Publié le samedi 12 mars 2005

Dans Nature cette semaine – Une mémoire d’éléphant

12 03 2005

Quelques nouvelles en bref:

-         L’alimentation à l’honneur cette semaine suite à la sortie aux USA du guide d’alimentation destiné à la population et mis à jour tous les 5 ans. La preuve, si besoin est, que ce qui est considéré comme bon à une période ne l’est plus forcément à une autre.

-         Le musée de Sydney met de côté son projet de cloner le tigre de Tasmanie, une espèce aujourd’hui disparue, à partir des individus conservés dans les musées. En effet, la mauvaise qualité de l’ADN disponible étant un facteur limitant.

-         Une petite note suite à la sortie d’un nouveau livre sur la fraude scientifique, phénomène beaucoup plus fréquent qu’on ne l’imagine.

-         Le compte rendu d’un nouveau cas de SIDA résistant. Il semblerait en effet qu’une nouvelle souche fasse son apparition. Non contente d’être résistante aux traitements, la maladie se déclenche en quelques mois (contre 10 ans auparavant). Une bonne raison de rappeler l’importance de la protection lors de chaque rapport sexuel à risque.

-         Bonne nouvelle pour ceux qui font une phobie de la fraise du dentiste. Jusqu’à présent, la seule méthode pour traiter une carie était de l’enlever et de couvrir la cavité ainsi réalisée par un ciment dentaire. Cette méthode posait problème dans le cas des petites caries puisqu’il fallait fraiser une bonne partie de la dent saine pour que le ciment prenne. Des chercheurs viennent de mettre au point au émail artificiel qui devrait limiter ce problème et permettrait de traiter les petites caries sans devoir s’attaquer à la dent saine.

-         Enfin, les cyanobactéries sont des organismes unicellulaires qui comme les plantes font la photosynthèse par le biais de la chlorophylle a qui leurs permet d’utiliser la lumière du soleil comme source d’énergie pour créer de la matière organique. L’exception confirme la règle, dit-on, et certaines espèces utilisent plutôt la chlorophylle d et nécessitent dès lors de la lumière rouge pour réaliser la photosynthèse. Jusqu’à présent, ces espèces avaient été trouvées en association symbiotique avec d’autres organismes mais jamais à l’état libre. En effet, pas facile de trouver des environnements où la lumière rouge prédomine. C’est chose faite aujourd’hui puisqu’il a été prouvé que certaines de ces cyanobactéries dépendantes de la lumière rouge pour survivre vivait dans des récifs coralliens sous d’autres espèces d’invertébrés. Ces derniers servent de véritable filtre, leurs corps transformant la lumière du soleil en cette lumière rouge tant appréciée.

-         Dans le livre des records, vous trouverez mention de la plus grande araignée du monde. Il s’agit d’une espèce fossile dont les pattes atteignaient 50 cm de long ! Cette dernière vient de perdre sa place puisque la découverte d’un nouvel exemplaire et une nouvelle étude minutieuse à révélé qu’il ne s’agissait pas d’une araignée mais bien d’une araignée de mer, ce qui est beaucoup moins exceptionnel puisqu’il existe encore aujourd’hui des espèces de cette taille dans les grands fonds.

 

Nature n°7028

 

Est-ce que vous vous êtes déjà demandé ce qui faisait la particularité de l’homme par rapport aux autres animaux ? Qu’est-ce qui le différentie complètement des autres espèces vivantes ? En d’autres termes, qu’est-ce qui fait l’animal par rapport à l’homme, à savoir son animalité.

 

Bien entendu, chacun aura une réponse à cette question : la propension à la violence ou à détruire son environnement, l’intelligence, le langage, etc. La question de l’animalité est d’ailleurs au centre d’un virulent débat au sein des philosophes des sciences.

 

Une des idées communément admises qui s’est développée à partir des travaux de Rousseau et que l’on retrouve aujourd’hui chez Hans Jonas ou Michel Serre, c’est que ce qui fait la différence entre l’homme et l’animal, c’est la culture.

 

Pour ma part, j’ai toujours été très sceptique par rapport à la philosophie des sciences. D’une part, les philosophes qui parlent de sciences racontent souvent des bêtises quand ils abordent la biologie (facile pour un biologiste de démonter certains arguments de Rousseau, par exemple) et d’autre part, il n’y a pas un biologiste vieillissant qui ne s’essayent à la philosophie mais souvent en tombant dans les lieux communs ou les délires (les exemples sont légions, ne citons que Christian de Duve). Trouver quelqu’un qui est compétent dans les 2 domaines est presque mission impossible.

