Michael Moore
est au film documentaire ce que JK Rowling est à la littérature pour la jeunesse. Il a su ouvrir un genre méconnu au grand public et son succès retentissant à donné des idées à d’autres.
L’idée de base est de s’attaquer à une Grande Cause (avec un grand G et un grand C) : l’origine de la violence, la propagande anti-terroriste aux USA, etc. et l’attaquer avec un mélange de bonne foi et de manipulation pour faire passer de façon convaincante et surtout très rock’n’roll, une idée ou un message. Journalistiquement, c’est très discutable mais d’un point de vue efficacité, c’est redoutable.
La même recette a été reprise récemment et avec un succès équivalent par Al Gore dans sa croisade pour une prise de conscience du phénomène de réchauffement climatique (An unconvenient truth).
Mais si la méthode semble justifiable lorsque la cause et le message sont justes, elle devient inquiétante lorsqu’elle est utilisée intelligemment pour faire passer un message plus ambigu (et dès lors pose la question de la justification de l’utilisation de méthodes partiales en général).
Le film Surplus réalisé par Erik Gandini en 2003 (voir lien ci-dessous) qui a fait grand bruit à sa sortie en Suède et qui est passé récemment sur Arte en est une belle illustration.
Sa Grande Cause est celle de la surconsommation et son corollaire : la surexploitation des ressources et l’inégalité de répartition des richesses.
Le film peut s’observer selon différents angles avec des regards totalement différents
Techniquement, c’est un petit bijou. Le montage est très original, rapide et efficace. C’est beau comme une publicité ou un clip (mais de 50 minutes quand même). La musique (qui n’est pas sans rappeler celle de Fight Club, ce qui n’est peut-être pas une coïncidence) porte littéralement le film et maintien un rythme de croisière qui ne laisse pas le temps au spectateur de souffler (penser ?) Certains effets de montage sont terriblement ingénieux, comme ce discours d’ouverture contre la surconsommation qui est progressivement noyé par les bruits des émeutes et de la violence. Les associations d’idées visuelles sont bien faites et originales, laissant parfois notre imagination vagabonder dans des endroits inattendus.
Pour faire simple, c’est terriblement efficace !
Au niveau de la structure, c’est très classique. On part de l’universel, du général, pour présenter l’idée de base (la surconsommation c’est mal, la société de consommation c’est mal, ce monde est sans avenir), pour l’illustrer par des exemples chocs (l’interview d’un personnage effrayant et charismatique, l’écrivain John Zerzan, des cas particuliers des dérives de la surconsommation : une fabrique de poupée gonflables de luxe faisant des parallèles avec le culte de l’uniformité et des apparences ; le témoignage un peu ridicule d’un jeune suédois qui démontre que l’argent ne donne pas de sens à la vie ; une alternative à la société de consommation avec le socialisme à Cuba et le témoignage d’une jeune cubaine qui a voyage en Angleterre). En chemin, on place quelques stéréotypes et images chocs et ridicules des partisants de l’autre camp (comme ce bon vieux Bush ou encore Steve Ballnerde chez Microsoft), quelques chiffres chocs (20% des habitants consomment 80% des richesses ou encore un américain consomme 30 fois plus qu’un indien) et on termine par un take-away-message.
Et c’est bien là que le bas blesse !
Soit ce film fait preuve d’une magnifique ironie (comme le laisse supposer quelques séquences, comme la reconstitution de la vie des hommes des cavernes illustrant et tournant en ridicule les propos extrémistes de John Zerzan dont la solution à la surconsommation est le retour à l’âge de pierre), soit il est une incitation à la violence et un remarquable manque de confiance en l’humanité à qui il montre bien peu de respect.
Si le film se veut ironique, c’est loin d’être évident et seule une élite pourrait éventuellement percevoir le réel message. Dès lors, on est en droit de se demander l’intérêt d’un tel film. D’autre part, ce léger parfum ironique ne pourrait être qu’un moyen de défense pour camoufler le but réel de ce film, à savoir faire passer le message qui transpire au premier degré : seule la violence et la destruction sont des solutions pour lutter contre la société de consommation.
Dans ce cas, Surplus apparaît comme une version documentaire de Fight Club avec John Zerzan débitant ses vérités à la manière de Dantec dans le rôle de Tyler Durden (en beaucoup beaucoup moins sexy, il faut le reconnaître).
Le problème est que le discours est beaucoup trop blanc/noir. La société de consommation vous abreuve de publicité et de propagande pour vous " pousser à consommer ". Vous êtes une pauvre victime impuissante et passive, que l’on " force " et c’est la " force d’inertie qui le (ce monde) fait avancer. "
Bref, vous êtes totalement dépourvu d’esprit critique ou de liberté de choix et toute la faute en revient á la société de consommation. C’est elle qui vous pousse à consommer, qui détruit la planète, etc. Vous n’avez aucune responsabilité puisque vous n’êtes que des marionnettes.
Par conséquent, la seule réponse possible est de répondre par la violence et la destruction. La seule manière de protester est d’entamer la guerre !
Je ne peux en aucun cas cautionner un tel message !
S’il est très plaisant en tant qu’outil pour une œuvre de fiction (comme dans le roman de Chuck Palaniuk), il est absolument inacceptable dans la réalité.
Il est trop facile de blâmer notre société pour nos choix. Il est trop facile de détruire plutôt que d’éduquer.
Par exemple, ne serait-il pas plus efficace d’apprendre l’esprit critique plutôt que de détruire tous les publicitaires ?
La solution ne peut pas venir de la régression et la destruction mais bien de la l’évolution vers un système viable, durable et surtout réaliste.
Il est tout à fait possible, avec un minimum d’éducation, de bon sens et d’esprit critique, de bien vivre dans la société de consommation, d’être heureux sans pour autant succomber aux mirages que l’on fait miroiter devant nos yeux. Notre meilleure arme contre ceux qui veulent nous pousser dans la mauvaise direction est la prise de conscience et la réaction individuelle, pas le cocktail molotov.
Mais comme souvent, par un procédé hyper-ironique, la leçon que l’on pourrait tirer de ce film très bien fait mais faisant passer le mauvais message, c’est que ce qui est beau, séduisant et efficace n’est pas nécessairement vrai !
Une première étape vers le développement de l’esprit critique !
Pour vous faire votre idée ou comme travaux pratiques, voir :
url= http://video.google.com/videoplay?docid=-6265290247873039570
Publié par : Owen Meany
à 12:08:40
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