[livre] Adios Sheherazade de Donald Westlake
13 03 2008
Le roman noir n’est pas nécessairement un genre littéraire que l’on associe facilement avec la culture nonsense, même si celui-ci n’est pas exempt de parodie ou de cynisme. Il est pourtant un auteur qui a décidé de révolutionner le genre en tablant sur l’excès, l’absurdité, d’humour noir et une bonne dose d’humanité dans le sens le plus honnête et par conséquent cruel du terme. Cet auteur, c’est Donald Westlake. Westlake est une auteur inégal mais toujours surprenant. Il excelle dans le roman noir (lire Le couperet, Le contrat ou Au pire qu’est-ce qu’on risque ou si vous êtes fainéant, voir le film Payback inspiré d’un de ses bouquins et qui donne une assez bonne vision de son humour noir) alors que ses tentatives dans d’autres genres sont plus tâtonnantes (par exemple, Smoke, une variation autour du thème de l’homme invisible ou Trop humains sur le combat entre anges et démons). Adios Schéhérazade, publié en 1970, est certainement un excellent roman pour découvrir cet auteur. S’il n’est pas le plus représentatif, il est certainement un des plus intéressant. Ce roman est présenté sous la forme d’un journal un peu particulier, sorte de blogue des années 70. Le narrateur, Edwin ‘Ed’ Topliss, est auteur de roman porno à la chaîne. Il assure son train de vie en reproduisant la même recette dans des romans qu’il écrit au rythme d’un livre par mois. Douze chapitres de quinze pages qu’il doit rendre à date fixe. De l’argent facilement gagné. Mais pas vraiment une perspective de carrière, surtout quand on n’est pas vraiment écrivain et que la reconversion sera difficile. Les problèmes commencent quand il se retrouve devant un ultimatum. Soit il rend son prochain livre dans les temps, soit il se retrouve sans boulot. Le livre commence à ce moment là. Adios Schéhérazade est constitué d’une succession de chapitre de 15 pages et n’est pas loin du roman porno (version ultra-soft) qu’écrit Edwin Tipliss, calquant sa vie jusqu’à l’absurde. Il s’agit de variations, de versions alternatives d’un roman qui a du mal à voir le jour, dans lesquels s’insinue des éléments de la vie de l’auteur qui table sur le fait que pour retrouver l’inspiration, il faut continuer à écrire, même si c’est n’importe quoi. Entre psychanalyse et crise de créativité, le ‘journal’ de Ed va devenir une étrange dépendance et s’insinuer malgré lui dans sa vie avec des conséquences inattendues. Ce roman rappelle étrangement les livres de David Lodge de par sa manière cruelle et honnête de présenter les personnages et les astuces narratives et structurelles. Il joue astucieusement sur l’amalgame entre fiction et réalité, mélangeant le personnage et son œuvre et n’hésitant pas à impliquer le lecteur. La réalité rattrapée par la fiction. La fiction modelant la réalité.
Permalien
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