[livre] Mma Ramotswe, la sagesse de l’Afrique
27 12 2007Chaque personne qui a partagé ma vie m’a laissé une marque. Ainsi, une ancienne femme de ma vie m’a fait découvrir les plaisirs du thé, ce breuvage riche et varié dont j’avais jusqu’alors l’image bien triste des infâmes thé Lipton que ma mère buvait à l’occasion et dont elle tuait les vagues arômes à grand renfort de jus de citron.
Elle a fait de moi un inconditionnel, goûtant différentes sortes de thé, le préparant avec le soin rigoureux que l’on retrouve en Angleterre. Tous les auteurs anglais semblent d’ailleurs obsédés par le thé et lui consacre quelques pages dans leurs œuvres (ne citons que Douglas Adams qui dans le recueil posthume « Fonds de tiroir » donne la recette pour préparer correctement une tasse de thé à Roald Dahl qui fait de même dans une des ses nombreuses et truculentes nouvelles).
Il peut alors sembler étrange qu’un ressortissant britannique écrive la supériorité du thé rouge sur le thé « traditionnel » mais Alexander McCall Smith n’est pas un anglais comme les autres. Grand voyageur devant l’éternel, son histoire est largement rattaché au Botswana auquel il rend un vibrant hommage dans une série de roman (dont six sont actuellement traduits en français, (1)) consacré aux aventures de Mma Precious Ramotswe, la première femme détective du Botswana.
C’est souvent en buvant une tasse de thé rouge que cette dame, à la corpulence traditionnelle, résous ses problèmes les plus épineux.
Le thé rouge est une plante poussant dans le sud de l’Afrique et utilisé en Afrique du Sud et au Bostwana comme substitut au thé. Il donne une boisson au goût puissant, très rafraîchissante et qui en outre est dépourvue de théine mais riche en antioxydants. Le thé rouge, dont je déguste une tasse fumante en écrivant ces mots, est la marque que m’a laissé Mma Ramotse.
Mais on ne lit pas des livres parce qu’ils vous initient à une forme de thé (quoi que l’on pourrait arguer que c’est beaucoup plus que ce que ne font certains romans).
Il existe de nombreuses raisons qui pourraient pousser un lecteur à découvrir le monde unique de Mma Ramotse.
On y découvre une vision positive de l’Afrique, à cent lieues de cette image misérabiliste transmise par les médias ou le cinéma (à l’exception, peut-être, du magnifique Kirikou et la sorcière). On y découvre un pays à la culture et la tradition riche que l’on pourrait aujourd’hui considérer comme désuète. Une culture basée sur le respect et la fierté, la valeur du travail et le rejet de la futilité. Mma Ramotse apparaît comme un pilier sur lequel souffle le vent du changement et du cosmopolitisme. Elle incarne les valeurs simples, le bon sens, qui peuvent conduire au bonheur.
Les romans de Alexander McCall Smith sont faussement simpliste, cachant dans les réflexions de personnages simples et attachant, de vraies réflexions sur le sens de la vie. Dans un cadre de pensée radicalement opposé à nos canons occidentaux, il nous offre une vision joyeuse de ce que pourrait être la vie si nous passions plus de temps á prendre le thé et regarder pousser les légumes.
Si les considérations du quotidiens tiennent une part importante dans les aventures de Mma Ramotswe (de plus en plus importante au fil des tomes, comme dans toutes les séries de roman où souvent le personnage et sa vie prend le pas sur le reste de l’histoire), elle n’en reste pas moins la directrice de l’Agence n°1 des Dames Détectives et doit résoudre des mystères.
Les « affaires » de Mma Ramotswe n’ont que bien peu en commun avec les affaires de Sherlock Holmes ou des détectives urbains tels que Kenzie et Genaro ou encore Mongo le magnifique. Même Miss Marple semble plongée dans l’antre du démon en comparaison. Les gens consultent Mma Ramotswe pour des affaires plus simples : enquêter sur la vraie nature d’une personne, retrouver des personnes disparues, etc. Et qui, mieux qu’une femme, peut percer le cœur des hommes et leurs vraies motivations ? Nous les pauvres hommes n’avons vraiment aucune chance.
Une vraie bouffée de fraîcheur dans la littérature policière, les aventures de Mma Ramotswe se boivent à petite gorgée, en prenant son temps et en laissant son esprit divaguer.
1. Ces romans parus dans la collection « Grands Détectives » de la maison d’édition 10 :18 sont :
- Mma Ramotse détective [déjà traité sur « vous y croyez, vous », google est ton ami]
- Les larmes de la girafe [déjà traité sur « vous y croyez, vous », google est ton ami]
- Vague à l’âme au Botswana
- Les mots perdus du Kalahari
- La vie comme elle va
- En charmante compagnie
Publié par : Owen Meany à 06:08:17Permalien
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