Publi le samedi 23 septembre 2006

[création] L’homme qui avait perdu son âme

23 09 2006

Tout avait commencé par des petits détails. Un jour, il se rendit compte qu’il n’arrivait plus à pleurer. Même les oignons ne lui faisaient plus aucun effet. Une autre fois, il constata qu’il avait perdu du poids. Oh, pas grand chose, à peine quelques grammes.

Quelque chose clochait et progressivement, il se rendit compte qu’il lui manquait quelque chose.

Par trois fois, il fit le tour de son appartement en quête d’un objet manquant, passant et repassant sans cesse aux mêmes endroits, fouillant encore et encore les mêmes tiroirs. Sans succès. Il fouilla ses poches, retourna les poubelles. Encore il se retrouva bredouille.

Il eut alors l’idée de fouiller sans sa caboche, explorant en détail le moindre recoin, allant même dans ses lieux obscurs que l’on préfère généralement laisser dans l’ombre. Et là, caché sous un souvenir particulièrement douloureux qui poussa une longue plainte alors qu’il le soulevait délicatement, se trouvait un trou. Pas vraiment un trou. En fait, c’était plutôt du vide, quelque chose d’indéfinissable et sans limite.

Il fit alors un inventaire complet et découvrit que ce qui lui manquait c’était son âme.

Au début, cela ne lui fit ni chaud ni froid. Il se sentit même rassuré de n’avoir rien perdu d’important. A quoi lui avait-elle servit son âme de toute façon ?

Mais au fil du temps, il se rendit compte que sans son âme, la vie ne valait pas la peine d’être vécue. Le vin n’avait plus le même goût, il ne vibrait plus au son de ces musiques qu’il aimait tant et même les filles lui semblaient bien tristes en cette période printanière.

Alors, il paniqua ! Il couru en tous sens en demandant : " vous n’auriez pas vu mon âme ? " mais il ne récolta que des réponses négatives et des regards méprisants. Qui, en effet, pouvait être assez négligeant pour perdre son âme ?

Après tant de recherches infructueuses, il rentra chez lui et ne se mit pas à pleurer.

Le lendemain, il décida de consulter des spécialistes. Il se rendit chez un psychologue, un prêtre et même un sorcier vaudou mais rien n’y fit. Au fil des discussions, il prit néanmoins conscience que personne n’est capable de vous voler votre âme, pas même le diable. Son âme n’était pas perdue, elle avait totalement disparu.

Il se rappela alors ce mauvais souvenir que cachait ce trou laissé par son âme et comprit. Il comprit que c’était lui et lui seul qui était responsable. Que c’était le remords qui avait avalé son âme tout cru. Il comprit que l’on ne peut défaire ce qui a été fait, on ne peut récupérer son âme perdue.

Il apprit à vivre sans son âme, comme un orphelin. Il se mit à espérer que le temps pourrait le sauver. Mais pour cela, il lui faudrait qu’il apprendre à pardonner. A se pardonner a lui-même.