[humeur] L’art autodidacte
24 04 2007
Dans son amusant et provocateur roman Mon oncle Oswald, Roald Dahl prète à son héros des réflexions personnelles sur le génie artistique et en particulier les génies de l’écriture. Dans sa réflexion loufoque, il note quelques points intéressants : les écrivains de génies ne ressemblent pas à des génies et la capacité à écrire avec talent ne semble en aucun cas héréditaire. " Il y a un détail qui m’intrigue chez les grands écrivains. C’est qu’ils paraissent tellement ordinaires. Rien, dans leur aspect extérieur, ne donne le moindre indice de leur grandeur, alors qu’il en va autrement pour les peintres. D’une façon ou d’une autre, un grand peintre a l’air d’un grand peintre. Mais les grands écrivains ressemblent généralement à des employés de bureau travaillant dans une quelconque fromagerie. " Sur ce point, les choses sont en plein changement. Nous vivons dans une société de l’image et les écrivains à succès apparaissent sur les couvertures de leur livre, dans les émissions de télévision et deviennent de plus en plus des personnages publics (il est intéressant de noter que souvent, leur visibilité est inversément proportionnelle à leur talent, tout le monde connaît la tête de Frédéric Beigbeder, quelques uns ont déjà vu Pennac ou Anna Gavalda mais il a fallu que je cherche sérieusement pour me faire une idée sur Iain Pears ou Roald Dahl. " Jamais le moindre indice n’a montré que les grands écrivains engendrent de grands écrivains. De temps à autre ils produisent des écrivains mineurs, mais cela ne va pas plus loin. Ce second point est plus intéressant et pointe du doigt la question de l’origine de la créativité et du génie. Mais quelle est la différence fondamentale entre l’écriture et les autres formes d’art ? La peinture et la musique sont des arts qui nécessite l’apprentissage de techniques complexes, ne serait-ce que pour donner au génie l’opportunité de les contourner. Il n’est pas possible d’apprendre à peindre ou à jouer d’un instrument en contemplant une toile ou en écoutant un concerto. L’écriture est probablement le plus autodidacte des arts. Par contre, il est possible d’apprendre à écrire en lisant. L’écriture est aussi un processus beaucoup plus introverti que la peinture ou la musique. L’auteur vit son histoire en huis clos et la transpose sur le papier. Le processus de création est totalement coupé du monde. Dès lors, l’environnement d’un enfant de peintre et de musicien est beaucoup plus propice au développement de ses capacités artistiques. L’enfant grandissant au milieu des chevalets et des instruments aura plus la possibilité de s’impliquer dans cet art que celui qui grandit devant des parents qui écrivent. Si une certaine forme de prédisposition génétique n’est pas totalement a exclure, cette dichotomie entre l’écriture et les autres formes d’art est principalement due à des différences d’environnements. Alors, vous avez compris. Si vous êtes frustré de ne pas exploité vos impulsions créatrices et artistiques : écrivez ! Et pourquoi ne pas commencer par un blogue ?
Il est vaguement possible, par contre, que les grands peintres engendrent des grands peintres. L’histoire fournit quelques exemples. Regardez les Téniers, les Breughel, les Tiepolo, et même les Pissarro. Dans le domaine de la musique, le merveilleux Jean-Sébastien Bach avait un génie tellement écrasant qu’il lui fut impossible de ne pas en transmettre un peu à ses enfants Mais chez les écrivains, rien de semblable. Curieusement, les écrivains paraissent jaillir le plus souvent d’un sol pierreux : ce sont des fils de mineurs, de bouchers ou d’instituteurs pauvres. "
Permalien
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