[film] The departed
11 01 2007
Dans la vie tout est question de choix. C’est par choix que je suis partit vivre sur une île perdue loin de toute forme de culture. Et à chaque retour au pays, je n’ai que quelques jours pour visiter les amis et que quelques rares occasions d’aller au cinéma. Qu’allez voir en cette période de fête, sachant que ce sera peut-être ma seule occasion de vivre un film dans une salle encombrée et fleurant bon le pop-corn ? Faire dans le grand spectacle avec Eragon ou Casino Royale ? La comédie avec The holliday ou le dernier Besson Arthur et les Minimoys ? Dans la vie tout est question de choix et c’est un film sur les choix qui va trouver ma différence. Je suis allé voir The departed, le dernier film de Martin Scorcese, le jour même de sa sortie. Et oui, c’était un excellent choix ! La formule n’est pas nouvelle, l’important n’est pas ce que nous croyons être mais ce que nous faisons. C’est particulièrement vrai dans The departed, film choc dans lequel nous suivons les destins parallèles de deux jeunes recrues de la police, l’un, Leonardo Di Caprio, infiltré dans la ‘mafia’ irlandaise dirigée d’une main de fer par le toujours excellent et diabolique Jack Nicholson (qui n’est pas sans rappeler son personnage ambigu dans Les sorcières d’Eastwick); l’autre, Matt Damon, à la solde du parrain et espionnant pour son compte au sein de la police. Commence alors un chassé croisé des plus efficace, entre suspicion, faux semblants et trahisons, rythmé par les Stones ou encore The Pogue. Résolument classique (le " bon " qui plonge tête la première dans les égoûts, le " méchant " qui joue la respectabilité et au final l’ambiguïté la plus totale et l’impossibilité de revenir en arrière, thème déjà exploité dans l’excellent Carlito’s way), ce film de genre n’en reste pas moins terriblement efficace et fait la différence sur plusieurs points. The departed est le remake d’une trilogie tournée à Honk Kong, Internal affair, signée par Alan Mak et Andrew Lau, et devenue aujourd’hui culte. Présenté comme " un thriller psychologique comme en ferait Michael Mann ", il se transforme sous la patte de Scorcese en un de ces films bouillonnants, oscillant entre chaos, hyper violence et surprise que l’on suit avec passion sans pour autant avoir envie de le revoir. La comparaison avec Michael Mann ne s’arrête pas là. Tout film qui évoque une rencontre au somment entre deux destins parallèles, entre flic et voyou, entre personnalités charismatiques du septième art, ne peut qu’être comparé au magnifique Heat de Mann qui avait réussi le tour de force de rassembler dans un même film deux des monstres sacrés du cinéma : Al Pacino et Robert de Niro. Mais là où Michael Mann avait réussi une magnifique symphonie rythmée par les détonations d’armes automatiques (faisant de la scène de fusillade une anthologie du genre), Martin Scorcese nous propose quelque chose de plus brut, de plus chaotique, de plus instinctif, nous rapprochant d’un morceau de grunge. Simple, classique, mais qui prend aux tripes et déborde d’énergie. Outre la mise en scène, le film se démarque par un bestiaire particulièrement réussi ou chaque personnage secondaire est étudié avec soin. Les premières minutes du films sont d’ailleurs impressionnantes par la panoplie d’acteurs réunie pour l’occasion (outre le trio en tête d’affiche, on retrouve aussi des acteurs comme Alec Baldwin ou Marc Walberg). Tous les acteurs semblent donner le meilleur d’eux même et pour certains cela tient de la révélation, au point que l’idée selon laquelle Leonardo est le nouveau De Niro ressort du placard (alors que, soyons sérieux, le nouveau De Niro ne peut être que Sean Penn, si vous ne me croyez pas, allez revoir Mystic River). Enfin, réunissez le tout dans le décors fabuleux du Boston révélé par l’œuvre de Dennis Lehanne et vous obtenez un film épique dont la trame n’a rien a envier à un roman de James Ellroy (le pesonnage interprété par Nicholson n’est pas sans rappeler celui de Dudley Smith dans Le quatuor de Los Angeles). On regrettera peut-être la fin un peu trop manichéenne, trop américaine, celle là même qui avait été modifiée lors de l’adaptation de L.A. confidential pour le rendre plus politiquement correct. The departed n’est probablement pas un film qui résistera au passage du temps, mais bon Dieu, qu’est-ce que c’est bon !
Certains sont anodins, d’autres sont déterminant, parfois on a conscience de leur importance, pour d’autres on le découvre a posteriori.
Permalien
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