[culture/livre] 221b Baker Street
24 02 2008Si d’aventure, étant à Londres, l’idée vous en prenait de prendre le ”tube” et de vous arrêter à la station de Baker Street, alors que vous remettez des entrailles de la terre (« Plus près de toi, mon diable, plus près de toi ! », un sentiment renforcé par une sombre pensée pour les attentats d’il y a quelques années), vous vous retrouverez face à la statue du détective le plus célèbre de tous les temps : Sherlock Holmes.
Le fait qu’il soit fictif et tout droit sortit de l’esprit torturé de Arthur Conan Doyle n’est finalement qu’un détail. Après tout, la réalité ne rattrape-t-elle pas, dit-on, la fiction ?
C’est que le personnage est séduisant sous ses faux airs de machine logique, provoquant dès sa naissance un vent de sympathie sans précédent chez les lecteurs de « Une étude en rouge ».
Rapidement, nombreux furent ceux convaincu que le détective et son fidèle docteur Watson étaient plus que des personnages de romans. Des lettres arrivaient en masse au domicile de Conan Doyle, lui demandant de transmettre les courriers à Monsieur Holmes.
Un comble pour un auteur dont les aspirations étaient bien plus hautes que d’écrire des amusettes policières et pour qui le personnage de Holmes restera une malédiction jusqu’à la naissance tardive d’une certaine forme affection. Il aura fallu en passer par une tentative de meurtre sur son héros (qui a failli réussir et n’a finalement échoué que suite à la pression des lecteurs, des éditeurs et de la M’man de Conan Doyle).
« Si je ne le tue pas, c’est lui qui me tuera ! », aurait-il dit.
Si Conan Doyle voulait laisser son nom dans l’histoire, c’était pour ses romans historiques (dont les plus connues restent celles du sympathique Brigadier Gérard, donnant une vision complexe et non manichéenne de l’épopée sanglante napoléonienne). Mais si ces romans, comme ses pièces de théâtre, ont connu un honnête succès critique de son vivant, c’est bien Sherlock Holmes qui lui aura apporté l’immortalité (1).
Lorsque vous sortez de la station de Baker Street, ne vous attendez pas à replonger dans l’époque victorienne. La rue de Baker Street n’a que bien peu à voir avec celle décrite par Conan Doyle il y a plus d’un siècle. Aujourd’hui, il s’agit d’une rue moderne, encombrée par les voitures, parsemées de ces coffee shop qui envahissent toutes les rues de la capitale.
Difficile pourtant, et passablement absurde, de résister au fantôme de Holmes (2) et de chercher sa maison au numéro 221b en remontant la rue en direction de Regent’s Park.
A l’origine, quand Conan Doyle a décider de loger son héros à cette adresse, le numéro 221b n’existait pas. La rue ne comprenait alors que 85 numéros. L’auteur avait ainsi délibérément choisit une adresse inexistante, probablement pour éviter d’éventuels troubles aux réels propriétaires (3).
Il aura fallu attendre les années 30 et le prolongement et la renumérotation de Baker Street pour que le numéro 221 voit le jour dans l’ancienne Upper Baker Street.
Rapidement, cependant, les numéros 219 à 229 sont rassemblés en une seule adresse constituant le siège de la Abbey Road Building Society, adresse qu’elle occupera jusqu’en 2002 (4).
Un abondant courrier destiné au détective et demandant souvent son aide a commencé a arriver au sein de la société, au point que celle-ci fut condamnée à engager une secrétaire uniquement pour tenir la correspondance à jour (qui a dit que l’on cessait de croire au père Noël en grandissant ?) Jouant le jeu jusqu’au bout, une plaque en cuivre, hommage à Holmes et Doyle orne le bâtiment et la société à sponsorisé la construction de la statue de bronze visible à le bouche de métro.
Aujourd’hui, comble de l’absurdité, la maison de Sherlock Holmes existe bien sur Baker Street, une sorte de reconstitution de son appartement en hommage à l’œuvre de Conan Doyle, et si elle porte la pancarte ‘221b Ltd’ (5), cette maison se situe à l’adresse 239 Baker Street.
« Elémentaire, mon cher Watson ! » (6)
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(1) Conan Doyle était un de ces auteurs d’un autre temps, de la trempe de Rudyard Kipling ou Roald Dahl. Il était médecin, était partit dans sa jeunesse sur un baleinier, a été médecin militaire pendant la guerre des Boers, s’est impliqué dans de nombreuses causes politiques et autres et a même connu quelques succès comme détective amateur. Il s’est également impliqué vers la fin de sa vie dans la défense de la cause spirite (à l’époque, les tables tournantes étaient très à la mode), parfois jusqu’au ridicule (il s’est entre autre ridiculisé en défendant la véracité d’une photo de fée). Si vous voulez en savoir plus, il est intéressant de comparer son autobiographie, Ma vie aventureuse, avec la biographie de JD Carr, La vie fantastique de Sir Arthur Conan Doyle.
(2) L’idée que les personnages de romans puissent avoir une âme est reprise dans le roman Le fantôme de Baker street de Fabrice Bourland. Il s’agit d’un livre assez inégal qui prend parfois des allures de Buffy contre les vampires mais qui reste intéressant pour l’ambiance et le fait qu’il mélange personnages réels, imaginaires et des classiques de la littérature victorienne. On y retrouve le fantôme de Sherlock Holmes hantant le 221b Baker Street et entraînant à sa suite et malgré lui tous les monstres de la littérature victorienne, De Hyde à Dorian Gray en passant par Dracula et Jack l’Eventreur (en tant que produit de l’inconscient collectif). Si le roman est très moyen, l’auteur a vraiment fait ses devoirs et les faits sont scrupuleusement respectés.
(3) Dans la première édition du Guide Galactique, Douglas Adams n’a pas pris cette peine, donnant pour le clin d’œil le numéro de téléphone d’un de ses amis. Celui-ci s’est fait alors bombarder par des coups de téléphones de fans délirants. Le numéro a été changé dans les éditions ultérieures. L’histoire ne dit pas en quoi cela a altéré l’amitié entre les deux hommes.
(4) Les experts se disputent encore sur l’existence ou non d’un vrai 221 Baker Street. Les données sont pourtant difficile à rassembler puisque qu’une bonne partie de la rue a été détruite lors du Blitz. Quelques infos sur :
http://en.wikipedia.org/wiki/221B_Baker_Street
(5) Etant illégal de mettre une fausse numérotation de la maison, les propriétaires ont créé une société bidon portant le nom de ‘221b Ltd’ qui peut être placée devant la porte.
(6) Il est amusant de noter que cette phrase que l’on prête souvent à la plume de Conan Doyle, n’est jamais apparue dans aucun des romans du maître mais est un produit de son adaptation cinématographique.
Publié par : Owen Meany à 09:17:00Permalien
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