[livre] L'alphabet assassin de Jean-Pierre Ghys – Part 1
09 01 2008Il y a quelques années, je me faisais la main comme adjoint éditorial sur un site culturel lorsque ma route virtuelle à croisée celle d'un auteur qui se présentait sous le pseudonyme de Conrad. Ayant beaucoup à apprendre d'un auteur publié, j'ai réalisé son interview pour ensuite proposer un petit texte sur son expérience de l'écriture (1).
De cette expérience, nous avons gardé un intérêt l'un pour l'autre. Sans nous connaître, sans nous être jamais rencontrés, même avec l'intuition que nous étions fort différents, nous partagions quelque chose, au moins un amour des livres, de l'écriture et une envie d'évasion.
Un peu plus tard, j'eus la surprise de découvrir dans ma boite aux lettres un petit colis qui ne m'était pas seulement adressé mais également à mon pseudonyme virtuel, owen meany. Une première.
À l'intérieur, un livre. Déjà, il y avait matière à me faire plaisir.
À la première page, sous une citation prophétique, Homo homini lupus, une petite dédicace dont une phrase : « ... il te retrouvera, même au pays des mouettes les plus chouettes. »
Vous l'avez deviné, ce livre m'avait été envoyé par Conrad, alias Jean-Pierre Ghys.
Ce n'était, certes, pas le premier livre dédicacé que comptait ma bibliothèque mais c'était le premier dont l'auteur me faisait plaisir, me rappelant ces ouvrages d’Achille Chavée dédicacés à mon père, héritage d'une époque où il abreuvait la fine fleur des surréalistes belges.
Ce livre, « L'Alphabet assassin » est un recueil de 26 nouvelles, 26 femmes, 26 disparitions plus ou moins violentes. J'ai commencé par le picorer. J'avais lu quelques unes de ces nouvelles avant l'interview, maintenant, j'en lisais une à l'occasion.
Et puis, j'ai enfin décidé de le considérer plus sérieusement. Lui faire honneur en quelque sorte. Et je l'ai lu, vraiment lu, de A comme Alice à Z comme Zuhra.
Alors ? Alors ?
Comment être objectif quand on lit un livre de quelqu'un qu'on apprécie ? Comment être honnête quand on sait qu'il lira ces quelques mots ? La tâche n'est pas facile, j'espère que ces quelques mots sont aussi sincères et représentatifs que possible.
Alors ?
Alors, il sait écrire. Cela ne fait aucun doute.
« Écrire, c’est parfois aménager des souvenirs… »
C’est sur cette phrase que Jean-Pierre présente son livre et elle ne saurait mieux décrire ce recueil. Il s’agit certainement d’un livre très personnel à forte connotation autobiographique.
« L’alphabet assassin » est un voyage d’introspection. Les personnes pensent beaucoup et parlent peu. Avec un réel talent d’écrivain, Jean-Pierre Ghys nous fait partager ses démons, certains textes étant de vrais graines de grandeur (je ne citerai qu’« Alice » qui ouvre le recueil ou encore « Nicole »). Au fil des prénoms, il nous balade de pays en pays, bousculant les genres et les milieux, parfois surprenant, toujours intéressant.
Si je dois lui faire un reproche, c’est celui d’être un peu trop personnel. L’univers, qu’il développe, quoique très cohérent, en devient un petit peu redondant au fil de la lecture. S’il n’y a rien à reprocher à l’exorcisme que représente ce livre et le reflet de certaines obsessions et passions, on peut regretter la trop grande part de personnel sur l’universel et une réelle ouverture vers un questionnement social, philosophique ou autre.
Mais tous les livres ne sont pas là pour s’ouvrir sur de telles questions. « L’Alphabet assassin » est certainement un livre distrayant mais pas une lecture facile. Sans doute en cause, le vent de tristesse, de nostalgie qui plane comme une ombre sur ces nouvelles où la mort n’est finalement qu’un détail malencontreux.
Le grand mérite de ce livre, outre ses indéniables qualités littéraires, est de nous faire découvrir son auteur, un personnage intéressant que l’on retrouve en demi teinte dans la plupart des textes. Un homme qui a vécu plus d’une vie, qui a subit plus d’un retour de fortune mais qui toujours s’est remis sur ses pattes et toujours a repris la plume. Derrière la mort et la violence dont il gratifie ses personnages féminins (et je ne me risquerai pas à la simpliste interprétation qu’un freudien n’hésiterait pas à lancer et qui, j’en suis convaincu, ne correspond en rien à la pensée de l’auteur), se cache une extrême gentillesse, sans doute même excessive. Jean-Pierre apparaît comme un Peter Pan désabusé qui derrière l’improbable, l’impossible, cache une profonde naïveté et peut-être une certaine incompréhension de certains aspects du sexe qui n’a rien de faible, des malentendus qui font qu’hommes et femmes ont tant de difficultés à se comprendre. Probablement la source de tous ses maux et, j’en suis sur, de tous ses mots.
À la lecture ce livre, je devine qu’à l’image de sa prose, Jean-Pierre ne doit pas être un personnage toujours facile, mais bon Dieu, qu’il est intéressant et flamboyant. Un jour, je retrouverai le bonhomme. Nous boirons des bières toute la nuit, on parlera de tout de rien, des livres et des femmes, de nos différences que je devine nombreuses et de la passion, cette passion qui est notre moteur à tous deux.
Je lui dirai alors en face que j’aime beaucoup sa plume et que je suis persuadé d’une chose : le meilleur est encore à venir !
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(1) Le texte de cet interview est disponible ci-dessous sur: http://owen.monblogue.branchez-vous.com/2008/01/09#157154
Pour commander ce livre (ou un autre du même auteur): http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/search/Default.aspx?source=NEUF&auteur=GHYS,%20JEAN-PIERRE
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