Publi le dimanche 30 décembre 2007

[livre] Seras-tu là ? de Guillaume Musso

30 12 2007

Dans la perspective de poursuivre l’épuration de ma bibliothèque de voyage, je me suis attaqué à Seras-tu là ? d’un écrivain, Guillaume Russo, « dont l’avenir s’annonce radieux », si on doit en croire la critique de Gala présentée en quatrième de couverture (mais comme le dit si justement ma belle, c’est quand même un peu triste de ne trouver des recension positives que dans Gala et Marie-Claire).

Avant de commencer, j’avais plusieurs raisons d’être inquiet. Ma belle, a qui on avait prêté ce livre pour une obscure raison m’en avait déconseillé la lecture. L’auteur, dont une photo est visible au dos du livre, offre le même sourire de politicien vaguement ironique de mon ami Gilles D., mon alter-égo dans l’ombre, et avec qui nous avions se projet d’écrire un roman populaire merdique à la Bernard Werber, devenir ainsi riche et célèbre, mais surtout, but ultime, nous retrouver en sa compagnie chez Pivot pour lui montrer notre cul.

Et puis, ce titre : « Seras-tu là ? »

Que celui qui ne pense pas à Marc Levy me jette la première pierre (ceux de ses autres romans qu’il a sortit au rythme de un par an, sont du même tonneau : « Et après… », « Sauve-moi »).

Mais je suis un curieux et vaguement masochiste et me suis donc lancé dans sa lecture.

L’idée de départ est aussi simple que classique. Qui n’a pas rêvé de pouvoir remonter le temps pour corriger une erreur et ainsi changer la donne ?

Ainsi, Elliott, un médecin américain, se voit offrir pour ses bonnes actions, dix petites pilules magiques par un vieil homme dans un village Cambodgien. Chaque pilule lui permet ainsi, allez savoir comment, de faire un petit voyage de quelques minutes 30 ans en arrière et ainsi de se voir jeune homme et surtout de retrouver Ilena, la femme de sa vie, morte par sa faute à cette même époque. Arrivera-t-il à changer son destin ?

Mon Dieu, j’espère que ce n’est pas contagieux, je me mets à écrire comme lui.

J’espère que non, parce que outre une écriture terriblement pauvre, ce livre est terriblement naïf et présente un monceau d’incohérences, un travail de recherche (pour éventuellement teinter cette histoire d’un brin de logique) inexistant et un suspens digne d’un épisode de Colombo. Sa vision des années 70 est stéréotypée (il était fort jeune à l’époque) et le processus narratif aussi original que ceux utilisés par un Beigbeder au plus fort de sa forme. On dirait vaguement un mauvaise copie de Didier Van Cauwelaert, mais on doit reconnaître que ce dernier sait écrire.

Le pire, c’est que je ne doute pas du succès commercial potentiel de ce roman (dont, paraît-il, un roman est déjà en cours d’adaptation).

Pourtant, le thème, classique au possible a déjà été décliné des dizaines de fois et de façon beaucoup plus subtile. S’il ne devait en rester qu’un, je choisirais probablement l’épisode Walking distance de la brillante série La quatrième dimension sortit en 1959. Cet épisode des origines, considéré comme l’un des plus personnels et l’un des plus brillants de tous ceux qui sont sortit de la plume de Rod Sterling, l’homme à la cigarette, considéré comme l’Arthur Miller des auteurs de la télévision, raconte l’histoire d’un homme de 36 ans, qui par le biais d’un jeu de miroir Carrollien, se retrouve pour un instant dans la vie de son enfance. Sans vouloir changer le passé, il décide alors de parler à l’enfant qu’il était pour lui dire de profiter de son enfance.

« I guess because we only get one chance. Maybe there’s only one summer to every customer. »

Seras-tu là ? est à cent lieue de cette poésie et de cette subtilité.

« Encore un auteur que tout le monde aura oublié dans cinq ans », comme son personnage en parlant de Stephen King. Sans doute une parole prophétique.