[livre] Cannery row

05 02 2009

Si un jour vous avez la chance de vous rendre en Californie et que vos pas vous guide dans la région de Monterey, vous y découvrirez une rue, dans le prolongement d’ocean view avenue, appelée Cannery row. Après avoir été visiter le Monterey Bay Aquarium, probablement un des plus beaux aquariums du monde, vous irez vous promener dans la rue proprement dite, centre touristique de la ville, bordée de restaurants et de magasins de souvenirs avec ses wharfs présentant des allures de Disney land.

Si le tourisme et la civilisation a eu raison de ce qui fut autrefois le cœur bohème de la région, « an island surrounded by an encroaching society which ultimately destroy it. » (1).

Cannery row est composée de grands bâtiments, connectés entre eux par des ponts couverts et qui servait autrefois à la mise en boite des sardines pêchées dans la baie.

Mais si Cannery row et Monterey est très célèbre, ce n’est pas seulement pour ses fruits de mer, ses plages où paressent phoques et pélicans, ses eaux bleues abritant des forêts de kelp où s’égaient des loutres, ni pour le climat de la Californie, mais parce qu’il a été célébré par un des plus grands auteurs américains, John Steinbeck, et l’un de ses amis les proches, le biologiste « Ed Ricketts » (2).

« Cannery row » est également un roman de Steinbeck, que je ne saurais trop vous conseiller, que vous passiez par Monterey ou pas.

Comme beaucoup, j’ai découvert Steinbeck avec des livres tels que « Des souris et des hommes », « La perle » ou « Les raisins de la colère » et la lecture de « Cannery row » a été une surprise et une révélation.

Ce livre a été écrit dans les années 40 par Steinbeck sur la demande de soldat basés dans la région de Monterey et qui lui avait demandé un livre amusant qui ne parlait pas de la guerre. Et il s’agit d’un pari magnifiquement réussi.

« Cannery row » est un petit bijou d’humour absurde, d’une incroyable poésie (en particulier lorsqu’il décrit la vie marine, 3), plein d’une belle philosophie de vie (le bonheur réside dans le fait de se contenter de peu) :

« Look at them. There are your true philosophers. (…) In a time when people tear themselves to pieces with ambition and nervousness and covetousness, they are relaxed. All of ours o-called successful men are sick men, with bad stomachs, and bad souls, but Mack and the boys are healthy and curiously clean. They can do what they want. They can satisfy their appetites without calling them something else.  »

Ce roman raconte l’histoire de la rue et de sa faune (ses prostituées, son artiste maudit, son épicier chinois, ses clodos, un monde qui n’est pas sans rappeler celui plus récent de la série « Deadwood »). Le personnage central est le « doc », un de nombreux hommages de l’auteur à son ami biologiste Ricketts à qui il dédie ce livre (« For Ed Ricketts, who knows why or should. »), un homme formidable à qui une bande de gentils vauriens décident d’organiser une fête.

Mais comme le dit si bien Steinbeck, les fêtes ont une dynamique étrange et mystérieuse, et les choses se passent rarement comme on l’imagine.

Le tout donne lieu à des situations hilarantes, absurdes (que l’on retrouve par exemple dans les romans de John Irving ou de Michael Chabon) mais auxquelles on a tellement envie de croire.

Une petite perle d’humour nonsense dans l’œuvre d’un auteur plein de surprise.

A lire sans plus attendre !

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(1) Richard Astro dans l’introduction de « The log from The sea of Cortez » de Steinbeck et Ricketts.

(2) Dans une rue parallèle à Cannery row, vous pourrez voir la statue de Ricketts à qui les habitants continues de rendre hommages en déposant une fleur dans la main.

(3) Dans un chapitre, Steinbeck décrit la plage qui borde la Hopkins Marine Station avec une poésie incroyable. Quelques 70 ans plus tard, la plage est telle qu’il l’a décrit à l’époque, avec ses lumières, ses odeurs et sa faune, comme si elle avait été dessinée selon ses ordres et avait échappé au passage du temps. Si vous passez par là, je vous conseille de braver la sécurité de la station pour aller y jeter un coup d’œil !




[BD] Les chroniques de la lune noire

18 01 2009

Vingt ans. Il aura fallu attendre 20 ans.

Vingt ans et pas moins de 14 albums et deux dessinateurs (Olivier Ledroit pour les 5 premiers tomes remplacé haut la main par un petit nouveau, Cyril Pontet) pour qu’enfin se réalise la prophétie et arrive « La fin des temps ».

Je vous parle bien entendu de « Les chroniques de la lune noire », une aventure épique entamée en 1989 sous la plume de François Froideval, et qui vient juste d’arriver à sa conclusion en novembre 2008.

Dans un univers médiéval fantastique né des jeux de rôle dont l’auteur à une grande expérience, un héros anonyme va s’opposer à l’empire du côté de l’inquiétante lune noire dont il est le jouet à son insu. Accompagné de ses fidèles compagnons, il va progressivement acquérir de plus en plus de pouvoir jusqu’à devenir l’égal des dieux et tenir le monde dans sa main. Le dernier tome se cloture sur un faux air du « Grand pouvoir du Schninkel ».

Rien de bien excitant, me direz-vous.

Et jusque là, vous auriez bien raison.

Tout l’intérêt des « chroniques de la lune noire » réside dans ses excès. Cette série est à la BD ce que « Le seigneur des anneaux » est au cinéma (la version de Peter Jackson, pas la plus ancienne à moitié en dessin animé). Tout son charme repose dans la démesure et la surenchère.

Des planches démentielles couvrant deux pages de batailles titanesques dans lesquelles s’affrontent des centaines de guerriers de toutes races, des explosions de magie à faire pleurer Voldemort, des visions de l’enfer où les âmes arrivent en masse pour devenir les jouets des démons et de l’érotisme et du sexe incarné dans le personnage de Hellaynnea, un succube cruelle aux milles visages.

Avec « Les chroniques de la lune noire » on est bien loin des petits Tintin du passé et les petites perles de subtilité et d’intelligence qui sont aujourd’hui à la mode. On est plus proche d’une version BD du Heavy Metal, du brut, du violent, mais quelque part, de l’irrésistible. On se délecte de cette énergie primaire qui nous donne envie de nous jeter dans la mêlée, tel le chevelu dans un pogo.

Pour en savoir plus et découvrir les produits dérivés de la série (jeu vidéo, autres livres reprenant le genèse de certains personnages, des petites animations, ou encore jeux de plateau bouclant la boucle), voir : http://lalunenoire.dargaud.com/

 




[livre] Baudolino de Umberto Eco

11 01 2009

Il n’est plus nécessaire de présenter Umberto Eco, cet académique qui s’est imposé comme un auteur majeur de roman historique avec un seul roman à son actif, le brillant « Le nom de la rose » dont l’adaptation cinématographique en a fait fantasmer plus d’un (enfin, au moins un). Vingt-cinq ans après la sortie de ce premier roman remarquable et remarqué, il n’a à son actif que 5 romans dont le dernier n’est sortit qu’en 2004, « La mystérieuse flamme de la reine Loana », qui nous plonge dans un magnifique voyage dans la mémoire.

En 2000, il nous offrait « Baudolino », son quatrième roman, dans lequel il revenait au roman historique en reprenant une idée qu’il avait largement développée dans le second « Le pendule de Foucault » : il suffit parfois de croire suffisamment fort à quelque chose pour qu’elle devienne réalité.

Si dans « Le nom de la rose », il transposait au moyen-âge la structure classique du roman policier (telle qu’on la retrouve dans les livres de Conan Doyle), dans « Baudolino » il nous fait une démonstration par l’absurde que l’Histoire avec un grand H, l’histoire avec un petit et les mythes qui y sont souvent associés ne sont que des abstractions et des vues de l’esprit. Le tout est raconté avec un humour et une intelligence magnifique.

Si « Baudolino », comme les autres roman d’Eco, n’est pas de lecture facile, il est absolument truculent. On y retrouve Baudolino dans un constantinople en ruine et qui par hasard se retrouve à raconter sa vie à un historien. Une vie hors du commun puisque celui qui fut un gamin à la langue bien pendue d’un petit village sans importance s’est retrouvé au milieu des turpitudes politiques de l’Europe en devenant le fils adoptif de l’empereur Frédéric dans un XIIe siècle tourmenté.

Baudolino raconte alors sa version de l’Histoire, avec ses faits bien connu et choses plus surprenantes.

Mais, de son propre aveux, Baudolino est un menteur et si ses mensonges sont visibles en filigranes, il nous entraîne rapidement dans un délire fait de mythes à faire rougir le baron de Munchausen.

Mais derrière ces mensonges se cache une certaine idée de la vérité, la façon dont le monde était perçu à cette époque et la naissance des légendes : quête du Graal, discussion théologiques, naissance des reliques (dont rien de moins que le saint suaire, la tête de saint Jean Baptise (ou les têtes de saint Jean Baptiste) et le Graal, bien entendu).

« Oui, je le sais, ce n’est pas la vérité, mais dans une grande Histoire on peut altérer des petites vérités pour qu’en ressorte la vérité plus grande. »

Une belle réflexion haute en couleur qui nous démontre qu’en histoire (comme ailleurs), la vérité n’existe pas et qu’il faut peut être la candeur d’un grand auteur (« quelqu’un, plus menteur que Baudolino ») pour la raconter.

Un livre qui n’est pas à dévorer mais à savourer, page par page, en prenant tout son temps.




[livre] Adios Shéhérazade

08 01 2009

Putain ! Elle commence bien cette année et cette chronique si j’en juge par cet étalage gratuit de vulgarité. Mais il faut me comprendre ! Un grand Monsieur vient de s’éteindre laissant derrière lui une œuvre qui vous gardera haletant bien plus de mille et une nuits.

Il faut dire qu’il s’agissait d’un auteur américain prolifique avec plus de 90 livres à son actifs depuis 1960 dont un grand nombre ont subi des adaptations cinématographique plus ou moins réussies (plus moins que plus, pour être honnête).

