Publi le mardi 06 mars 2007

[Humeur] Le sens de la vie - part 3 (fin)

06 03 2007

Suite et fin du texte entamé ces deux derniers jours :

- http://owen.monblogue.branchez-vous.com/2007/03/04#136047

- http://owen.monblogue.branchez-vous.com/2007/03/05#136103

--

3. Une belle Simpsonerie

(*) Si l’humour nonsense a beaucoup fait pour la philosophie, le plus grand philosophe de tous les temps est certainement Matt Groening. L’intégrale de son œuvre principale, Les Simpson, devrait trôner en bonne place dans tous les collèges.

Certains l’ont déjà compris comme en témoigne le livre The Simpsons and Philosophy : The D’oh of Homer écrit par William Irwin ou The gospel according to the Simpsons : The spiritual life of the most animated family par Mark I Pinsky. Les Simpsons sont aussi à la base d’un cours de philosophie donné à l’Université Sierra Heights aux Etats-Unis.

(*) Les Simpsons utilisent deux techniques qui ont fait le charme de l’humour nonsense : l’ultra-référence et l’hyper-ironie.

Il y a aussi bien sur l’humour de répétition mais nous n’en parlerons pas ici!

L’humour ultra-référencé est une marque de fabrique de l’humour nonsense qui est poussé à l’extrême dans les Simpson. Ainsi, le nonsense se situe dans la zone grise entre la tarte à la crème et la physique quantique. Pour être efficace, il doit répondre à plusieurs critères :

  • se suffire à lui même
  • faire allusion à un élément de notre imaginaire collectif (confidentiel mais pas trop)
  • faire passer une idée mais surtout pas !

Cela donne à celui qui découvre l’œuvre l’étonnant sentiment de faire partie de la conspiration, de comprendre quelque chose de caché et donc de se sentir particulièrement malin.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle sur la télévision belge Les Simpson sont programmés depuis des années après Questions pour un champion et Le journal télévisé. Après avoir eu l’air d’un con devant les extra-terrestres qui répondent à 4 questions de suite sur " Les rois Babylonien du second empire ", " Les insectes frugivores au Costa Rica " ou encore " L’étymologie des mots bulgares " (négligeant la catégories : " Les schtroumpfs célèbres " dans laquelle vous auriez pu briller) et étant complètement déprimés par les informations, les Simpson vous permet de rire ET de remonter dans l’estime de votre partenaire (qui se dit que si vous avez reconnu l’allusion à Citizen Kane dans l’épisode vous ne devez pas être si con que cela. Des statistiques complètement idiotes réalisée sur un échantillon absolument pas représentatif de 2 personnes indiquent que les Simpson auraient sauvé 100% des couples interrogés).

Les Simpson utilise l’humour référencé à un niveau encore jamais égalé permettant d’utiliser l’inconscient collectif pour faire passer des messages (par exemple, qu’il n’y a pas de message, ce qui est de l’hyper-ironie comme nous le verrons dans la partie suivante).

(*) Lorsque vous regardez un épisode de cette série, vous devenez membre d’une élite dont aucune élite nous voudrait faire partie !

L’autre technique utilisée à la fois par le nonsense et les Simpson est l’hyper-ironie.

Il y a aussi bien sur l’humour de répétition mais nous n’en parlerons pas ici!

L’ironie apparaît pour certains comme une arme pour survivre dans le terrible environnement qu’est le nôtre. Elle se définit, selon Ethan Hawke (qui est acteur et pas une référence mais il a un nom qui sonne bien et cela attirera peut-être quelques âmes perdues par les moteurs de recherche. Je devrais peut-être aussi ajouter : " George Bush nu avec Poney " ou encore " free porn " ? Non ?) comme le fait de " se moquer en disant le contraire de ce que l’on pense ".

