Publi le vendredi 19 janvier 2007

[film] Babel

19 01 2007

" Eh, dit le seigneur, ils ne sont tous qu'un peuple et qu'une langue et c'est là leur 1ère œuvre! Maintenant, rien de ce qu'ils projetteront de faire ne leur sera inaccessible! Allons, descendons et brouillons ici leur langue, qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres"! De là, le seigneur les dispersa sur toute la surface de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. Aussi lui donna-t-on le nom de Babel car c'est là que le seigneur brouilla la langue de toute la terre, et c'est de là que le SEIGNEUR dispersa les hommes sur toute la surface de la terre. " (Genese, 11, 6-9).

En punissant l’arrogance de l’homme qui avait la prétention de croire qu’il pouvait toucher les cieux, le Dieu vengeur de l’ancien testament ne s’est pas contenté d’inventer les différentes langues. Il a détruit notre capacité à communiquer les uns avec les autres.

C’est le thème central de Babel, le dernier film de Alejandro González Iñárritu avec une brochette d’acteurs des 4 coins du monde (dont la présence remarquée de Brad Pitt marqué par la douleur).

Le spectateur y est ballotté entre plusieurs histoires : une famille marocaine qui achète un fusil, dans le même pays un couple de touriste dont la femme prend une balle perdue, une jeune japonaise sourde et muette et enfin une nounou mexicaine qui s’occupe de deux enfants américains et qui part avec eux pour le Mexique pour assister à un mariage. Quatre histoires qui semblent qui n’ont rien en commun mais sont pourtant connectées, parfois par des liens subtils ou sans importances que le spectateur découvre par des petits détails au fil de sa vision, et montrant au final que nous tous connectés les uns aux autres.

Mais c’est bien la communication ou l’impossibilité de la communication qui est le héros de ce film : la différence entre les cultures et la distorsion que cela apporte (l’interprétation paranoïaque des certaines événements par les américains en est une belle interprétation), les différences de langage, le handicap qui isole (magnifiquement illustré par une scène dans laquelle la jeune japonaise se retrouve dans une boite de nuit), etc. Mais c’est surtout cette incompréhension fondamentale qui va au delà de la culture et du langage qui est mise dramatiquement en avant. Ce problème de communication qui fait que l’on ne connaît même pas son voisin de pallier, que l’on ne remarque même pas les problèmes de ses proches ou que les pires querelles sont celles de voisinages ou familiales.

Dans une certaine mesure, Babel s’attaque aussi à l’effet papillon et au hasard. Ainsi, certains de nos actes qui semblent anodins ou insouciant peuvent avoir de terribles répercutions, quoi que l’on fasse et sans pour autant que l’on en soit conscient ou que l’on en porte la responsabilité.

Ce film, métaphore cinématographique et arachnéenne de la diversité humaine, est complexe à plusieurs points de vue et prend littéralement aux tripes. On y passe par tous les niveaux de diversités, de l’individuel à l’universel, de culture en culture, de langue en langue, d’individu en individu. Le tout est filmé avec beaucoup de simplicité, de non-dits et de pudeur, sans jamais sombrer dans la dramatisation à l’excès, donnant un film un étrange sentiment de réalité.

Mais le message final est loin d’être pessimiste.

Il nous montre que si lors de l’épisode de la tour de Babel, Dieu à divisé les hommes, il n’a pas pu leur enlever leur humanité pour autant.

Si nous ne pouvons prétendre les autres cultures, s’il est impossible de comprendre les autres langages, si parfois notre voisin de pallier est un inconnu, dans certaines situations, souvent les pires ou les plus extrêmes, nous redevenons simplement des humains et l’incompréhension ne peut empêcher deux étrangers de s’interconnecter l’un à l’autre dans une parfaite symbiose autour de sentiments aussi basique que la compassion, l’empathie ou l’amour.

Tiens, étrangement, un autre acteur se fait remarquer par son absence : l’ordinateur et ses réseaux, censés interconnectés les hommes par delà les frontières et les distances ; comme pour nous montrer que la vrai solution n’est pas virtuelle et que les vraies relations ne peuvent naître qu’en plongeant ses mains dans la boue.

Un voyage troublant dans ce qui fait notre humanité et un message d’espoir. Un film à 100 lieues de la bouillie hollywoodienne formatée que l’on nous sert habituellement en Amérique.