[musique] Le retour des champions
25 09 2008PROLOGUE
Queen est moi, c’est une histoire qui ne date pas d’hier. Enfant, je collectionnais amoureusement les cassettes enregistrées à partir des vinyles. Aujourd’hui, je reste un amateur de la première époque et je considère que « A night at the opera » est un de 10 albums sur ma liste des meilleurs albums de tous les temps.
Alors, que penser du retour de Queen bien des années après la mort de son leader charismatique Freddy Mercury ? Après tout, comme me le disait encore un fan hier « Queen c’était 90% Freddy Mercury ».
Voici une petite histoire en 4 actes pour faire le point sur le « return of the champions » avec à leur tête le polyvalent Paul Rodgers.
ACTE I – Mythologie
Pour beaucoup, le retour de Queen sous la forme « Queen + Paul Rodgers » a quelque chose d’hérétique, un peu comme de lire une Bible dans laquelle Jésus serait remplacé par Pascal Sevran. Mais pour moi, ce n’est pas si perturbant. Il faut savoir que j’ai une certaine tendance à interpréter les faits sans toujours les vérifier pour ensuite les intégrer dans ma mythologie personnelle. Si cette tendance s’est un peu calmée avec l’âge, cette forme d’auto-crédulité était assez prononcée dans mon enfance.
Ainsi, pour moi, Freddy Mercury n’était pas le chanteur de Queen. Il n’était que le nouveau chanteur de Queen à partir du moment, où selon mes critères personnels, le groupe à entamé la pente descendante.
Je situe précisément ce moment à la sortie du single « Radio Ga-Ga ». Pour l’occasion, l’émission de clip que je regardais hebdomadairement sur la chaîne belge avait mis les plats dans les grands. L’animateur de l’époque avait présenté le clip en faisant une parodie de publicité pour une marque de lessive : « prenez un baril de Queen, ajoutez une bonne dose de Freddy Mercury… » pour ensuite laisser place au clip aujourd’hui célèbre combinant image du groupe (et préparant le public aux gestes démentiels qu’ils continuent d’utiliser aujourd’hui) et extrait de « Metropolis ».
Comment ? C’est Queen, ca ?
Cette déception ne pouvait provenir que de l’influence maléfique de ce nouveau chanteur, Freddy machin. Mais pourquoi diable avaient-ils changés de chanteur ? QU’est-il arrivé au chevelu qui chantait avant ?
Une seule explication s’imposait, tel Bon Scott terrassé par son vomi, il avait du passer l’arme à gauche ! (ce que la pochète d’un précédent album ne pouvait que confirmer même si le paradoxe temporel aurait du me mettre la puce à l’oreille).
Il m’a fallu de nombreuses années et de nombreuses humiliations publiques pour enfin découvrir la vérité. Et si Freddy Mercury est bien mort, ce n’est que de nombreuses années plus tard.
Alors, vous pensez… un nouveau chanteur pour Queen, ce n’est pour moi qu’un chanteur de plus !
ACTE II – les ravages du temps
Depuis que je vis en Suède, j’ai pris une certaine distance avec la télévision. C’est donc par une incroyable coïncidence que j’ai profité de la sieste dominicale des deux monstres pour allumer le poste en ce dimanche pluvieux. Je suis tombé sur la diffusion du concert pour les 90 ans de Nelson Mandela auquel participait une belle brochette d’artistes, nombre sortant du caveau des années 80. Si j’ai a peine reconnu Peter Gabriel ou encore eu de la peine pour Simple Minds, ces magiciens de la foule, qui semblent avoir perdu leur don face à un public qui les a oublié, j’ai été positivement impressionné par le final de Queen + Paul Rodgers, reprenant les standards du groupe avec une pèche épatante.
Mon petit cœur d’enfant idiot et crédule s’est remis a battre dans ma poitrine et une petite pointe de regret s’est mise à me titiller.
Pourquoi diable n’avais-je jamais eu l’occasion de voir ces monstres en concert ?
Et puis l’idée folle s’est mise à envahir mon cerveau perturbé : et s’il n’était pas trop tard ?
