[livre] Les moutons Ecossais ne cassent pas de briques
22 08 2008Si les androïdes ne rêvent pas de moutons électriques, les moutons écossais, eux, ne cassent pas de briques. C’est en tout cas ce qu’affirment Philippe Fournier et Owen Dowling dans un roman au titre qui le rend inévitable.
Il faut dire que j’en venais á en douter de ma santé mentale. Ces derniers jours, j’ai visité de nombreuses librairies sans acheter un seul volume. Tel mon ami Dexter perdu sans son passager noir dans le nullissime Dexter in the dark de Jeff Lindsay, je m’inquiétais. Le fait que je venais de terminer les 96 caisses de livres (my precious bibliothèque) pour qu’elles partent vers la Suède qui allait devenir mon logis pour quelques années de plus pouvait passer pour une circonstance atténuante mais quand même.
Quel bonheur de craquer devant un petit volume joliment coloré présentant un ogre la bouche grande ouverte et dévorant une fille à grand renfort de ketchup (une belle illustration de Tatjana Mai-Wyss qui n’est pas sans rappeler les dessins de Tim Burton, en particulier dans La triste fin de l’enfant huitre). Un pauvre livre perdu dans une caisse de volumes soldés.
Sa lecture (délaissant dans la foulée les autres livres que je lis en ce moment) m’a fait découvrir que Les moutons écossais ne cassent pas de briques est un manifeste démontrant que l’humour nonsense a encore de belles heures devant lui en francophonie.
Ce petit recueil d’histoires plus délirantes les unes que les autres rassemble de nombreux éléments clés du nonsense et des moments d’une douce absurdité qui confine au génie (1). Je ne vous parlerai pas des moutons écossais, des poissons rouges amnésiques ou des cavaliers au poney, je vais me contenter d’un exemple tiré de la nouvelle Le plan secret de Galaad, qui nous rappelle, si besoin est, que Camelot est vraiment « such a silly place » :
« - Vraiment, Lancelot, vous jouez pire que Merlin, aujourd’hui ! s’exclama-t-il.
Tout le monde éclata de rire, même les chevaux. A cet instant, il est utile d’expliquer que les chevaliers jouaient au poker sur leurs chevaux, buvaient du thé sur leurs chevaux et faisaient même le saut à l’élastique sur leurs chevaux. Et ils portaient aussi leur armure complète. ‘Il faut toujours être prêt à défendre le royaume !’, disait Arthur entre deux tasses de thé.
Un des chevaliers se demandait : ‘Défendre le royaume contre quoi ? Les bonbons qui font mal à la gorge ?’ Ce chevalier s’appelait Galaad. Et tout d’un coup, après deux mois passés à jouer au poker et à boire du thé, il se rendit compte qu’il s’ennuyait. Il finit son thé, en prenant garde de ne pas le laisser dégouliner dans son casque et dit :
- Veillez m’excuser, chaps, je crois que je vais aller à la recherche du Graal !
Plusieurs chevaliers, et aussi les chevaux (certains jouaient au poker et buvaient du thé), bredouillèrent de surprise. Le roi Arthur tomba de son cheval, ce qui emmena le chevalier Fournier à tomber du sien, ainsi que Lord Percy. Ils tombèrent tous comme des dominos blindés.
- A mon avis, continua Galaad, ce sera une aventure intéressante. C’est bon pour la santé de prendre l’air !
- Bon pour la santé ? C’est surtout plus dangereux que de se promener à cheval sans airbag ! cria Arthur. Et connaissez-vous seulement la direction du Graal ?
- Oui ! fit un cheval.
- Bof, c’est simple, dit Galaad. Un vieux sage d’Istanbul, aveugle et unijambiste, m’a donné un plan secret. D’accord, il a tendance à se coiffer d’une perruque guadeloupéenne, mais j’ai confiance en lui… »
Si cet extrait ne vous a pas convaincu, sachez qu’un des auteurs ne se lave jamais les cheveux et l’autre vénère les corn-flakes.
Quoi qu’il en soit, ce livre aura au moins réussi le tour de force de me faire reprendre la plume dans le chaos qu’est ma vie en ce moment. Et ce n’est pas rien (« C’est pas faux ! »)
(1) Pour preuve, des phrases telles que « C’est un type en mobylette qui m’a ramené. Les mariages de super héros, c’est bien mais c’est crevant. » ou encore « Hélène était la plus belle fille que j’ai jamais vue. Sa barbe était blanche, petite et mignonne, ses oreilles longues et un peu pointues, son ventre gros et ferme. », très différente du « Tu me dis que tu m’aimes, tu me dis que tu n’es pas indifférent, et puis tu m’encules et tu écris cette merde ! » tiré (si j’ose dire) du génial 1974, premier volume de la tetralogie du Yorkshire de David Peace.
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