Publié le mercredi 2 juin 2004

Les magazines masculins – volume 1

02 06 2004

Il y a quelques chroniques j’avais cassé du sucre sur les magazines féminins en général et sur Cocktail en particulier. Il faut dire que pendant des années, j’ai baigné dans un univers de Flair et autres torchons du même acabit. Par contre, je n’ai que très peu d’expérience des magazines masculins.

 

Résumons. Jusqu’à très récemment, les magazines masculins se limitaient à des titres hautement spécialisés allant du magazine de pêche à la traditionnelle revue porno. Ce qui ressemblait le plus à un magazine masculin étant des titres comme Playboy ou Newlook (sur lequel je ne crachais pas de temps en temps … pour les articles de fond bien entendu !)

 

Plus récemment, un nouveau marché a été créé avec toute une nouvelle génération de magazines masculins, équivalents couillus des déjà rodés magazines féminins.

 

Je n’ai jamais suivit cette tendance, mes achats de magazines se limitant à des numéros sur le cinéma (Première, Studio) et sur la science (Pour la science, La recherche, Science & vie).

 

Je dois pourtant confesser l’achat annuel d’un numéro du torchon par excellence, Entrevue, dont je vous parlerai dans doute dans une prochain volume (j’aime bien, cela fait très Kill Bill). La lecture idéale pour mes vacances de hippie sur le retour en compagnie de mes amis de débauches, j’ai nommé Doudou-mon-jumeau-de-main et du Mouladroit.

 

Ma compréhension du suédois étant très limitée, je ne m’éclate pas trop dans la lecture des torchons locaux (il faudra quand même que je vous parle un jour de la rubrique Se&Hör Lyfter de S&H, le magazine people suédois à côté duquel Cinétélérevue fait figure de magazine culturel et que j’achète … pour les programmes TV bien entendu !) La moindre feuille de choux en français prend des allures de trésor et à mon dernier retour, mon très prochainement beau-frère a eu la délicatesse de me fournir en divers magazines.

 

C’est ainsi, que je me suis retrouvé être l’heureux propriétaire du numéro de mai 2004 de FHM, le magazine qui est le Meilleur ami de l’homme. Un pur bonheur quand on sait que ce numéro était accompagné d’un supplément présentant les 100 stars les plus sexy 2004.

 

Alors de quoi est fait un magazine masculin, quelle est la recette du succès ?

 

L’élément de base est bien entendu la fille, la femme, qui se doit d’être superbe et dévêtue. Dans ce numéro spécial on était particulièrement bien servit. En plus des magnifiques créatures qui peuplent le magazine, on bénéficie de 100 photos des filles superbes dans des poses suggestives et des tenues sexy. Rrrrrrrrr.

 

Le classement est également intéressant puisqu’il reflète les préférences des lecteurs. Ainsi, sachez que la tendance est à la lolita (trash dans certains cas) puisque c’est Britney qui est en tête du classement (si si, vous ne rêvez pas …) et l’on retrouve Alizée (n°4), Lorie (n°37) et Avril Lavigne (n°57) dans le classement. Pour ma part, j’aurais fait un tout autre classement, mais passons. De toute façon, il est plus un reflet des filles qui sont sur le devant de la scène (pas souvent pour de bonnes raisons) qu’un véritable concourt de beauté. Enfin, rassurez-vous, on y trouve un échantillon de bimbos vulgaires, mannequins anorexiques, etc. Il y en a pour tous les goûts.

 

Mais revenons-en à notre magazine.

 

De quoi y parle-t-on ? On y parle de drague, de voiture, de culture, de jeu, de gadgets, de sport, de mode, le tout avec un humour pas toujours de haut niveau et souvent très parigot. Lorsqu’il y a des interviews, ce sont souvent des jolies filles ou alors c’est très orienté fantasme (genre entretient avec la jolie maîtresse d’école), etc. Il y a même le traditionnel test (« Etes-vous un serial killer ou un mass murderer » … aussi sérieux que leurs homologues féminins) et une recette.

 

Mais une fois de plus, ce sont les publicités qui sont le plus révélatrices : bières, produit contre la perte des cheveux, produits de beauté pour limiter le vieillissement, un peu de fringues, de lunettes, de voitures, des films d’action en DVD et … des pneus.

