Publié le mardi 3 avril 2007

[livre] The end of Harry Potter ? de David Langford

03 04 2007

Moi aussi je veux savoir comment se t-t-termine l’histoire ! "

Dans quelques mois, la sortie de Harry Potter and the Deathly Hallows mettra un terme à l’aventure Harry Potter, tornade éditoriale, succès commercial sans précédent, phénomène littéraire de notre temps.

En effet, que l’on aime ou pas, que l’on critique son manque d’originalité ou que l’on soit fasciné par la cohérence du récit, il est impossible de ne pas reconnaître que Harry Potter a bouleversé le phénomène de la littérature pour enfant.

Chez nous, cela s’est traduit par un retour de la lecture chez nos chères têtes blondes et une découverte d’un genre littéraire qui, contrairement aux pays anglo-saxons dans lesquels J.K.Rowling a d’ailleurs puisé son inspiration (C.S. Lewis, Tolkien, etc.), faisait figure de parent pauvre dans nos librairies. (1)

Un peu comme tous les phénomènes commerciaux et populaires, Harry Potter est devenu un sujet de discussion et de spéculation, les lecteurs se perdant en conjonctures et glanant toutes les informations possibles pour essayer de trouver les réponses à leurs questions dont la plus importante est de savoir comment tout cela va finir ! (2)

Cette réaction populaire est telle que J.K. Rowling pousse le vice jusqu’à en jouer. En effet, devenue une figure publique, elle passe d’émission en lectures publiques et n’hésite pas à offrir des bribes d’informations à ses lecteurs sur ce qui pourrait se passer. Par exemple, l’annonce de la mort d’un personnage important dans le tome 5 (Harry Potter et l’ordre du phénix) est ce qui a rendu ce triste volume un peu plus intéressant (donnant une autre dimension à la disparition de Hagrid ou l’accident d’Hermione, par exemple).

Le succès entraîne toujours sont lot de récupération.

Ainsi, il y a eu plusieurs tomes des aventures parodiques de Barry Trotter qui relatent les aventures d’un Harry Potter de pacotille après ses années à Poudlar (3) et on ne compte plus les livres qui " analysent " le phénomène ou les livres de Harry Potter, luttant pour la première place avec ceux qui s’attaquent au Da Vinci code.

Si ceux que j’avais lu était totalement sans intérêt, je n’ai pourtant pas résisté à celui de David Langford lorsque je l’ai aperçu sur l’étal de la libraire de l’aéroport de Zaventem : The end of Harry Potter ? et cela pour plusieurs raisons.

Si vous retournez ce livre, vous y trouverez un petit mot de Terry Pratchett plus qu’élogieux sur l’auteur, ce qui constitue une excellente carte de visite. Si vous lisez la courte biographie de David Langford, vous y découvrez qu’il est un des grands spécialistes mondiaux de la science-fiction et de la fantasy (il a dirigé la rédaction de plusieurs ouvrages de références, édite un journal sur le sujet et a reçu pas moins de 27 fois le Prix Hugo, sorte d’oscar de la SF que J.K. Rowling a reçu une fois pour Harry Potter et la coupe de feu).

Il m’a suffit de feuilleter l’ouvrage et lire quelques extraits au hasard pour me décider.

David Langford se présente comme un fan et il décortique le phénomène Harry Potter avec un mélange rare et subtil lucidité, d’humour nonsense mais aussi d’humilité (" J.K. Rowling est la seule qui connaisse les réponses ").

Ce livre, très agréable et amusant à lire, remet les romans de Harry Potter dans leur contexte, montrant ses origines et ses racines dans ce genre de littérature (et confirmant son manque d’originalité (4) tout en mettant en avant les grandes qualités et le talent de Rowling), donnant quelques explications sur les procédés utilisés par l’auteur mais surtout s’axant sur le fait que ces romans sont d’une remarquable cohérence (5) et que l’auteur sait où elle va.

Le but de ce livre est donc simple : partir à la recherche des " révolvers de Chekhov ", ces petits indices qui sont parsemés pour nous dire dans quel direction part l’histoire, faire une petite enquête pour déterminer ce que nous pouvons considérer comme sur pour le dernier et septième tome, en combinant informations données dans les romans, les règles du genre (et les processus littéraires et psychologiques utilisés par Rowling) et les informations que l’auteur donne publiquement. Et si dans un chapitre, David Langford se lâche en proposant des fins fantaisistes (une fin " star wars " ou une fin " seigneur des anneaux "), il s’en tient aux faits et lorsqu’il propose une hypothèse, il la présente comme tel.

Quelques petits exemples :

  • David Langford analyse en détail l’évolution de la narration qui se complexifie au fil des tomes, relativement simple dans Harry Potter et l’école des sorciers pour devenir plus fouillée et surprenante dans les derniers tomes (en particulier lorsque J.K. Rowling inverse les procédés qu’elle a utilisé plusieurs fois auparavant comme pour nous rappeler que rien n’est acquis, par exemple en jouant sur l’ambiguïté du " méchant "). Il y voit une maturation de l’auteur qui s’améliore par la pratique. Pour ma part , je proposerais une hypothèse alternative : peut-être cette complexification est voulue et va de pair avec le fait que le lectorat est censé évoluer en grandir en même temps que son héros. Ainsi, si le premier tome est plus simple, c’est simplement parce qu’il est destiné à un public plus jeune et le dernier, qui sera sombre et parsemé de cadavres (il faut s’attendre à la mort de 2 voire de tous les membres du trio de héros, d’après un aveux de Rowling) est un roman d’adolescent, voire d’adulte.

