[humeur] Ikeaway to hell
07 02 2007
Dans Huis clos, Jean-Paul Sartre écrivait cette phrase désormais célèbre: " L’enfer, c’est les autres ". Et comme il se trompait ! L’enfer, c’est bien " les autres " mais rassemblé dans un Ikea un dimanche d’hiver. Je vis en Suède à proximité de Göteborg, la seconde ville du pays, fameuse pour… euhhh… enfin la seconde ville du pays. Non contente de posséder le plus beau… euhhh… enfin elle abrite dans sa périphérie l’Ikea le plus moderne du monde ! Quel chance pour un homme qui avait besoin d’un nouveau canapé, d’une garde robe et d’un lit d’enfant ! C’est donc en famille (et accompagné de deux collègues sud américain pour le côté exotique) que je me suis donc rendu au temple suédois du meuble bon marché (ou temple bon marché du meuble suédois, je ne sais trop). Bien mal m’en pris !!! C’est que les hommes n’apprennent jamais ! Ils savent pourtant qu’il y a des choses à ne pas faire : construire sa maison sur ancien cimetière indien, enterrer sa femme et son fils dans le Simetière des animaux (encore des esprits indiens), ne pas verser le contenu de fut chimique ultra secret dans un cimetière (tiens, encore un cimetière ?), etc. Mais nooon, énerver les esprits cela n’arrive qu’aux autres ! Et hop vas-y que je pisse sur une idole sacrée, que je vole la pierre magique ou… que je rassemble sous un même toit une quantité indécente de cadavre d’arbres massacrés dans des conditions atroces (cela se sait assez peu mais les arbres utilisés pour la construction des meubles Ikea sont élevés en batteries dans des conditions inhumaines et ensuite abattu de façon sadique avant que leurs corps ne soient profanés, tels des morceaux d’Osiris, et envoyés aux 4 coins du monde). Pour celui qui est un peu sensible à ces choses, Ikea est le théâtre du ballet morbide des esprits de la forêt (et non pas du foret), résonnant du cri lugubre de ces arbres appelant la vengeance pour toute cette sèves et sciure versées sur l’hôtel de notre cruauté. Mais être conscient d’une chose ne protège en rien de cette chose. Et comme le premier quidam venu, j’ai du subir les conséquences de mon insolence lorsque j’ai pénétré dans le magasin. Car c’est un fait scientifiquement établi : Ikea fait ressortir le pire de ce qu’il y a en nous ! Il suffit au commun des mortels de pénétrer dans un Ikea pour que l’action des esprits en colère se fasse ressentir et elle déteint sur les clients, lorsqu’ils se font dépassé dans une file ou bousculé dans une allée. Moi qui suis un exemple de calme et de douceur, dès que je pénètre dans un Ikea, j’ai les nerfs à fleur de peau et réagit comme un lion en cage. Dans un Ikea, votre destinée est représentée par des flèches tracées sur le sol que vous êtes condamné à suivre, entraîné par le flot lent des clients qui errent paresseusement dans les allées en quête d’objets dont ils n’ont pas besoin mais auxquels ils ne peuvent résister. Ils entrent pour rapidement acheter une table basse pour le salon à 12 euros et ressortent avec une note astronomique et des bougies (qu’ils n’utiliseront pas), des cadres photos, un affreux tapis (cela donnait bien dans le magasin mais c’est moche comme tout à la maison), etc. Bien entendu, un passage par Ikea ne se conçoit pas sans un arrêt au restaurant dont le menu reste invariablement le même dans tous les Ikea du monde (les köttbullar, sorte de boulette de viande ; les korvobröd, les hot-dogs traditionnels que vous retrouvez aux 4 coins de la Suède), etc.) à faire passer les resto routes pour des restaurants étoilés. Les gens y perdent la notion du temps (sauf lorsqu’ils attendent énervé à la caisse pour régler leurs achats) et peuvent y passer facilement une journée. En effet, tout ce qui pourrait vous rappeler le passage du temps est banni. Vous voguez dans une sorte d’éther, de limbe intemporelle. J’ai tenu exactement 1h30, temps nécessaire pour trouver les fournitures convoitées, payer et sortir ! Mais j’en suis sortit irritable, épuisé comme après un combat difficile, et sans aucune pensée de pitié pour mes pauvres camarades humains que j’avais laissé derrière moi aux griffes de ce monstre assoiffé de sous. J’étais Ken, survivant de l’enfer (kennn, souvent croise le fer) ; j’étais, Ikki, le chevalier du phoenix. " Ce qui ne te tue pas te rend plus fort ", disait Nietsche (ou Stallone, je ne suis plus trop sur). Mais on ne m’y reprendra plus de si tôt !
Permalien
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