Publi le dimanche 06 janvier 2008

[livre] Confessions d’un homme dangereux de Chuck Barris

06 01 2008

« Peut-être qu’en terminant ces Confessions, je comprendrais pourquoi certains m’avaient crucifié avec tant de violence pour le seul fait d’avoir essayé de faire rire les gens, pendant que d’autres m’avaient glissé sous la table des médailles et des citations présidentielles pour avoir… Enfin, de toute façon, comme ma grand-mère disait toujours : ‘Allez savoir !’ »

Tels sont les mots de Chuck Barris dans le chapitre introductif de son « autobiographie non-autorisée » sortie en 1984, Confessions d’un homme dangereux.

Si vous n’avez pas lu ce livre, le nom de Chuck Barris vous est peut-être familier pour diverses raisons. La plus probable étant que vous avez vu l’adaptation de ce roman (avec le délirant Charlie Kaufman au scénario, (1)) réalisée en 2002 par George Clooney avec Sam Rockwell dans le rôle de Barris.

Mais si Chuck Barris a tenu le devant de la scène pendant de nombreuses années, c’est parce qu’il fut un des producteurs visionnaires de la télévision américaine et qu’il a ouvert plusieurs boites de Pandore qui ont donné naissance à la télévision poubelle que nous connaissons actuellement (il peut dans la foulée se vanter d’avoir donné naissance à la télé réalité).

On peut dire sans exagération que Chuck Barris a tout inventé.

Avec The dating game, il crée le concept qui sera repris dans Tournez manège (en version plus trash, (2)) ; avec The newlywed game, il invente celui de Les zamours et surtout, avec The gong show, il fait entrer dans le divertissement une bonne dose de cruauté et de voyeurisme que l’on retrouve aujourd’hui dans un nombre invraisemblable d’émission (en particulier, je penserais aux éliminatoires de Idol ou A la recherche de la nouvelle star).

C’est principalement The gong show, que Chuck Barris anime lui-même qui va faire de lui une star du grand public et lui faire hériter du surnom de roi des nuls auprès de l’intelligentsia en place. Le concept de l’émission est simple. Des gens viennent présenter leurs « « talents » » (je double les guillemets, pour preuve voir (3)) sur une émission de télévision devant un public et un jury de professionnels qui disposent d’un gong pour arrêter l’artiste en herbe si le spectacle est trop mauvais. C’est simple, bête et méchant mais l’émission remporte un énorme succès créant quelques stars éphémères en court de route comme Gene Gene the dancing machine (4), un machiniste danseur, Le comique inconnu (5) et son lot de scandales (6).

Malgré le succès et l’argent, Chuck Barris vit mal le rejet par les critiques dont il fait les frais et lorsqu’il sort Confessions d’un homme dangereux en 1984, il sort une nouvelle carte de sa manche.

Dans cette autobiographie, il dévoile une autre facette. Oui, il est un producteur d’émissions à succès mais il est également un tueur respecté de la CIA avec quelques 33 meurtres à son actif pour son pays.

Commence alors la polémique.

Chuck Barris était-il vraiment un agent secret ? ou doit on considérer son livre comme une autre Autobiographie d’un menteur (7).

Encore aujourd’hui, Barris campe sur ses positions. Il produit régulièrement des photographies venant confirmer ses dires (quelques unes, peu informatives, sont d’ailleurs présentées dans son livre). Lorsque la question est posée à la CIA, un porte parole affirme « C’est ridicule. C’est absolument faux. », mais c’est exactement ce que l’on attendrait de la CIA si c’était vrai, n’est-ce pas ?

Confessions d’un homme dangereux est un livre irrésistible, une autobiographie que l’on lit avec un petit doute quelque part au fond de l’esprit et qui vous arrachera de nombreux éclats de rire. Une petite perle d’humour nonsense écrit par un homme qui a choisit de devenir l’acteur de sa propre existence, de s’inventer une vie pour racheter celle que lui-même doit considérer comme futile.

Comme quoi, parfois les mensonges que l’on se raconte, même pour rire, en disent long sur ce que l’on est vraiment.

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(1) Kaufman, a qui l’on doit également des ovnis tels que Dans la peau de John Malkovitch (1999), Adaptation (2002) dans lequel on retrouve une influence de Confessions d’un homme dangereux et plus récemment Eternal sunshine of the spotless mind. Pour l’adaptation du livre de Barris, Kaufman, qui n’a jamais rencontré l’auteur a pris de nombreuses libertés sur l’histoire originale, appuyant sur le côté surréaliste. Ainsi, il imagine la mère de Barris le travestissant en fille ou encore son père en tueur en série. « C’est tout Charlie. Il écrit des choses fantastiques ! », répondra Barris.

(2) Avant de trouver ses marques, l’émission de Barris connu de nombreux débordements. Un petit exemple tiré d’une des premières émissions :

Jolie pom-pom girl – Célibataire numéro un, je suis très mauvaise en orthographe. Comment vous épelez ‘soulagement’ ?

Célibaraire numéro un – P-È-T-E-R.

Jolie pom-pom girl (sans sourciller) – Je vois. Célibataire numéro deux, de quelle nationalité êtes-vous ?

Célibataire numéro deux – Mon père est de Memphis, ma mère est du Brésil, je suis donc bien Mem-Bré.

Jolie pom-pom girl – Petit malin ! Célibataire numéro trois, quelle est la situation la plus drôle dans laquelle on vous ait surpris ?

Célibataire numéro trois – Avec une cravate autour de la bite.

(3) Un exemple terrifiant parmi d’innombrables disponibles sur youtube : http://fr.youtube.com/watch?v=1tQyG7wS5-M&feature=related

(4) http://fr.youtube.com/watch?v=ACpNVD5GMUw&feature=related

(5) http://fr.youtube.com/watch?v=Xj3Q9l9Ivng&feature=related

(6) Un des numéros qui a mis l’émission sur la sellette est celui de deux adolescentes venues mimer une fellation à l’aide de glaces. http://fr.youtube.com/watch?v=XxX7NXeXy-o&NR=1

(7) Du regrété Graham Chapman, un des six Monty Pythons.