  • Il cherche aussi les indices laissés par l’auteur, ces petits détails anodins dans un tome et qui prenne une importance capitale quelques tomes plus tard (par exemple, l’allusion humoristique de Dumbledore à la pièce qui apparaît losqu’on a bsoin d’elle à Poudlar) ou encore les informations cachées dans les noms des personnages et des lieux (e.g. Sirius est l’étoile du chien). Il essaye aussi de décortiquer la psychologie narrative de J.K. Rowling tout en insistant sur sa complexité et son perpétuel renouvellement.

Mais si vous avez lu cette chronique, c’est probablement dans l’espoir d’y découvrir quelques indices sur ce qui va ou pourrait se passer dans le prochain tome (même si j’insiste sur le fait que la lecture de The end of Harry Potter ? va bien au delà de ce problème qui n’est finalement qu’un prétexte commercial à un livre d’analyse). Alors, je vais quand même vous donner quelques petites pistes à creuser.

  1. Un des personnages clés sera Lily Potter, la mère de Harry dont nous ne savons rien. Si Harry apprend progressivement des choses sur son père, certains plus reluisant que d’autres, Lily reste toujours dans l’ombre et pourrait avoir joué un rôle plus sombre que l’on imagine.
  2. Si l’arme principale de Harry est la bravoure, cela ne sera pas suffisant et il aura besoin d’alliés aux grands pouvoirs magiques pour la confrontation finale avec ce génie de la magie qu’est Voldemort, surtout après la mort de Dumbledore. Parmi ses amis, c’est bien évidemment Hermione qui est la plus susceptible de l’aider (elle a réussi à inventer des procédés magiques très puissant) mais aussi Fred et Georges qui ont réussi à faire preuve d’une réelle intelligence magique. Harry aura aussi des alliés peut-être plus inattendu comme le jeune Drago Malefoy qui a montré les limites de son implication dans le tome précédent ou encore et probablement surtout Rogue qui malgré ce qui semble être un acte de haute trahison est probablement du côté du bien (comme le laisse sous-entendre de nombreux indices dans les 6 tomes). Le mystérieux ROB dont on découvre l’existence dans le sixième volume est plus que certainement le frère de Sirius Black, ancien mangemort prétendu mort.
  3. Les morts, en particulier les parents de Harry, Sirius et Dumbledore vont également jouer un rôle essentiel par le biais de la paire de miroir que possèdent Harry et Sirius (il l’a emporté avec lui dans le tome 5).
  4. Enfin, la quête de Harry est celle des fragments d’âme de Voldermort et l’un de ces fragments pourrait se trouver en lui. Dès lors, la destruction du seigneur des ténèbre ne pourrait passer que par son sacrifice.

Mais comme le signale David Langford avec respect à la fin de son livre:

Vous savez quoi ? Bien que quelques astuces narratives et idées que vous retrouverez dans le dernier Harry Potter ressembleront à ce qui a été présenté ci avant, J.K. Rowling va encore nous surprendre tous ! "

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  1. Une étude a même montré que la sortie d’un livre de Harry Potter se traduisait par une diminution significative des arrivées d’enfants blessés aux urgences !
  2. Un peu comme pour les séries Lost ou Heroes, cela se traduit par la création de site web centré sur le sujet, de féroces discussions sur des forums et surtout une réelle interaction entre le ou les auteurs et les spectateurs/lecteurs.
  3. Le premier volume est Barry Trotter and the shameless parody et est le produit de Michael Gerber a qui l’on doit aussi une parodie de la magnifique trilogie A la croisée des mondes de Philip Pullman intitulée His damage credit trilogy et d’autres volumes du même tonneau.
  4. J.K. Rowling se défend, par exemple en disant qu’elle n’a jamais fini Le seigneur des anneaux (qui l’en blâmerait ?) mais il y a trop de parallèles et d’étranges coïncidences entre la trame de Harry Potter et d’autres classiques pour que cela soit uniquement le fait du hasard. Par exemple, de nombreux noms sont proches voire semblables à ceux utilisés dans Le seigneur des anneaux, comme Longbottom (Londubat en francais) qui est le nom d’une famille de Hobbits).
  5. La cohérence dans l’histoire n’exclus par un nombre incroyable de petites incohérences que les fans les plus malades s’amusent à rassembler sur certains sites web et que David Langford signale sans réellement insister sur ce sujet qui est hors propos. Une précédente chronique sur ce blogue s’est d’ailleurs attelée à montrer les problèmes temporels dans les premiers tomes. Il est intéressant de savoir que J.K. Rowling prend note de ces critiques et a pour projet de reprendre tous les volumes une fois qu’elle aura terminé la série pour corriger les fautes. Pour la petite anecdote, certains changements ont déjà été opéré dans de nouvelles éditions. Ainsi, dans la première édition de Harry Potter et la coupe de feu, lorsque la baguette de Voldemort recrache ses sortilèges, Lilly Potter sortait après James, ce qui était plus fort en terme d’intensité dramatique mais contredisait la description de la mort des parents de Harry dans le premier volume.





2 Commentaires :

Commentaire écrit le mardi 3 avril 2007 à 10:31:16 (lien)
owen
je ne savais pas trop comment traduire cela (guns qui aurait du se traduire plutot par fusil en effet)

C'est partant du principe, comme l'avait signalé Checkov, que dans une piece, on ne montre pas certaines choses sans raison... et JK Rowling utilise enormement ce procédé.

merci pour la precision


Commentaire écrit le mardi 3 avril 2007 à 06:24:56 (lien)
Egogramme
J'ai été surprise par l'expression par "révolvers de Chekhov", auteur que j'apprécie énormément.

En faisant des recherches, je suis tombée sur une phrase qu'on lui attribue: "Il ne faut pas montrer sur la scène un fusil si personne n'a l'intention de s'en servir. "


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