Par une curieuse coïncidence, j’ai appris la triste nouvelle alors que je venais juste de m’offrir mes traditionnels deux livres du maître que je me paie à chaque retour au pays : « Pierre qui roule » écrit en 1970 et qui lance le flamboyant personnage de Dortmunter ainsi qu’un livre plus récent « Fire break » écrit en 2005 sous le pseudonyme de Richard Stark.

Vous voyez de qui je veux parler ?

Il s’agit bien entendu de Donald Westlake, alias Richard Stark, alias Tucker Coe, alias Samuel Holt, alias Edwin West, alias Curt Clark, alias Thimothy Culver, autant de pseudonymes derrière lesquels se cachait un stakanoviste à côté duquel Stephen King fait figure de fainéant.

Donald Westlake est un maître du roman noir.

Il a révolutionné le genre en y introduisant une bonne dose de nonsense. Un bel exemple est le personnage de Dortmunter, son héros favoris, sorte de cambrioleur aussi fou qu’absurde, capable du plus grand génie et de la plus grande bêtise mais assez cinglé pour se sortir des pétrins les plus fous (pour vous donner une bonne idée du personnage, voir « Payback » avec Mel Gibson inspiré d’un roman de Westlake).

Mais en 90 romans, Westlake s’est essayé à bien des genres. Le roman nonsense, délirant et d’une grande intelligence narrative (par exemple, « Adios Shéhérazade »), le polar classique, la satire sociale (par exemple, « Le couperet » qui a été adapté par Costa Gavras avec Garcia) mais il s’est aussi attaqué avec plus ou moins de succès à des mythes comme l’homme invisible (« Smoke ») ou encore la religion (« Trop humain »).

Mais le point commun à toute son œuvre reste l’humour, « comme moyen de faire naître l’émotion et la peur ».

Donald Westlake est décédé la nuit de la saint Sylvestre âgé de 75 ans mais il me reste encore bien des nuits à passer dans son univers.

Pour en savoir plus : http://www.donaldwestlake.com/




[film] Casino Royale – James Bond begins…

06 12 2008

Peu importe le format, quand il est question de super-héros, c’est toujours le récit des origines qui est le plus excitant (oui, je sais, « Dark Knight » et tout ca). James Bond ne fait pas exception à la règle.

STOP… arrêt sur image !

- Pardon ? James Bond ? Un super-héros ? Vous vous moquez de qui, Monsieur ? Il n’a aucun super pouvoir, ce minable agent secret à l’humour douteux.

PLAY…

Il est vrai que considérer James Bond comme un super-héros est sujet à discussion. C’est vrai qu’il n’a aucun super pouvoir. Quoi que… on pourrait lui trouver des points communs avec « Mystic » dans la série des X-men. Après tout, il change assez facilement de visage, d’apparence et même de styles. En 23 films, il a eu la tête de Sean Connery, George Lazenby, Roger Moore, Timothy Dalton, Pierce Brosnan, Daniel Craig et je ne vous parle même pas de la ribambelle de Bond de la première adaptation de « Casino Royale ».

De plus, si posséder un super pouvoir est la condition sine qua non pour recevoir l’étiquette « super héros », Batman peut aller se rhabiller.

STOP… arrêt sur image !

- Et là… on ne touche pas à Batman ! Je vous rappel, Mossieur, qu’il fout quand même la pâtée à Superman (par exemple, dans « The Dark Knight strikes again ») Il a au moins le pouvoir d’encaisser comme personne !

PLAY

Et pas James Bond, peut-être ?

Mais revenons à nos moutons. Si on accepte l’idée que James Bond est un super-héros…

STO…

Toi, ta gueule !

PLAY

… le récit de ses origines est « Casino Royale ». Cette histoire a été déclinée sous de nombreuses formes depuis la sortie du premier roman de Ian Flemming en 1953 : un téléfilm, un film parodique délirant avec une brochette d’acteurs incroyable et une fin à faire frémir de honte les Monty Pythons de « Sacrée Graal » (qui avait avoué avoir essayé de faire la pire fin de l’histoire du cinéma) et enfin, le film de 2006 qui a fait découvrir Daniel Craig dans le rôle du super-agent.

Ce dernier film est sans doute celui qui rend le plus hommage à l’œuvre de Flemming (qui n’a pas fait que découvrir la pénicilline… non, je déconne… c’est le Flemming way).

STOP… arrêt sur image

-…

- Oui ?

- Non, rien, pardon

- J’aime mieux cela !

PLAY

Dans le roman original, James Bond vient de gagner ses galons de double zéro, preuve qu’il est capable de tuer en mission si nécessaire. On lui confie alors la mission de se rendre dans un petit casino de la côte normande pour jouer une partie contre « le chiffre », sinistre malfrat communiste, et de le ruiner. Ainsi discrédité, il pourra être éliminé par le SMERSH. L’homme froid et sans passion va alors jouer la partie de baccara de sa vie, se faire tortuer à grand coup de tatannes dans les couilles, se découvrir un cœur pour le perdre tout aussitôt (Le roman se termine sur un magnifique « La garce est morte »).

L’adaptation de 2006 est bien entendu remise au goût du jour : courses poursuites haletantes (la scène d’ouverture est grandiose), les poussiéreux communistes sont remplacés par de très modernes trafiquants d’armes, la grise côte normande est remplacée les Bahamas et le baccara fait place à une bonne partie de poker.

Mais le personnage de James Bond est tel qu’il doit être : une machine parfaitement huilée, sans états d’âmes, manipulatrice et n’utilisant le charme qu’à dessein. Avec Daniel Craig, on est a cent lieues de l’humour de Roger Moore ou le charme de Sean Connery qui étaient bien loin du sadisme  et de l’érotisme qui teintait les romans de Flemming : « Soyez régulier, espionnez bien ou vous mourrez ».

« Casino Royale » est aux James Bond ce que « Batman begins » est aux… Batman.




[culture] George du Maurier, L’ombre et la lumière

01 10 2008

Il existe de nombreuses raisons d’écrire ou de lire une biographie.  La plus courante étant la fascination de la personne que l’on y fait vivre (même si cette personne est soi-même dans le cas de l’écriture d’une autobiographie). Tout dépend de ce que l’on espère y trouver, des anecdotes sur un personnage aimé ou détesté, des informations sur son auteur ou encore un petit reflet de soi.

Il est cependant plus rare de lire la biographie d’un individu dont on ignore tout.

C’est pourtant ce que j’ai fait en lisant « L’auteur ! L’auteur », la biographie de Henry James.

Si je me suis aujourd’hui offert « Le tour d’écrou », un des romans majeurs du maîtres, je dois confesser que je n’ai jamais lu une seule ligne de son œuvre, n’avait jamais entendu parler de ses tentatives en tant que dramaturge et qu’au mieux son nom me semblait familier.

Alors pourquoi lire sa biographie ?

Pour son auteur, bien sur !

Si David Lodge décidait demain d’écrire un livre sur la culture de la betterave, il est fort a parier que je me plongerais immédiatement dans sa lecture (ou alors que je conserverais précieusement cet ouvrage pour un moment de creux où un livre de grande qualité est requis).

David Lodge est un des auteurs majeurs de notre époque, qui ne cesse de surprendre par ses pirouettes narratives, ses changements incessants de styles et son humour, sa maîtrise du nonsense qui en font un des auteurs les plus honnêtes que j’ai jamais lu (si ce n’est pas déjà fait, lisez n’importe lequel de ses romans, par exemple « Nouvelles du paradis » ou « Changement de décors »).

Avec « L’auteur ! L’auteur ! », il se lance dans la tâche délicate de raconter une vie bien réelle en choisissant la prose, présenter une réalité sous une forme romanesque (surtout en sachant avec quel mépris Henry James considérait les biographes, détruisant une part substantielle de sa correspondance pour éviter que l’on puisse plus tard récupérer sa vie : « Je déteste penser que des gens pourraient les lire quand nous serons mort. (…) les publier, et en tirer de l’argent. Il en va ainsi à cette époque affreuse, américanisée qui est la nôtre. Il n’y a plus d’intimité qui tienne, plus de décence. Journalistes, biographes… Ce sont des parasites. »).

Malgré un début déroutant, il réussit à embarquer le lecteur dans un voyage fascinant dans la vie d’un homme en quête d’absolu  et ne récoltant au mieux qu’une reconnaissance tardive (parsemée de déception et d’une humiliation particulièrement cuisante).

Mais comme souvent dans les lectures, on se perd en chemin et dans cette biographie de Henry James, c’est un autre personnage qui m’a fait un clin d’œil, une icône du nonsense : George du Maurier.

George du Maurier, « Kiki » pour sa famille et ses amis, a été un des maîtres à penser de cet âge d’or du nonsense qu’a été le 19e siècle de l’Angleterre victorienne. Il était un des meilleurs amis de Henry James et là où James était en quête de gloire, du Maurier n’était qu’un artiste humble, plein d’humour et créatif. Si aujourd’hui le nom de James éclipse largement celui de du Maurier pratiquement tombé dans l’oubli, ce n’est pas sans une certaine ironique que de leur vivant, du Maurier connaîtra la gloire convoitée par son ami Henry et ce, presque par accident.

Né à Paris en 1834, c’est à Londres que du Maurier se fera un nom. Il se lance d’abord dans la peinture mais la perte d’un de ses yeux lui fermera à jamais la possibilité de devenir un peintre digne de ce nom. Il laissera derrière lui la vie de bohème parisienne pour devenir caricaturiste à Londres, succédant au célèbre John Leech dans le journal Punch.

Toute sa vie sera guidée par la crainte de perdre son deuxième œil et avec lui la capacité de s’exprimer à travers son art. Mais c’est sous la casquette de romancier qu’il deviendra probablement l’auteur le plus vendu et le plus lu de toute son époque (causant des sentiments contradictoires chez son ami Henry James).

Son premier roman, « Peter Ibbetson », n’a connu qu’un succès limité, mais son second livre « Trilby » dont il fit également toutes les illustrations, connaîtra un succès mondial marquant le début de cette récupération dysneyenne qui est devenu la règle aujourd’hui : des adaptations au théâtre mais aussi des chaussures, des glaces, des chapeaux, des balayettes et même des saucisses se verront étiquetées « Trilby ».