 

Si tout cela reste très stéréotypé et très branché voyeurisme, genre porno soft que l’on n’aurait pas honte d’acheter, j’avoue que je me suis laissé séduire par quelques articles. Celui consacré à Starsky & Hutch (Bien sûr la série !!! Pourquoi ? Il y a autre chose ???) est plutôt amusant, écrit dans le plus pur style adulescent. Le journal du pire, sorte de journal dans le journal, aborde avec cruauté et humour quelques sujets provocateurs : les effets positifs du tabac ou pourquoi faut-il tuer les éléphants.

 

Si l’ensemble n’en reste pas moins fort orienté et pas très reluisant, j’ai été étonné de partager certaines références avec les auteurs. Ainsi, un court article consacré à American pie 3 aborde en 4 DVD les films sur les adolescents : Le péril jeune de Klapisch, Ma vie de chien de Lasse Hallström, Elephant de Gus Van Sant et La maison près du cimetière de Lucio Fulci. Une fois de plus, il y en a pour tous les goûts.

 

En conclusion, le tout est délassant et amusant. Je ne pense pas que j’irais jusqu’à l’acheter (ou alors il pourrait remplacer Entrevue pour mes prochaines vacances, mais je ne suis pas sûr de pouvoir convaincre mes alcoolytes) mais j’ai passé quelques bons moments en compagnie de FHM.

 

Mon Dieu ! Je suis en train d’évoquer pour ce magazine les mêmes arguments que les filles pour les leurs … cela voudrait dire que … je suis un mec comme les autres !





7 Commentaires :

Commentaire écrit le jeudi 3 juin 2004 à 11:38:34 (lien)
Emilie
Il faut tout de même noter un fait troublant: dans les magazines masculins, on voit des filles dénudées, parce que ça fait vendre, et dans les magazines féminins, qu'est-ce qu'on voit??? des filles dénudées!! pour nous montrer à quoi on doit désespérément essayer de ressembler (grâce aux judicieux conseils dudit magazine, bien sûr).
Ma conclusion: les filles sont complètement masos.... (pas vraiment un scoop!)


Commentaire écrit le mercredi 2 juin 2004 à 14:34:27 (lien)
armalite
Ca pourrait être pire... Tu pourrais être une FILLE comme les autres!


Commentaire écrit le mercredi 2 juin 2004 à 11:52:29 (lien)
Owen Meany
gggrrrr j'en frissonne


Commentaire écrit le mercredi 2 juin 2004 à 10:49:14 (lien)
nanaud
C'est vrai que FHM est un bon mélange! Celà dit, rien n'a jamais valu le Strip-tease des copines que l'on pouvait trouver dans l'Echo ds Savanes :-)))

Pour ta prochaine visite en belgique, à laquelle je serai, je te mets de côté le dernier MAx.On y retrouve en autre:

Le fric des sportifs,

Les faussaires de la beuh ,

Ma copine fait du porno,

Les dix villes les plus dangereuses d'Europe,

Les leaders charismatiques des 20/30 ans,

Enquête sur les mafias du Net,

Le strip de Joliane



Fric, Sport et cul. Un truc de mec quoi!


Commentaire écrit le mercredi 2 juin 2004 à 09:43:49 (lien)
Owen Meany
euuuh à ton avis ;-)

Cela renvoie à ton post sur le fait que tu dois toujours être le centre du monde, hé hé hé


Commentaire écrit le mercredi 2 juin 2004 à 09:00:43 (lien)
poulpy - http://www.tetedethon.monblogue.com/
"Il faut dire que pendant des années, j’ai baigné dans un univers de Flair et autres torchons du même acabit."

tu dis ça pour qui là???


Commentaire écrit le mercredi 2 juin 2004 à 08:53:53 (lien)
Malena
Mais un mec pique des fois la revue de sa copine mais je ne sais pas si j'aurais envie de piquer FHM ou autre ...


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Destination morgue de James Ellroy

02 06 2004

Je ne suis pas prêt de vivre de ma plume ! Ma carrière de dilettante de l’écriture se résumant à ces quelques malheureuses lignes dans ce blogue, quelques articles scientifiques et de vulgarisation et, au jour d’aujourd’hui, une nouvelle terminée. Le tout m’aura rapporté une grosse centaine d’euros (pour mes articles de vulgarisation dans une revue pour enfant). Néanmoins, ma première nouvelle (je laisse sous-entendre qu’il y en aura d’autre, et j’y travaille) m’a rapporté la somme faramineuse de 20 euros en cheque-lire et m’a permis d’acheter le dernier livre de James Ellroy : Destination morgue. Cela me fera un souvenir lorsque, dans quelques années, je me retournerai sur mon absence de carrière d’écrivain.

