette chance.

Alors que faire ?

Je n’ai pas la réponse à cette question. Il n’y a pas de solution miracle.

On dit qu’il faut au moins une génération pour faire changer les mentalités. Peut-être que cette fois-ci il va falloir faire un petit peu plus vite.

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(1) Une belle illustration de la diversité de la vie aujourd’hui perdue est disponible dans le livre de Stephen G Gould, La vie est belle.

(2) Pour une magnifique revue sur le sujet, lire Knoll et al. (2007) Paleophysiology and end-Permian mass extinction. Earth and Planetary Science Letters. 256 : 295-313.

(3) Un des arguments largement utilisés par les " climats sceptiques " c’est que les taux de CO2 observés aujourd’hui sont jusqu’à 10 fois inférieur à ceux observés par le passé. C’est totalement vrai. Mais ce qui est important, c’est la vitesse de ces changements. Les changements observés par le passé se déroulaient sur plusieurs centaines de milliers d’années alors que ceux visibles actuellement sont beaucoup plus rapides (de l’ordre de quelques dizaines d’années, ne laissant ainsi que peu de marge de manœuvre pour s’adapter que cela soit au niveau du vivant ou de la terre). C’est cette vitesse de changement qui est critique. Les conséquences en sont beaucoup plus désastreuses !




[culture/livre] 221b Baker Street

24 02 2008

Si d’aventure, étant à Londres, l’idée vous en prenait de prendre le ”tube” et de vous arrêter à la station de Baker Street, alors que vous remettez des entrailles de la terre (« Plus près de toi, mon diable, plus près de toi ! », un sentiment renforcé par une sombre pensée pour les attentats d’il y a quelques années), vous vous retrouverez face à la statue du détective le plus célèbre de tous les temps : Sherlock Holmes.

Le fait qu’il soit fictif et tout droit sortit de l’esprit torturé de Arthur Conan Doyle n’est finalement qu’un détail. Après tout, la réalité ne rattrape-t-elle pas, dit-on, la fiction ?

C’est que le personnage est séduisant sous ses faux airs de machine logique, provoquant dès sa naissance un vent de sympathie sans précédent chez les lecteurs de « Une étude en rouge ».

Rapidement, nombreux furent ceux convaincu que le détective et son fidèle docteur Watson étaient plus que des personnages de romans. Des lettres arrivaient en masse au domicile de Conan Doyle, lui demandant de transmettre les courriers à Monsieur Holmes.

Un comble pour un auteur dont les aspirations étaient bien plus hautes que d’écrire des amusettes policières et pour qui le personnage de Holmes restera une malédiction jusqu’à la naissance tardive d’une certaine forme affection. Il aura fallu en passer par une tentative de meurtre sur son héros (qui a failli réussir et n’a finalement échoué que suite à la pression des lecteurs, des éditeurs et de la M’man de Conan Doyle).

« Si je ne le tue pas, c’est lui qui me tuera ! », aurait-il dit.

Si Conan Doyle voulait laisser son nom dans l’histoire, c’était pour ses romans historiques (dont les plus connues restent celles du sympathique Brigadier Gérard, donnant une vision complexe et non manichéenne de l’épopée sanglante napoléonienne). Mais si ces romans, comme ses pièces de théâtre, ont connu un honnête succès critique de son vivant, c’est bien Sherlock Holmes qui lui aura apporté l’immortalité (1).

Lorsque vous sortez de la station de Baker Street, ne vous attendez pas à replonger dans l’époque victorienne. La rue de Baker Street n’a que bien peu à voir avec celle décrite par Conan Doyle il y a plus d’un siècle. Aujourd’hui, il s’agit d’une rue moderne, encombrée par les voitures, parsemées de ces coffee shop qui envahissent toutes les rues de la capitale.

Difficile pourtant, et passablement absurde, de résister au fantôme de Holmes (2) et de chercher sa maison au numéro 221b en remontant la rue en direction de Regent’s Park.

A l’origine, quand Conan Doyle a décider de loger son héros à cette adresse, le numéro 221b n’existait pas. La rue ne comprenait alors que 85 numéros. L’auteur avait ainsi délibérément choisit une adresse inexistante, probablement pour éviter d’éventuels troubles aux réels propriétaires (3).

Il aura fallu attendre les années 30 et le prolongement et la renumérotation de Baker Street pour que le numéro 221 voit le jour dans l’ancienne Upper Baker Street.

Rapidement, cependant, les numéros 219 à 229 sont rassemblés en une seule adresse constituant le siège de la Abbey Road Building Society, adresse qu’elle occupera jusqu’en 2002 (4).