« Trilby » est l’histoire d’une jeune fille, devenue modèle nu pour les artistes, et qu’un hypnotiseur réussi à faire chanter comme un ange (alors qu’elle est dépourvue de tout talent en son absence). L’origine de son succès est quelque peu obscure et jamais du Maurier n’arrivera à renouveller son exploit. Il mourra en 1896, juste après avoir mis le point final à un second roman illustré « La martienne » qui ne connaîtra que bien peu de succès et se verra railler par les critiques.

Du maurier vivra mal sa renommée, étant le premier étonné du succès (et un peu énervé aussi puisque si le livre lui assurera une confortable fortune, ce ne sera qu’une goutte d’eau par rapport à ce qu’il aurait pu gagner s’il n’avait d’abord cédé ses droits pour 2000 livres.)

Si aujourd’hui du Maurier a laissé son empreinte dans l’inconscient collectif anglais (tout le monde sait ce qu’est un chapeau « Trilby », ce qu’est un « Svengali » du nom de l’hypnotiseur du roman ou encore l’expression « full monty » pour désigner un nu intégral), peu peuvent en retracer l’origine et son auteur. Il garde cependant une place de choix dans l’histoire du nonsense, grâce à  ses illustrations et limericks.

Un petit exemple de ses « vers nonsensiques à l’usage des familles anglaises » publiés en français dans le magasine Punch en 1877 :

« Il naquit près de Choisy-le-Roi ; Le latin lui causait de l’éffrois ; Et les mathématiques ; Lui donnaient des coliques, Et le grec l’enrhumait. Ce fut moi. »

« Il était un gendarme à Nanteuil, Qui n’avait qu’une dent et qu’un œil ; Mais cet œil solitaire ; Etait plein de mystère ; Cette dent, d’importance et d’orgueil. »

Un auteur á découvrir en filigrane dans la biographie de Lodge ou au milieu de ses pairs dans « Les dingues du nonsense » de Robert Benayoun.




[livre] L’industrie du sexe et du poisson pané

30 09 2008

On ne saura jamais qui a inspiré l’autre mais alors qu’un individu faisait l’analogie entre une tornade balayant une montagne de pièce détaché pour former miraculeusement une voiture (comme analogie à la probabilité que la vie soit apparue juste par « chance »), les shaddoks tentaient l’expérience : si les chances de créer un vaisseau spatial en lançant des pièces détachées en l’air est de une sur un milliard, il suffit de répéter le procéder 999 999 999 fois « pour rire » et obtenir son vaisseau au dernier lancer.

Il suffisait d’y penser.

Cet absurde pied de nez aux statistiques va dans le sens du fait que celui qui ment en disant en mensonge peut parfois dire la vérité.

Ainsi, il ne faut pas confondre nonsense et n’importe quoi.

Le nonsense n’est pas absence de sens (contrairement à ce que le mot peut évoquer, ce qui en soit est déjà un nonsense mais je ne vous emmerderai pas avec les fractales cette fois ci). Le nonsense, c’est ce qui ne va pas dans le même sens que les autres, même pas en contre sens.

Cela peut ressembler à du n’importe quoi mais c’est beaucoup plus que cela (propriétés émergentes, bla bla bla).

Par contre, serait-il possible que du nonsense naisse du n’importe quoi, à l’instar du menteur qui dirait parfois la vérité par mégarde ? Le nonsense pourrait-il naitre de cette tempête balayant une décharge ?

J’aime à penser que oui.

Prenez le roman d’Emmanuel Pierrat : « L’industrie du sexe et du poisson pané » (oui, j’ai encore été victime d’un achat compulsif basé sur un titre intrigant et la présence du mot « déniaisé » en quatrième de couverture, mot qui a presque autant de saveur que le « déviergé » que j’ai du croisé au détour d’une case de « Carmen Cru »).

Prenez donc ce livre, se pourrait-il qu’il contienne quelques perles de nonsense ?

Rien que la démarche a quelque chose d’absurde.

« L’industrie du sexe et du poisson pané » est calqué sur le schéma du roman érotique de gare (pour en découvrir les procédés d’écritures, je vous invite à lire l’excellent « Adios Schéhérazade » de Donald Westlake). Deux magnifiques jumelles orphelines, ayant connu trop jeune un sexe décevant et brutal, décide de quitter à 18 ans leur Bretagne natale et leur vie de pêcheuse au gros, pour explorer ce que le sexe peut leurs apporter à Paris (leur imagination ayant été titillée par leurs lectures et leurs expériences zoophilo-incestueuses). Elles débarquent dans la capitale où un lointain cousin bi-sexuel se révèle être un guide hors pair (paire ?).

Du porno super soft et un peu plus intellectualisé (avec de ci, de là, des vindictes contre les biens pensants, la prostitution, la pédophilie, ) mais qui a néanmoins du mal à choquer après le passage d’un Houellebecq qui a fait cela avec beaucoup plus de talent. Ajoutez à cela des analogies poissonnières et vous avez entre les mains le roman de Emmanuel Pierrat.

Pas de la grande littérature, parfois franchement consternant, ce roman se laisse pourtant lire « juste pour rire » et amusera ceux qui s’amusent de la sexualité jusque dans l’excès. 




[livre] Méchants pingouins !!!

09 09 2008

Mais pourquoi les pingouins prennent-ils autant de place dans la culture nonsense ?

Bon, il faut bien reconnaître que l’idée d’un oiseau incapable de voler et nageant comme un poisson a de quoi titiller le plus fervent défenseur du créationnisme (mais après tout, pourquoi est-ce que Dieu ne déconnerait-il pas de temps à autre ?), mais quand même.

C’est qu’ils sont partout ces sales bêtes ! Ce sont les ‘42’ du monde animal !

Vous ne me croyez pas ?

Dans les Monty Python’s flying circus, quel est l’animal empaillé qui explose sur la télévision de ce petit appartement anglais ? A la psychologie de qui, Robert Benchley a-t-il consacré un livre ? Dans ‘Destin tordu’ de Woody Allen, quelles sont les dernières paroles de Needleman ? Quel créature rempli les vides du cerveau de Dirk Gently, le détective holistique de Douglas Adams ? Et si le pingouin est absent des ‘Dirty Beasts’ De Roald Dahl, quel est le nom de la maison d’édition qui a publié ce livre ?

Ah ahhhh !!!

Notez que nous l’avons échappé belle. Je viens de m’offrir un livre qui nous offre une vision apocalyptique de ce que le monde aurait pu devenir si les pingouins révélaient leur personnalité démoniaque.

‘Méchants pingouins’ (1) est un livre imaginé et dessiné par Elia Anie, photographe naturaliste qui a passé une bonne partie de sa vie a étudier les pingouins aux quatre coins du monde (enfin, au moins aux coins où ils y a des pingouins…)

Ce petit recueil de dessin est édifiant !

Ces sales bêtes sont partout et répandent leur fiel dégoulinant avec une cruauté sans pareille.

Quelques exemples :

 

Ce livre possède au moins le mérite d’éclairer les dernières paroles énigmatiques de Needleman susnommé : « Non, merci, pas un pingouin, j’en ai déjà un ! »

--

(1) J’ignore si ce livre est publié en francais et quel en est le titre éventuel, je me contente d’une traduction libre de la version suédoise que je possède ‘Onda pingviner’. Notez qu’il s’agit d’un recueil de dessins sans légendes que vous pouvez dès lors vous procurer dans n’importe quelle langue.




[livre] Fantasia chez les ploucs de Charles Williams

08 09 2008

-          Catégorie ‘Littérature’

-          Je prends la main Bruce

-          Moi c’est Julien

-          OK, compris Batman (le candidat fait un clin d’œil complice à un animateur médusé)

-          TOP. Auteur américain, il publie de nombreux romans dont plusieurs seront consacrés à sa passion pour la mer et pour les voyages avant de mettre fin à ses jours…

-          BUZZ. Hemingway !

Mon Dieu, qu’il est bête ce candidat ! D’une part, il ne sait pas que Julien Lepers n’est plus Batman depuis l’arrivée de Christian Bale (on passera sous silence les autres Ersatz du ‘Dark Knight’ qui ont évolué avant et entre ces deux périodes) et d’autre part, il n’a pas lu le titre de ce texte (ce qui lui aurait évité cette humiliation publique).

L’auteur en question est sans doute beaucoup moins connu que le grand Ernest mais il a pourtant publié quelques romans clés dont en particulier un des grands classiques de l’humour noir et nonsense américain : ‘Fantasia chez les ploucs’ (une traduction quelque peu fleurie du titre original ‘The diamond bikini’).

Curieusement, je n’ai découvert cet auteur que récemment et totalement par hasard (je me suis offert ‘Calme blanc’, le roman d’où a été tiré le film du même nom qui rassemblait dans un huis clos des plus efficaces la belle Nicole Kidman avant qu’elle ne se transforme en statue de marbre, l’inquiétant XXX et le beau Billy Zane. Par la suite, je n’ai pas résisté à une recommandation de Manu de chez Slumberland à Louvain-la-Neuve dont le goût pour les bonnes choses n’est pas à démontré lorsqu’il à mis en exergue ‘Fantasia chez les ploucs’).

‘Fantasia chez les ploucs’ est une petite perle sortie en 1956 dans laquelle on retrouve le jeune narrateur, un petit gamin diablement intelligent, qui observe avec les yeux de l’innocence les arnaques organisées par son paternel et son oncle Sagamore, sorte de génie de la magouille vivant dans une petite ville de bouseux intemporelle. Le résultat est une sorte de ‘Sheriff fait moi peur’ qui aurait été co-écrit par John Irving et Woody Allen.

Le point culminant de cette histoire truculente étant une chasse à l’homme – ou plutôt une chasse à la femme – orchestrée par les deux frères dont je vous laisse apprécier l’annonce d’origine :

« RECOMPENSE

JEUNE NUDISTE

PERDUE DANS LES MARAIS !

RECOMPENSE ! $ 500. RECOMPENSE

MISS CAROLINE TCHOU-TCHOU.