 

La sortie d’un nouveau livre de James Ellroy est suffisamment rare pour être un événement majeur pour ses fans. On attend toujours la sortie du troisième et dernier tome de sa nouvelle trilogie entamée avec American tabloïd et American death trip qui nous plonge dans l’Amérique undergroung des années 60 (après les années 50 dans le cultissime Quatuor de Los Angeles).

 

Alors, la sortie d’un recueil d’articles publiés entre 1999 et 2003 dans le magazine GQ et additionné d’une nouvelle inédite prend l’allure d’une salvatrice piquouze de méthadone en attendant le grand fix (tout comme Périphérique de Dantec en attendant la suite de Villa vortex).

 

Surtout qu’il nous permet de pénétrer plus avant dans la cervelle perturbée du maître et de voir son évolution depuis ses confessions dans le très glauque Ma part d’ombre (je me rappelle le sentiment d’angoisse en voyant le reportage sur le bouquin ou encore la fascination lorsque j’ai vu une interview d’Ellroy lors de la sortie du très bon L.A. confidential. Un physique droit et sec, un regard pénétrant et une voix froide. Un discours dur et intransigeant où chaque mot est pesé et pensé. L’impression de se trouver face au regard hypnotique d’un serpent.)

 

Fascination ! C’est vraiment le terme qui convient le mieux en ce qui me concerne lorsque je pose un regard critique sur ma passion pour Ellroy. J’en veux pour preuve la quantité indécente de note que j’ai pris à la lecture de ce court recueil (et qui se répercutera probablement sur la longueur de cette chronique … nous verrons plus tard). Une fascination malsaine face à ce déballage, ce mélange étrange de confessions et de prises de positions sans concessions. Ellroy nous offre des confessions d’une effroyable sincérité. Exorcisant ses vieux démons remisé depuis longtemps dans un placard. On plonge aux Racines du mal.

 

Dans ces 7 articles, on retrouve décliné de plusieurs manières la naissance et l’apogée de l’Ellroy destructeur : enfant du divorce ballotté dans le L.A. des années 50, enfant de 8 ans « imaginatif et perturbé » (selon une psy) fasciné par le sexe, le crime et le meurtre, enfant qui va découvrir la vie au travers d’un père le plongeant dans l’univers sous terrain d’Hollywood et d’une mère victime d’un meurtre sexuel non résolu : « Mon deuil est complexe. Je haïssais ma mère et je la désirais. » Il assouvira ses pulsions par une fascination pour la mort du Dahlia noir  (« ma mère puissance 10 », formalisée dans un roman du même nom) et par une enquête-hommage tardive qu’il réalisera il y a quelques années.

 

Adolescent Ellroy est un gamin plus qu’inquiétant. Solitaire, mal dans sa peau, il ne sait comment assouvir ses besoins de sexe, de débauche, de rébellion, qu’il n’arrive pas à combiner avec un besoin d’ordre inculqué par une religion rigoureuse. Alors, il fantasme. Il fantasme sur les crimes sexuels, il se gave de romans policiers, il choque par tous les moyens (en exposant des idées nazies dans son école fréquentée principalement par des juifs), il est obsédé par des playmates de revues érotiques, il vole, il pénètre par effractions chez des filles pour renifler leurs sous-vêtements, il boit, il se shoote de toutes les façons possible, il se masturbe de façon frénétique, il fera 2 séjours en prison, il développe son cinéma intérieur, il glisse inexorablement vers la folie. Mais derrière ce rebelle, cet obsédé, cet être malsain se cache un lecteur boulimique qui tel une éponge absorbe expériences et romans pour les régurgiter aujourd’hui avec une maestria inégalée. Ellroy est un écrivain né et ses romans sont le reflet de ses angoisses : « Le roman, c’est l’autobiographie affublée de la mauvaise étiquette. »

 

Il touchera le fond et prendra leçon de ses erreurs : « Apprendre, c’est une vraie vacherie. J’ai appris à la dure. Je ne recommande l’expérience à personne. J’ai cultivé le don et la malédiction de l’obsession. Le don a fini par gagner. » Au plus profond du delirium, de la dépendance, de la déchéance, de la paranoïa, il se prendra en main, fera un pacte avec Dieu et renoncera à ses démons pour devenir Ellroy le créateur. L’infect petit facho pervers et malsain renaîtra en écrivain de génie. La vie d’Ellroy, c’est un message d’espoir, la preuve que le génie peut fleurir dans la fosse à purin.

