Publié le jeudi 18 décembre 2003

Strange fruit

18 12 2003

Certaines chansons représentent une époque et d’autres ont peut-être jouer un rôle déterminant dans notre histoire. Pour vous en convaincre, je vous invite à regarder le reportage de Joel Katz consacré à l’histoire de la chanson Strange fruit, qui fut d’abord interprétée par Billie Holyday.

 

On y replonge dans les Etats-Unis du début du XXe siècle. Une époque sombre, frôlant l’obscurantisme, au cours de laquelle le nègre n’était pas considéré comme un humain. Le lynchage était monnaie courante, amassant même les foules constituées de femmes et d’enfants qui venaient s’amuser de ces scènes de mutilations publiques. Des noirs étaient éventrés, pendus, brûlés vifs, avaient le visage écorché ou le sexe coupé par des gentils chrétiens blancs qui allaient le dimanche à l’église l’esprit tranquille et qui, bien entendu, n’avaient rien à craindre de la justice.

 

Des mouvements anti-lynchages ont commencé à voir le jour visant à faire adopter une loi interdisant ces pratiques barbares. De nombreux artistes se sont impliqués dans ce combat mais une chanson est véritablement devenue l’hymne de ces hommes, de ces mouvements : Strange fruit.

 

Elle fut écrite par Abel Meeropol (sous le pseudonyme de Lewis Allan), un blanc, un juif américain, après qu’il eut été choqué par la photo d’un noir pendu à un arbre. Il s’agissait d’un court poème, très sombre, qui décrivait ce triste spectacle. Celle-ci fut interprétée par la chanteuse Billie Holiday dès 1939. En tant que noire américaine, elle savait ce qu’était la ségrégation raciale et c’est sans doute pourquoi elle a réussi à tirer toute la substance de ce texte.

 

La chanson fut bannie des ondes radios et eu de grosses difficultés à trouver une maison de disque mais rencontra pourtant un succès immédiat dès sa sortie.

 

 

Cela peut sembler dérisoire aujourd’hui mais à cette époque, écrire ou chanter une chanson aussi engagée n’était pas sans risque. Abel Meeropol du payer les frais d’une réputation de communiste (tout ceux qui étaient contre le racisme étaient immédiatement assimilé au grand complot communiste), certains chanteurs qui reprirent cette chanson virent leur carrière brisée (Josh White dut comparaître devant la communauté des activités anti-américaines)

 

Cette chanson joua un rôle dans le long combat contre ce genre de pratique bestiale. Son texte fut même lu devant la commission qui devait statuer sur le devenir d’une loi contre le lynchage (sans succès). Et si les choses se sont améliorées aujourd’hui, le combat est loin d’être terminé (refaites-vous American history X pour voir !)

 

Abel Meeropol écrivit de nombreuses autres chansons et connus d’autres succès comme The house I live in, un hymne à la co-existence pacifique entre les peuples et qui fut chantée dans le film du même nom par Frank Sinatra (non sans avoir été amputée de son premier paragraphe, la transformant en chanson de propagande pro-USA, ce qui ennerva Meeropol au plus haut point).

 

Strange fruit fut reprise par de nombreux artistes jusqu’à notre époque : Nina Simone, Cassandra Wilson, Tori Amos, Sting, Dee Dee Bridgewater, Siouxie and the banshee, Jeff Buckley et bien d’autres et connus plusieurs heures de gloires en étant récupérée pour de grandes causes (le mouvement anti-ségrégation dans les années 60, pour le rock against racism dans les années 70, etc.) Cette chanson est devenu un classique de la culture américaine et est même enseignée dans les écoles (les interprétations loufoques du texte par des étudiants est un des moments fort du reportage).

 

Une chanson qui restera d’actualité tant qu’il y aura des problèmes de ségrégation et de racisme. Autant dire qu’elle a encore de beaux jours devant elle.

 

Southern trees bear strange fruit
Blood on the leaves
Blood at the root
Black bodies swinging in the southern breeze
Strange fruit hanging from the poplar trees

Pastoral scene of the gallant south
The bulging eyes and the twisted mouth
The scent of magnolia sweet and fresh
Then the sudden smell of burning flesh

Here is a fruit for the crows to pluck
For the rain to gather, For the wind to suck
For the sun to rot, For the tree to drop
Here is a strange and bitter crop





2 Commentaires :

Commentaire écrit le samedi 28 janvier 2006 à 09:26:53 (lien)

Extra, le résumé que vous avez fait de cette chanson. J'aimerais ajouter, pour l'anecdote que Billie Holyday (ne) l'a (jamais)rarement-un ami me l'a confié- finie sur scène, tombant chaque fois en syncope dès la première strophe


Commentaire écrit le mardi 4 janvier 2005 à 16:10:53 (lien)
quentin mulet-marquis
g découvert 7 chanson il y a quelques semaines et j'avoue avoir eu les larmes aux yeux lors de la première strophe. je tiens tout particulièrement a remercier mon professeur d'anglais M.Giroud pour nous l' avoir fait travailler en cours mème si je regrette que trop de mes camarades critiquent le fait que ce professeur nous fasse souvent étudier le racisme sous toutes ces formes; je les sens mal a l'aise face a ce thème: en effet , peut ètre que de découvrir les horreurs que le racisme amène leur fait prendre concience de la pauvreté de leur réflexions. Et oui malheureusement, le racisme a encore de beaux jours devant lui et j'ai bien peur de revoir mon cousin de 7 ans pleurer car on l'aura mis a l'écart parce qu'il est marron.merci pour ce site


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Tu poussss le boussssson un peu trop loin, Maurissssss

18 12 2003

Face à la publicité, je ne serais pas aussi critique de la marionnette Bla-Bla qui depuis de nombreuses années chantonne « Je cache mes yeux, je cache mes oreilles et je ne regarde pas la pub, beurk » La publicité est un monde étrange, régit par des règles obscures et que je connais peu. Ce que je sais, c’est que la pub, c’est inévitable à notre époque et mieux vaut y préparer nos enfants. La politique de l’autruche n’a jamais fonctionné.

