[films] Reality show – Les films de guerre
18 12 2006On a beau se prétendre immunisé, notre esprit, aussi critique soit-il, n’est pas de taille à lutter contre le pouvoir de l’image.
Oui, mes amis, nous sommes manipulés, par les informations, par la publicité, par la Star Ac’ mais aussi et surtout… par le cinéma !
Prenons un exemple : la guerre. Chacun s’accorde à dire que la guerre c’est mal, que si on avait un vœux à réaliser on demanderait la paix dans le monde, etc. etc. (sans réfléchir aux conséquences… c’est ce qu’attendent les extra-terrestres pour nous envahir comme magnifiquement démontré dans un épisode de ‘Les Simpson’). Pourtant, il existe une certaine fascination pour le genre des films de guerre et ceux-ci contribuent certainement à notre vision de la guerre et de l’histoire en général.
Cela est brillamment illustré dans le roman ‘Reality show’ de Larry Beinhart (qui a été très très librement adapté au cinéma par Barry Levinson sous le titre ‘Wag the dog’, un OVNI digne de ‘Les rois du désert’).
L’auteur y développe la théorie, pas si farfelue, que la première guerre du Golfe a été créée de toute pièce par l’administration Bush pour remonter sa cote de popularité (le roman a été écrit en 1993 et prend une nouvelle dimension à la vue de la seconde guerre du Golfe du rejeton Bush). Le scénario de cette guerre aurait été distillé à partir de l’essence même du genre, concentrant tous les clichés du film de guerre et en tirant toutes les leçons de l’histoire (au sens large, incluant celle de la propagande) pour offrir à un public avide, une guerre propre, rapide et pleine de ces héros des temps passés.
Ancré dans l’histoire, Larry Beinhart nous présente un petit historique du film de guerre en plusieurs grandes étapes.
1/ La genèse – reportage et propagande
La Chute du drapeau espagnol, La bataille de la baie de Santiago, Le triomphe de la volonté, Victoire à l’Ouest, Le 7 décembre, etc.
Dès 1898, guerre et cinéma commencent leur histoire d’amour avec des reportages, des reconstitutions à une époque ou image faisait figure de vérité et apporte un nouveau sens au mot propagande : Leni Riefenstahl, John Ford, Blackton et Smith. La force de l’image contribue aussi à faire de l’Allemagne une machine à envahir le monde.
2/ Le temps des héros
Le jour le plus long, Les Héros de Telemark, Le point de Remagen, Opération Jupon, Stalag 17, La grande évasion, Les canons de Navarone, Paris brûle-t-il ? La bataille du Pacifique, etc.
Casablanca marque la transition entre l’ennemi victorieux et le temps des héros. Quand Boggie décide de prendre les armes, les écrans s’emplissent de grands héros américains, des John Waynes, Charlton Eston, Henry Fonda prêt à en découdre et à foutre la pâtée aux méchants (Allemands, Russes, etc.) Il faudra attendre bien longtemps avant d’envisager une vision moins manychéene de la seconde guerre mondiale (par exemple grâce à des films tels que Das Boot ou la série Band of brother).
3/ This is the end
Né un 4 juillet, Les jardins de pierre, Hamburger Hill, Platoon, Full metal jacket, Apocalypse now, Voyage au bout de l’enfer, etc.
La guerre de Corée passe inaperçues et l’on passe directement à la guerre du Vietnam. Là, c’est la fin du contrôle de l’image qui était opéré par l’armée elle-même au cours de la seconde guerre mondiale. Les images arrivent non censurées et vont donner naissance à une série de films donnant une vision à la fois plus réaliste mais aussi beaucoup plus pessimiste de la guerre. Les héros sont remplacés par un bestiaire des bassesses humaines. « Des culs-de-jatte. Des menteurs. Des fourbes. Des enfants qui brûlent. De la drogue. Des drogués. Des soldats frappadingues avec des flingues. La fiction était plus sordide que l’actualité. »
4/ Schizophrénie
Missing in action, American commandos, Rambo I et II, Delta force,
L’Amérique tente par quelques films de résoudre son intolérable conflit moral par quelques films qui miment ceux de la seconde guerre mondiale : de pauvres américains victimes de viets aussi méchants que les nazi, des héros aux vraies valeurs (« Est-ce qu’on va gagner cette fois ?, colonel ? »), etc. L’Amérique veut oublier !
5/ La guerre du Golfe, part I
Pas besoin de fiction pour le premier opus de cette guerre. Tout est là pour réaliser un chef-d’œuvre : un ennemi diabolique (qui comme les nazis envahis un pauvre pays innocent), des héros américains, une guerre propre, chirurgicale, courte et efficace, et surtout un contrôle absolu de l’image. La guerre du Golfe aurait-elle été le plus long film de l’histoire du cinéma ? (On notera l’excellent Les rois du désert qui remettent cette « victoire » en perspective).
6/ La guerre du Golfe, part II
En général, les suites sont moins bonnes que l’original, surtout lorsque le réalisateur est de mauvaise qualité et que l’on ne fait que garder les seconds rôles pour faire bonne figure.
** Souriez, vous êtes manipulés !
PS : Ceci ne se veut pas une liste exhaustive. Le genre est très riche et les films proposés ne sont que des exemples. A vous de remplir les blancs !
Publié par : Owen Meany à 03:52:08Permalien
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