 

REINE DU STRIP-TEASE

PERDUE

Cinq cents dollars de récompense à qui ramènera saine et sauve Miss Caroline Tchou-Tchou, reine du strip-tease, du ballet de bulles et de la danse du ventre, qui s’est égarée dans la brousse, aux creux d’un torrent désséché proche de la forme Noonan, à huit kilomètres au sud de la ville de Jerome, compté de Blossom.

Miss Caroline a disparu depuis dix-sept heures, mardi soir, lorsqu’elle a été surprise et attaquée par des gangsters qui ont tiré sur elle plusieurs coups de feu alors qu’elle nageait dans le lac proche, vêtue seulement d’un cache-sexe. On sait qu’elle a pu s’échapper dans le sous-bois, mais du fait qu’elle n’a pas de vêtements sur elle, sa situation ne devrait pas tarder à devenir pénible.

Signalement : Buste 92,7 cm Taille 61 cm Hanches 91,5 cm

Gagnante de trois concours de beauté, vedette de ballets aquatiques à seize ans, ex-mannequin, reine du festival aquatique en 1955, ravissante, adorable brune aux yeux bleu azur et aux cheveux noir corbeau. Dix-neuf ans. Beauté satinée tout entière délicatement dorée par le soleil. Reconnaissable à un tatouage en forme de liseron qui s’enroule autour de son sein droit avec une petite rose en son milieu.

PRIERE DE NOUS AIDER A RETROUVER CETTE JEUNE FILLE ! »

Une telle annonce ne peut que réveiller l’altruisme qui ha-bite en chacun de nous (mais comme dit l’oncle Sagamore, une petite lueur de malice dans les yeux : « Faut faire tout notre possible pour aider. ») et je vous laisse découvrir l'origine et les conséquences de cette folle histoire.

Charles Williams a écrit une suite à ce roman, ‘Aux urnes les ploucs’ dont je vous parlerai à l’occasion.

 




[livre] Les moutons Ecossais ne cassent pas de briques

22 08 2008

Si les androïdes ne rêvent pas de moutons électriques, les moutons écossais, eux, ne cassent pas de briques. C’est en tout cas ce qu’affirment Philippe Fournier et Owen Dowling dans un roman au titre qui le rend inévitable.

                Il faut dire que j’en venais á en douter de ma santé mentale. Ces derniers jours, j’ai visité de nombreuses librairies sans acheter un seul volume. Tel mon ami Dexter perdu sans son passager noir dans le nullissime Dexter in the dark de Jeff Lindsay, je m’inquiétais. Le fait que je venais de terminer les 96 caisses de livres (my precious bibliothèque) pour qu’elles partent vers la Suède qui allait devenir mon logis pour quelques années de plus pouvait passer pour une circonstance atténuante mais quand même.

                Quel bonheur de craquer devant un petit volume joliment coloré présentant un ogre la bouche grande ouverte et dévorant une fille à grand renfort de ketchup (une belle illustration de Tatjana Mai-Wyss qui n’est pas sans rappeler les dessins de Tim Burton, en particulier dans La triste fin de l’enfant huitre). Un pauvre livre perdu dans une caisse de volumes soldés.

                Sa lecture (délaissant dans la foulée les autres livres que je lis en ce moment) m’a fait découvrir que Les moutons écossais ne cassent pas de briques est un manifeste démontrant que l’humour nonsense a encore de belles heures devant lui en francophonie.

                Ce petit recueil d’histoires plus délirantes les unes que les autres rassemble de nombreux éléments clés du nonsense et des moments d’une douce absurdité qui confine au génie (1). Je ne vous parlerai pas des moutons écossais, des poissons rouges amnésiques ou des cavaliers au poney, je vais me contenter d’un exemple tiré de la nouvelle Le plan secret de Galaad, qui nous rappelle, si besoin est, que Camelot est vraiment « such a silly place » :

« - Vraiment, Lancelot, vous jouez pire que Merlin, aujourd’hui ! s’exclama-t-il.

Tout le monde éclata de rire, même les chevaux. A cet instant, il est utile d’expliquer que les chevaliers jouaient au poker sur leurs chevaux, buvaient du thé sur leurs chevaux et faisaient même le saut à l’élastique sur leurs chevaux. Et ils portaient aussi leur armure complète. ‘Il faut toujours être prêt à défendre le royaume !’, disait Arthur entre deux tasses de thé.

Un des chevaliers se demandait : ‘Défendre le royaume contre quoi ? Les bonbons qui font mal à la gorge ?’ Ce chevalier s’appelait Galaad. Et tout d’un coup, après deux mois passés à jouer au poker et à boire du thé, il se rendit compte qu’il s’ennuyait. Il finit son thé, en prenant garde de ne pas le laisser dégouliner dans son casque et dit :

- Veillez m’excuser, chaps, je crois que je vais aller à la recherche du Graal !

Plusieurs chevaliers, et aussi les chevaux (certains jouaient au poker et buvaient du thé), bredouillèrent de surprise. Le roi Arthur tomba de son cheval, ce qui emmena le chevalier Fournier à tomber du sien, ainsi que Lord Percy. Ils tombèrent tous comme des dominos blindés.

- A mon avis, continua Galaad, ce sera une aventure intéressante. C’est bon pour la santé de prendre l’air !

- Bon pour la santé ? C’est surtout plus dangereux que de se promener à cheval sans airbag ! cria Arthur. Et connaissez-vous seulement la direction du Graal ?

- Oui ! fit un cheval.

- Bof, c’est simple, dit Galaad. Un vieux sage d’Istanbul, aveugle et unijambiste, m’a donné un plan secret. D’accord, il a tendance à se coiffer d’une perruque guadeloupéenne, mais j’ai confiance en lui… »

Si cet extrait ne vous a pas convaincu, sachez qu’un des auteurs ne se lave jamais les cheveux et l’autre vénère les corn-flakes.

                Quoi qu’il en soit, ce livre aura au moins réussi le tour de force de me faire reprendre la plume dans le chaos qu’est ma vie en ce moment. Et ce n’est pas rien (« C’est pas faux ! »)

 

(1) Pour preuve, des phrases telles que « C’est un type en mobylette qui m’a ramené. Les mariages de super héros, c’est bien mais c’est crevant. » ou encore « Hélène était la plus belle fille que j’ai jamais vue. Sa barbe était blanche, petite et mignonne, ses oreilles longues et un peu pointues, son ventre gros et ferme. », très différente du « Tu me dis que tu m’aimes, tu me dis que tu n’es pas indifférent, et puis tu m’encules et tu écris cette merde ! » tiré (si j’ose dire) du génial 1974, premier volume de la tetralogie du Yorkshire de David Peace.




[livre] A tire-d’aile de Roald Dahl

31 07 2008

Il y a de nombreuses raisons qui poussent un écrivain à prendre la plume et la guerre a été le déclencheur pour nombre de grands auteurs.

Roald Dahl fait partie de ceux là.

C’est un texte, à cheval entre réalité et fiction, décrivant son expérience dans la RAF au cours de la seconde guerre mondiale qui lui fera comprendre qu’il peut vivre de l’écriture. Il se lance alors dans une carrière de noveliste produisant des œuvres provocatrices et terriblement drôle telles que Mon oncle Oswald ou encore La grande entourloupe.

Ce n’est que plus tard, alors que marqué par la mort de sa femme, et devant prendre en main seul l’éducation de ses enfants, qu’il se lance dans la littérature pour la jeunesse avec les romans qui feront sa renommées : Charlie et la chocolaterie, Le bon gros géant, Sacrées Sorcières, Mathilda, James et la grosse pêche, etc.

Si vous avez envie de découvrir les premiers balbutiements de l’auteur, il est essentiel de lire le recueil de nouvelles A tire-d’aile, compilation de texte autour des thèmes de la guerre et de l’aviation. Ce livre est particulièrement intéressant à lire à la lumière de son autobiographie Escadrille 80 (faisant suite à Moi, Boy racontant son enfance).

Dans ces récits, on découvre un écrivain en herbe, piochant abondement dans son vécu pour se faire la main et par la suite pouvoir se détacher de sa réalité pour raconter des histoires, qu’elles soient pour adultes ou pour enfant.

A tire-d’aile n’est pas son meilleur livre, mais il permettra au lecteur de comprendre un peu mieux son auteur. Un personnage touchant, entier et diablement amusant.




[livre] The beach

29 06 2008

Si un jour le hasard porte vos pas dans le village suédois de Fiskebäckskil et que par un hasard encore plus extraordinaire la boulangerie Grandströms est ouverte, vous pourrez y découvrir une petite bibliothèque portant l'inscription « Byt din bok » (« échangez votre livre »).

Vous y trouverez un échantillon de livre laissez principalement par la famille propriétaire des lieux mais aussi d'autres laissés par les nombreux touristes de passage dans la région.

La grande majorité de ces livres sont des romans en suédois.

Ce matin, on pouvait y trouver un livre d'un enfant du pays, Henning Mankell, la trilogie de la « Bicyclette bleue » (« Den Blå Cyken ») de Régine Desforges ou encore le magnifique « Gone baby gone » du génial Dennis Lehane.

Parmi les quelques rares ouvrages en anglais, se trouvait un roman d'Alex Garland, « The beach », un livre présent depuis la ré-ouverture de la boulangerie et boudé par les échangeurs de livre. Il s'y trouve encore aujourd'hui et gardera sa place sans doute encore longtemps.

Il y a quelque chose d'ironique à cette sédentarité.

En effet, « The beach » est un roman de voyage, une ode á ce tourisme bohème de la jeunesse, à cette recherche du paradis perdu et inviolé. En étant oublié dans ce village, véritable réserve naturelle du tourisme de nanti, il connaît une nouvelle humiliation après sa fade adaptation au cinéma par le pourtant créatif Danny Boyle.

Vous l'avez compris, ce petit texte est une carte, placée dans une bouteille et jetée à la mer, une mer virtuelle.

Vous avez maintenant la possibilité de retrouver ce livre et de le libérer de sa prison.

Vous pourrez alors lire un livre que j'ai lu, comprendre LE livre que j'ai lu et qui porte encore les stigmates de mon passage sous la forme de pages cornées aux endroits qui ont éveillé des émotions ou réveillé de vieux souvenirs.

