Victime de la mode
20 01 2004Je suis en train de lire Comment se faire des ennemis, une biographie sans concession et pleine de parti pris de Toby Young sur l’univers du journalisme de la mode (nous aurons l’occasion d’en reparler plus longuement lorsque je l’aurai terminé). Dans le chapitre intitulé Ce que l’on n’apprend pas à l’école de journalisme d’Elephant & Castle, il nous livre ses réflexions, très pertinente, sur ce qu’est la mode, et je voudrais en profiter pour aborder brièvement ce sujet.
La mode. Un concept aussi flou qu’inévitable. Aussi loin que je m’en souvienne, cela m’a toujours inspiré une saine répulsion. Ceux qui me connaissent s’accorderont sur le fait que je m’habille comme un plouc (n’est-ce pas Doudou ?) Et depuis ma plus tendre enfance, j’ai fait un rejet pour tout ce qui touchait à la mode vestimentaire, rejetant systématiquement les marques et les styles. Cela continue aujourd’hui, et je continue à porter les mêmes fringues ringardes et élimées. Acheter des vêtements est pour moi le pire des calvaires et le renouvellement de ma garde robe se fait avec lenteur, au rythme des fêtes et anniversaires (très lent puisque je crie sur tout les toits que recevoir des vêtements ne me fait pas plaisir … mais, bien heureusement, on peut toujours compter sur ses parents pour passer outre cette sacro-sainte interdiction).
Je n’arrive pas à comprendre le plaisir qu’une grande partie des gens ressentent lorsqu’ils butinent de magasins en magasins pour faire du shoping. Je suis horrifié à l’idée des sommes d’argents englouties dans l’achat de panoplies dont la raison d’être me dépasse.
Alors, imaginez mon désarroi face aux personnes qui suivent la mode, qui mourraient plutôt que de porter des fringues démodées.
La question posée par Toby Young est « Qui ou qu’est-ce qui fait la mode ? » Les consommateurs ? Les couturiers ? Une inévitable évolution (cyclique) lié à d’obscurs paramètres de nos sociétés ?
Le corollaire est « comment les magazines spécialisés font pour savoir à l’avance les futures tendances ? »
« C’était comme si cette Brigade de la mode constituait une sorte de clergé, consultant l’Oracle de Delphe et annonçant le résultat au monde entier. Qu’est-ce qui les autoriseraient à faire ces prédictions ? Comment pouvaient-ils savoir ce qui serait dans le vent ou pas l’an prochain ? »
Le plus incroyable (consultez votre Flair si vous ne me croyez pas), c’est l’assurance affichée par ceux qui font ce genre de prédiction. Cette certitude est le fruit d’une émulsion entre une profonde conviction en ses talents innés et une basse servilité mercantile. D’un côté, ces journalistes sont persuadés qu’ils possèdent une « perception intuitive des changements de mode », un « radar à détecter le Zeitgeist, l’esprit de l’époque. » De l’autre, ils ne font que proclamer ce que les vendeurs attendent d’eux en échange d’alléchantes rétributions :
« Quand Anna Wintour affirmait que la fourrure était de nouveau à la mode, elle ne proclamait pas le résultat de ses réflexions à l’issue de longues séances devant se boule de cristal, elle ne faisait que dire ce que les fourreurs voulaient entendre, avec pour objectif premier de les inciter à faire de la publicité pour la revue. »
Pourtant, il faut bien avouer que ces devins ont un taux de réussite bien supérieur à celui des voyants au sens strict, puisque leurs prévisions se confirment dans la plupart des cas. Un phénomène qui ne peut que renforcer leur conviction et leur croyance en leur don.
Ont-ils vraiment un pouvoir que le commun des mortels ne possède pas ? Je ne pense pas. Il s’agit simplement d’un bel exemple de raisonnement inversé où l’on confond cause et conséquence.
Si ces prévisions se réalisent, c’est uniquement parce qu’elles font office de guide pour ceux qui veulent rester dans le coup.
« Si des gens comme Wintour anticipaient correctement une tendance, c’est simplement parce que les prophéties avaient tant de poids qu’elles finissaient par devenir réalité. (…) Si les lectrices de Vogue ne croyaient pas que Wintour forme un couple avec l’esprit de l’époque, si elles pensaient qu’elle est simplement de mèche avec l’industrie de la mode pour les rouler, ce qu’elle écrit n’aurait aucune autorité. »
La mode n’est finalement qu’une soumission de plus à une forme d’autorité. Un moyen comme un autre de nous faire consommer. Voilà qui pourrait expliquer mon rejet, moi qui ai un sacré problème avec l’autorité autoproclamée.
Permalien
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