Publi le lundi 31 décembre 2007

[science] Les interdictions de fumer – les faits

31 12 2007

Bientôt une nouvelle année et avec elle son lot de bonnes intentions. Si une étude vient de montrer que seules douze pour-cent des bonnes résolutions sont finalement tenues (1), un grand nombre de personnes va certainement jurer ne plus toucher au tabac l’année prochaine. D’autant plus qu’avec cette nouvelle année, une nouvelle interdiction de fumer dans les bars et restaurants va faire son apparition en France et quelques mois plus tard aux Pays-Bas.

Avant même d’être en application, la mesure fait couler beaucoup d’encre et de salive, impopulaire chez de nombreux fumeurs qui y voient une atteinte à leur liberté, populaire chez les autres qui voient une menace en moins sur leur santé. Certains craignent les conséquences sur l’économie et sur la survie des établissements concernés.

Mais la France n’est pas le premier pays à faire appliquer une telle mesure. La Californie a montré la voie il y a déjà plus de dix ans.

Alors ? Quels sont les faits ? Quelles conséquences pouvons nous réellement attendre de l’application de cette loi, au niveau économique mais aussi au niveau de la santé ?

« Dans un premier temps, vous allez lire que tous les bars vont faire faillite, ensuite que les gens vont bloquer les rues en fumant dehors créant de monstrueux embouteillages, ensuite tout le monde va vous dire que la mesure est très impopulaire. (…) C’est la même chanson à chaque fois que ce genre de mesure est appliquée. Après cette vague de mauvaise presse, tout se calme et l’année d’après, tout le monde se dira ‘C’était quoi déjà le problème ?’ » (2)

Ces paroles de Stanton Glantz, directeur du Center for Tobacco Control Research and Education de l’Université de Californie, résume bien la situation actuelle et offre une vision optimiste pour le futur.

Non, l’application de cette loi n’aura pas de désastreuses conséquences économiques. Pour preuve, cette loi a été appliquée dans plusieurs dizaines de pays et états américains ces dernières sans qu’aucune catastrophe n’ait été observée.

Mais est-ce que cette nouvelle loi va avoir de vraies conséquences positives sur la santé des gens ?

Pour rappel, la cigarette tue, comme on peut le lire maintenant sur les paquets de cigarette. Des études épidémiologiques (3) montrent qu’un fumeur a 25 fois plus de chance de mourir d’un problème cardiaque qu’un autre.

Mais, diront certains, chacun est libre de faire ce qu’il veut avec sa santé (4). La raison pour laquelle cette interdiction est appliquée est aussi liée aux conséquences du tabacs sur les non-fumeurs. La fumée de cigarette transporte quelques 4000 substances chimiques (dont 50 au moins sont carcinogènes, donc peuvent induire des cancers) qui peuvent être absorbées par les non-fumeurs avec pour conséquences une augmentation de quelques 25 pourcent de chance de contracter un cancer des poumons et/ou une maladie cardiaque.

L’application de l’interdiction de fumer, souvent associée à de gigantesques campagnes de sensibilisation (payée par les taxes sur les cigarettes dont le prix continue de grimper), semblent efficaces.

En Californie, l’interdiction est appliquée depuis 1995 dans les restaurants et 1998 dans les bars. Il est donc possible de suivre aujourd’hui les conséquences observables (par comparaison avec les Etats où aucune interdiction n’est en application).

Il a été montré qu’il suffit de quelques mois après l’application de l’interdiction pour que la présence de nicotine dans l’air chute de 95% dans les bars avec des conséquences directement observable sur la santé des personnes qui y travaillent. Le nombre de fumeur diminue significativement (23% de la population Californienne fumait en 1988 contre 13% en 2006 ; un impact similaire a été observé en Ecosse et Irlande (une chute des ventres de 8 et 5% respectivement). Un impact sur la santé est aussi rapidement observable ; par exemple, une chute des problèmes cardiaques après la mise en vigueur de l’interdiction (de 11, 27 et 39% en Italie, dans le Colorado et l’Ohio respectivement).

L’interdiction doit donc être considérée comme une bonne chose pour la santé (des non-fumeurs, les fumeurs, eux, continueront à mourir du tabac) et n’aura pas les terribles impacts économiques que prédisent certains.

Pour la petite histoire, la Californie passe une nouvelle étape en interdisant également la cigarette dans certains endroits publiques comme des plages et des parcs.


(1) voir http://www.lesoir.be/actualite/sciences_sante/comment-tenir-ses-resolutions-2007-12-28-568768.shtml

(2) Cette citation est le chiffre présenté dans ce texte sont tiré de l’article Dut from the haze publié dans le magasine Nature (Novak, 2007, 447 : 1049-1051.

(3) Pour tester l’effet d’une substance, les scientifiques travaillent en général sur des modèles animaux en situations contrôlées (des individus traités et d’autres non, les contrôles). Cette approche est utilisée également sur l’homme lors d’essais cliniques lorsqu’il est question de tester des médicaments. Bien entendu, il est hors de question de tester la toxicité d’une substance de cette manière pour des raisons évidentes. Dès lors, les chercheurs doivent s’appuyer sur des données indirectes provenant de l’analyse de données provenant d’un échantillon important de la population (plusieurs milliers de personnes minimum) et essayer de dégager des tendances. Ainsi, en suivant plusieurs milliers de personnes et en séparant les fumeurs des non-fumeurs, on peut avoir une idée de la conséquence du tabac sur la santé. Bien entendu, cette approche est imparfaite puisque d’autres facteurs entre en jeux et la valeur des chiffres présentés est soumise à de violents débats. Il n’en reste pas moins que c’est la seule méthode disponible actuellement. Certains n’hésitent pas à utiliser cet argument pour remettre en cause l’effet du tabac sur la santé (et l’industrie du tabac ne s’en prive pas). Il n’en reste pas moins que la grande majorité des scientifiques s’accordent sur le fait que le tabac est nocif, aussi bien pour le fumeur que pour celui qui subit passivement. Pour être tout à fait honnête, je me dois de parler d’une théorie (défendue entre autre par l’écrivain Didier Van Cauwelaert) qui soutient que le tabac est sans effet sur l’homme et que les effets négatifs ne sont dus qu’à un effet nocebo (l’inverse d’un effet placebo). Ainsi, les maladies ne seraient qu’une conséquence psychosomatique liée à la peur d’attraper la maladie. Les gens (fumeurs principalement) tomberaient malades parce qu’ils ont peur de la maladie. Ils seraient ainsi les forgeront de leur propre maladie. Cette théorie ne repose cependant sur rien de concret. Si cela vous amuse, la théorie est présentée dans le roman L’évangile de Jimmy.

(4) Ce genre de remarque, particulièrement populaire chez les jeunes, en dit long sur la psychologie humaine. La cigarette est liée à la notion de plaisir (tout comme la drogue ou l’alcool), revêt un aspect culturel et les conséquences ne peuvent se voir que sur le long terme. Il est donc difficile, même connaissant les faits, de rationaliser le phénomène.