« I want to do something different, and everybody wants to do something different. But we all do the same thing. » (p19)

« I felt like I'd been living there all my life. » (p. 115)

« I don't keep a travel diary. I did keep a travel diary once, and it was a big mistake. All I remember of that trip is what I bothered to write down. Everything else slipped away, as though my mind felt jilted by my reliance on pen and paper. For exactly the same reason, I don't travel with a camera. My holiday becomes snapshots and anything I forget to record is lost. Apart from that, photographs never seem to be very evocative. When I look through the albums of old travelling companions, I am always surprised how little I'm reminder of the trip.

If only there were a camera that captured smell. » (p. 201)

« As first I could see nothing but the distrurbed water and reflected moonlight from where Keay had vanished. Then, as the water settled, I began to see light below the surface. A milky glow at first that separated into thousand tiny stars, next becoming a slowly moving meteor trail behind the brightest cluster. » (p. 250)

Et cette description qui est particulièrement amusante à lire lorsque l'on traîne en Suède depuis quelques temps:

« I often picture him, trying to guess what he's doing at this moment or that. All the image resolve around him having a normal life, and loose impression of what a normal life might be in Sweden. Skiing, eating, working in an office, drinking with friend in a bar. An oak-panelled bar with moose heads and hunting trophies on the walls, for some reason. » (p. 388).

« The beach » est un pur produit de la pop culture. Une satire du routard en quête d'authenticité, cherchant l'impossible paradis perdu.

On y retrouve Richard, un bourlingueur anglais, fraîchement arrivé en Thaïlande, des images de Vietnam plein la tête, un Vietnam romantique inspiré par les nombreux films sur la guerre qui a ravagé ce pays. Il se retrouve en possession d'une carte pour un lieu mythique, la Plage. Il se lance alors, en compagnie d'un couple de Français, dans un voyage initiatique en utopie, passant de paradis en enfer, affrontant ses démons et découvrant la nature humaine à grand coup de cicatrices.

Une allégorie légère sur le tourisme avec d'audacieux détours dans la culture pop des années 70-80.

Un livre pour les amoureux de voyages. Un livre pour les trentenaires. Un livre à lire avec un petit joins au coin des lèvres. Un livre à prendre dans son sac-à-dos.

Un livre qui n'attend que vous, dans une petite boulangerie perdue sur la côte ouest de la Suède.

Si d'aventure vous vous lancez dans cette aventure, n'oubliez pas de me faire signe. Je ne suis pas bien loin.




[livre] American psycho

23 03 2008

- Vous connaissez les Bateman ? Une famille charmante. Je vous ai déjà parlé de Sean, le plus jeune, héros de Les lois de l’attraction.

- (…)

- Oui, le film… ou le livre de Bret Easton Ellis, comme vous préférez.

- (…)

- Son frère, Patrick, vit à New-York et réussit très bien. Il nous raconte ses aventures dans American Psycho.

- (…)

- Oui, le film… ou le livre de Bret Easton Ellis, comme vous préférez.

- (…)

- Bon, je vais retirer ce bâillon comme cela, vous pourrez hurler plus librement pendant que je vous raconte tout à son sujet.

[Scraaaattttttccccchhhhh]

[CHAPO]

Patrick Bateman est un jeune homme d’une bonne vingtaine d’année, vivant à New-York fin des années 80, séduisant, riche, charmant, successful dans son travail de haute finance, et dont les principales passions sont les vêtements de marque et le bon goût, les restaurants à la mode, le sport qui entretient son corps parfait, la musique pop des années 80, la drogue et l’alcool.

Je décide d’intéresser un peu le jeu en leur montrant ma nouvelle carte de visite professionnelle. Je la sors de mon nouveau portefeuille en peau de gazelle (850$ chez Barney) et la plaque sur la table, attendant les réactions.

- Qu’est-ce qui se passe, on va se faire une ligne ? demande Price, non sans intérêt.

- Ma nouvelle carte. (J’essaie de prendre l’air indifférent, mais je ne peux retenir un sourire d’orgueil.) Qu’est-ce que vous en pensez ?

- Ouah ! fait McDermott, prenant la carte et la retournant dans ses doigts, réellement impressionné. Très jolie. Jette un coup d’œil, dit-il, la tendant à Ven Patten.

- J’ai été la chercher chez l’imprimeur hier.

- Bien, la couleur, dit Van Patten, examinant la carte de près.

- C’est la teinte " os ", fais-je remarquer. Quand au caractère, il s’appelle " Silian Rail ".

- Silian Rail ? répète McDermott.

- Ouais. Pas mal, hein ?

- Elle est très chouette, Bateman, dit Van Patte, d’un air circonspect, crevant de jalousie. Mais ce n’est rien… Il tire son portefeuille et plaque une carte sur la table, à côté du cendrier. " Regarde plutôt ca. "

Nous nous penchons tous pour examiner la carte de David. Ca, c’est vraiment superbe, déclare Price, très calme. Un bref spasme de jalousie me traverse quand je note le raffinement de la teinte et la classe des caractères. Je serre les poings, tandis que Van Patten annonce, l’air suffisant : Coquille d’œuf, caractère Romains… "

Oui… mais…

Patrick Bateman nous raconte aussi par le détail les désirs de son passager noir, son monstre intérieur, comment il torture, viole, massacre ses victimes. A ses heures perdues, Patrick Bateman est un meurtrier particulièrement sadique.

" … Je prends une perceuse électrique, essayant de la lui enfoncer dans la bouche, mais elle est encore trop consciente et trouve la force de serrer les dents… "

American psycho est un récit à la première personne. Le narrateur nous plonge progressivement dans un monde violent, sanglant, qui devient rapidement insoutenable et pose la question de " où se trouve notre limite ? " ou " Que faut-il pour briser le masque de notre indifférence ? "

Comme dans le film C’est arrivé près de chez nous, le roman commence par fasciner, amuser, le lecteur se laisse porter par cette description schizophrénique de deux mondes d’apparence si différents et qui s’amalgame dans le narrateur. Mais la violence crue, froide et décrite par le menu finit par déranger jusqu’à la nausée et l’on ne sort pas de l’aventure indemne. C’est à nous que Pat Bateman s’attaque.

La méthode est particulièrement efficace dans le roman de Bret Easton Ellis alors que le film, bien que réussit, ne parvient pas à transcrire l’infâme sensation de dégoût que le livre inspire. Pour quelque chose de semblable, lui préféré un film comme Funny games qui a su aller plus loin visuellement (ou Orange mécanique en son temps).

Patrick Bateman est une allégorie vivante du monde dans lequel il évolue. Froid, égocentrique, obsédé par l’argent, vouant un véritable culte aux apparences, réduisant la culture à la pop. En devenant une machine à tuer sans pitié, il n’est qu’un reflet dans la société du succès, tuant sans état d’âme ceux qui ne peuvent rentrer dans le moule, clochards, prostituées, et autres victimes de cette guerre du pouvoir et de l’argent. Et il y a nous, lecteurs, spectateurs, citoyens, protégés dans le confort de notre vie douillette, moutons volontaires laissant la belle place aux loups et sacrifiant les agneaux pour sauver notre peau.

Pour preuve, tous ces yuppies semblent avoir le plus grand mal à se reconnaître les uns les autres, au point d’être dépersonnalisés. Patrick Bateman ne semble pas avoir d’existence propre, il en devient presque invisible, il n’a aucune substance. Il n’est qu’un fantôme parmi les autres.

Mais Patrick Bateman est avant tout un grand affabulateur. Jouant du paradoxe du menteur, recette qui a fait le succès de Le meurtre de Roger Ackroyd et de tant d’œuvre après lui, il décrit une réalité qui est la sienne, amalgamant ses fantasmes de succès et de violence à une vie beaucoup plus terne, donnant vie à cette créature atavique tapie en chacun de nous. Patrick Bateman est-il vraiment ce séducteur à la réussite fulgurante doublée du psychopathe qu’il nous décrit ? Peut-être pas. Après tout, sa folie semble absurde, invraissemblable et incohérente. Doit-on y voir un message d’espoir, comme dans cet épilogue de Orange mécanique de Burgess, ou une mise en garde ?

American psycho est un livre brillant à lire et relire, délire prophétique cauchemardesque, dont la lecture n’est peut-être pas facile mais qui ne laisse pas intact.

Et n’est-ce pas un des rôles de la littérature que de secouer nos certitudes ?




[livre] L’arc d’Éros de Dora Escrivi

16 03 2008

**MAKING OF**

C’était un dimanche matin, un dimanche de brume, un de ces jours où tout semble possible. Il faisait étrangement calme dans la maison. Par un quelconque miracle à la portée très locale, les enfants dormaient encore alors qu’il était presque sept heure.

La brume était partout.

Elle avait envahis mon esprit, conséquence habituelle de l’excès de bière et de whisky de la veille. Dehors, le fjord avait disparu. Le brouillard qui sévissait dans ma tête semblait avoir recouvert le monde.

Mais qu’importe, le café passait et dans quelques instants j’allais pouvoir comater dans mon fauteuil en attendant que le soleil se lève à nouveau.

Je repensais encore à ce miracle. Comprenez moi bien, un enfant qui dort, c’est de la chance, deux enfants qui dorment, c’est un miracle. Pour peu, je me serais mis à croire en Dieu, pensais-je en ricanants.

" bip… bip… bip… bip… bip… "

Un bruit stridant, étouffé, me tira de ma torpeur. Une alarme anti-incendie ? Un réveil ? Après quelques secondes d’investigations embrumées, je découvris la source du bruit.

Le frigo.

J’ouvris la porte en haussant les épaules.

" - Ahhh, ce n’est pas trop tôt, c’est qu’il fait noir là-dedans ! ", dit une petite voix entre le chou blanc et les condiments.

Je commençai par m’évanouir, sorte de revanche de mes cheveux courts qui refusèrent de se dresser sur ma tête.

Lorsque je repris conscience, je décidai de donner au frigo une seconde chance. Après tout, ma fille allait bientôt se réveiller et voudrait son verre de lait. Le cœur battant la chamade, j’y jetai un coup d’œil.

