[livre] Cannery row
05 02 2009Si un jour vous avez la chance de vous rendre en Californie et que vos pas vous guide dans la région de Monterey, vous y découvrirez une rue, dans le prolongement d’ocean view avenue, appelée Cannery row. Après avoir été visiter le Monterey Bay Aquarium, probablement un des plus beaux aquariums du monde, vous irez vous promener dans la rue proprement dite, centre touristique de la ville, bordée de restaurants et de magasins de souvenirs avec ses wharfs présentant des allures de Disney land.
Si le tourisme et la civilisation a eu raison de ce qui fut autrefois le cœur bohème de la région, « an island surrounded by an encroaching society which ultimately destroy it. » (1).
Cannery row est composée de grands bâtiments, connectés entre eux par des ponts couverts et qui servait autrefois à la mise en boite des sardines pêchées dans la baie.
Mais si Cannery row et Monterey est très célèbre, ce n’est pas seulement pour ses fruits de mer, ses plages où paressent phoques et pélicans, ses eaux bleues abritant des forêts de kelp où s’égaient des loutres, ni pour le climat de la Californie, mais parce qu’il a été célébré par un des plus grands auteurs américains, John Steinbeck, et l’un de ses amis les proches, le biologiste « Ed Ricketts » (2).
« Cannery row » est également un roman de Steinbeck, que je ne saurais trop vous conseiller, que vous passiez par Monterey ou pas.
Comme beaucoup, j’ai découvert Steinbeck avec des livres tels que « Des souris et des hommes », « La perle » ou « Les raisins de la colère » et la lecture de « Cannery row » a été une surprise et une révélation.
Ce livre a été écrit dans les années 40 par Steinbeck sur la demande de soldat basés dans la région de Monterey et qui lui avait demandé un livre amusant qui ne parlait pas de la guerre. Et il s’agit d’un pari magnifiquement réussi.
« Cannery row » est un petit bijou d’humour absurde, d’une incroyable poésie (en particulier lorsqu’il décrit la vie marine, 3), plein d’une belle philosophie de vie (le bonheur réside dans le fait de se contenter de peu) :
« Look at them. There are your true philosophers. (…) In a time when people tear themselves to pieces with ambition and nervousness and covetousness, they are relaxed. All of ours o-called successful men are sick men, with bad stomachs, and bad souls, but Mack and the boys are healthy and curiously clean. They can do what they want. They can satisfy their appetites without calling them something else. »
Ce roman raconte l’histoire de la rue et de sa faune (ses prostituées, son artiste maudit, son épicier chinois, ses clodos, un monde qui n’est pas sans rappeler celui plus récent de la série « Deadwood »). Le personnage central est le « doc », un de nombreux hommages de l’auteur à son ami biologiste Ricketts à qui il dédie ce livre (« For Ed Ricketts, who knows why or should. »), un homme formidable à qui une bande de gentils vauriens décident d’organiser une fête.
Mais comme le dit si bien Steinbeck, les fêtes ont une dynamique étrange et mystérieuse, et les choses se passent rarement comme on l’imagine.
Le tout donne lieu à des situations hilarantes, absurdes (que l’on retrouve par exemple dans les romans de John Irving ou de Michael Chabon) mais auxquelles on a tellement envie de croire.
Une petite perle d’humour nonsense dans l’œuvre d’un auteur plein de surprise.
A lire sans plus attendre !
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(1) Richard Astro dans l’introduction de « The log from The sea of Cortez » de Steinbeck et Ricketts.
(2) Dans une rue parallèle à Cannery row, vous pourrez voir la statue de Ricketts à qui les habitants continues de rendre hommages en déposant une fleur dans la main.
(3) Dans un chapitre, Steinbeck décrit la plage qui borde la Hopkins Marine Station avec une poésie incroyable. Quelques 70 ans plus tard, la plage est telle qu’il l’a décrit à l’époque, avec ses lumières, ses odeurs et sa faune, comme si elle avait été dessinée selon ses ordres et avait échappé au passage du temps. Si vous passez par là, je vous conseille de braver la sécurité de la station pour aller y jeter un coup d’œil !
Permalien
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