Publi le dimanche 25 janvier 2004

Pilgrim de Timothy Findley

25 01 2004

Pilgrim, un roman de Timothy Findley, n’est pas un livre comme les autres. Il demande une implication personnelle que peu de livres imposent. Et je pense qu’on ne le met pas dans les mains d’un lecteur impunément. Lorsque Piou (encore merci) m’a prêté ce livre, elle savait exactement ce qu’elle faisait, elle savait que j’allais l’adorer et qu’il ne me laisserait pas sans cicatrice.

 

Lorsque j’ai ouvert cet épais volume, je ne m’attendais pas à un tel choc. Rapidement, je me suis rendu à l’évidence : lire ce livre serait un travail de longue haleine. Pour en profiter pleinement, je l’ai lu sur une très longue période, me laissant le temps de distiller ce que j’avais reçu. Cette aventure a duré une assez longue période et mes notes se sont distribuées dans 3 carnets différents. Je l’ai consommé par à-coup, pas par petites bouchées mais avidement, à pleine bouche, alternant période de boulimie et abstinence. Il n’y avait pourtant jamais risque d’indigestion, mais ces périodes de jeun, visait simplement à prolonger le plaisir, à garder une poire pour la soif.

 

Tout comme le héros de J’étais une œuvre d’art de Eric-Emmanuel Schmitt (dont nous reparlerons très bientôt), ce roman s’ouvre sur une tentative de suicide au début du XXème siècle : Mr Pilgrim est « un candidat au suicide déterminé qui, selon toute apparence, était incapable de mourir  », un pèlerin privé de destination. Après une ultime tentative de suicide et un nouveau retour de parmi les morts (son cœur se remet à battre plusieurs minutes après que son décès ait été authentifié), l’énigmatique Pilgrim est enfermé dans un hôpital psychiatrique en Suisse où il deviendra le patient du célèbre Carl Jung.

 

Mais Pilgrim n’est pas un patient comme les autres :

 

« Lorsqu’il parlera, (…) il mentionnera des faits, des situations, à la limite de l’impossible. En vérité, certains évenements … (…) sont impossibles. Pourtant … »

 

Pourtant, la folie de Pilgrim semble résister aux assauts de la réalité. Il prétend posséder les souvenirs de multiples vies et être incapable de mourir. Dans ses carnets, il raconte des épisodes de la vie de Léonard de Vinci, Mona Lisa, sainte Thérèse d’Avila, ou encore d’un verrier qui a participé à la construction de la cathédrale de Chartres.

 

Avec l’aide de son épouse, incarnant la croyance, le Dr. Jung, désabusé et ayant perdu la foi, va tenter de comprendre son patient : est-il un malade mythomane, un rêveur de génie ou la victime d’une étrange malédiction. Et surtout, comment aider un patient qui « ne peut pas guérir. (…) Il nous est impossible de guérir de la vie. »

 

Un faisceau de présomption laisse planer un doute sur la folie de Pilgrim. Est-il un homme, un immortel, un ange déchu ? La solution à l’énigme qu’il représente est-elle naturelle ou surnaturelle ? Est-il la preuve vivante de la théorie de la conscience universelle de Jung ? N’esperez pas trouver une réponse autre que la vôtre dans cet ouvrage où la seule vraie question reste : croyez-vous en Mr ? Pilgrim.

 

La relation entre Jung et Mr. Pilgrim prendra bien des détours et on en viendra à ce demander qui est le professeur et qui est l’étudiant, qui est le docteur et qui est le patient.

 

Ce résumé, très simplifié, est loin de rendre hommage à ce livre incroyable qui possède de nombreux niveaux de lectures. Au travers des carnets rédigé par Pilgrim et des nombreux personnages qui peuplent cette histoire, le lecteur est chahuté entre différents lieux, différentes époques, pour devenir un acteur à part entière. Pilgrim n’est pas un livre comme les autres. C’est un livre dans lequel vous êtes condamné à vous impliquer et qui vous en apprendra sur vous-même. Un livre qui ne laisse pas intact, qui transforme.

 

Ce livre fourmille de personnages hauts en couleur dont les acteurs de l’hôpital : les patients (la comtesse Tatiana Blavinskeya, authentique expatriée de la lune, etc.) ou les anciens patients reconvertis en infirmier (Dora, qui vit encore dans son monde imaginaire : « Par exemple, elle avait 8 ans quand sa mère l’avait informée qu’on ne pouvait pas espérer vivre une histoire d’amour avec un chat. Pas plus qu’à 14 ans, avec un cheval, ou à 18, avec la reine Alexandra. ») Il y a bien sûr l’insaisissable Pilgrim, le Dr. Jung qui frise la schizophrénie et sa femme, personnage qui prend une place centrale au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire. Des parallèles apparaissent entre les personnages et les époques : Thérèse d’Avila et la femme de Jung ; Léonard de Vince et Jung ; etc.