" Il y a quelqu’un ?, demandais-je poliment à un bocal de cornichon.

- Si tu continues comme cela, je vais le prendre mal ! ", me répondit la voix entre le brie et le bloc de parmesan.

La tentation de m’évanouir une seconde fois était terriblement forte mais mes poils me sortirent d’affaire en se mettant au garde à vous.

" Dieu ? C’est toi ? Enfin, vous ?

- Presque ! Enfin quoi ? Tu pensais que Dieu apparaîtrait dans ton frigo ? Il est beaucoup plus théâtral, tu sais ! "

La voix prévenait d’une petite bonne femme dont les traits montraient clairement que sa patience avait des limites.

" Bon alors ? Tu l’as lu mon bouquin ? ", demanda-t-elle dans un regard de reproche.

Mon cerveau fonctionnait à cent à l’heure. Enfin, là je mens un petit peu. Au mieux, il fonctionnait à dix à l’heure. Il était en régime " sortie d’école " et les cris des enfants qui jouaient résonnaient dans ma tête.

Plusieurs noms se bousculèrent dans mon crâne douloureux : Hemingway, zigzaguant entre les mines, Bret Easton Elis, habillé d’un costume huit consommes croisées et 6 voyelles de chez ‘Times New Roman’, Donald Westlake fonçant tête la première. Aucun, cependant, ne correspondait à l’image de la petite bonne femme trônant dans mon frigo en mangeant un reste de Steak and Kidney Pie.

" Pas mauvais ce truc là !

- C’est mon patron qui l’a fait ! Il est anglais.

- Tu lui diras que c’est fameux.

- Je lui expliquerai qu’un esprit a apprécié sa cuisine, dis-je ironique.

- Pas esprit, Ego !

Soudain la lumière se fit.

" Garcitude ???

- Evidemment ! "

Evidemment. Les auteurs ont tous un ego démesuré mais seule Garcitude le porte en étendard au point qu’il soit capable de prendre substance, de voyager à travers l’espace et venir me rappeler à l’ordre. La raison pour laquelle il avait pris possession de mon frigo restait cependant un mystère mais en ce moment, j’avais d’autres chats à fouetter.

Cette situation quelque peu inconfortable était la conséquence d’un de ces actes irréfléchi qui sont ma marque de fabrique. Alors que je traînais dans les paradis virtuels, croisant plusieurs fois Garcitude, j’ai pris conscience que je n’avais jamais lu aucun de ses livres. Décidant sur le champ de régler cet oubli malheureux, je lui avais envoyé un petit message.

Quelques jours plus tard, je recevais un paquet par la poste contenant un magnifique ouvrage publié aux éditions Le Manuscrit : L’arc d’Éros, par Dora Escrivi, un autre des nombreux pseudonymes de cette femme insaisissable.

J’ai reçu, j’ai lu et j’ai, enfin, apprécié. Désolé pour l’absence de rime.

Je me suis alors promis d’écrire une petite critique, aussi objective que la situation le permettait.

J’ai placé le livre tout en haut de la pile des livres a qui je voulais faire l’honneur d’un petit texte. Et puis le temps a passé. Le travail s’est fait de plus en plus accaparant (et rien n’est plus accaparant qu’une larve d’oursin ou un bras d’étoile de mer), la famille de plus en plus exigeante, ne me laissant au final que quelques minutes par jour que je consacrais plus volontiers à regarder la télévision qu’à prendre la plume.

Le roman de Garcitude a été recouvert par d’autres livres.

Mais c’était sans compter sur l’Ego-avec-un-grand-E de Garcitude et il trônait maintenant dans mon frigo.

" Qu’est-ce que tu attends ?, me dit-il (elle ?) pour me rappeler à l’ordre. Je ne me contenterai pas de ton laconique ‘J’ai bien aimé’. Je ne quitterai pas ton frigo tant que ton texte n’est pas écrit ! "

Je soupirai.


" Est-ce que je peux prendre un verre de jus d’orange avant de m’y mettre ?

- Dans tes rêves ! Au boulot ! "

J’ai fermé la porte du frigo et me suis installé devant mon ordinateur portable, une tasse de café fumante à mes côtés.

Alors que je cherchais une idée pour commencer mon texte sur L’arc d’Éros, la voix étouffée de l’Ego de Garcitude me parvint de l’intérieur du frigo.

" Bon, tu t’y mets, fainéant "

Gromelant, je me mis à taper sur le clavier :

** [livre] L’arc d’Éros par Dora Escrivi**

Quelle est la recette du succès pour un auteur ?

Un pour-cent d’inspiration et 99 pour-cent de transpiration ? L’inverse ? 99 pour-cent d’inspiration ET de transpiration ?

Malheureusement, la transpiration, l’inspiration et même le talent ne sont pas toujours des conditions suffisantes (ni même nécessaires) pour faire un succès.

Ma première impression lorsque j’ai terminé L’arc d’Éros de Dora Escrivi, c’est que ce livre avait tout pour devenir un énorme succès de librairie si on lui en donnait la chance.

Après tout, on devine derrière ce roman un histoire semblable à celle d’Anna Gavalda. Une maman enchaînée à son foyer par d’adorable petits boulets et qui utilise ses temps libres pour s’évader au moyen de l’écriture.

L’originalité de L’arc d’Éros c’est qu’il est né dans la blogosphère.

Oui, vous avez bien lu, Dora Escrivi s’est découverte un talent d’écrivain sur le net. On aura vraiment tout vu ! Un bon coup de pied au derrière à ceux qui regardent le net avec mépris.

L’auteur joue de cette ambiguïté avec un plaisir évident. Dans son roman, elle amalgame réalité (sa vie mais aussi sa vie virtuelle), personnalité (vraie mais aussi le personnage qui se cache derrière ses différents pseudonymes) et fiction dans un conte (compte ?) dans lequel elle règle ses comptes (contes ?) avec l’Amour lui-même.

Cela donne un roman léger, fluide, sorte de livre pour grands enfants, qui se dévore avec délectation.

L’histoire est basée sur une idée simple et finalement classique dans la culture nonsense. Tout commence dans un quotidien ordinaire, dans le cas présent, l’Écriveuse, une femme au foyer qui écrit sur un blogue pendant son temps libre. Et brusquement, les frontières de la réalité sont brisées par la découverte d’une autre réalité.

L’Écriveuse, de par son ego surdéveloppé, attire l’attention des dieux. Pas n’importe quels dieux, les dieux grecs version 21e siècle, sorte de version naïve et comique réfléchissant selon les canons de notre époque. Elle va devoir se préparer à les affronter, jusqu’au procès s’il le faut !

Tout cela n’est pas sans rappeler la recette utilisée par Douglas Adams dans son " Guide Galactique " ou encore la rencontre entre Dirk Gently et les dieux de l’Olympe dans " Beau comme un aéroport " dans lequel Thor réduit un aéroport en poussière suite à une de ses grosses colères dont il a le secret.

L’arc d’Éros est un livre à découvrir et à faire découvrir d’urgence. Ne serait-ce que pour pouvoir dire dans quelques années : " Dora Escrivi ? Oui je la connais bien ! Je lisais déjà ses livres avant qu’elle ne devienne le phénomène qu’elle est aujourd’hui ! "

**EPILOGUE**

" Alors, heureuse ?

- Mouais, c’est pas trop mal.

- Je vais pouvoir récupérer mon frigo, maintenant ?

- Cela dépend. Est-ce que tu as été honnête ?

- Aussi honnête que possible !

- (…)

- Est-ce que tu m’autorises juste une petite critique ? Une minuscule critique ? Sans que tu ne décides de dévorer tout mon frigo ?

- Attention, je pourrais décider d’aller faire un tour dans ton bar !!!

- Gloups

- (…)

- OK, je me lance. S’il est un truc sur lequel Garcitude devrait mettre la pédale douce, ce sont ces allusions répétées à toi, son ego. C’est la seule chose que j’ai trouvée un peu trop redondante dans ton texte. Je sais que c’est un peu sa marque de fabrique mais pour pouvoir grandir, elle devrait te garder dans sa cage.

- Tu veux qu’elle me tue ? Tu veux te débarrasser de moi ?

- Non, non ? L’Ego c’est important. Je te présenterai le mien à l’occasion, il est actuellement en train de hanter Bernard Werber pour rigoler. Mais elle devrait plus te garder pour elle. Elle a encore beaucoup de chose à offrir, continuer d’écrire comme elle le fait, avec passion et humour, mais toi, tu as fait ton temps.

- Tu crois vraiment ?

- Oui ! Elle n’a plus besoin de toi, maintenant. Elle est assez grande pour continuer toute seule !

- Je crois que tu as raison…

- Bon, on se dit adieu ?

- D’accord.

- Ce fut un réel plaisir !

- Pour moi aussi. Cela te dérange si j’emporte un peu de Surströmming avec moi ?

- Que du contraire ! Prends tout !

POUF !




[livre] Adios Sheherazade de Donald Westlake

13 03 2008

Le roman noir n’est pas nécessairement un genre littéraire que l’on associe facilement avec la culture nonsense, même si celui-ci n’est pas exempt de parodie ou de cynisme. Il est pourtant un auteur qui a décidé de révolutionner le genre en tablant sur l’excès, l’absurdité, d’humour noir et une bonne dose d’humanité dans le sens le plus honnête et par conséquent cruel du terme.

Cet auteur, c’est Donald Westlake.

Westlake est une auteur inégal mais toujours surprenant. Il excelle dans le roman noir (lire Le couperet, Le contrat ou Au pire qu’est-ce qu’on risque ou si vous êtes fainéant, voir le film Payback inspiré d’un de ses bouquins et qui donne une assez bonne vision de son humour noir) alors que ses tentatives dans d’autres genres sont plus tâtonnantes (par exemple, Smoke, une variation autour du thème de l’homme invisible ou Trop humains sur le combat entre anges et démons).

Adios Schéhérazade, publié en 1970, est certainement un excellent roman pour découvrir cet auteur. S’il n’est pas le plus représentatif, il est certainement un des plus intéressant.

Ce roman est présenté sous la forme d’un journal un peu particulier, sorte de blogue des années 70.