Une rapide recherche sur le net m’a renseigné. Queen + Paul Rodgers avaient déjà fait une tournée il y a quelques années (damned !!!) mais allaient sortir bientôt un nouvel album studio intitulé « The cosmos rocks ». Qui dit album dit souvent tournée. J’ai poursuivit plus avant ma recherche et cherché les dates de la tournée européenne. Après tout, il n’était pas improbable qu’ils passent par Göteborg qui se trouve à un jet de pierre de ma maison perdue au fond des bois.
Mais le destin en avait décidé autrement…
Pas de date en Scandinavie. Il ne me restait que l’Allemagne ou la Belgique. The cosmos sucks. Putain de Karma !
Mais après tout, mon anniversaire était proche et pourquoi ne pas faire une petite folie. Le cœur battant, je me suis donc payé un aller-retour pour Bruxelles et profiter de mon séjour de moins de 24 heures dans mon pays natal pour aller voir Queen et son nouveau chanteur au Sportpaleis d’Anvers le 23 septembre 2008.
ACTE III – The return of the champions
L’aventure était en marche. Mais l’explorateur ne part jamais sans bien préparer son expédition.
Je me suis donc procuré l’album de la tournée précédente, un double album intitulé « The return of the champions ».
Avec lui sont venues les premières inquiétudes.
Oui Paul Rodgers se débrouille plutôt bien, imposant son propre style sans essayer de faire son « Freddy Mercury », les standards du groupes sont excellents et agréables à ré-écouter mais l’album est terriblement inégal. Dans les meilleurs des morceaux, l’album manque de vie, est trop polissé, trop travaillé. Il manque l’étincelle de magie. Mais c’est surtout quand les anciens membres du groupe, Rodger Taylor en particulier, se placent sur le devant de la scène pour interpréter quelques morceaux que les choses se gâtent… Cela culmine avec Taylor essayant d’imposer une nouvelle chanson au lance-pierre « Say it’s not true ».
En résumé, un bon début, un bon final et dans la tranche quelque chose d’assez indigeste.
ACTE IV – The cosmos rocks
Le nouvel album studio est encore tout frais, ne sortant que quelques jours avant la date du concert.
Ne pouvant attendre, j’ai fait une petite recherche pour essayer de découvrir en « sneak preview » quelques plages de l’album à venir. Il y avait déjà « Say it’s not true » joué en concert lors de la précédente tournée et j’ai facilement pu tracer un extrait de passage à la télévision où le groupe jouait le futur premier single de l’album « C-lebrity ».
De nouveau, il y avait de quoi s’inquiéter. Si le morceau, sorte de critique légère du star système de l’âge de la télé-réalité qui ne peut que déstabiliser ces papy du rock est écoutable, il est loin des critères de qualités que l’on attend d’un groupe comme Queen, en particulier pour leur grand retour. Il fait plutôt sourire.
Le reste de l’album est du même tonneau. Un album sympathique, très écoutable, mais manquant singulièrement d’originalité et perdu entre différents styles. Du « rock à papa » pour reprendre l’expression du gars assez classe qui m’a accompagné plus tard au concert et rien qui pourra séduire une nouvelle génération qui ne connait de Queen que les deux albums « best of ».
C’est donc avec un enthousiasme quelque peu refroidit que je me suis rendu au concert, ce 23 septembre 2008 à 20h30 (non sans un arrêt par le palais de la pitta pour une traditionnelle petite collation).
ACTE V – Dans l’arène
Première constatation, le public est plus jeune que prévu. Si les quinquagénaires sont là, tous les âges sont représentés et je ne peux que sourire à la vue de ces gamins de 18 ans avec leur T-shirt de tournées d’avant leur naissance.
Les lumières s’éteignent. Les étoiles s’allument, scintilles, des météores bruyants envahissent la salle, le public s’échauffe (vont-ils commencer le concert par un « Flash » de derrière les fagots ?) et enfin, le son reconnaissable entre mille de la guitare de Brian May explose dans un flash de lumière.
Ils sont bien là, en chair et en os, Brian May, Rodger Taylor et Paul Rodgers. Ils se lancent alors dans une sélection de tubes des premières heures.
