Publi le mercredi 28 février 2007

[film] A scanner darkly

28 02 2007

L’auteur Phillip K Dick a une relation maudite avec le cinéma. Ses innombrables fans se plaignent, souvent à raison, des libertés qui sont prises lors des nombreuses adaptations cinématographiques de ses romans, avec un final un gamme allant du film culte, Blade runner, au film de divertissement, Total recall.

Le dernier en date, A scanner darkly, présente une originalité. C’est au tour des cinéphiles d’être plus critique et de reprocher au scénariste et au réalisateur d’avoir fait un film " trop proche " du roman.

Si j’ai lu quelques romans de Dick, je n’ai pas lu celui qui a inspiré A scanner darkly, yet, comme dirait les anglophones. Dès lors, ma perception du film a été naïve et non teintée d’une quelconque attente.

L’histoire reflète une des obsessions de son auteur : la drogue qu’il a consommé en abondance et ses conséquences sur la vie des consommateurs. Le film n’est absolument pas moralisateur et essaye plutôt de donner une vision alternative de l’altération de la perception due à la consommation de stupéfiant.

Pour cela, il utilise une astuce visuelle qui apporte une autre dimension au film : le rotoscoping.

Après le tournage avec de vraies acteurs, chaque image a été retouchée pour lui donner un aspect de dessin-animé. Cela a ensuite permis d’ajouter ou de modifier la réalité (du moins ce que l’on nous présente comme tel) pour simuler des crises de manques, des altérations du monde, etc. Le spectateur oscille alors entre rêve et réalité et plonge tête la première dans des scène parano-délirantes.

On voit donc le monde avec les yeux d’un drogué et ce drogué n’est autre qu’un policier infiltré dans un petit groupe de consommateur dans le but de remonter la filière de la nouvelle Drogue D qui rend dépendant à la première prise et dont personne ne connaît l’origine (on suppose l’action de narco-terroristes).

L’histoire se déroule dans notre futur proche, dans un système paranoïaque qui sent bon la délation et qui n’a que trop de parallèle avec ce que l’on peut voir apparaître outre Atlantique sous la gouverne de Bush. 20% de la population est accroc à la dope et la seule alternative semble être la société New Path qui travaille a la désintoxication des utilisateurs. Mais bien entendu, le message est clair dès la première image : les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent !

La grande originalité est que suite à des systèmes de brouillage d’identité, les supérieurs du policier ignorent son identité et comble de l’ironie, lui demande de se surveiller lui-même. Ajoutez à cela le fait qu’il consomme pas mal de son côté et cela donne un beau voyage en schizophrénie avec pas mal de rebondissement à la clé.

Un peu comme le passage du muet au parlant à remodelé le jeu des acteurs, le rotoscoping impose un jeu complètement nouveau aux acteurs. Ceux-ci se doivent d’être beaucoup plus expressifs pour être convainquant.

Rien d’étonnant, dès lors, de voir au casting des acteurs excentriques comme Robert Downey Jr (dont on finit par se demander, connaissant son passé de consommateur, si c’est totalement de la composition) ou même Woody Harrelson. Winona Rider reste magnifique, même en dessin animé. Reste le choix étonnant du monolithique Keanu Reeves pour le rôle principal mais force m’est d’avouer qu’il ne se débrouille pas mal compte tenu de son jeu généralement inexpressif.

Le tout est assez réussi et dépoussière un peu le genre, non pas comme Scorcese avec son The Departed en secouant la bouteille (qui contenait des films comme Donnie Brasco, des films de Michael Mann, Rush, etc..), mais en retravaillant à la base.

Une fable d’actualité, qui pose un regard lucide sur notre monde, la limite entre la surveillance pour la protection et la perte des libertés individuelles, et qui n’est jamais moralisatrice (la notion de bien et de mal y est d’ailleurs plus que floue). Mais comme pour remettre les pendules à l’heure, le film se clôture sur un générique macabre, une liste d’amis de Phillip K Dick qui ont subit les ravages de la drogue : des accidents cérébraux à la mort.