Publi le jeudi 28 février 2008

[science] La fin d’un monde

28 02 2008

Part 1: les leçons du passé…

Il était une fois, à la fin du Permien, il y a de cela 250 millions d’années, la terre et les océans étaient fort différents de ce que l’on connaît aujourd’hui. On y retrouvait une abondance de forme de vie que l’on pourrait qualifie des plus étranges selon les standards actuels (1).

Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que ‘quelque chose’ arrive.

Personne n’est totalement sur de ce qui a été la cause première. Peut-être une météorite. Peut-être un subtil changement dans l’axe de la terre. Peut-être une augmentation de l’activité volcanique.

Ce que l’on sait, c’est que des gaz á effet de serre ont été libéré massivement dans l’atmosphère, provoquant des changements drastiques dans le climat.

Si l’on ignore ce qui a poussé sur la gâchette, on comprend assez bien les conséquences qui se sont étalées sur plusieurs centaines de milliers d’années : la température dans l’atmosphère a grimpé de quelques degrés, le taux de CO2 à grimpé. La chimie des océans a été perturbées par les changements atmosphériques : diminution de l’oxygène disponible, augmentation de l’acidité et de la température.

Rien de bien impressionnant : quelques degrés par ci, quelques dixième d’unité de pH en moins.

Mais voilà… la vie est distribuée en réseaux complexes et des modifications qui semblent subtiles peuvent avoir de terribles conséquences.

En quelques millénaires, la face du monde a été modifiée.

Dans cette masse d’eau gigantesque qu’est les océans, tellement gigantesque qu’il semble presque impensable de la perturber, ces changements se sont propagés comme un véritable fléaux provoquant la disparition de plus de 92% de toutes les espèces vivantes.

De nombreux facteurs étaient responsables de la mortalité de ces espèces mais l’un d’entre eux a déterminé qui survivait et qui mourrait : l’acidité.

En devenant légèrement plus acide, les océans diminuaient la quantité de carbonate de calcium disponibles pour les animaux et essentiel pour nombre d’entre eux (par exemple, pour construire les coquilles des mollusques).

Une extinction de masse (2).

Mais certains ont survécu… et la vie et l’évolution a repris son cours. Des tas de nouvelles formes de vie sont venue remplacer celles qui avaient disparu.

Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que ‘quelque chose’ arrive.

Une espèce de mammifère est apparue avec la capacité de raison : l’homme.

Part 2 : Une autre vérité qui dérange…

L’homme possède une incroyable capacité à modifier son environnement. Cette capacité a pris une allure inquiétant au détour de la révolution industrielle il y a de cela quelques 150 ans. De par ses activités, l’homme a libéré des quantités considérables de gaz à effet de serre dans l’atmosphère entraînant des changements rapides et au delà de tout ce qui avait été observé ces dernières centaines de millier d’années.

Ces changements très rapide (3) et dont la vitesse de changement s’emballe á des conséquences déjà observable sur nos écosystèmes.


Et ce n’est qu’un début.

A ce rythme, les choses vont rapidement devenir alarmantes.

Par exemple, le CO2 libéré depuis seulement 150 ans ont déjà modifié nos océans. L’eau de mer est déjà plus acide qu’il y a un siècle et les prédictions les plus optimistes prédisent une eau 1.5 fois plus acide pour 2050 et 2.5 fois plus acide en 2100.


Et alors ?

Pour vous donner une idée, ce serait des conditions semblables à celles observées lors de la grand extinction du Permien avec pour grande différence que la vitesse de changement serait beaucoup plus rapide, laissant ainsi peu de temps aux espèces vivantes pour s’adapter.

A ce rythme, on peut donc s’attendre à une extinction massive.

Bien entendu, la vie reprendra ses droits. Mais peut-être que nous n’aurons pas cette chance.

Alors que faire ?

Je n’ai pas la réponse à cette question. Il n’y a pas de solution miracle.

On dit qu’il faut au moins une génération pour faire changer les mentalités. Peut-être que cette fois-ci il va falloir faire un petit peu plus vite.

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(1) Une belle illustration de la diversité de la vie aujourd’hui perdue est disponible dans le livre de Stephen G Gould, La vie est belle.

(2) Pour une magnifique revue sur le sujet, lire Knoll et al. (2007) Paleophysiology and end-Permian mass extinction. Earth and Planetary Science Letters. 256 : 295-313.

(3) Un des arguments largement utilisés par les " climats sceptiques " c’est que les taux de CO2 observés aujourd’hui sont jusqu’à 10 fois inférieur à ceux observés par le passé. C’est totalement vrai. Mais ce qui est important, c’est la vitesse de ces changements. Les changements observés par le passé se déroulaient sur plusieurs centaines de milliers d’années alors que ceux visibles actuellement sont beaucoup plus rapides (de l’ordre de quelques dizaines d’années, ne laissant ainsi que peu de marge de manœuvre pour s’adapter que cela soit au niveau du vivant ou de la terre). C’est cette vitesse de changement qui est critique. Les conséquences en sont beaucoup plus désastreuses !