Un abondant courrier destiné au détective et demandant souvent son aide a commencé a arriver au sein de la société, au point que celle-ci fut condamnée à engager une secrétaire uniquement pour tenir la correspondance à jour (qui a dit que l’on cessait de croire au père Noël en grandissant ?) Jouant le jeu jusqu’au bout, une plaque en cuivre, hommage à Holmes et Doyle orne le bâtiment et la société à sponsorisé la construction de la statue de bronze visible à le bouche de métro.

Aujourd’hui, comble de l’absurdité, la maison de Sherlock Holmes existe bien sur Baker Street, une sorte de reconstitution de son appartement en hommage à l’œuvre de Conan Doyle, et si elle porte la pancarte ‘221b Ltd’ (5), cette maison se situe à l’adresse 239 Baker Street.

« Elémentaire, mon cher Watson ! » (6)

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(1) Conan Doyle était un de ces auteurs d’un autre temps, de la trempe de Rudyard Kipling ou Roald Dahl. Il était médecin, était partit dans sa jeunesse sur un baleinier, a été médecin militaire pendant la guerre des Boers, s’est impliqué dans de nombreuses causes politiques et autres et a même connu quelques succès comme détective amateur. Il s’est également impliqué vers la fin de sa vie dans la défense de la cause spirite (à l’époque, les tables tournantes étaient très à la mode), parfois jusqu’au ridicule (il s’est entre autre ridiculisé en défendant la véracité d’une photo de fée). Si vous voulez en savoir plus, il est intéressant de comparer son autobiographie, Ma vie aventureuse, avec la biographie de JD Carr, La vie fantastique de Sir Arthur Conan Doyle.

(2) L’idée que les personnages de romans puissent avoir une âme est reprise dans le roman Le fantôme de Baker street de Fabrice Bourland. Il s’agit d’un livre assez inégal qui prend parfois des allures de Buffy contre les vampires mais qui reste intéressant pour l’ambiance et le fait qu’il mélange personnages réels, imaginaires et des classiques de la littérature victorienne. On y retrouve le fantôme de Sherlock Holmes hantant le 221b Baker Street et entraînant à sa suite et malgré lui tous les monstres de la littérature victorienne, De Hyde à Dorian Gray en passant par Dracula et Jack l’Eventreur (en tant que produit de l’inconscient collectif). Si le roman est très moyen, l’auteur a vraiment fait ses devoirs et les faits sont scrupuleusement respectés.

(3) Dans la première édition du Guide Galactique, Douglas Adams n’a pas pris cette peine, donnant pour le clin d’œil le numéro de téléphone d’un de ses amis. Celui-ci s’est fait alors bombarder par des coups de téléphones de fans délirants. Le numéro a été changé dans les éditions ultérieures. L’histoire ne dit pas en quoi cela a altéré l’amitié entre les deux hommes.

(4) Les experts se disputent encore sur l’existence ou non d’un vrai 221 Baker Street. Les données sont pourtant difficile à rassembler puisque qu’une bonne partie de la rue a été détruite lors du Blitz. Quelques infos sur :

http://en.wikipedia.org/wiki/221B_Baker_Street

(5) Etant illégal de mettre une fausse numérotation de la maison, les propriétaires ont créé une société bidon portant le nom de ‘221b Ltd’ qui peut être placée devant la porte.

(6) Il est amusant de noter que cette phrase que l’on prête souvent à la plume de Conan Doyle, n’est jamais apparue dans aucun des romans du maître mais est un produit de son adaptation cinématographique.




[science] le chaînon raté !

16 02 2008

« Les faits, Watson, les faits. »

 

Il y a beaucoup à apprendre de la façon dont une personne interprète un même fait, en particulier en sciences.

 

Ainsi, en utilisant les mêmes données de bases (mais pas la même démarche, ni les mêmes règles de pensées), l’un va y voir la démonstration de la théorie de l’évolution, l’autre la preuve de l’existence d’une intelligence créatrice (ou Dieu pour les moins hypocrites).

 

Ainsi, les adaptations incroyables que nous pouvons observer dans la nature, que cela soit ce lien unique qui associe une espèce d’abeille à telle espèce de fleur ou encore la complexité presque absurde de certains rites amoureux, sont interprétés par les uns et les autres de manières totalement différentes.

 

- Il s’agit du produit d’une lente évolution, diront les évolutionnistes.

- Que nenni, seul une Intelligence Créatrice aurait pu donner naissance à un tel degré de perfection, diront les créationnistes modernes.

 

Mais tous deux acceptent implicitement le fait que tout est adaptation. Tous les êtres vivants sont parfaitement adaptés à leur environnement. Mais est-ce vraiment le cas ? N’y a-t-il pas une petite marge pour l’erreur ?