 

Mais revenons-en à nos moutons. Est-ce que la culture est le propre de l’homme ?

 

Contrairement aux philosophes, je pense que non !

 

Ce débat a été au centre de mon examen de philosophie en dernière année de biologie à l’Université. En tant que biologiste de l’évolution, je refusais d’admettre que quoi ce soit puisse être l’apanage de l’homme et ne puisse trouver d’embryon chez ses ancêtres. De même pour la culture. Je me suis donc lancé dans une histoire de la vie en démontrant que la culture et ses mécanismes existent chez les espèces moins ‘évoluées’ : du singe qui utilise des outils, du macaque qui apprend à ses congénères à nager, du dauphin qui fait des bulles de formes différentes, du dialecte chez les oiseaux, de la mésange qui apprend à percer les capsules des bouteilles de lait, etc. Je suis même remonté jusqu’aux bactéries et les embryons de la collaborations (pour ceux que le sujet passionne, je vous invite à lire Evolution of culture in animals de Bonner).

 

Le professeur m’a intérompu pour me dire qu’il était d’accord avec tout cela mais que la VRAI culture était présente uniquement chez les hommes et éventuellement chez les grands singes. Il faut comprendre par vrai culture la transmission active d’une information à d’autres individus (ce procédé actif faisant opposition à la simple imitation).

 

Nous en étions à un moment clé de notre affrontement et il me fallait un argument massue pour arriver à le convaincre (et ainsi récolter une bonne note).

 

Mon argument fut le suivant. Je lui ai raconté une petite histoire d’éléphant.

 

Cette histoire vraie se passe en Afrique au début du XXe siècle. Les éléphants vivaient en vastes troupeaux jusqu’à ce qu’il fut décidé qu’ils étaient trop nombreux et que cela faisait de l’ombre aux habitants. Pour se débarrasser de cette plaie, on fit appel à un grand chasseur dont la technique était très subtile. Il fonçait dans le tas et abattait autant d’éléphant qu’il pouvait. Il a continué ce procédé pendant très longtemps.

 

Face à l’apparition de cette nouvelle pression, les éléphants ont réagit en changeant leur comportement. Eux qui étaient diurne ont commencé a adopté un comportement nocturne, eux qui étaient pacifiques sont devenu agressif face aux hommes.

 

Aujourd’hui, la chasse intensive a depuis longtemps disparu mais il semblerait que les descendants de ces éléphants n’aient pas encore oublié ces temps lointain de chasse (il faut savoir que la population africaine est passée de 10 millions au début du XXe siècle à moins d’un demi million aujourd’hui). Au jour d’aujourd’hui, ils conservent ce comportement diurne et sont reconnus comme le troupeau le plus dangereux d’Afrique. Ces nouvelles traditions, tristement acquises, ont donc été transmises à la descendance alors que la menace avait pourtant disparu. Un bel exemple de transmission culturelle au sens strict !

 

Chose étonnante, cela l’a convaincu avec une super note à la clé !

 

Dans le Nature de cette semaine, un petit texte qui vient encore renforcer cette idée de culture chez les éléphants. Ainsi, les éléphants sont sensibles aux traumatismes et les conséquences comportementales et même physiologiques sont très proches de celles observées chez les humains. Les éléphants peuvent faire des crises de nerfs, être angoissés, avoir des comportements agressifs en réponse à des traumatismes de la petite enfance.

 

Il est donné l’exemple d’éléphants dont la famille avait été attaquée devant ses yeux alors qu’il était tout jeune et qui 10 ans plus tard, alors qu’ils sont devenus des adolescents impétueux et costaud s’attaquent à leurs tours aux agresseurs, des rhinocéros, faisant plus d’une centaine de victimes. Facile de faire des parallèles avec ces enfants de la guerre qui prennent les armes dès qu’ils en ont les moyens dans des pays comme le Kosovo ou le Rwanda.

 

Ainsi, il a été montré que les éléphants présentaient des symptômes équivalent aux humains suite à un traumatisme (le syndrome post-traumatique), dont une prédisposition à la violence devenu adulte. Il s’agit d’une phénomène généralisé chez les éléphants puisqu’on estime que 90% des males qui meurent sont des adolescents (contre 6% dans les populations non stressées).

