[livre] Je n’ai pas peur de la route, faudra voir, faut qu’on y goûte…
28 12 2009Notre relation à la nourriture est basée sur le plaisir, une sophistication des sens. On en oublierait presque sa fonction première, un besoin primaire dont dépend notre survie.
Ceux qui ont un peu baroudé en dehors des sentiers battus se rappelleront avec émotions ces moments de soif ou une simple gorgée d’eau tiède semble le meilleur des nectars ou ces périodes de disette où une bouchée de fruit devient un diner gastronomique.
« Ce seront les meilleures poires que t’auras jamais goûtées, dit-il. Les meilleures. Tu vas voir. Attends. »
Essayez d’imaginer ce que serait votre vie si toute nourriture avait disparu. S’il ne vous restait que les miettes de la civilisation pour votre survie, les scories de notre vie actuelle, les déchets de l’humanité. Vivre avec le souvenir des plaisirs passés et, la faim et la peur au ventre, se battre quotidiennement pour votre absurde survie.
C’est le lot de l’homme et de l’enfant, les deux protagonistes du fantastique roman de Cormac McCarthy, « La route » (qui est maintenant adapté à l’écran avec Viggo Mortensen et devrait sortir en janvier).
Dans un futur que l’on devine proche, un cataclysme à détruit notre civilisation. Les ruines du monde sont couvertes de cendre et le ciel s’est obscurci à jamais. La planète n’est plus qu’un grand charnier. La végétation se résume à des troncs desséchés, les os sont les seuls témoins de l’existence animale. Ne restent que quelques hommes qui pour survivre sombrent dans la sauvagerie et le cannibalisme.
L’homme et l’enfant marchent sur la route, luttant pour survivre et garder leur humanité. Ils marchent vers une fin que l’on devine sombre dans un monde sans avenir.
« La route » récompensé par un prix Pulitzer en 2007 est un livre troublant. Une écriture magnifique pour une histoire métaphorique qui n’a rien à envier à Camus ou Sartre et qui bouleverse vos émotions et pénètre dans vos rêves. Le livre ultime sur la relation entre un homme et son fils. Un livre sur le sens de la vie, la responsabilité et le choix de l’humanité.
Un livre à lire en ces temps troublé où l’échec de la conférence sur le climat de Copenhague laisse présager des changements radicaux dans notre monde et où curieusement cela ne semble pas changer grand-chose à nos habitudes et nos petites fêtes de fin d’année.
« Ils mangèrent un somptueux repas aux chandelles. Du jambon et des haricots verts et de la purée de pomme de terre avec des biscuits et de la sauce. »
Peut-être que la nourriture est le bon moyen pour secouer les consciences. Imaginez un monde où chaque bouchée pourrait être la dernière.
« Prends-en un peu, Papa.
Je veux que tu boives tout.
Prends-en un peu.
Il prit la cannette et but une gorgée et rendit la cannette au petit. Bois tout, dit-il. Restons ici un moment.
C’est parce que j’en aurai jamais d’autre à boire, hein ?
C’est long jamais.
D’accord, dit le petit ».
Publié par : Owen Meany à 08:57:23Permalien
Comments : Ajouter un commentaire
Catégories : [livre]


