Publi le samedi 12 mai 2007

[film] Looking for Richard

12 05 2007

Les Monty Pythons dans leurs Flying circus ont largement tiré Richard III en dérision dans un sketch ou la salle ‘Richard III’ d’un asile était remplie d’acteurs bossus et traînant le bras et déclamant avec trop d’emphase la célèbre tirade : " a horse, a horse, my kingdom for a horse " (3). Ils illustraient ainsi le fait que Shakespeare, grand précurseur de l’humour nonsense (allez voir Hamlet sur scène si vous en voulez la preuve), était devenu une caricature écrasée sous le poids d’une tradition désuète.

Al Pacino, grand amateur du grand Will, s’est posé la question de comment changer cela. Il s’est mis en tête de faire un film dont le but serait de partager sa passion pour Shakespeare, faire passer et expliquer son message au plus grand nombre, le tout en adaptant une des pièces les plus populaires (en tout cas, la plus jouée) mais aussi une des plus complexes de l’auteur : Richard III.

Pourtant, théâtre et cinéma ne font pas toujours bon ménage et nombreux sont ceux qui se sont risqués à des adaptations cinématographiques de pièces célèbres, mais ceux qui ont réussi se compte sur les doigts de la main. C’est particulièrement vrai lorsqu’il est question de l’intouchable Shakespeare, l’un de ces auteurs qui inspire un tel respect qu’il provoque même un sentiment d’infériorité chez les américains qui sont souvent persuadés que seuls les anglais savent jouer les œuvres du grand Will. La cause en est peut-être que les américains ont tendance à trop s’attacher au texte et aux règles académiques souvent liées à Shakespeare, comme le pentamére iambique, raison aussi pour laquelle ces pièces sont souvent considérées comme incompréhensibles et rébarbatives par le grand public.

Pourtant, le message qui transpire des textes de Shakespeare est toujours d’actualité même si paradoxalement la compréhension du texte original demande un réel effort de par la complexité de la poésie de l’auteur et un inévitable remise en contexte.

Alors ? Comment faire pour redonner vie à ces textes ?

Le cinéma a fait de nombreuses tentatives plus ou moins réussies, de Roméo + Juliette pour le moins à Henry V du génial Kenneth Brannagh pour le plus (avec au milieu de nombreuses adaptations de Hamlet, dont le pompon revient indiscutablement à celle de Mel Gibson qui ose pousser le vice en jouant le rôle titre alors qu’il était dans la quarantaine, ou de Othello).

Al Pacino a décidé de lui aussi tenter sa chance en réalisant une adaptation audatieuse de Richard III.

Mais comment rendre transparent au grand public une pièce terriblement compliquée dont, par exemple, la première tirade demande déjà de nombreuses explications historiques pour être compréhensible ?

Voici l’hiver de notre déplaisir changé en glorieux été par le soleil de York. " (1)

Al Pacino a alors opté pour une forme originale de documentaire dramatique qu’il a intitulé Looking for Richard.

Le film, terriblement théâtral dans sa mise en scène et le jeu des acteurs principaux, est un patchwork étrange d’interviews de spécialistes, d’historiens, de passionnés (dont les incontournables Kenneth Brannagh et Dereck Jacobi), mais aussi de gens dans la rue (par exemple de joyeux : " vous voulez jouer Shakespeare avec votre accent américain ? " ou " vous ne savez foutre rien de Shakespeare "), de discussion filmées sur le vif dans les endroits les plus divers, de répétition, de casting et enfin de scène de Richard III tournées avec une brochette d’acteurs saisissantes (2).

Ce mélange surprenant est pourtant efficace puisqu’il permet au spectateur de suivre l’histoire de la pièce, de la remettre dans son contexte de l’époque mais aussi dans notre monde actuel, surtout de la comprendre et d’en apprendre un peu plus sur l’héritage de Shakespeare.

Pacino, excellent, acteur jusqu’au bout des ongles, semble incapable d’arrêter de jouer et joue avec l’ambiguïté entre réel et imaginaire pour dépoussiérer la pièce. Il nous démontre que peu de gens connaissent Shakespeare et pratiquement personne ne sait de quoi parle Richard III (au mieux, on se souvient de " un cheval, un cheval, mon royaume pour un cheval. ") Le film nous replonge dans le message originel de la pièce que l’on retrouve dans de nombreuses œuvre de Shakespeare : la perfide de Richard qui utilise la peur et la calomnie pour manipuler son entourage pour satisfaire ses ambitions politiques, on retrouve très clairement des éléments de la campagne de Bush ou plus récemment celle de Sarkozi.

Looking for Richard est une démonstration par l’absurde que pour bien jouer Shakespeare aujourd’hui, pour le rendre accessible au grand public, il faut aller au delà du texte et pourquoi pas détruire la pièce pour la recomposer sous un nouveau format totalement original et novateur. Une idée révolutionnaire qui aurait certainement plus à Shakespeare.

Un film à voir pour vous donner envie d’aller au théâtre. Quel nonsense !

Allez comprendre…

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  1. Il est fait ici allusion à la fin de la guerre des roses qui a mis la maison de York sur le trône d’Angleterre. Ainsi, soleil de York est un jeu de mot entre sun et son, jouant sur le double sens : soleil sur la région de York et enfant de la maison de York. Par cette tirade hautement ironique, cette forme d’hypocrisie élégante, Richard montre son mécontentement quand à cette nouvelle paix qui ne lui offre pas la possibilité d’obtenir le trône d’Angleterre. Cette première phrase montre bien les intentions de Richard : utiliser sa redoutable intelligence pour créer la zizanie au sein de sa propre maison dans le but de ravir la couronne.
  2. Si vous ne me croyez pas, allez voir la fiche sur IMDB :
  3. url= http://akas.imdb.com/title/tt0116913/

  4. Dans le sketche Hospital for over-actors

url= http://www.ibras.dk/montypython/episode25.htm





1 Commentaire :

Commentaire crit le samedi 19 mai 2007 à 11:57:49 (lien)
Chuck Nhorus - http://chucknhorus.reisgen.be
Le film "Richard III" avec Ian McKellen et Robert Downey Jr. entre autre était très bien aussi, avec une transposition durant la seconde guerre mondiale...


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