Publié le samedi 29 décembre 2007

[science] Linné et le système sexuel

29 12 2007

- Dis Papa, comment on fait les bébés ?

- euuuuhhh

- Alors ???

- Alors, les petites fleurs

Les petites fleurs, les papillons, les abeilles. Quoi de plus pratique pour des parents dans l’embarra pour initier les petits bambins aux mystères du sexe. Quoi de plus innocents et éloigné de ces ébats moites par lesquels ils ont été conçus ?

Pourtant, il fut une époque où la cueillette des fleurs était un passe temps à la mode et on ne peut plus grivois. Pour cela, je dois vous parler d’un temps que les moins de trois cents ans ne peuvent pas connaître.



Alors que 2007 touche à sa fin, il ne me reste que quelques jours pour rendre hommage à Carl Linné, un des plus grands scientifiques de tous les temps, et dont on fêtait cette année le trois centième anniversaire.

Si vous avez entendu parler de cet homme, vous savez peut-être qu’il était suédois et qu’il est à l’origine d’un système de classification des êtres vivants appelé la nomenclature binomiale. Ainsi, depuis Linné, chaque espèce vivante est désignée par un nom latin comprenant un nom de genre (par exemple Homo) et un nom d’espèce (par exemple sapiens). C’est lui également qui a nommé un nombre invraisemblable d’espèces mettant ainsi de l’ordre dans le foutoir qu’était le catalogue du vivant à l’époque.

Si vous êtes allez un petit peu plus loin, vous savez également que Linné était quelqu’un de très croyant (« Dieu crée, Linné ordonne », aurait-il dit) et vous en avez sans doute l’image d’une homme sérieux, académique et pieux.

Plus rares sont ceux qui savent qu’en son temps, Linné fut considéré par certains comme un dangereux pervers, un homme aux influences amorales (comme l’accusait le botanist Johann Georg Siegesbeck).

Son crime ?

Introduire dans la botanique un système diabolique basé sur… le sexe.

Dans les cours de botanique qu’il dispensait à l’Université d’Uppsala, il utilisait un vocabulaire imagé pour faciliter la compréhension de l’anatomie florale et ainsi en faciliter l’identification. Il parlait de « lits » de fleur dans lesquels s’ébataient « maris » (les étamines) et « femmes » (le pistil). La variété des modes de reproduction chez les plantes devenaient alors un véritable miroir des pratiques sexuelles de l’époque de la monogamie à la polygamie, de l’homosexualité à l’inceste.

Ce système s’est alors répandu comme une traînée de poudre dans le grand public et la cueillette des fleurs à pris une toute nouvelle dimension sous ce nouvelle éclairage coquin. Il y avait sans doute quelque chose de subversif à effeuiller une marguerite et offrir des fleurs prenait un autre sens.

La récolte et l’identification des fleurs sont devenus tellement populaires que le jeu a traversé les océans. Un des collaborateurs de Linné, partit récolter des fleurs au Canada pour la Société Royale des Sciences de Suède fut abasourdi de constater que tous s’adonnait à ce jeu avec (h)-ardeur. Prêtres, soldats, politiciens, commerçants, tous passaient leurs dimanches à récolter des fleurs.

Cet engouement pour la botanique a permis à Linné, déjà champion toute catégorie pour ce qui était de créer des contacts, de recevoir un nombre incroyable d’échantillons des quatre coins du monde et ainsi de construire ce qui allait devenir une œuvre majeure de notre temps.

Si après cela, on me dit que ce n’est pas le sexe qui gouverne le monde…