[livre] Un homme presque parfait de Richard Russo
24 12 2007Il existe autant de façon d'aborder un roman qu'il existe de roman.
Il y a des romans que l'on dévore sans y penser, d'autres qui requièrent toute notre attention, d'autres pour lesquels il faut vraiment faire des efforts. Ainsi, de son propre aveux, Umberto Eco a écrit les cent premières pages de son « Nom de la rose » comme une épreuve de force, sorte de test pour éprouver la foi de ses lecteurs. Un procédé quelque peu élitiste et discutable mais que l'on passe comme une marque d'extravagance bien compréhensible chez un individu d'un tel talent.
Que dire alors d'un roman de huit cents pages dont les premières 450 ne sont qu'une mise en situation ?
450 pages, pas franchement difficile à lire, mais néanmoins complexes, labyrinthiques, dans lesquelles les personnages se succèdent à un rythme effréné et les points de vue au rythme d'un claquement de doigt. Des pages d'une honnêteté rare, aussi vraies que celles sorties de la plume de David Lodge mais sans cette douce absurdité que les grands auteurs tels que John Irving arrivent à faire passer sans aucun soulèvement de sourcil. Des personnages au delà du bien ou du mal, autant de vérités personnelles.
On y découvre des personnages attachants, à la dérive dans une ville métaphorique qui vit dans un passé glorieux et un avenir prometteur, un éternel présent morne et désabusé. Le roi de ce monde est Donald « Don Sully » Sullivan, une tête de bois de soixante ans qui flotte avec panache dans un océan de malchance. Sa logeuse, une vieille dame qui parlent aux fantômes. Son meilleur ami, un doux idiot prénommé Rub. Un avocat unijambiste et alcoolique. Un patron de bar, des familles « démantibulée », des maîtresses, des maris, chacun et chacune porteurs de rêves et d'espoirs.
Tout ce petit monde rassemblé dans une petite ville anonyme bien loin du rêve américain vit sa petite vie pendant trois jours aux alentours de la fête de Thanksgiving. On découvre les personnalités, on apprend la mythologie du lieu. On partage l'inconscient collectif.
Le roman prend alors une toute autre dimension.
Fort de ce petit monde, le lecteur est alors plongé dans un tout autre livre. Du roman nostalgique, on tombe dans un délire digne du génial « Wonder Boys » de Michael Chabon ou encore les situations les plus loufoques décrites par Irving.
On devient un élément d'une dynamique qui nous dépasse et on se laisse prendre et surprendre dans une douce folie dont on ressort un grand sourire au lèvre.
Vous l'avez compris, « Un homme presque parfait » est un de ces romans touffus qui ne se résument pas. On peut au mieux décrire l'un ou l'autre personnage, essayer de rendre l'ambiance d'une scène, le thème général (une déclinaison libre autour de l'idée que « le libre arbitre n'existe pas », que les gens ne changent jamais, que l'on est le produit de ce que l'on est et de ce que l'on vit).
A la sortie de ce livre, je peux affirmer que Richard Russo est sans conteste un des écrivains américains les plus doués que je connaisse, rejoignant Irving, Chabon et Lurie, et je vais de ce pas me plonger dans ses autres oeuvres.
Publié par : Owen Meany à 07:51:04Permalien
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