Prenons un exemple concret. Depuis toujours vous détestez ces petits légumes verts et odorants que sont les brocolis ! Vous rentrez chez vous après un affreuse journée au boulot et la femme avec qui vous partagez votre vie depuis 26 ans vous annonce qu’elle a préparez un gros plat de brocolis pour le repas et elle ajoute : " Alors ? Heureux ? ", non sans une certaine malice (il faut ajouter pour sa défense qu’elle a découvert récemment que vous aviez une aventure avec votre secrétaire, elle a retrouvé de la sciure dans votre caleçon).

Vous avez alors deux options pour répondre : Soit vous lui dite votre façon de penser : " espèce de vieille emmerdeuse ! ", soit vous optez pour une saine ironie : " chouette, des brocolis ! " avant d’aller vous ouvrir une boite de sardines.

Isn’t it ironic, don’t you think ? " comme le chantait Alanis Morissette (nue, sexe, …, je sais je n’ai aucun scrupule).

Mais il existe une troisième alternative riche en possibilités : l’hyper-ironie. L’hyper-ironie est le fait d’être ironique en étant ironique ; donc de dire le contraire de ce que l’on pense en disant le contraire de ce que l’on pense !

Mais comme le menteur qui ment quand il dit un mensonge ne dit pas nécessairement pas vérité (ou l’inverse, je ne sais plus trop), l’hyper-ironie offre une gamme infinie de possibilités, toutes plus jouissives les unes que les autres et vous permet ainsi de vous amuser des situations les plus affreuses ou les plus absurdes.

Ainsi, pour reprendre notre exemple pratique. Vous auriez pu répondre avec sincérité : " chouette des brocolis " et ensuite dévorer votre assiette de bon cœur en pensant au fond de vous même que vous veniez de décocher une flèche d’humour glacé et sophistiqué, à la fois hyper-ironique mais aussi ultra-référencé (vous aviez bien sur reconnu la coccinelle de Rubriques à brac de Gotlib).

L’humour nonsense est donc non seulement une représentation hilarante de l’absurdité de la vie mais il nous donne l’impression d’être malin (et donc détourne notre attention des vrais problèmes, à savoir que nous ne sommes que des gros idiots) mais aussi nous offre par le biais de l’hyper-ironie un outils pour nous amuser de ce qui déprimerait les autres (comme ces emmerdeurs d’existentialistes, par exemple).

Si la plupart des grands noms du nonsense utilisent ces différentes techniques avec talent (par exemple, quand John Cleese en costume colonial est frappé au visage au moyen de deux sardines tenues dans les mains de Michael Palin qui fait un petit pas de danse ridicule sur un air de polka), les Simpson l’utilisent en même temps pour secouer les bases morales de notre société.

Le message des Simpson est clair : il existe des valeurs morales qu’il faut respecter : la religion, la famille, etc. et d’autres qui ne méritent pas d’être respectée : la religion, la famille, etc. Ainsi, chaque épisode devient totalement imprévisible (et pourtant notre intime connaissance des personnages et de leur univers nous les rends ultra-prévisibles et c’est ce mélange de prévisibilité imprévisible qui rend les choses intéressantes) et mime parfaitement notre vie. Chaque fois qu’il semble nous donner une leçon morale, celle-ci est coupée à la racine dans l’épisode suivant et jeté aux orties avant d’être décapitée, éventrée, carbonisée et torturés par un chat et une souris psychopathes. Ainsi, ils sont moralisateurs sans l’être, amoral, iconoclastes et conservateurs, cruels et respectueux.

Prenons quelques exemples :

Les Simpson sont moralisateurs quand Lisa défend la veuve et l’orphelin ou que Homer refuse un petit coup vite fait avec une collègue. Mais les Simpsons sont bêtes et méchants lorsque Homer est responsable de la mort de Maud Flanders suite à sa bêtise légendaire. Les exemples dans les deux sens sont innombrables et il est impossible de suivre une quelconque logique morale dans les Simpsons. On y décrit un monde d’une rare cruauté mais souvent la cruauté est confondue avec l’honnêteté (comme quand Umberto Eco parle de David Lodge, par exemple).

