[musique] Olivia Ruiz, La femme chocolat
04 02 2007La célébrité peut prendre de nombreuses formes. A sa grande époque, VDB disait que l’important restait que l’on parle de soit, le fait que cela soit en bien ou en mal n’avait finalement que bien peu d’importance. C’est le principe même de la publicité qui n’a pas peur de tomber dans le ridicule ou le choquant, le seul but étant que le nom de la marque s’imprime dans notre esprit pour que lorsque l’on se trouve devant un choix, nous choisissions naturellement le produit dont nous connaissons le nom.
Pour les artistes, c’est un petit peu pareil. Pas facile en effet de se faire un nom.
De temps en temps, plus par chance que pour autre chose, une personnalité talentueuse et créatrice émerge et apporte quelque chose de nouveau dans un environnement musical formaté. On assiste alors à un phénomène de changement de paradigme : des tas d’artistes, soit de la première heure sortit de l’ombre, soit opportunistes, s’engagent dans la brèche et font de cet ovni une nouvelle règle jusqu’à la nausée. C’est ce à quoi on assiste actuellement dans la chanson française avec la nouvelle génération.
A côté de cela, il y a aussi le côté obscur de la force, un chemin beaucoup plus risqué mais qui semble plus facile, au risque de vous entraîner dans une spirale dont vous ne pouvez plus sortir qu’avec une image, rentable pendant quelques temps pour les producteurs qui vous utilise comme un produit, mais très éphémère et difficile à porter pour l’artiste. Il s’agit de la télé-réalité.
Comme pour la masturbation, nous connaissons tous, nous avons tous pratiqué et cela nous a apporté un immense plaisir coupable. La télé-réalité, c’est un mélange de voyeurisme, de jalousie et d’indentification.
Mais pour les protagonistes, cela apparaît comme une chance, par un mélange de naïveté et calcul manqué.
On en sort avec de la poudre aux yeux, un nom que tout le monde connaît mais une célébrité un peu honteuse chez ceux qui se disent artistes. Pas facile de transformer cela en une carrière.
Pour preuve, la plupart de ces élèves devenus des stars, c’est qu’ils sont pratiquement tous tombés dans l’oublis après avoir été pressés comme des citrons.
Olivia Ruiz a sans doute eu la chance de ne pas gagner la Star Academy. Ce petit bout de femme au sang chaud qui a joué le jeu lors de la première promotion du show est resté discrète. Pour elle, la Star Academy lui a donné un nom (Olivia Ruiz, oui cela me dit quelque chose) et surtout des entrées chez des artistes.
Elle est restée tapie dans l’ombre et le moment venu, aidé par ce réseau de contact, à décider de travailler avec ceux qu’elle aimait : des auteurs/compositeurs de la scène alternative française. Cela a donné un premier album, à son image, discret, J’aime pas l’amour qui s’est logiquement prolongé par une longue tournée et qui lui a offert un petit succès d’estime et un reconnaissance par la profession. Une manière de se refaire une virginité.
Mais il faut beaucoup plus que de la reconnaissance pour faire une carrière. Il faut aussi la reconnaissance du public.
Et puis, l’année passée, on retrouve sa voix à la radio. Une petite chanson sympathique a envahi les radios pour devenir un succès populaire : J’traine des pieds. Un titre très agréable, entraînant, qui fait sourire sans tomber dans la facilité, qui jongle entre nostalgie et modernité. Une petite perle de lait qui étrangement sortait du lot mais s’intégrait parfaitement dans l’univers musical du moment.
II a ensuite été suivit par un second titre au succès fracassant, La femme chocolat, dont les accents étaient plus que familiers après le succès de Monsters in love de Dionysos et de son leader Mathias Malzieu.
Il n’en fallait pas plus pour attiser ma curiosité et explorer plus avant le reste du second album d’Olivia Ruiz.
La femme chocolat ressemble à un monstre de Frankenstein. Il s’agit d’un patch-work (« entre Piaf et Calexico », comme disait un critique) de différents styles, de blocs assemblés sans réelle de recherche de continuité ou de cohésion. Quand on l’écoute avec naïveté, les chansons se placent dans différents tiroirs, comme s’il s’agissait d’une compilation provenant de différents albums. Un petit regard sur la liste des auteurs/compositeurs permet de confirmer cette impression.
Le premier tiroir est clairement celui de Mathias Malzieu : La femme chocolat, I need a child et Goutez-moi. Impossible de ne pas faire le lien avec Dionysos. Même langage métaphorique délirant, même musique, mêmes instruments inhabituels. C’est agréable à écouter mais cela sonne beaucoup trop comme du déjà vu, confirmant la triste impression que si l’univers du très sympathique Mathias Malzieu est diablement original, il ne semble pas très riche et que malheureusement il l’a déjà exploité jusqu’à la corde. Espérons qu’il ait encore des surprises dans son sac mais il ne les a pas exploités pour l’album d’Olivia Ruiz.
Le second tiroir est beaucoup plus intéressant et fait tout l’intérêt de l’album : J’traine des pieds, Thérapie de groupe, La fille du vent ou encore Quijote. Des chansons beaucoup plus novatrices et riches et pour lesquelles Olivia Ruiz offre une grande variété de personnalités à travers le chant. Elle y est à la fois fragile, bouillante, moqueuse, tendre. Une petite bombe à retardement que l’on aurait envie de prendre dans ses bras. Ces chansons, ce sont vraiment les siennes puisqu’elle en a écrit les textes.
Le dernier tiroir est un grand fourre tout qui contient des choses plutôt inégales, du très bateau frisant le mauvais (Non-dits) à des petits trucs léger mais sympathique (La petite voleuse).
Du bon, du très bon, sur cet album, qui côtoie du banal. Un second album qui commence à devenir beaucoup plus personnel et laisse à l’interprète la liberté de se révéler un peu plus. Espérons que son succès lui donnera la confiance nécessaire pour nous offrir un troisième album entièrement centré sur son univers.
Publié par : Owen Meany à 07:53:03Permalien
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