Publié le lundi 7 mai 2007

[science] SADR

07 05 2007

Savez-vous quelle est la quatrième cause de mortalité aux Etats-Unis ?, juste derrière le cancer et les maladies cardiaques ?

Imaginez…

Un jour, vous ne vous sentez pas très bien. Logiquement, vous allez consulter votre médecin. Celui-ci vous ausculte, commande quelques tests, regarde dans ses grimoires et hop, trouve exactement la cause de votre petit problème.

Il vous fait alors une prescription pour LE médicament qui va vous guérir de votre affliction.

Vous passez en chantonnant chez le pharmacien et une fois chez vous, vous prenez la première pilule bénie, dernier né de l’industrie pharmaceutique.

Le lendemain, PAN, vous êtes mort !

Alors ? Vous auriez mieux fait d’écouter votre mère qui vous disait d’aller voir son homéopathe-guérisseur ? Le pharmacien est l’amant de votre femme (1) ? Vous êtes une victime du terrorisme ?

NON, vous êtes victime d’un SADR (Serious Adverse Drug Reaction) : vous avez fait une réaction inattendue à un médicament 

Quand on prend un médicament, il est parfois rassurant de ne pas en lire la notice. Elle fourmille de petites choses désagréables qui pourraient vous arriver : nausées, vertiges, pustules et autres joyeuseté du même acabit. Mais très rares sont celles qui indiquent : prendre ce médicament peut entraîner la mort !

Pourtant, chaque année, 2 millions de personnes font des réactions inattendues à des médicaments rien que sur le territoire des Etats-Unis et pas moins de 100 000 personnes en meurent ! (2)

Comment une telle chose est-elle possible ?

Un médicament avant d’être mis sur le marché passe pourtant par une batterie de tests : on commence par des tests sur les animaux et ensuite sur les humains, sur des personnes saines et d’autres malades. Les éventuels effets secondaires sont ensuite déterminés et un médicament qui peut entraîner la mort à des doses " normales " n’est jamais lancé sur le marché.

Pourtant, tout un tas de médicaments passent ces tests avec succès et sont responsables d’un nombre incroyable de morts par an.

Je me répète mais : Comment une telle chose est-elle possible ?

En fait, les tests sur les médicaments sont réalisés sur un échantillon de volontaires et comme tout échantillon, il n’est pas totalement représentatif de l’ensemble de la population humaine. Nous sommes tous différents, que ce soit de par nos gènes ou notre état physiologique. Si nous nous ressemblons tous, nous sommes tous différents pour des tas de choses. Ce sont ces petites différences qui font que quelques rares personnes vont, de façon totalement imprévisible, réagir violemment à un médicament pourtant déclaré totalement inoffensif.

Les enfants en sont un exemple dramatique. Pour des raisons évidentes, rares sont les médicaments qui sont testés sur les enfants et pourtant, leur physiologie est fort différente de celle des adultes. Par conséquent, ils peuvent avoir des réactions inattendues à une substance inoffensive pour un adulte et ils sont une cible privilégiée pour les SADR.

Et que fait-on quand un médicament révèle sa face sombre ?

On le retire du marché, me direz-vous !

Oui, dans la majorité des cas mais avant de le retirer, plusieurs choses sont prises en compte : l’existence de traitements alternatifs, l’importance de la maladie traitée, etc.

Ainsi, si un traitement pour le rhume s’avère mortel pour certains, il sera immédiatement retiré du marché ; par contre, si c’est un traitement pour une maladie mortelle pour laquelle il n’existe pas d’autre alternative, il sera maintenu et le patient prévenu.

Il semble impossible dans l’état actuel des choses de prévenir de genre de choses. Il est en effet impossible de tester un médicament sur chaque personne avant de le lancer sur le marché. Par contre, le développement de la génomique humaine, cette branche de la science qui permet d’étudier les gènes á grand échelle, permettra sans doute de donner des précisions sur les causes de la mortalité et de déterminer quelles sont les personnes à risque et donc mieux cibler les personnes qui peuvent ou ne peuvent pas prendre un type de médicaments.

Une raison de plus d’évoluer vers une médecine de plus en plus personnalisée.

Souvent je me dis que dans quelques siècle, les hommes riront de notre médecine primitive comme nous rions de certains traitement que l’on appliquait au moyen-âge.

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  1. Version Desperate housewives
  2. Certaines estimations suggèrent que ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. En effet, la cause de mortalité n’est pas toujours facile à déterminer et la responsabilité du médicament n’est pas toujours déterminée. Dès lors, les spécialistes suggèrent que seuls 1 à 10% des cas sont signalés.