 

Il s’agit d’une réflexion très pertinente sur ce qu’est la normalité et la folie (faut-il la guérir, apprendre à vivre avec, etc.), la réalité et le délire, le fantasme et la perversion, la foi, l’art et la science, la créativité et la découverte. Je n’ai jamais vu un roman qui allait aussi loin et avec autant de justesse, dans les tréfonds de l’âme humaine. Il nous démontre combien est ténue la limite entre nos croyances et nos certitudes.

 

Un roman très complexe, mais paradoxalement, facile à lire. L’auteur jongle avec les mots, accouchant d’une écriture jubilatoire. L’auteur s’inspire de faits et de personnages réels, et y introduit Mr. Pilgrim comme facteur justificatif pour créer une fresque très cohérente (par exemple, le vol de la Joconde par Perrugia ou la dérive de Jung dans l’irrationnel).

 

Alors, est-ce que je crois en Mr. Pilgrim ? « Je le crois (…) Je le crois, oui. Car si j’en étais incapable, je mourrai sans avoir été mis à l’épreuve. ». A vous de faire votre choix, « Vous n’êtes pas obligé de croire, mais vous devriez. »




Comment se faire des ennemis de Toby Young

25 01 2004

Toby Young serait-il, à l’instar de David Lodge, « l’un des hommes les plus méchants qui existent » (dixit Umberto Eco) ? Je ne pense pas mais une chose est sure, il va certainement atteindre son objectif avec sa biographie romancée intitulée Comment se faire des ennemis. Parce que, non content de tourner en ridicule le milieu journalistique people new-yorkais, il n’hésite pas à donner des noms, raconter des anecdotes croustillantes ; bref en un mot comme en cent : il balance.

 

Avec un humour caustique et référencé, Toby Young raconte avec une bonne dose d’autodérision les quelques années qu’il a passé à New-York.

 

C’est qu’il ne doutait de rien. Jeune journaliste britannique, impertinent et peu conventionnel, il allait conquérir New York. Le poste qu’il venait d’obtenir dans la revue Vanity Fair (et un salaire tournant autour de 85 000 $ par an) allait lui permettre d’intégrer le milieu très fermé de la jet set, où se côtoient vedettes et mannequins. Il allait enfin avoir sa part du gâteau.

 

« Je ne voulais pas me contenter de côtoyer ces potentats, un carnet à la main, notant leurs extravagances pour la postérité ; je voulais devenir l’un d’entre eux. (…) Je voulais qu’ils se prosternent devant moi. (…) Mon temps était venu. Je voulais être QUELQU’UN. »

 

Mais bien entendu, les choses ne se sont pas passées de cette façon et son parcours va prendre des allures de descente aux enfers, pour notre plus grand plaisir. Sa fascination excessive pour les stars, une incompatibilité culturelle et surtout une propension à gâcher toutes les chances qui s’offrent à lui vont le faire dégringoler de son piédestal, jusqu’à toucher le fond à 34 ans, seul, alcoolique et sans emploi (mais je vous rassure, une fois de plus, l’amour sera la clé du bonheur pour notre journaliste malchanceux).


On s’amuse énormément des aventures de ce Gaston Lagaffe dont le second objectif avoué est de séduire des femmes. Ses pathétiques tentatives de dragues sont désopilantes et on ri de si bon cœur qu’on lui pardonne ses parti pris, son cynisme, d’autant plus qu’il est très honnête et plein de bon sens.


Au travers de ses mésaventures, cet englisman in NY, décrit ce monde particulier peuplé de gens dont la seule raison de vivre est la mode (définir ce qui est branché) et pour qui le reste du monde n’est rien. Un milieu arrogant, superficiel, déshumanisé et pathétique, comme en témoigne ce dialogue entre 2 femmes du service publicité du journal.

 

« La première : Un avion s’est écrasé dans l’Atlantique. 256 morts.

La seconde : Quelqu’un à bord ?

La première : Même pas. »

 

Le tout est ponctué de chapitres très pertinents qui analysent différents sujets comme la comparaison de la fausse méritocratie américaine avec l’aristocratie britannique ou de la mort de la créativité lorsqu’une personne est installée.

 

Un livre très drôle, qui démystifie pas mal le star system et les stars elles-même et qui nous rappelle que :

 

« Il y a des gens qui ont assez de chance pour prendre le bon chemin du premier coup ; la plupart d’entre nous ne le découvrent qu’après avoir emprunté d’abord le mauvais. »




Les 400 coups …

25 01 2004

Déjà 400 chroniques, presque un an d’existence, un nombre toujours croissant de visiteurs, quelques lecteurs fidèles, quelques contacts intéressant, et surtout le plaisir intact d’écrire et de faire partager une certaine vision de mon monde.

 

Je profiterai de l’anniversaire des 1 an de Vous y croyez, vous ? pour faire le point sur cette expérience incroyable et je me contenterai dans cette courte chronique, de réitérer mon affection et ma gratitude à vous tous qui me lisez, me critiquez, m’encouragez …

 

A vous tous, un immence MERCI

 

Owen





7 Commentaires :

Commentaire crit le mardi 27 janvier 2004 à 04:28:45 (lien)
sophie
super, je recontacte quand je commence ce truc.


