[science] Les virus sont nos amis, il faut les aimer aussi
09 02 2007
Dans le célèbre film Matrix, le sympathique agent Smith utilise une jolie métaphore pour critiquer l’espèce humaine. Il nous compare aux virus dans une comparaison bien peu flatteuse, ni pour les hommes, ni pour les virus. C’est qu’ils ont mauvaise presse nos amis les virus ! Nous ne les associons qu’à des terribles maladies et épidémies (SIDA, grippe aviaire, etc.) et nous ne leurs accordons même pas le statu d’être vivant puisqu’ils sont uniquement parasites et incapables de se reproduire sans leurs hôtes. Pourtant, sans les virus la vie n’existerait pas. Sans les virus, vous ne seriez pas en train de lire ces quelques mots. Et si les virus étaient le moteur de l’évolution ? Et si les virus modelaient notre monde pour le rendre vivable ? Et si les virus étaient à la base même de notre humanité ? --- Un virus, qu’est-ce que c’est ? Un virus est quelque chose d’assez simple sur le principe. On pourrait le comparer à une micro-seringue : une enveloppe protectrice contenant de l’ADN (la molécule porteuse de l’information génétique chez tous les êtres vivants) et capable de l’injecter dans la cellule de son hôte. Cet ADN exploite alors la machinerie de l’hôte pour se reproduire et former de nouveaux virus. Etant incapable de se reproduire seul, le virus n’est donc pas considéré comme un être vivant. --- Où trouve-t-on les virus ? Les virus sont partout ! Des virus ont été trouvé à 2000 mètres sous terre, dans les sables du Sahara, dans les sources chaudes acides, dans les lacs polaires, etc. La plupart nous sont encore totalement inconnu et il suffit de se pencher pour découvrir des souches nouvelles. Ainsi, une nouvelle étude à mis à jour 40 nouvelles formes de virus totalement nouvelles dans des endroits tels que le sol d’un hôpital, la cage des singes dans un zoo ou simplement sous un buisson. Ceux-ci contenaient des gènes totalement nouveau qui n’avaient jamais été vu auparavant. Notre tube digestif contient 1200 virus différents et une seule goutte d’eau de mer en contient plusieurs millions (entre 60 000 et 254 millions par millilitre selon les endroits). Au total, on estime qu’il y aurait 10 000 milliards de milliards de milliards de virus sur terre. Pour vous donner un autre point de comparaison, si on mettait à la suite leur ADN, cela représenterait une distance de 250 années- lumière. Pourtant, nous ne connaissons qu’une infime partie de cette diversité, souvent ceux qui sont pathogènes. --- Que peuvent-ils faire ? On ne le sait que trop, les virus peuvent provoquer de terribles maladies chez l’homme mais aussi les animaux. Mais un virus peut faire beaucoup plus que cela. Ils peuvent par exemple contrôler les populations de bactéries ou d’autres êtres vivants, les empêchant de se reproduire au delà du raisonnable. Il peuvent même influencer la météo ? Quand des virus s’attaquent à d’algues pendant les périodes de bloom, il y a libération d’une telle quantité de gaz que cela peut influencer la formation des nuages. Mais la plus grande force des virus est leur capacité à créer de nouveaux gènes, à modifier et retravailler l’ADN et ainsi à faire évoluer la vie. Les virus sont sans nul doute la source de la créativité de la vie qui a grand coup de hasard et de nécessité à réussi à faire de notre planète le berceau d’une diversité exubérante. --- Les virus comme laboratoire d’expérimentation Il suffit à un virus de quelques gènes pour pouvoir fonctionner correctement. Pourtant, certains sont étonnamment complexe (par exemple, le mimivirus qui infecte les amibes possède un génome de grande taille, 1.2 millions de paires de base et 900 gènes, soit deux fois plus grand que ce que l’on observer chez la bactérie la plus simple). Leur ADN peut ainsi muter, se modifier au hasard des mutation, sans pour autant que cela affecte leur survie. Et cela peut se produire à très grande vitesse puisqu’on estime que chaque seconde, un million de milliards de milliards de nouveau virus sont formés sur terre. De nombreux nouveaux gènes peuvent ainsi être créés et testés dans la nature et de nombreux chercheurs pensent que ce sont les virus qui sont à l’origine de gènes qui ont présidés aux grands inventions de la vie : la photosynthèse, l’apparition de la chitine chez les insectes, etc. En injectant de l’ADN nouveau dans la cellule ou dans le matériel génétique de son hôte, un virus peut entraîner des maladies mais aussi de temps en temps lui procurer un avantage et le rendre plus compétitif ou capable de coloniser un nouvel habitat. Bien entendu, il y a un pendant négatif à cette faculté puisque c’est aussi la raison pour laquelle il est impossible de trouver un vaccin ultime contre la grippe puisque les souches de virus sont différents chaque année. Les virus sont aussi capable de rapidement se disperser, changeant d’hôtes (comme on le craint pour la grippe aviaire qui pourrait passer des oiseaux aux humaines) et d’environnement. Ainsi, en moins de 2000 ans, nouveau gène viral s’est retrouvé dans des endroits aussi différents que le tube digestif de la vache, des sources chaudes, l’océan Antarctique ou encore les coraux du Pacifique. --- Les virus fondateurs de notre humanité ? Les nouveaux outils de la biologie moléculaire permettent d’étudier le génome, c’est-à-dire l’ensemble du matériel génétique d’un individu. Les résultats obtenus ont permis de confirmer l’importance des virus dans l’évolution de la vie. Ainsi, il n’existe pas d’espèce vivante qui ne contienne d’ADN en provenance des virus. Dans le cas de l’homme, on estime que 8% de notre génome aurait été incorporé à partir de virus. Par exemple, une protéine utilisée par les virus pour s’attacher aux cellules de leurs hôtes a été recyclée chez l’homme pour attacher les cellules entre elles lors de la formation du placenta. Encore plus fort, certains chercheurs affirment que ce qui fait la différence entre l’homme et le chimpanzé est principalement du à de l’ADN viral. Notre humanité ne serait alors que le résultat d’une contamination par les virus. --- Conclusion ? Les virus sont terriblement créatifs et peuvent affecter radicalement le fonctionnement de son hôte, comme en témoigne les terribles maladies auxquels ils sont associés. Néanmoins, ils sont essentiels à la vie et certaines infections peuvent influencer positivement leur hôte. Qui sait si la prochaine étape de l’évolution humaine ne sera pas le fruit d’une infection virale positive ?
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