[film] Rocky vs Klitschko (ou Réalité 1 – Fiction 0)
15 12 2008La réalité dépasse, dit-on, la fiction mais le rapport entre les deux est souvent beaucoup plus complexe. Ainsi, la fiction s’inspire très souvent de la réalité et la réalité lui rend bien souvent la politesse. Celui qui regardera « Les Soprano » sera amusé de voir les mafieux américains s’inspirer de films tels que « Le parrain » pour construire leurs personnages. Bien entendu, vous me rétorquerez que c’est la fiction qui s’inspire de la fiction mais curieusement cette fiction s’inspire de la réalité.
Si vous êtes perdu, c’est tout à fait normal. Tel un mouvement de camera de Gus Van Sant, je m’essaye à l’écriture métaphorique, plongeant l’improbable lecteur dans un malaise incompréhensible illustrant mon propos.
A ceux qui me rétorqueront que je suis un sale branleur, je dirais qu’ils ont bien raison. Mais c’était cela ou vous balancer un extrait de cette émission de radio où un réalisateur expliquait le plus sérieusement du monde qu’il croyait plus en la fiction pour décrire la réalité qu’en un repartage qui biaise toujours par l’observateur influant sur l’observé.
Tout ce charabia pour dire que je n’y connais rien à la boxe.
Ce noble art qu’est la boxe et qui consiste à se foutre sur la gueule jusqu’à ce que K.O. s’ensuive se résume pour moi a quelques matchs regardés distraitement à la télévision et quelques beignes maladroitement échangées lors de rixes d’ivrogne.
Heureusement, la fiction est toujours là pour me sauver.
Il y a les grands livres, de Sherlock Holmes pugiliste de talent aux récits suintant la sueur d’Hemingway, l’introduction fulgurante du « Dahlia noir » d’Ellroy jusqu’aux nouvelles magnifiques de F.X. Toole.
Et bien entendu, il y a le cinéma : « Raging Bull » et Jake La Motta (« you fucked my wife ??? »), « Ali » and Mohamed Ali ou le « Million dollars baby » du grand Clint.
Mais s’il ne doit en rester qu’un, cela n’aura rien à voir avec MacLeod, ce serait le grand « Rocky ».
« Rocky », sortit en 1976, est avant tout un film social. Un beau film sur un homme simple qui essaye de vivre son rêve avec le peu de cervelle et de talent dont la nature l’a doté. C’est aussi un conte de fée pour son auteur, acteur, réalisateur, Sylvester Stallone.
Mais « Rocky » c’est aussi un super-héros. Un homme doté du rarissime « syndrôme de Homer Simpson » qui lui permet de prendre un nombre incalculable de coup potentiellement mortels jusqu’à l’épuisement de son adversaire.
« Rocky », c’est LE super héros des années 80 avec la sortie de 2 films sur cette décennie qui inspire tant de nostalgie (à une époque où Batman était joué par Julien Lepers). Dans « Rocky III – L’œil du tigre », il foutait une raclée au très méchant « Mister T » et encore plus impressionant, il se retrouvait face à la machine « Dolph Lundgren » alias « The punisher » et en sortait vainqueur triomphant d’un « Au début, vous m’avez hais, alors moi aussi je vous ai hais… »
Rappelez-vous ce choc des titans.
D’un côté, la machine. Ivan Drago sorte de « Terminator » fabriqué par les technologies de pointe soviétique. 1m97, plus de 100 kilos de muscles.
De l’autre, l’étalon italien, Rocky Balboa. 1m78 ( !!!) et bien moins de 100 kilos et obligé de s’entrainer dans la neige avec les moyens du bord.
Pourtant, armé du bon droit et de son amour éternel pour Apollo qui fut autrefois son adversaire, il restera debout sur le ring pendant 15 rounds à supporter les assauts brutaux d’un drago médusé (« Ce n’est pas un homme… ») pour finalement lui foutre une raclée.
Après cela, le ring est le monde du « tout est possible », où la force de caractère est plus forte que le muscle brutal.
C’est armé de mes religieuses convictions cinématographiques que j’ai regardé ce week-end le combat entre le challenger américain, le freluquet « Hassim Rahman » (1m89…), et le tenant du titre, l’ukrrrainien, « Wladimir Klitschko » (2m !!!) remettant en jeu sa ceinture de poids lourd en 12 rounds.
Ce match, c’était plus qu’un simple match de boxe. Il s’agissait de la copie du match Balboa-Drago transposé dans la réalité. Le combat entre fiction et réalité.
Dès le premier round, la réalité s’est retrouvée en bien mauvaise posture. En la personne de Rahman, elle s’en prenait plein la gueule. Curieusement, quand on mesure 12 cm de plus que son adversaire, on a une plus grande allonge.
Mais je restais confiant. Après tout, Rocky aussi avait pour habitude de prendre des coups et pas des moindres. Lorsque Rahman alias « The rock » s’est retrouvé dans les cordes en version humaine du punching ball pour Klitschko « Steel hammer », je ne me suis pas trop inquiété. Même lorsque Rahman s’est retrouvé au sol, je n’ai pas hésité un instant. Il allait se remettre sur ses jambes.
Et puis, ce fut la consternation. Klitschko ou plutôt Klitsch-K.O. a été fidèle à sa réputation et l’arbitre a mis fin aux souffrances du pauvre Rahman qui n’aura jamais eu le dessus dans aucun round.
Réalité 1 – Fiction 0… un K.O. technique sans discussion.
Voilà qui remet en question ma vision du monde.
Moi qui me suis inspiré du cinéma pour guider ma vie, moi qui suis ce que je suis grâce à des modèles tels que « Indiana Jones » ou « Muad’Dib », que vais-je faire maintenant ?
Publié par : Owen Meany à 15:31:00Permalien
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