Le narrateur, Edwin ‘Ed’ Topliss, est auteur de roman porno à la chaîne. Il assure son train de vie en reproduisant la même recette dans des romans qu’il écrit au rythme d’un livre par mois. Douze chapitres de quinze pages qu’il doit rendre à date fixe.

De l’argent facilement gagné.

Mais pas vraiment une perspective de carrière, surtout quand on n’est pas vraiment écrivain et que la reconversion sera difficile.

Les problèmes commencent quand il se retrouve devant un ultimatum. Soit il rend son prochain livre dans les temps, soit il se retrouve sans boulot. Le livre commence à ce moment là.

Adios Schéhérazade est constitué d’une succession de chapitre de 15 pages et n’est pas loin du roman porno (version ultra-soft) qu’écrit Edwin Tipliss, calquant sa vie jusqu’à l’absurde. Il s’agit de variations, de versions alternatives d’un roman qui a du mal à voir le jour, dans lesquels s’insinue des éléments de la vie de l’auteur qui table sur le fait que pour retrouver l’inspiration, il faut continuer à écrire, même si c’est n’importe quoi.

Entre psychanalyse et crise de créativité, le ‘journal’ de Ed va devenir une étrange dépendance et s’insinuer malgré lui dans sa vie avec des conséquences inattendues.

Ce roman rappelle étrangement les livres de David Lodge de par sa manière cruelle et honnête de présenter les personnages et les astuces narratives et structurelles. Il joue astucieusement sur l’amalgame entre fiction et réalité, mélangeant le personnage et son œuvre et n’hésitant pas à impliquer le lecteur.

La réalité rattrapée par la fiction. La fiction modelant la réalité.




[livre] Le meurtre de Roger Ackroyd – 2. Contre-enquête

04 03 2008

Ce texte fait suite au texte « Le meurtre de Roger Ackroyd – 1. Enquête » consacré au célèbre roman d'Agatha Christie « Le meurtre de Roger Ackroyd »

http://owen.monblogue.branchez-vous.com/2008/03/02#162125

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Avocat: Mesdames et messieurs, distingués membres du jury, nous sommes ici réuni pour déterminer qui a vraiment tué Roger Ackroyd, réhabiliter la mémoire du Dr. Sheppard et identifié son assassin. Tous nos éléments d'enquête proviennent de la réalité fragmentaire que constitue le roman d'Agatha Christie « Le meurtre de Roger Ackroyd ». Nous vous démontrerons que le coupable désigné par Hercule Poirot est totalement absurde et n'aurait jamais tenu la route devant un tribunal et que ce dernier est un dangereux individu, peu respectable et victime de délire voire de folie.

Premier témoin – un psychologue

Avocat: Agatha Christie a écrit ce roman en 1926. C'était son sixième roman. On y retrouve le détective Hercule Poirot, à la retraite et sans son fidèle confident masochiste, le colonel Hastings. Comme à son habitude, Hercule Poirot, non sans une certaine prétention, poursuit son enquête en s'attardant sur de nombreux détails. A la fin du roman, il élabore une théorie extraordinairement compliquée (chose d'autant plus invraisemblable alors que le tueur n'a eu que quelques heures pour mettre son plan au point) et désigne le coupable : le Dr Sheppard que le lecteur pensait au dessus de tout soupçon. Pour cause, le Dr Sheppard est le narrateur de l'histoire.

Monsieur le psychologue, que pensez-vous du Dr Sheppard comme coupable. Que vous apprend le profil que vous avez tracé.

Psychologue: Le Dr Sheppard n'a pas le profil d'un meurtrier de sang froid, calculateur et manipulateur. Il est plutôt faible et timoré. J'ai beaucoup de mal à le voir dans le rôle de l'assassin de Roger Ackroyd.

Avocat: Mais pourtant, lorsque Poirot le confronte à sa théorie, il avoue le crime !

Psychologue: Il n'avoue jamais. Vous ne trouverez nulle part de réelle confession. Il se contente de ne pas nier les faits. Il ne fait que répéter ce que Poirot veut entendre.

Avocat: Son suicide n'est-il pas un aveux de culpabilité ?

Psychologie: Pas vraiment. Il pourrait y avoir de nombreuses autres explications.

Avocat: Comment expliqueriez-vous le fait qu'il ne nie pas et qu'il se suicide ? Pourquoi endosser, même par défaut, la culpabilité de ce crime et faire de lui l'un des criminels fictifs les plus célèbres de l'histoire de la littérature ?

Psychologue: Peut-être protège-t-il quelqu'un ?

Second témoin – Pierre Bayard (1)

Avocat: Vous auteur d'un essais dans lequel vous défendez l'idée que le Dr. Sheppard est innocent du meurtre de Roger Ackroyd. Comment avez-vous eu cette idée.

Pierre Bayard: Ce roman est basé sur l'idée que le narrateur est l'assassin. Si tel est le cas, le narrateur est un menteur, au moins par omission. Il joue sur le double sens et les non-dits sans son texte. Par conséquent, on est en droit de se poser la question de la vérité dans l'ensemble de ses écrits. Avec une telle clé de lecture, il est tentant de reprendre l'enquête à zéro. Surtout que la solution proposé par Poirot est pleine d'invraisemblances que je compile dans mon essais. La beauté esthétique du procédé tend á éclipser l'énigme policière et j'ai donc décidé de reprendre l'enquête à zéro.

Avocat: Mais comment pouvez-vous remettre en question les conclusions d'Agatha Christie, après tout c'est elle qui a écrit cette histoire et elle sait donc exactement où elle voulait en venir !

Pierre Bayard: Le monde d'un roman dépasse rapidement les limites imposées par son auteur. Il existe un univers entre celui de l'écrit et le celui du lecteur, une subjectivité inévitable dans laquelle les personnages peuvent prendre vie. Il y a là aussi place pour une certaine forme de délire d'interprétation.

Avocat: Selon vous, Hercules Poirot a été victime d'un délire ?

Pierre Bayard: Au moment des faits, Poirot était à la retraite. Ses comportements n'en étaient encore que plus étranges et plusieurs allusions à sa folie sont faites au cours du roman. Selon moi, il a façonné les faits pour les faire coller à sa théorie, sans tenir compte de nombreuses incohérences, faiblesses et impossibilités.

Avocat: Mais pourquoi le Dr. Sheppard n'a-t-il pas protesté face à ces accusations ?

Pierre Bayard: Il n'avait pas tous les éléments pour justifier la nécessité de tuer Roger Ackroyd et ce même s'il était le maître chanteur. Par contre, peut-être savait-il ou avait-il compris qui était le vrai meurtrier et a donc décidé de prendre la responsabilité du meurtre pour protéger le vrai coupable.

Avocat: Et selon vous, qui est le vrai coupable ?

Pierre Bayard: Sa soeur Caroline. Elle était l'élément fort de sa famille et aurait fait n'importe quoi pour protéger son frère. Elle avait le mobile, la liberté d'agir et tous les éléments pour justifier son crime. Sa personnalité est plus celle d'un assassin que celle de son frère. De plus, elle est certainement le coupable le plus improbable (à tel point que Poirot ne s'enquiert jamais de son emploi du temps au moment du meurtre), respectant ainsi la règle du genre.

Avocat: Caroline Sheppard a donc tué Roger Ackroyd ?

Pierre Bayard: Oui pour protégé son frère et le docteur Sheppard a endossé la responsabilité pour la protéger elle. C'est donc un innocent qui a trouvé la mort. Par contre, on peut dire que Hercule Poirot a commis un meurtre par interprétation en condamnant le docteur comme il l'a fait.

Troisième témoin: Agatha Christie

Avocat: Que pensez-vous de la thèse de Pierre Bayard que je viens de vous résumer.

Agatha Christie: Je la trouve très rafraîchissante ! Il est malin, le bougre.

Avocat: Mais il salit le nom d'un de vos personnage fétiche, Hercule Poirot.

Agatha Christie: Mais Hercule Poirot est un assassin. Je vous rappelle que dans « Rideau », un roman que j'avais écrit et gardé sous clé jusqu'à ma mort, Poirot tue un homme de sang froid parce qu'il le sait coupable, qu'il sait qu'il va récidiver mais ne peut prouver sa culpabilité. Poirot n'est pas parfait et peut-être que son raisonnement n'est pas toujours parfait. Il est tentant de se laisser abuser par de belles théories et d'adapter la réalité pour qu'elle y colle. Cela se retrouve dans toutes les activités humaines. Alors pourquoi pas dans mes romans ?

Avocat: Mais pouvez-vous nous confirmer que le Dr. Sheppard est bien l'assassin de Roger Ackroyd ?

Agatha Christie: Vous aimeriez bien que je vous donne une réponse simple. Un 'oui' ou un 'non', bien tranché. Mais la vie n'est jamais aussi simple. Oui, Roger Ackroyd a bien été assassiné mais le reste est libre à l'interprétation. Seul l'assassin possède la certitude de la culpabilité.

Avocat: Mais c'est vous l'auteur ! Vous savez tout !

Agatha Christie: La subjectivité du lecteur, la liberté d'interprétation est au personnage de roman ce que le libre arbitre est pour nous, un moyen de nous libérer de la destinée. Une lecon d'humilité pour l'auteur et pour Dieu lui-même.

Avocat: Mais c'est absurde !

Agatha Christie: (...)

Avocat: Que pouvez-vous nous dire de Caroline Sheppard, le coupable désigné par Monsieur bayard ?

Agatha Christie: C'est mon personnage préféré de ce roman. Elle m'a même soufflé l'idée d'un autre de mes personnages phare, Miss Marple.

La plaidoirie

Avocat: L'ensemble des faits présentés dans ce dossier montre d'une part que les éléments présentés comme preuves par Poirot étaient insuffisant pour faire condamner le Dr. Sheppard. D'autre part, les faits semblent plutôt démontrer que le coupable le plus probable est Caroline Sheppard, la soeur de l'accusé, donnant au récit une dimension beaucoup plus profonde et intéressante, transformant un meurtre glauque en un acte romantique. Hercule Poirot entraîne le lecteur dans son délire d'interprétation des faits, désignant ainsi un faux coupable et empêchant le lecteur de voir la vérité. Hercule Poirot se rend ainsi responsable de la mort d'un innocent juste pour la beauté d'une théorie. Il falsifie la vérité pour la rendre cohérente à sa vision des faits.