 

Ainsi, la sélection naturelle n’est-elle pas basée sur un tri entre les plus et les moins adaptés ?

 

Si c’est le cas, où sont passées les « erreurs » de l’évolution ?

 

Le corollaire de cette question devient logiquement : si on trouve une grosse erreur de l’évolution, est-ce la démonstration de la non-existence de Dieu ? (1)

 

Laissez moi donc vous présenter une véritable erreur de la nature !

 

Cette semaine, le sérieux magasine Nature (2) présentait la description du fossile de la plus vieille chauve-souris connue. Celle-ci possèdent plusieurs caractéristiques des chauve-souris vivant actuellement : membranes autour des mains qui lui permettent de voler ou encore une dentition d’insectivore. Mais, chose plus intéressante, contrairement à toutes ses descendantes, l’étude de son oreille interne a montré qu’elle était incapable d’écholocation.

 

Ainsi, les chauves-souris utilisent un sens qui nous est inconnu. Elles sont capables, un peu à la manière d’un sonar, d’utiliser des ultrasons pour se repérer dans le noir et détecter avec une grande précision les proies en vol.

 

Toutes les chauves-souris, même celles qui se nourrissent de fruit, possèdent ce sens plus ou moins développé.

 

Pour cette raison, les chercheurs avaient émis l’hypothèse que le vol n’était possible chez les mammifères que grâce à ce nouveau sens.

 

La découverte de ce nouveau fossile met un terme à cette controverse vieille de plusieurs dizaines d’années. L’existence d’un ancêtre, insectivore, volant mais incapable d’écholocation est la démonstration que les deux choses sont indépendantes. Le vol est apparu avant l’écholocation. Ainsi, cet ancêtre de la chauve-souris était probablement diurne et chassait les insectes à la vue.

 

Oui, mais…

 

Pourquoi, lorsque l’on découvre un nouveau fossile, on considère la nouvelle espèce sous l’angle que celle-ci était parfaitement adaptée à son environnement ?

 

Si l’évolution fonctionne vraiment par essais et erreurs, n’est-il pas envisageable que cette chauve-souris soit un de ces chaînons manquants des ratés de l’histoire évolutive ?

 

Imaginez

 

Une chauve-souris se nourrissant d’insecte mais qui, sans l’écholocation (suite à une mutation rigolote) en devient totalement aveugle la nuit tombée et donc incapable de s’orienter ou de se nourrir.

 

Une pauvre chauve-souris maigrichonne par manque de nourriture et couverte de bosses à force de se prendre des arbres dans la tête et qui immortalise son échec sous la forme d’un fossile parfaitement conservé ?

 

Voilà qui justifierait parfaitement sa disparition et la raison pour laquelle elle n’a laissé aucun descendant aujourd’hui ?

 

D’un point de vue de l’ID, ce serait la preuve ultime de la non-existence de Dieu condamné à disparaître dans une explosion de logique.

 

--

 

(1) C’est bien entendu acceptable uniquement si l’on accepte le schéma de pensée des défenseurs de la théorie de l’Intelligence Design. Mais c’est complètement idiot si l’on s’en tient au bon sens et la pensée scientifique.

(2) Nancy B. Simmons, Kevin L. Seymour, Jörg Habersetzer & Gregg F. Gunnell (2008) Primitive Early Eocene bat from Wyoming and the evolution of flight and echolocation. Nature 451: 818-821.




[livre] Les chiens de Riga de Henning Mankell

11 02 2008

La Suède

 

Si pour vous la Suède c’est des blondes athlétiques et légères buvant de l’aquavitt les seins nus dans un sauna brûlant, vous avez partiellement raison. Si ce genre de chose arrive deux ou trois fois par an lors des beuveries organisées (en particulier pour la fête de Midsommar), le reste du temps, force est d’avouer que la Suède, son lourd passé chargé de zones d’ombres et sa culture luthérienne, est loin d’être le pays le plus joyeux du monde.

 

« La matinée était grise et venteuse. On annonçait une tempête de neige pour la soirée. »

 

Si vous en douter, je vous invite à lire l’œuvre de l’auteur de roman noir le plus connu de Scandinavie, Henning Mankell, dont les nombreux romans ont été traduit dans la collection point (sans aucune logique chronologique rendant la tâche du lecteur rigoureux quelque peu difficile).

 

Un des plus connu est le second volume de sa longue série consacrée à Kurt Wallander, un petit inspecteur de province que l’on a découvert dans Meurtriers sans visages, est Les chiens de Riga.

