[livre] Ma vallée de Claude Ponti
25 03 2007
A la naissance de ma fille, un ami que je considère comme mon mentor dans bien des domaines, lui a offert un livre de Claude Ponti, Ma vallée, un livre au format original publié par l’une des plus intéressantes maison d’édition pour la jeunesse: L’école des Loisirs. Et il savait ce qu’il faisait en me mettant un tel ouvrage entre les mains. La petite demoiselle était encore trop petite pour parcourir les pages éléphantesques de ce livre mais au moment de faire le choix dantesque entre les cadeaux pour déterminer qui viendrait en Suède et qui attendrait notre retour au pays, le livre de Claude Ponti malgré son poids et son aspect encombrant a trouvé une place dans nos bagage. En effet, il s’agit d’un magnifique ouvrage, une véritable œuvre d’art, qui a immédiatement trouvé une place de choix sur notre petite bibliothèque pendant presque deux ans. Entre temps, la petite boulette a grandit entourée de livres et de parents lecteurs. Naturellement, elle a développé un réel amour pour les livres et la lecture. Ses préférences vont aux aventures de T’choupi de Thierry et Sophie Courtin, sorte de créature étrange grossièrement dessinée et colorié de façon très primaire dont chaque tome illustre de façon didactique un cas de figure de la vie d’un enfant et y apporte un regard très politiquement correct (de T’choupi veut un chaton à T’choupi a perdu doudou en passant par le terrifiant T’choupi se perd au supermarché). Mais parfois, il faut penser aux pauvres parents qui doivent se taper 120 fois de suite la même histoire. Et tout comme je devenais fou après 200 passages des Aventures de Winnie l’ourson, je commence sérieusement à en avoir des envies de meurtres contre le petit T’choupi (ce qui pourrait d’ailleurs donné un tome intéressant : T’choupi se fait étriper par un lecteur fatigué). Mais si j’avais réussi à foutre la branlée à Winnie à grand coup de Wallace et Gromit, pourquoi ne pas régler le compte de T’choupi avec mon armée diabolique de Touim’s ? Je pense qu’aujourd’hui, j’ai gagné ma première bataille. En effet, si l’histoire est encore un peu trop complexe pour une enfant de 2 ans, j’ai vu plusieurs fois son visage s’illuminer à la lecture de Ma vallée. Comment, en effet, rester de marbre devant des noms tels que Trousse-Bidouille, Fouchtry-Fouchtra ou Touim’Souzizou. Comment ne pas sourire devant ce monstre endormis : " Ce monstre, personne ne sait comment le réveiller. Mais personne n’essaie. On ne sait pas s’il est méchant ou gentil " ou encore le magnifique défouloir qu’est Le théâtre des Colères. Ma vallée présente un univers plutôt qu’il ne raconte une histoire. On y retrouve les Touim’s, créature touffues et arboricoles, leur mode de vie, leur environnement et leurs histoires de famille. Ce livre, dont l’arbre dont il a été tiré est certainement fort heureux du résultat (il aurait pu fini Bernard Werber ou Dan Brown le pauvre), combine un dessin remarquablement soigné pour de la littérature enfantine, une grande richesse dans les détails, et un nombre impressionnant de références, d’idées fabuleuses, de métaphores littéraires ou visuelles, qui apportent autant de plaisir à l’enfant qu’au lecteur adulte et surtout ouvre des tas de portes pour l’imagination. On peut expliquer l’origine de telle référence, inventer telle histoire à partir d’une porte ouverte, etc. Surtout, on peut le lire 100 fois sans le connaître par coeur et sans en avoir fait le tour ! Un livre tout en douceur et d’une richesse psychologique étonnante (je manque vraiment d’adjectifs pour cette petite chronique) dans lequel les enfants tombés du ciel adoptent leurs parents et les adultes suivent des cours pour apprendre leur métier de parent. Mais ce qui est particulièrement rafraîchissant, et explique pourquoi l’univers Pontien est si difficile d’accès pour les adultes, est le manque général de morale évidente (sans pour autant tomber dans le mièvre ou l’hyper-ironie qui fait le succès de Les Simpsons). Il y a incontestablement des messages, mais ils ne sont pas écrit en grosses lettres rouges comme dans la grande majorité des livres pour enfants, il y a des leçons mais rien de moralisateurs, plutôt des leçons d’optimisme, des petites lunettes roses pour regarder le monde autrement. Si Claude Ponti me fait penser à un autre auteur, il s’agit incontestablement de Roald Dahl avec qui il partage une imagination hors du commun, un sens unique du merveilleux et surtout une réelle impertinence qui est si chère aux enfants. Un auteur majeur parce que aussi talentueux qu’à contre courant ! Tous deux, d’ailleurs, se sont mis à écrire pour la jeunesse pour la même raison : leurs propres enfants. Il est plus que temps que je me penche plus attentivement sur l’œuvre de cet auteur, qu’elle soit pour adultes ou pour enfants !
Permalien
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