Commentaire crit le lundi 26 janvier 2004 à 11:38:24 (lien)
merriadoc
de rien.


Commentaire crit le lundi 26 janvier 2004 à 07:36:52 (lien)
Owen Meany
En effet, l'idée me plait. J'ai quelques données intéressantes (quantitatives) sur le sujet et des contacts avec le Dieu de 'Monblogue'. Il faudrait que nous en parlions plus sérieusement.


Commentaire crit le lundi 26 janvier 2004 à 07:15:17 (lien)
sophie
c'était une insulte à la base, KGHFIUQSGfklZHEFUILHSEFE de master...bref j'ai tout effacé mais je te racontais que j'envisageais de faire mon mémoire sur le phénomène du blogue en europe ( le sujet doit être européen) voilà


Commentaire crit le lundi 26 janvier 2004 à 04:31:15 (lien)
Owen Meany
merci Zénon, notre modèle à tous ;-)

sophie? c'est quoi un kq?


Commentaire crit le lundi 26 janvier 2004 à 03:47:58 (lien)
sophie
certaine que tu vas apprécier l'idée, je vais devoir écrire un mémoire pour mon kq Félicitations, j'en suis à un petit 200...bouhhh


Commentaire crit le dimanche 25 janvier 2004 à 08:37:24 (lien)
zénon - http://marcheur_immobile.monblogue.com
Félicitations Owen !

Pour ta persistance, ta diversité et ta générosité...

Zénon


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Lettre de Suède n°3 – Un tout petit monde

25 01 2004

Cette nouvelle expérience suédoise est liée à mon métier. Je suis biologiste marin et venant d’un pays où la côte ne mesure qu’une soixantaine de kilomètres, je suis condamné à voyager pour pouvoir exercer mon art.

 

Le monde de la biologie marine est un tout petit monde, comme dirait David Lodge. Tout le monde se connaît et se croise dans les congrès ou les diverses stations marines disséminées sur toute la planète. Après quelques années passés dans ce milieu, vous disposez d’un réseau de connaissance tel qu’il est presque impossible de ne pas trouver des amis communs avec chaque personne que vous rencontrez.

 

Ainsi, lors d’une pause-café à la station (haut lieu social, s’il en est), j’ai pu expérimenté ce genre de discours improbable.

 

Owen : Bonjour, je suis Owen

Cameron : Bonjour, je suis Cameron (note : pour d’évidentes raisons de respect de la vie privée de cette personne, j’ai délibérément changé son prénom. Le choix du prénom Cameron ayant uniquement pour but de donner une dimension sensuelle à la rencontre et ainsi focaliser votre attention)

 

Nous avons ainsi échangé quelques banalités d’usages dans ce genre de rencontre : sur quoi est-ce que tu travailles, combien de temps restes-tu, et également d’où viens-tu ? A cette dernière question, Cameron (hé hé hé) m’a répondu :

 

Cameron : Je suis finlandaise mais j’ai vécu 5 ans en Nouvelle-Zélande.

Owen : Vraiment ? J’ai été passé 2 mois en Nouvelle-Zélande, il y a quelques années !

Cameron : Où ça ?

Owen : A la station marine de Portobello à Dunedin

Cameron : Tu connais Jennifer ? (note : voir note précédente)

Owen : Bien sur, je logeais même chez elle !

Cameron : et Brad ? (note : voir notes précédentes)

Owen : Bien sûr …

 

Quelle est la probabilité, lorsque vous rencontrez une personne pour la première fois, que vous vous trouviez des amis communs qui vivent à l’autre bout de la terre ? Minime, non ? Mais pas dans ce petit monde fermé.

 

Les personnes qui le compose sont souvent fascinant : ils parlent plusieurs langues parfaitement et ils ont énormément voyagé (j’ai découvert par la suite que cette même Cameron avait même été en Antartique). Ce sont des nomades, qui vivent quelques années ici et quelques années là, en s’adaptant avec une facilité déconcertante. Lorsqu’ils vivent en couple, il s’agit souvent de couples mixtes, provenant de différentes cultures (ce qui mène parfois à des situations étonnantes. Je travaille avec une femme, moitié française, moitié anglaise, qui donc, vit en Suède. Elle est mariée à un Suédois, mais qui vit aux Etats-Unis. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué).

 

Pas facile dans de telles conditions de trouver sa place lorsque vous ne parlez correctement que votre langue maternelle (je me débrouille en anglais mais la compréhension me demande un tel effort que j’ai toujours un temps de retard pour les répliques cinglantes) et qu’en comparaison de ces grands voyageurs vous faîtes figure de touriste (bon, je ne vais quand même pas trop me plaindre … j’ai eu mon lot d’exotisme ces dernières années). D’autre part, je n’ai vraiment vécu qu’en Belgique où j’ai rencontré celle qui partage ma vie. Je dois être d’une consternante banalité à leurs yeux.

 

Mais je me console en me disant que lorsque je retournerai au bercail, le visage buriné par le froid et les yeux perdus dans les profondeurs insondables des fjords, je pourrai jouer les Bob Morane.