Publié le lundi 27 octobre 2008

[culture] Quelle est ta quête ?

27 10 2008

Galahad: You are the keeper of the Holy Grail?

Zoot: The what? (1).

 

Oui, au fait, c’est quoi le Saint Graal ? Le calice floral et fertile de Marie Madeleine ? (2) Un « machin genre verre à jus de fruit de Jésus » ? (3)

Celui qui, comme moi, est abonné à cette sous-culture qu’est le cinéma possède de nombreuses sources pour entamer sa quête. C’est qu’il a inspiré pas mal de scénaristes le godet du Christ, de « Perceval le Gallois » de Rohmer à l’infâme « Lancelot » (Richard Gere ? Non mais et puis quoi encore ???) en passant par « Indiana Jones et la dernière croisade », « Excalibur » ou indirectement « Star Wars ». Mais si vous voulez un film qui, selon les spécialistes, « repose sur une connaissance solide de la légende arthurienne et avoue des intentions pédagogiques » (4), il ne vous reste qu’un seul titre : « Sacré Graal » (1).

Mais revenons-en à nos moutons.

Des chevaliers suintant la testostérones et voyageant par monts et par vaux, de combats et combats, pour chercher le Graal, cette coupe que le Christ aurait utilisé pour son dernier repas, qui aurait ou n’aurait pas recueillis son sang, qui aurait ou n’aurait pas été rapporté en Angleterre par Joseph d’Arimatie, et qui tels Adams connaîtront la déchéance et la mort par la faute d’une pécheresse.

C’est ce que vous trouverez dans les récits du 12e siècle qui posent les fondements de la légende arthurienne (lisez le magnifique recueil dans la collection « Bouquin » qui contient entre autre l’intégrale de Chrétien de Troye).

 C’est beau, c’est puissant, c’est viril… et par là même un peu ridicule et absurde. Tout en symbolique, cette quête du Graal est le symbole de la quête nonsensique, de celles dont l’objet est sans réel intérêt et donc le but ultime est le cheminement. La quête du Graal, c’est la quête du sens de la vie, quête absurde s’il en est, mais notre quête à tous.  Un combat acharné, perdu d’avance et vide de sens.

Comment faire pour rendre la balade intéressante quand on sait que le but est au mieux une vieille coupe en terre cuite ébréchée et toute tâchée ? On s’amuse. Tel est le message de « Sacré Graal ».

On laisse au rencard les fiers canassons pour les remplacer par le son harmonieux de la noix de coco au petit matin, on se bat contre des animaux fabuleux tels des lapins sanguinaires, on soudoie des adversaires polycéphales à l’aide de jardinets, on danse et on boit dans la douce chaleur de Camelot, on évite les femelles tentatrices du château d’Anthrax dont la seule vocation est de nous détourner de notre quête.

« Sacré Graal » est un film qui tout en étant une déconne absurde et bidonnante nous offre toutes les clés tirées des récits classiques pour réussir notre vie. Il est l’incarnation philosophique nonsensique qui peut vous faire renoncer au suicide romantique nihiliste tout en vous faisant rire un bon coup !

Bien entendu, tout ce que je viens de dire est parfaitement idiot. Mais si vous avez suivit, c’est le fondement même de la philosophie du Graal.

Je terminerai ici et ainsi, par une fin misérable toute à l’image de celle du film des Monty Pythons réussissant ainsi le défi de faire « the worst bloody movie ending in cinematic history » (5).

 

Arthur: Please go and tell your master that we have been charged by God with a sacred quest,  and if he will give us food and shelter for this night he can join us in our quest for the Holy Grail.

Man:  Well, I'll ask him, but I don't think he'll be very keen. He's already got one, you see? (1)

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(1) Chapman et al. (1965) Monty Python and the Holy Grail. http://sfy.ru/sfy.html?script=mp_holygrail

(2) Brown (2003) Da Vinci Code (Maintenant que je vous ai balancé la fin, cela vous évitera de le lire).

(3) Gilliam (1991) The Fisher King.

(4) Lucas (1996) Réception de la littérature médiévale à travers le médium cinématographique. http://crm.revues.org/index2497.html

(5) Cleese (1982) BBC1 interview.