 

 

 

L’histoire débute quand un canot pneumatique échoue sur une plage de Scanie avec à son bord les cadavres de deux hommes visiblement exécutés. Rapidement, l’enquête révèle des connections avec la Lettonie et Wallander va se retrouver impliqué dans une enquête tentaculaire qui l’entraînera dans un pays encore dans le chaos engendré autour de la Baltique suis à la dislocation de l’empire soviétique fin des années 90.

 

Henning Mankell fait partie de ces auteurs de roman noir à l’écriture efficace à défaut d’être réellement brillante (tout comme Lawrence Block ou Michael Connely de l’autre côté de l’Atlantique). C’est un bon conteur dont l’originalité tient dans le cadre sombre d’une Suède en pleine mutation.

 

« Je me surprends parfois à reculer devant certaines enquêtes. Trop désagréables. Trop sanglantes, trop irréelles. A l’école de police, on ne nous a jamais appris à faire face à des cadavres torturés échoués dans des canots. J’ai l’impression d’être dépassé. Et je n’ai que trente ans. »

 

Les chiens de Riga est particulièrement intéressant par son contexte et la plongée dans un monde en pleine mutation et à la merci de toutes les avidités. Les visites de Wallander à Riga donnent une image réaliste de la lutte pour la liberté dans un pays encore sous dominance politique russe et où tous les coups sont permis.

 

Beaucoup de noirceur et de tristesse, aussi, dans le personnage de Wallander, hanté par les fantômes de son couple brisé et de son mentor décédé. Un homme simple, pas vraiment un héros, très humain de par ses nombreux doutes et faiblesses.

 

Les romans de Mankell vous donneront une autre vision de la Suède moderne, un pays à la croisée de deux époques, réaliste à défaut d’être gaie.




[science] Brève de comptoir - les pets de Kangourou

10 02 2008

Si la science a prouvé quelque chose, c’est que tout groupement masculin rassemblé dans un bistrot et partageant des boissons alcoolisées finira inévitablement par aborder des sujets tels que les flatulences ou la météo.

 

Revenu pour quelques temps à la civilisation, je me suis infiltré dans un bar pour éprouver (une fois de plus, mais le chercheur sérieux est toujours condamné à une monotone répétition de ses expérience) cette théorie.

 

Extraits de mon carnet de terrain (je sers la science et c’est ma joie)

 

Bourré 1 : « Beau temps pour la saison, pas vrai ? »

Bourré 2 : « Tu parles ! J’ai fait mon premier barbecue  aujourd’hui ! »

Bourré 3 : « On a enregistré des températures record, aujourd’hui ! Plus de 16 degrés à Uccle, seloin l’IRM »

Bourré 2 : « On n’aura pas eu d’hiver, cette année. »

Bourré 1 : « Tant mieux ! Je n’ai pas envie que cela change ! »

Bourré 2 : « Moi non plus ! Vais m’acheter un 4x4 et rouler un maximum. »

Bourré 1 : « Vive les changements climatiques ! »

Bourré 2 : « Cela me ferait chier qu’il fasse froid, cela m’a coûté assez cher en Diesel ! »

Bourré 1 : « Et au prix où cela coûte ! »

 

Bourré 3 : « Vous avez entendu parlé de cette étude sur les kangourous ? »

Bourré 2 : « Une histoire de prout ? C’est ça ? »

Bourré 3 : « Oui. Les moutons et les vaches, quand elles pètent, produisent du gaz à effet de serre. »

Bourré 1 : « Du méthane ! »

Bourré 2 : « Mais pas les kangourous ! Et les scientifiques essayent de trouver le gène pour le mettre dans les vaches… »

Bourré 3 : « En fait, ce sont les bactéries dans le tube digestif qui sont différentes et ils voudraient essayer de les implanter dans les vaches et les moutons. En plus, la digestion serait plus efficace et on ferait des économies sur la nourriture. »

Bourré 1 : « Pour qu’ils pètent écologique ? »

Bourré 3 : « Oui… dans certains pays, les pets de moutons et de vaches sont un contribution majeure à l’effet de serre. Presque 50% en Nouvelle-Zélande. »

Bourré 1 : « Tu m’étonnes, 15 moutons par habitant. »

Bourré 3 : « Enfin, cela prendra encore des années pour qu’une telle étude puisse aboutir. »

Bourré 2 : « Ce serait plus simple de remplacer vaches et moutons par des kangourous. »

Bourré 3 : « C’est ce qu’ils essayent de promouvoir en Australie, je pense, la viande de Kangourou est plus saine que celle de bœuf. »

Bourré 1 : « Tu imagines si on remplaçait toutes les vaches et les moutons par des kangourous chez nous ? »