 

On se laisse tous influencer d’une façon ou d’autre autre, consciente ou non. Mais pour éviter de tomber dans l’excès, il faut être conscient des techniques utilisées par les créatifs à la Beigbeder : distiller la peur (de mourir, d’être en mauvaise santé, etc.) et proposer des solutions, parmi les plus loufoques (le bifidus actif, les protéines végétales, etc.)

 

Si cette méthode est la plus insidieuse, elle n’est pas la seule à la disposition des publicitaires pour créer l’envie. La méthode la plus efficace reste sans doute l’humour et je dois reconnaître que certaines publicités sont des perles.

 

Une autre technique, des plus efficaces, est de provoquer l’énervement du public cible. Ainsi, la société SMAP change de nom est devient Ethias. Elle met en branle une énorme campagne de pub (affiche, radio, télévision), esthétiquement assez réussie mais au slogan obscur : « Parce qu’un nom vous révelle : SMAP devient Ethias » Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Je n’en ai pas la moindre idée mais cela à le chic pour m’énerver. Quoi qu’il en soit, la publicité à atteint son but puisque ce changement de nom est gravé dans mon cerveau.

 

La publicité prend de plus en plus de place, tout est bon pour vous faire consommer, surtout depuis que la pub comparative est autorisée. Dans certains domaines, comme la téléphonie mobile, cela ressemble à du matraquage, chaque compagnie ressemblant à une vieille prostituée prête à tout pour vous vendre une passe.

 

Mais là où je trouve que la borne de la limite à été franchie (et une fois que la borne est franchie, il n’y a plus de limite), c’est quand les politiques se mettent à faire de la vrai publicité (rien à voir avec leur campagne électorale). Ainsi, quelle ne fut pas ma surprise d’entendre sur les radios de la RTBF une publicité qui se veut humoristique (par le biais d’accents ridicules) et qui vante les mérites du ministère du budget de la Région Wallonne qui a diminué nos impôts pour 2004. Bonne nouvelle ! Mais s’ils ont de l’argent pour faire de la pub, ils peuvent encore les diminuer un peu plus !

 

« Tu poussss le boussssson un peu trop loin, Maurissssss »





9 Commentaires :

Commentaire écrit le jeudi 5 octobre 2006 à 08:59:38 (lien)
Jano Buchem
Les acteurs francophones ont du boulot au cinéma et théatre et pas/peu dans la PUB, la preuve, c' est que la plupart des pubs tournées en GugussBelgique, sont tournées par des "Comédiens" flamands.Regardez le leaping, c'est à mourrir de rire, les doublages francophonnes ne savent pas postilloner. Quid des sourds francophones qui doivent lire sur les levres flamandes? Suis pas raciste j'vous jure


Commentaire écrit le dimanche 21 décembre 2003 à 12:29:06 (lien)
zero
Matière à réflexion sur l'impact de la pub ici :
http://www.ledevoir.com/2003/12/20/43453.html


Commentaire écrit le vendredi 19 décembre 2003 à 04:42:39 (lien)
Owen Meany
J'ai bien compris aussi ou ils voulaient en venir mais:
"parce qu'un nom vous révèle"
Ici ce n'est pas le cas parce que
- Ethias, cela ne me révèle rien du tout
- Monroe ou La Callas n'ont pas du faire de pub pour devenir célèbre.
La SMAP ne deviendra pas célèbre par sa qualité ou parce qu'elle a changé de nom mais juste parce qu'elle a fait une monstrueuse campagne de pub.
Cela m'énnerve. Beurk! ;-)



Commentaire écrit le vendredi 19 décembre 2003 à 04:38:10 (lien)
sophie
ça y est j'ai compris, cela fait quelques temps que de grandes affiches de la callas et de M. Monroe ont été installées sur les murs de bruxelles. J'étais bien contente de les voir ( je les aime bien) mais je me demandais la signification de la chose. Et her, au ciné j'ai compris...la smap change de non...m'enfous je trouve les photos jolies na...


Commentaire écrit le vendredi 19 décembre 2003 à 04:24:59 (lien)
tgtg - http://tgtg.joueb.com
la publicité de la Smap m'a accrochée.
mais je ne retiens pas le nouveau nom!!!
:o)


Commentaire écrit le jeudi 18 décembre 2003 à 11:07:40 (lien)
cOrreK - http://correk.perickl.be
C'est clair que la pub est insidieuse. Parfois je me rend compte que je connais le rythme d'une pub radio sans en connaître le produit et je me dis "en fait, la pub ne m'atteint pas trop" et puis je réécoute la pub et je fais attention cette fois au nom du produit... et PAF je me fais avoir : désormais la musique et le produit iront de paire et je resterais consommateur !!


Commentaire écrit le jeudi 18 décembre 2003 à 10:28:21 (lien)
Owen Meany
Je crains le pire, mon cher Nanaud


Commentaire écrit le jeudi 18 décembre 2003 à 08:44:53 (lien)
nanaud
je me ferai un plaisir de t'expliquer le slogan Ethias de vive voix demain en te donnant ton Donald accordéon


Commentaire écrit le jeudi 18 décembre 2003 à 06:48:53 (lien)
sophie
une solution, ne pas brancher la télé, louer des dvds, je t'assure que c'est agréable!!!


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