Mais n’est-ce pas la même chose dans la vie ?

(*) Et si la morale n’était qu’un concept absurde lui aussi et qu’il suffisait d’un petit peu de bon sens de derrière les fagots ? Et si la vérité n’existait pas ?

Il y a aussi bien sur l’humour de répétition mais nous n’en parlerons pas ici!

Mais Les Simpson vont un cran plus loin que l’humour nonsense. Ils nous offrent un modèle et ce modèle s’appelle Homer J Simpson.

Homer, c’est un Dieu ! Il est d’une rare bêtise, champion du monde toute catégorie du raisonnement primaire et circulaire, il est moche, alcoolique, son hygiène corporelle est plus que douteuse, et pourtant, pourtant, " les mots font, les mots sont, les mots disent ".

Non, ca c’est Vanessa Paradis (je ne peux pas m’empêcher de penser à elle à chaque fois que je dis ‘Pourtant’… si cela continue, je n’arriverai pas à boucler cet essais philosophique avant les 10 pages. Ce serait catastrophique ! Il est temps que je me reprenne. Respire. " ca c’est rien de le dire "… zut cela recommence… bon je vais boire un café).

Pourtant (…) il réussit tout ce qu’il entreprend ou même n’entreprend pas juste par chance (ce qui s’appelle une simpsonerie) ! Il va dans l’espace, il fait une tournée avec les Smashing Pumpkins, fais tous les boulots du monde, etc. Mais surtout, à chaque début et chaque fin d’épisode, il retrouve sa charmante petite famille aimante et la douce chaleur plein d’amour de son foyer. Oui, ce crétin fini est heureux !

Dès lors, il peut se permettre d’avoir des discussions avec Dieu tout en rejetant l’église et en dansant en slip en se grattant les fesses et en buvant des bières !

Homer Simpson a malgré lui compris que la vie est absurde, un terrible malentendu et que :

(*) le secret du bonheur et du succès tenait à bien peu de chose : une savant bêtise associée à une naïveté et une chance qui défie les lois de la nature (bien fait pour elle, saleté de nature !!!).

D’ailleurs, lorsque Homer découvre (par accident) que sa bêtise est due au fait qu’il s’était enfoncé un crayon dans le cerveau dans son enfance et qu’il retrouve ses capacités intellectuelles en se le faisant retirer, il découvre que l’intelligence est un fardeau ! Il décide alors de retrouver son ancienne vie en se faisant réimplanter le crayon.

Alors vive la lobotomie, flinguez votre cerveau à coup de bières et rigolons de l’absurdité de la vie!

Quand le but d’un homme dans la vie s’est de boire des bières et de faire un câlin de temps en temps, personne ne peut lui enlever ses rêves ! "

(*) Pour être heureux, il faut oublier toutes ces fadaises et profiter des choses simples !

Mon Dieu, presque 10 pages pour arriver à cette conclusion de philosophe de comptoir. Quelle absurdité !

Il y a aussi bien sur l’humour de répétition mais nous n’en parlerons pas ici!

Conclusion

Nous pouvons donc résumer ce ramassis d’âneries par :

  • Dieu n’existe pas (mais est un gros joueur sans vraiment de jugeote)
  • La vie n’est qu’un malentendu, une belle simpsonerie et une totale absurdité
  • So what ?
  • Non, pas un pingouin, j’en ai déjà un !
  • Roger, un muscadet ! Hummm, Muscadet !
  • D’oh !





1 Commentaire :

Commentaire crit le mercredi 07 mars 2007 à 04:57:46 (lien)
Yann
Désolé, j'ai pas tenu le coup... J'ai craqué à la moitié du 2...
T'es sacrement surmené, toi... Un bon repos s'impose!


Ajouter un commentaire