[humeur] Facteur d’impact
20 03 2007
Cette semaine est en effet à marquer d’une pierre blanche dans mon modeste parcours scientifique. En effet, une de mes publications a été publiée dans un journal à haut facteur d’impact. Petite remise en contexte. Depuis que la science a perdu son statu de passe temps pour privilégié pour devenir un travail à part entière, les règles de travail ont considérablement évolué. Aujourd’hui, de nombreuses personnes sont en réelle compétition pour pouvoir devenir chercheur, obtenir des financements, etc. Mais comment faire pour une institution pour sélectionner un chercheur ? Comment faire pour trouver quelqu’un d’efficace, de créatif ? Le problème est semblable à celui de l’art avec qui la science partage de nombreux processus cognitifs. Si la politique joue un rôle important, le critère principal de sélection reste les productions de l’individus : les œuvres de l’artiste et les articles scientifiques publiés du scientifiques. La publication d’un article est la seule méthode à la disposition du chercheur pour officialiser et valider ses travaux. Il écrit un texte très structuré et codifié dans lequel il résume les connaissances sur un sujet, la question à laquelle il voudrait répondre, la méthode utilisée dans le détail (pour que les autres chercheurs puissent répéter l’expérience), les résultats et enfin l’interprétation, les hypothèses. Ce texte est alors proposé à un journal qui décidera ou non de le publier après estimation de la qualité de l’article et du travail par des spéciastes. Mais tous les articles ne sont pas égaux ! En effet, il existe de nombreux journaux et tous n’ont pas le même impact sur la communauté scientifiques. Certains sont très célèbres et sont lus et cités par un grand nombre de personnes (par exemple, le magasine Nature, dont je tire pas mal d’informations qui alimentent ce blogue) et d’autres sont beaucoup plus spécialisés et confidentiels (par exemple, le Belgian Journal of Zoology). L’importance d’un journal est estimé par son facteur d’impact, un indice qui calcule le ‘succès’ d’un journal en terme de nombre moyen de fois que ses articles sont cités dans d’autres travaux (impliquant que ces travaux sont intéressant puisque lus et cités). Ainsi, Nature à un facteur d’impact supérieur à 20 alors que Belgian Journal of Zoology reste autour des 1. Souvent, les chercheurs sont uniquement évalués à l’aide d’une petite équation : le nombre de ses publications pondéré par le facteur d’impact. C’est totalement idiot et non représentatif, mais c’est ainsi que le système est fait et par conséquent, le jeu consiste à publier le maximum possible (menant à un excès de publication dont la grande majorité est sans intérêt et n’est lue par personne) et de préférence dans les journaux les plus importants. Mais bien entendu, publier dans un journal à haut facteur d’impact est plus difficile que de publier dans un obscur petit journal. Au cours de ma thèse, j’ai toujours réagit en totale opposition à ce système et je n’ai jamais fait la course au facteur d’impact, essayant plutôt de publier mes résultats là où ils risquaient d’être lu par la communauté qui travaillait sur les mêmes sujets que moi. Mais comme tout un chacun, je caressais le rêve secret d’avoir un jour mon nom associé à celui d’une grande revue et lorsque je suis arrivé en Suède pour mon post-doc il y a maintenant 3 ans, je me suis mis en tête de m’attaquer au monstre sacré : le journal Nature. Ces 3 dernières années, sans que cela ne tourne à l’obsession, je leurs ai envoyé 2 articles et 2 commentaires qui ont tous été refusé dans des délais plus ou moins long (le plus rapide a été refusé en 6 jours, le plus long en 6 semaines). Et puis, récemment, alors que je préparais une présentation pour un congrès sur les cellules souches, j’ai lu un article publié dans Nature Reviews Genetics, un journal de la filière du groupe Nature, consacré à la régénération chez les animaux. Si l’article était terriblement bien fait et intéressant, il m’a fait bondir parce que les échinodermes (les animaux tels que étoiles de mer, oursins, etc.) qui sont connus pour leurs étonnantes capacités de régénération, n’étaient cité que anecdotiquement dans une phrase. Travaillant sur la régénération des échinodermes, mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai abandonné mon travail pendant une journée pour écrire une réponse argumentée démontrant que non seulement les échinodermes devaient être pris en compte mais qu’ils sont probablement un des groupes les plus intéressants pour ce domaine de recherche. Trois pages plus tard, j’ai envoyé de tout à la revue et j’ai oublié l’histoire. A ma grande surprise, ce texte a été accepté et est maintenant publié dans l’édition d’avril de Nature Reviews Genetics, offrant une ligne d’importance à mon CV (je n’avais jamais publié dans une revue avec un facteur d’impact superieur à 5 et Nature Reviews Genetics est supérieur à 19). Un petit pas pour la science mais une grande victoire pour moi ! Mais ce n’est pas tout cela, il est peut-être temps que je me remette à bosser : Je sers la science et c’est ma joie !
Permalien
Comments :
Catégories : [science], [humeur]


