[humeur] La philosophie de comptoir virtuelle
05 02 2007
Cela fait maintenant 4 ans que je roule ma bosse sur le net. Cela fait plus longtemps que je pratique la toile, comme outils de recherche, comme moyen de communication, mais il y a 4 ans, j’ai franchis une étape importante : je me suis créé une persona virtuelle. Je suis devenu owen, sorte de double schizophrène, version épurée et aseptisée de moi-même. Cela a commencé par ce petite blogue, sorte d’apprentissage à l’écriture qui est devenu une drogue et puis une (bonne) habitude (même si le quartier maître Quentin regarde par dessus mon épaule pour me rappeler qu’il n’y a pas de bonnes habitudes). J’ai fait quelques heureuses rencontres, lisant d’autres blogues, communiquant avec d’autres blogueurs. Mais tel le vampire qui se déconnecte avec les époques qu’il ne comprend plus, plus j’acquière le statut d’ancien (4 ans c’est très vieux pour un blogue), et plus je m’isole de la communauté des blogues pour continuer à publier mes petits textes quotidiens sans prendre la peine d’aller lire ceux des autres. Vous y croyez, vous ? est devenu une biographie égocentrique, une mémoire partiale. Un moyen de donner un certain piment à des événements réels et les offrir en pâture à un improbable lectorat anonyme. Un outils d’échange de savoir dont la masse de plus en plus critique le rend de plus en plus visible (ce blogue a été le plus lu du service MonBlogue.com en décembre de cette année). J’y suis chez moi, je m’y sens bien et la porte est constamment ouverte. Mais comme souvent lors des dépendances, il en faut toujours plus ! Je suis alors passé à l’étape suivant (toujours sous l’impulsion de ma dealer de prédilection qui ne cesse de n’entraîner dans les limbes pour chasser le dragon virtuel). Je suis rentré dans des communautés virtuelles. Un premier passage éclair dans La règle du Je, communauté d’écrivaillon à la mentalité très exception culturelle française et qui a la fâcheuse tendance à confondre arrogance, prétention et talent. Je n’ai pas trouvé ma place dans ce monde et ses règles bêtes et méchantes et j’ai fermé la porte sans faire de bruit pour être éliminé par mon inaction. J’ai finalement alors cédé à l’appel du grand Ordinateur, après plusieurs tentatives infructueuses de ce dernier de m’entraîner parmi ses fidèles. Je suis alors rentré sur Parano.be, un site basé sur un jeu et dont l’idée de base est que le vous êtes surveillé par une administration incompétente et tout puissante. J’ai rapidement découvert l’énorme potentiel de ce site en terme d’échanges culturels et surtout que cet imaginaire n’était qu’un prétexte à une ambiance bon enfant. Ce site fut l’occasion pour moi d’écrire encore plus. J’ai rapidement participé activement à la modération du site, jouant à tous les échelons, devenant moi-même un membre de cette administration que je regardais au départ avec beaucoup de scepticisme. J’y ai fait des rencontres déterminantes, avec des gens sympathiques mais aussi et surtout avec des vrais écrivains (qui m’ont donné l’envie de tenter ma chance dans l’écriture romanesque), un réalisateur de cinéma (avec qui je suis en train actuellement de travailler à un projet de scénario pour un court métrage) mais surtout avec un journaliste avec qui, pendant 10 mois, j’ai appris le métier de modérateur et d’éditeur d’une page culturelle. J’ai appris à commander et écrire des articles, à les rendre plus attractifs, à les retravailler avec les auteurs, à gérer un planning, une équipe, etc. Cela a même débouché sur des opportunités professionnelles à cent lieues de ma formation de base puisque je suis actuellement un auteur rémunéré grâce à lui. Il m’a aussi entraîné sur une nouvelle communauté sur laquelle il travaille, Lycos iQ, et depuis quelques mois, ma persona Owen s’y fait son trou. Le principe de Lycos iQ est l’échange de savoir. Des utilisateurs s’y inscrivent, les ‘experts’, dans le but de répondre aux questions que les internautes peuvent poser librement. Vous y avez donc de tout et de rien : un grand nombre de questions juridiques (divorces, héritages, permis de conduire, etc.), de jeunes lycéens qui cherchent des devoirs tout faits, des ‘trolls’ (ces internautes qui posent des questions stupides, bêtes ou vulgaire dans le seul but de déranger) mais aussi quelques questions plus intéressantes. Ces dernières se divisent en deux catégories : certaines demandent des avis (comment réagiriez-vous dans telle situation, que pensez de ceci, etc.), d’autres demandent une réelle connaissance et impliquent souvent des recherches. Le fonctionnement de ce service repose donc sur la bonne volonté d’utilisateurs bénévoles qui se mettent au service de la communauté pour transmettre savoir et capacité de recherche et font de Lycos iQ un moteur de recherche humain. En échange, Lycos iQ apparaît comme une communauté virtuelle (avec sa mythologie et son histoire) mais surtout comme un jeu. Au fil des questions/réponses, les ‘experts’ reçoivent des points, montent en grade pour tenter de finalement décrocher celui de ‘Einstein’ tant convoité. Les personnalités se révèlent au fil du temps, au travers des sujets choisit mais aussi du style d’écriture, du ton, etc. Comme tout système d’échange de savoir, ce système ouvert repose sur le concept d’altruisme qui comme dans toute société, virtuelle ou non, ne peut émerger que si deux forces entrent en jeu : la reconnaissance publique du travail bien fait (qui se fait sur Lycos iQ par le biais du système de point et de l’intégration dans la communauté) mais également la punition (lorsqu’un individu exploite le système pour son propre bénéfice ou gloire). Cependant, la punition est absente du système et cela mène à des comportements qui vont à l’encontre de l’idée même d’échange de savoir avec comme conséquence que Lycos iQ n’atteint pas le niveau de qualité auquel il peut espérer prétendre. Par exemple, une grande majorité d’expert passe son temps à montrer sa bobine sur le plus grand nombre de questions, sans prendre la peine de faire le minimum de recherches requises. Ils donnent des avis, pas souvent éclairés, voire des réponses totalement erronées à des questions qui demandent des solutions simples, précises et référencées. D’autres experts portent l’arrogances en étendards et plutôt que de nier les questions " bêtes " ou les demandent des petits filous qui essayent de se faire faire leurs devoirs (entre nous, j’aurais sans doute tenté ma chance si j’avais eu internet à l’époque), ils font la morale, se moquent cruellement, les regarde du haut de leur grande intelligence virtuelle. Au final, Lycos iQ est une magnifique idée mais qui a encore besoin de s’affiner. Avec le temps et l’action de la poignée de vrais ‘experts’, ceux qui se battent pour faire des réponses belles, claires, lisibles et justes, et ne font pas du service un lieu pour de la philosophie de comptoir où des clients bourrés claironnent ce qu’ils savent être la vérité sans même prendre le temps de se renseigner, espérons que la qualité ira en progressant : la qualité, non pas des questions, mais bien des réponses et de ceux qui les écrivent ; que les experts soient sur le site pas uniquement pour leur édification égocentrique mais bien pour y répondre aux questions qui les intéressent, en faisant des recherches et en répondant en toute humilité. Parce que finalement, la sagesse populaire est encore une fois de mise : " Il n’y a pas de sottes questions, que des bêtes réponses… "
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