Rapidement, il apparait que le seul qui semble s’amuser sur scène est Paul Rodgers (et ce malgré les ridicules phrases lancées au public sans grande conviction, tels des « Formidable » de Charly Oleg). Il a la patate et est visiblement content d’être sur scène, souriant autant que le chanteur de Wet Wet Wet (ce qui n’est pas peu dire).
Pourtant, le public semble ingrat.
Les applaudissements pour Paul Rodgers sont juste poli, ce qui est particulièrement évident lorsqu’il interprète un morceau en s’accompagnant seul à la guitare acoustique. Personne ne semble voir que c’est lui qui porte aujourd’hui le groupe sur ses épaules, insufflant de l’énergie là où Brian May semble se décomposer sur place (sans pour autant remettre en question son incroyable talent de guitariste) et Rodger Taylor semble prêt à mourir sur scène à tout moment.
Le groupe a joué 4 pistes du nouvel album, avec à la clé un accueil tiède du public (« voici un morceau de notre nouvel album The Cosmos rocks, vous êtes probablement 3 à l’avoir acheté », annonce Brian May de façon assez réaliste).
Une fois de plus, le milieu du concert est assez plat alors que Paul Rodgers est écarté pour laisser la place aux anciens : une sympathique version de ’39 par Bryan May et la traditionnelle « I’m in love with my car » par Taylor qui ferait vraiment mieux de s’en tenir aux percussions. Je passerai sous silence les interminables solos de batteries (même si l’introduction percussion-basse de Taylor était sympathique) et de guitare (note pour note le même que pour la tournée précédente) ainsi que les tristes manipulations du public à grand coup de « mon pote Freddy » (au fait, il est devenu quoi John Deacon ? On peut juste raisonnablement penser qu’il est toujours en vie puisque qu’il n’y a pas eu d’hommage chez Jean-Pierre Foucault).
La salle reprend un peu vie pour la dernière partie quand Queen retourne dans son bread and butter avec une succession de morceaux ultra-prévisibles.
J’ai passé un bon moment même si ce n’était pas aussi LEGEN… wait for it… DARY que prévu. Cela m’a permis de constater que le public ne se déplace que pour voir un groupe de reprise, sans laisser grande place à la nouveauté ou une vraie chance à Paul Rodgers. Le groupe, avec une lassitude évidente, donne au public ce qu’il veut : une sorte de karaoké géant où tout un chacun peut faire les gestes démentiels.
Pour ma part, je propose de rebaptiser le groupe Paul Rodgers + Queen et je vais de ce pas explorer plus avant la carrière éclectique de ce mercenaire du rock.
Voir Queen en concert, c’est fait.
Prochaine étape ? ACDC l’été 2009 ?
EPILOGUE
Dans le troisième avion qui m’éloigne un peu plus de la Belgique, je raconte le concert à mon patron qui a son tour m’étonne d’une petite anecdote.
Il se trouve que Brian May et lui viennent d’un même village en Angleterre et qu’ils leur arrivent de se croiser au détour d’une route.
Il y a de nombreuses années, alors que mon patron assistait à la traditionnelle pantomime du village, il fut fort contrarie par cet individu se trouvant devant lui et donc l’abondante coiffure lui bouchait la vue (c’est une des raisons pour laquelle la reine Fabiolla a une loge personnelle au théâtre et à l’opéra). Ajoutant à cela une veste en cuir noir, mon patron aurait glissé, non sans quelques sarcasmes :
- Un gars du village se prend pour une star du rock…
Avant de découvrir qu’il s’agissait du guitariste de Queen.
It’s a small world.
EPILOGUE 2
Mon patron semble incollable sur Brian May (« J’aimerais pouvoir dire que je le connais ») et m’a raconté une nouvelle anecdote que je vais mon contenter d’ingurgiter sans prendre la peine de la vérifier, comme au bon vieux temps. Ainsi, Brian May aurait fait des études d’Astronomie et un doctorat qu’il aurait interrompu suite au succès de Queen. Ce n’est que récemment qu’il aurait repris cette branche oubliée de sa vie et terminé son doctorat pour devenir officiellement un docteur en astronomie. Voilà qui explique peut-être pourquoi « The cosmos rocks », l’omniprésence de sons « spatiaux » et l’allusion au paradoxe einsteinien en introduction de « 39 » lors du dernier concert.
C’était vraiment très intéressant !
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