 

Mais il est légitime de se demander ce qu’aurait pu devenir James Ellroy si les circonstances avaient été légèrement différente. Il suffit pour se faire une idée de lire son excellent Un tueur sur la route qui raconte la vie de Martin Plunkett, un tueur en série (dont le personnage est très proche de l’image qu’Ellroy donne de lui-même) ou de regarder des films comme Elephant.

 

Dans son œuvre, il va raconter sa version de la petite histoire et au travers de personnages d’une grande humanité (dans le sens imparfait et non manichéen du terme) réécrit la grande. Il est le maître d’une littérature puissante et unique, née dans la colère, la rage, la peur, le rejet de la culture et de la contre-culture, dans l’individualisme.

 

Personnellement, j’adore cette rage, cette colère créatrice (que l’on retrouve aussi chez Dantec ou dans des groupes comme Nirvana) même si je suis trop heureux et trop passif pour aspirer à de tels sommets. Je me sens proche d’Ellroy, même si on ne boxe pas dans la même catégorie. Comme tout un chacun, je vis avec mes démons mais il n’est pas encore temps pour moi de les exorciser. S’il est facile de confesser ses anciens démons, il est plus dur de parler de ceux qui vous rongent. Qui sait, peut-être que mon tour viendra, mais en ce qui me concerne, je doute sérieusement de l’utilité d’une telle démarche. Pour le moment, je continuerai de lire des auteurs comme Ellroy, Dantec ou Houellebecq pour alimenter mes étranges petits diables.

 

Dans Destination morgue (titre très étrange et peu représentatif), Ellroy ne se contente pas de s’épancher, il pose sur le monde son regard tout particulier. « Mon passé m’a servi de leçon. Ma survie m’a enseigné la valeur d’un jugement intransigeant. C’est la position d’un moraliste. Elle tient compte de mes errements et rend honneur aux leçons que j’en ai tirées. » Il nous parle des tabloïds des années 50, de la télé-poubelle, il vomi sur une société qui glorifie les stars (plutôt d’actualité, non ?) Il règle ses comptes avec O.G. Simpson, Clinton et même Michael Jackson en prend pour son grade.

 

Mais le plus surprenant dans ce livre, c’est cette évolution que l’on perçoit dans son mode de pensée depuis Ma part d’ombre. J’ai été incroyablement ému en lisant le fruit de son enquête sur le meurtre non résolu d’une jeune fille de 16 ans tuée il y a 40 ans. Il lui rend le plus beau des hommages qui soient. J’ai été positivement étonné de voir que lui qui était le plus fervent des défenseurs de la peine de mort avait changé son fusil d’épaule, l’un de ses articles étant un véritable pamphlet contre cette pratique encore en vigueur dans plusieurs états.

 

Ellroy apparaît plus complexe que jamais, de nouvelles dimensions s’ajoutant à ce personnage redoutablement intelligent.

 

Le livre se termine sur une nouvelle inédite et qui ressemble à une séance de travaux pratiques après la lecture des 7 articles : séparez la biographie de la fiction, les obsessions de la création pure. Elle constitue un bon exercice même si la nouvelle est moyenne.

 

Un livre très intéressant pour les fans. Pour les autres, si vous ne connaissez pas Ellroy, je vous conseille la lecture du Dahlia noir. Si cela vous plaît, vous arriverez inévitablement à Destination morgue.

 





2 Commentaires :

Commentaire écrit le mercredi 2 juin 2004 à 07:32:02 (lien)
Owen Meany
Note je peux comprendre, il faut un sacré côté sombre pour entrer en phase avec Ellroy.

Merci pour le compliment ;-)


Commentaire écrit le mercredi 2 juin 2004 à 05:19:34 (lien)
armalite
Si je n'avais pas déjà testé et détesté Ellroy, ta chronique m'aurait donné envie de le lire...


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