[livre] Baudolino de Umberto Eco
11 01 2009Il n’est plus nécessaire de présenter Umberto Eco, cet académique qui s’est imposé comme un auteur majeur de roman historique avec un seul roman à son actif, le brillant « Le nom de la rose » dont l’adaptation cinématographique en a fait fantasmer plus d’un (enfin, au moins un). Vingt-cinq ans après la sortie de ce premier roman remarquable et remarqué, il n’a à son actif que 5 romans dont le dernier n’est sortit qu’en 2004, « La mystérieuse flamme de la reine Loana », qui nous plonge dans un magnifique voyage dans la mémoire.
En 2000, il nous offrait « Baudolino », son quatrième roman, dans lequel il revenait au roman historique en reprenant une idée qu’il avait largement développée dans le second « Le pendule de Foucault » : il suffit parfois de croire suffisamment fort à quelque chose pour qu’elle devienne réalité.
Si dans « Le nom de la rose », il transposait au moyen-âge la structure classique du roman policier (telle qu’on la retrouve dans les livres de Conan Doyle), dans « Baudolino » il nous fait une démonstration par l’absurde que l’Histoire avec un grand H, l’histoire avec un petit et les mythes qui y sont souvent associés ne sont que des abstractions et des vues de l’esprit. Le tout est raconté avec un humour et une intelligence magnifique.
Si « Baudolino », comme les autres roman d’Eco, n’est pas de lecture facile, il est absolument truculent. On y retrouve Baudolino dans un constantinople en ruine et qui par hasard se retrouve à raconter sa vie à un historien. Une vie hors du commun puisque celui qui fut un gamin à la langue bien pendue d’un petit village sans importance s’est retrouvé au milieu des turpitudes politiques de l’Europe en devenant le fils adoptif de l’empereur Frédéric dans un XIIe siècle tourmenté.
Baudolino raconte alors sa version de l’Histoire, avec ses faits bien connu et choses plus surprenantes.
Mais, de son propre aveux, Baudolino est un menteur et si ses mensonges sont visibles en filigranes, il nous entraîne rapidement dans un délire fait de mythes à faire rougir le baron de Munchausen.
Mais derrière ces mensonges se cache une certaine idée de la vérité, la façon dont le monde était perçu à cette époque et la naissance des légendes : quête du Graal, discussion théologiques, naissance des reliques (dont rien de moins que le saint suaire, la tête de saint Jean Baptise (ou les têtes de saint Jean Baptiste) et le Graal, bien entendu).
« Oui, je le sais, ce n’est pas la vérité, mais dans une grande Histoire on peut altérer des petites vérités pour qu’en ressorte la vérité plus grande. »
Une belle réflexion haute en couleur qui nous démontre qu’en histoire (comme ailleurs), la vérité n’existe pas et qu’il faut peut être la candeur d’un grand auteur (« quelqu’un, plus menteur que Baudolino ») pour la raconter.
Un livre qui n’est pas à dévorer mais à savourer, page par page, en prenant tout son temps.
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