 

Une des explications serait liée à la structure sociale chez les éléphants. Chez eux, les relations sociales sont primordiales. Dans cette société matriarcale, les anciennes femelles sont là pour calmer les tempéraments des jeunes et leur apprendre à gérer le stress. Aujourd’hui, cette structure est coupée suite aux massacres des plus anciennes. Les jeunes sont élevés par de jeunes mères moins expérimentées incapable de tempérer les fougueux adolescents.

 

Une idée qui renforce l’idée de l’importance de la culture et de l’apprentissage chez les éléphants mais que je serais tenté de transposer à l’homme également !





8 Commentaires :

Commentaire écrit le dimanche 13 mars 2005 à 02:25:17 (lien)
owen meany
Merci, voilà qui résume bien mon idée Zéro.

Enro, oui c'est bien cela!!! Bravo. Je pense que je vais aussi essayer de le trouver. Mais d'après le commentaire sur ce livre, il reprend de nombreux exemples de la souris truquées. Les grands classiques en somme. Le sujet reste assez tabou et très difficile à estimer. Pour ma part, j'ai été témoin de nombreuses malversations. Mais bon ...

Maeva, fais attetion, ils sont plutôt en rogne en ce moment, les grandes oreilles!


Commentaire écrit le samedi 12 mars 2005 à 13:53:27 (lien)
maeva
moi qui voulait faire un site dont le public cible serait les éléphants en espérant que ça remonterait le niveau de comentaires sur le blogs et le forum je vais en rester aux humains alors, et puis sensibiliser les éléphants aux dangers du virus du sida c'était pas facile


Commentaire écrit le samedi 12 mars 2005 à 13:18:16 (lien)
Enro - http://www.enroweb.com/dotclear/
Oui, oui, j'ai lu "La souris truquée" avec un grand bonheur et j'aimerais justement aller plus loin...

Si je ne m'abuse, le sommaire de la revue (http://www.nature.com/nature/journal/v433/n7028/) m'a fourni la réponse : il s'agit de "The Great Betrayal: Fraud in Science" par Horace Freeland Judson

Merci :-)


Commentaire écrit le samedi 12 mars 2005 à 11:17:21 (lien)
zero
Anthropomorphisme et zoomorphisme vont en sens inverse et se croisent quelque part. Dans le débat polémisé, chacun tend à tirer la courverture de son bord, suivant les temps et les tendances courantes. J'ai parfois l'impression qu'un chien comprend mieux son maître que l'inverse. :)

On peut partir du postulat simple qu'il y a continuité et différenciation de l'animal à l'animal humain. Nous utilisons tous les mêmes atomes, le même code génétique, ou presque. Mais pas les mêmes outils, ni de la même manière, qui font partie du baggage culturel transmis. Dans chaque cas, il y a aussi une série continue différenciée allant des organes vivants à leurs fonctions et aux comportements dérivés, en rapport avec le milieu.



Commentaire écrit le samedi 12 mars 2005 à 09:57:03 (lien)
owen meany
au fait Morgane, si tu veux plus de détails, n'hésite pas à m'écrire, j'ai pas mal potassé le sujet il y a quelques temps.


Commentaire écrit le samedi 12 mars 2005 à 09:49:25 (lien)
owen meany
Merci les amis,

je te trouve la référence pour lundi (mon magasine est au labo!). Sinon, as-tu lu "La souris truquée"?


Commentaire écrit le samedi 12 mars 2005 à 09:34:20 (lien)
Enro - http://www.enroweb.com/dotclear/
Serait-ce possible d'avoir les références du livre que tu cites consacré à la fraude scientifique ? Merci :-)


Commentaire écrit le samedi 12 mars 2005 à 09:22:53 (lien)
morgane - http://m.o.r.g.a.n.e.free.fr
Merci Owen pour toutes ces infos ! N'étant pas scientifique pour un poil, je regrette souvent de ne pas être informée via les médias traditionnels des diverses avancées dans ce domaine. Alors merci de nous en faire part, avec des mots simples :)
Quant aux informations que tu apportes sur la question des différences hommes/animaux, elles me sont très utiles puisque je me pose souvent la question et que je me retrouve régulièrement à devoir me battre contre des philosophes qui mettent l'homme sur un piedestal....


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