Publi le jeudi 22 mars 2007

[culture] A night at the museum – Le Louvre

22 03 2007

Je ne sais pas si c’est suite à un traumatisme de la petite enfance, mais je n’avais encore jamais visité le Louvre malgré de nombreux passages à Paris. Peut-être une conséquence du syndrome de Belphégor (le vrai, pas celui avec Vic) dans lequel le fantôme en noir et blanc interprété par Isaac Alvarez arpentait les couloirs du musée m’offrant chaque jour après l’écoles certaines des plus belles frayeurs de mon enfance.

N’écoutant que mon courage, j’ai décidé d’en finir une bonne fois pour toute et j’ai courageusement plongé dans les entrailles du Louvre poussant le vice jusqu’à y aller pendant une nocturne.

Si je n’ai trouvé nulle trace de Belphégor (quoi que l’ambiance étrange de la galerie des antiquités grecques, étrusques et romaines, délaissée au profit des superstars de l’art laissait planer un parfum inquiétant), je n’ai pu que m’incliner jusque terre devant cette masse impressionnante d’œuvres rassemblées sous un même toit.

Pendant les quelques heures que j’ai passé sur place, je n’ai pu qu’entrevoir l’étonnante richesse de ce musée : les galeries de peintures (italiennes, françaises), les sculptures antiques, romaines et étrusques ou encore la galerie égyptienne.

Le tout au pas de course, traversant les groupes organisés comme un poisson distrait traversant un ban et ne m’arrêtant qu’occasionnellement devant tel tableau qui accrochait mon regard pour se révéler être de Botticcelli ou de De Vinci ou telle statue, imposante ou modeste.

Bref, une visite de béotien !

L’occasion de se lancer dans quelques petites réflexions sur le rôle des musées et de l’art, du côté absurde de la beauté, mais aussi d’observer les autres visiteurs.

Comme les ornithologues cocheurs qui n’observent les oiseaux que dans le but de pouvoir les cochers dans leur livre d’identification et s’en vanter auprès de ses semblables bavants de jalousie, la grande majorité des visiteurs suivent les pancartes qui les guides directement vers les œuvres majeures du musée : La victoire de Samotrace trônant fièrement en haut d’un imposant escalier de pierre, La joconde qui est encore plus harcelée depuis la sortie des différentes déclinaisons du Da Vinci code (qui sert également d’argument de vente pour le musée qui propose une visite guidée orientée sur le livre et le film) et qui malgré sa petite taille arrive à faire de l’ombre à l’imposante Les noces de Cana de Véronèse, Le radeau de la Méduse ou encore la Marianne de Delacroix.

Ainsi, je me suis mis à la place des œuvres d’arts, qui tels les jouets dans Toy Story sont figés en présence des humains mais s’animent à la faveur de la nuit (raison pour laquelle les méchantes œuvres sont gardées sous clés dans les réserves !)


Cela pourrait, d’ailleurs faire un excellent reportage sociologique : Le Louvre vu par ses œuvres ! (note pour plus tard…)

La vénus de Milo contemplant la foule amassée à ses pieds, et pourtant indifférente à ses courbes ou à l’audace de son créateur, et les touristes se précipitant sur leurs téléphones portables pour immortaliser ce moment ; le scribe accroupi dont le regard de cristal observe le ballet des jeunes écoutant leur i-pod sans prêter la moindre attention à ces œuvres poussiéreuses sans intérêts (dont le visage tellement reconnaissable d’Akhenaton), ceux blasés qui font mines de l’ignorer pour ne le regarder que du coin de l’œil ou encore ceux qui le reconnaissent et s’approchent un sourire aux lèvres ; les petites œuvres plus discrètes qui voient passer une foule qui les délaissent au profit des stars.

Parce que le succès du Louvre tient beaucoup à cela ! Il s’agit de la jet set du monde de l’art.

Tout comme Paris Hilton ou Britney Spears fascinent les foules, tout comme la laideur mécanique qu’est la tour Eiffel est devenu le symbole d’une culture et d’un pays, le Louvre est devenu incontournable car il abrite des œuvres " qu’il faut voir ! "

Peu importe qu’une écrasante majorité des visiteurs (dont je fais partie) soient totalement incapable de comprendre en quoi ces œuvres sont exceptionnelles (de par leur perfection, leur symbolisme, leur contexte, etc.), nous faisons confiances aux spécialistes qui consacrent leur vie à étudier pour nous ce genre de chose (il faudrait d’ailleurs plusieurs vies pour pouvoir appréhender la réelle richesse d’un tel musée) et nous nous contentons de les croire !

Nous nous extasions devant le génie et les œuvres célèbres, nous les trouvons magnifiques parce que nous les reconnaissons, on les découvre tout en les connaissant depuis toujours, comme un acteur croisé en rue dont on suit les faits et gestes dans la presse people.

Dans de telles conditions, il est légitime de se poser la question du rôle du musée et de l’art.

Est-ce simplement un moyen de préserver notre histoire en exploitant notre goût pour le connu, le fameux, le célèbre ? En quoi cela fait-il avancer notre façon de penser ? Combien sortent du Louvre transformés par la visite et avec autre chose qu’une série d’anecdotes à placer dans une conversation mondaine ? Les musées élèvent-ils intellectuellement ou socialement ?

Mais, comme le chantaient les Levellers : " Is this art ? "

Quoi qu’il en soit, j’ai passé un agréablement moment et maintenant je peux dire fièrement : j’ai été au Louvre !