Publié le mercredi 19 décembre 2007

[livre] Cul-de-sac de Douglas Kennedy

19 12 2007

« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage », dit le poème de Joachim du Bellay, « Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux, Que des palais Romains le front audacieux ».

Elle est tentante l'invitation au voyage, surtout dans ces périodes de doute ou de remise en question. L'herbe ne semble elle pas toujours plus verte ailleurs ? Mais la fuite du quotidien n'est que rarement une solution à ses problèmes, surtout pour celui qui cherche un sens à sa vie.

C'est particulièrement vrai pour Nick Hawthorne, l'anti-héros de 'Cul de sac', le premier roman de Douglas Kennedy.

Pauvre Nick Hawthorne. Journaliste de seconde zone, il décide de couper les ponts avec sa vie sans but pour aller se retrouver dans le bush Australien, traverser seul le désert en quête d'une révélation. Rapidement il prend conscience de la naïveté de sa démarche:

« Ne laissez personne vous dire que devant tant de beauté, vos problèmes et vos états d'âme vous paraîtront soudain insignifiants. C'est du baratin. En réalité, le désert ne fait qu'aggraver vos incertitudes et la piètre estime que vous avez de vous ».

Mais bientôt, son voyage initiatique va tourner au cauchemar catastrophique lorsque sa route croise le piège de la communauté perdue de Wollanup et sa faune délirante.

Kennedy est connu pour ses grands romans américains, flirtant parfois dangereusement avec le roman de gare tout en explorant avec un certain talent la complexité de sentiments humains (un pari réussi dans l'excellent 'La poursuite du bonheur').

Dans sa bibliographie, 'Cul-de-sac' apparaît comme un ovni. Non content d'être un premier roman, 'Cul-de-sac' se distingue par un style et un genre inattendu pour cet auteur. Il est d'ailleurs présenté comme « Le polar de Douglas Kennedy » ou encore « un des meilleurs romans noirs de l'histoire du genre ».

Cette description est des plus étonnantes parce que 'Cul-de-sac' n'a pas grand chose d'un roman noir ou d'un polar. Il débute comme un roman beatnik, sorte d'hommage tardif à Jack Kerouac pour glisser dans un cauchemar à la Stephen King (que celui qui ne pense pas à 'Misery' en le lisant me jette la première pierre).

En fait, si 'Cul-de-sac' doit être placé dans une catégorie, ce serait dans celle de l'humour noir, cynique et absurde.

'Cul-de-sac' est un livre cruellement drôle. On s'amuse des malheurs du pauvre Nick, on anticipe avec un petit frisson de plaisir ses multiples mésaventures et pourtant, on éprouve de la compassion et on lui cherche une porte de sortie.

Un petit roman sympathique à lire la tête encore embrumée d'un lendemain de réveillon.