Le verdict

Juge: Au vu des faits, nous ne pouvons que déclarer le Dr. Sheppard non coupable. Une enquête sera rouverte pour déterminer les responsabilités de Monsieur Paton (que tous les faits désignent comme le coupable idéal), Madame Sheppard et Monsieur Poirot dont les rôles dans cette affaire sont plus que trouble. Nous remercions Monsieur Bayard pour les informations qu'il nous a fournit mais rappelons que lui aussi est soumis au délire d'interprétation. Et que sa relecture des faits, aussi séduisante soit-elle, n'en reste pas moins subjective. Il est si facile de choisir certains faits et de démontrer le bien fondé de sa théorie. Quand aux lecteurs, nous espérons qu'ils prendront un peu plus conscience de la relation délirante et subjective qu'ils peuvent entretenir avec un roman mais aussi avec la réalité.

Affaire suivante !!!

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(1) Pierre Bayard est professeur de littérature française à l'Université de Paris et l'auteur de nombreux essais sur la littérature dont l'excellent « Qui a tué Roger Ackroyd » dont ce texte est largement inspiré. Les propos qui lui sont attribués ici sont entièrement fictifs mais inspirés de son livre.




[livre] Le meurtre de Roger Ackroyd – 1. Enquête

02 03 2008

Précaution : Ce texte contient des informations qui pourraient gâcher le plaisir d'une première lecture naïve du roman célèbre d'Agatha Christie « Le meurtre de Roger Ackroyd » (1).

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Le roman policier et le roman noir ont aujourd'hui largement dépassé le cadre de la littérature de genre, pénétrant dans la Littérature-avec-un-grand-L à grand coups de poing meurtriers avec des auteurs tels que James Ellroy, Dennis Lehane qui ont su donner une réelle dimension sociale ou encore dans une certaine mesure Umberto Eco ou Iain Pears qui ont su ré-inventer un genre classique.

Le roman policier, en tant que littérature de genre, trouve son origine avec Sophocle et son Oedipe-roi (même si l'on peut arguer que la Bible comporte quelques histoires policières), premier roman qui présente une réelle structure classique de meurtre, assassin, enquêteur et enquête qui sert de trame à l'histoire jusqu'à la révélation finale. Il faudra néanmoins attendre le XIXe siècle pour que le genre connaisse sa construction formelle à partir du texte fondateur d'Edgar Alan Poe (2) et connaisse un succès énorme grâce à des auteurs tels que Arthur Conan Doyle.

Lorsqu'il est question du sous-genre de roman à énigme, un nom est souvent cité en exemple: la prolifique Agatha Christie et ses personnages de Miss Marple et Hercule Poirot.

Comme tout un chacun, je me suis plongé dans ses oeuvres dans ma jeunesse, avec comme petite particularité que je les ai lu chronologiquement dans une belle édition compilant l'intégrale de cet auteur avec de brillantes remises en contexte.

Aujourd'hui, de nombreuses années plus tard, j'ai entrepris la relecture d'un de ses classiques parmi les classiques, « Le meurtre de Roger Ackroyd », relisant un livre de la collection 'Livre de Poche' que j'ai négligé ces dernières années au profit des livres des collections Rivages ou 10/18.

« Le meurtre de Roger Ackroyd » est le sixième roman d'Agatha Christie, publié en 1926 et celui qui l'a rendu célèbre (sans pour autant faire l'unanimité, certains critiques l'accusant d'avoir trahis les règles du genre et d'avoir 'triché' (3)).

Le principe du roman a énigme est d'entraîner le lecteur dans une enquête qui se déroule pas à pas devant ses yeux. Lui sont fournit tous les indices nécessaires à la résolution de l'affaire (en général un meurtre) mais se termine inévitablement par une révélation : la découverte du coupable, de la méthode utilisée et de son mobile.

Pour être efficace, l'auteur doit donc jouer d'imagination pour garder l'effet de surprise pour la fin, cachant le véritable coupable en utilisant milles astuces. Agatha Christie était particulièrement habile à ce jeu, utilisant et inventant de nombreuses méthodes pour conserver intacte celle dissimulation: faux indices, coupable improbable, coupable évident, etc.

Dans « Le meurtre de Roger Ackroyd », livre quelque peu anachronique dans la longue série des enquêtes d'Hercule Poirot, Agatha Christie donne une grande leçon en secouant ce genre sur ses fondations.

Le coupable n'est autre que le narrateur (4)

Celui-ci relate l'enquête, remplaçant le fidèle Hastings qui joue en général le rôle de scribe des aventures de Poirot, sans jamais mentir, se contentant de quelques mensonges par omission et quelques très belles figures de style et de texte á double sens (5)

« La lettre lui avait été remise à 9 heure moins 20. Il ne l'avait toujours pas lue quand je le quittai, à 9 heure moins 10 exactement. J'hésitais un imstant sur le seuil, la main sur la poignée, et me retournai en me demandant si je n'oubliais rien. » (6)

Derrière ce tour de force qui a inspiré tant d'auteurs (7), se cache la caricature du principe de mauvaise foi du narrateur dans le roman policier. Ainsi, le narrateur, connaissant le coupable au moment de rédiger le livre, essaye par tous les moyens de tromper le lecteur pour lui laisser le plaisir de la révélation.

Mais il n'est peut-être pas inutile de revenir sur l'histoire de la mort de Roger Ackroyd.

Tout commence par le suicide de madame Ferrars, une veuve qui a assassiné son mari et victime d'un chantage. Avant de mourir, elle envoie à Roger Ackroyd, son nouvel amour, une lettre dans laquelle elle dénonce son maître chanteur. Un peu plus tard, Roger Ackroyd est retrouvé assassiné, un couteau dans le dos et Hercule Poirot, célèbre détective alors à la retraite entre en jeu. Tous les indices semblent converger vers un suspect: le fils adoptif de Ackroyd, héritier de sa considérable fortune et qui a disparu depuis le meurtre.

Au fil d'une enquête où il s'accorde á résoudre les petits problèmes de détails négligés par la police (un meuble déplacé, la couleur des chaussures de tel personnage, etc.), Poirot explique dans une de ses classiques petites mise-en-scènes qui est le véritable coupable, Le Dr Sheppard, le narrateur lui-même, et lui offre une digne porte de sortie: le suicide.

De par le succès et l'originalité de ce roman, le Dr. Sheppard est l'un des criminels les plus connus de l'histoire romanesque policière. De nombreux auteurs se sont répandus en études sur le sujet mais, jusqu'à récemment, aucun n'a jamais remis en doute la culpabilité du coupable (et ce, même si la solution de Poirot est tirée par les cheveux et pas totalement satisfaisante à de nombreux points de vue).

Et si le Dr. Sheppard était innocent ?

Et si la vraie question était « Qui a tué le Dr. Sheppard ? »

Quel nonsense, me direz-vous ! Agatha Christie, qui est quand même l'auteur de ce roman, n'a jamais mis en doute la culpabilité de Sheppard et le texte est là comme un testament.

Vraiment ?

N'y aurait-il pas un second niveau de lecture qui désignerait un coupable que l'auteur aurait caché, tel l'arbre dans la forêt, à la disposition des détectives les plus rigoureux ?

Puisque c'est du nonsense, je vous donne rendez-vous sur R42 pour un contre-enquête.

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(1) Ce roman est cependant très intéressant à lire ou relire en connaissant les faits donnés ci-dessous et montrent le coup de génie de son auteur !
(2) Pour un historique passionnant et un parallèle intéressant entre naissance du roman policier et de la psychanalyse, lire les essais de Pierre Bayard.
(3) Ce roman a fait coulé beaucoup d'encre, empiétant dans des domaines parfois surprenant. Pour en savoir plus, lire l'excellent « Qui a tué Roger Ackroyd ? » de Pierre Bayard.
(4) Elle ne reprendra cette astuce que 40 ans plus tard dans « La nuit qui n'en finit pas »
(5) Il n'existe que peu d'astuce pour vraiment bouleverser la structure narrative d'un roman. Un auteur qui est passé maître dans ce genre de chose est David Lodge, changeant de style de roman en roman (voire au sein d'un même roman), pastichant ou encore bouleversant certaines certitudes du lecteur, comme le fait que, contrairement à un film, le lecteur sait quand le livre va se terminer puisqu'il peut visualiser le nombre de pages qui lui reste. Pour un bel exemple, lire « Changement de décors »
(6) Cet extrait est un des moments classiques du livre. Le meurtre se cachant entre la première et la second phrase.
(7) S'il ne doit en rester qu'un, lire « Le cercle de la croix » de Iain Pears, qui joue habilement du jeu de la subjectivité du narrateur et du problème de l'interprétation tout en remaniant le genre policier avec encore plus de brio que Umberto Eco et son « Le nom de la rose ».




[culture/livre] 221b Baker Street

24 02 2008

Si d’aventure, étant à Londres, l’idée vous en prenait de prendre le ”tube” et de vous arrêter à la station de Baker Street, alors que vous remettez des entrailles de la terre (« Plus près de toi, mon diable, plus près de toi ! », un sentiment renforcé par une sombre pensée pour les attentats d’il y a quelques années), vous vous retrouverez face à la statue du détective le plus célèbre de tous les temps : Sherlock Holmes.

Le fait qu’il soit fictif et tout droit sortit de l’esprit torturé de Arthur Conan Doyle n’est finalement qu’un détail. Après tout, la réalité ne rattrape-t-elle pas, dit-on, la fiction ?

C’est que le personnage est séduisant sous ses faux airs de machine logique, provoquant dès sa naissance un vent de sympathie sans précédent chez les lecteurs de « Une étude en rouge ».

Rapidement, nombreux furent ceux convaincu que le détective et son fidèle docteur Watson étaient plus que des personnages de romans. Des lettres arrivaient en masse au domicile de Conan Doyle, lui demandant de transmettre les courriers à Monsieur Holmes.

Un comble pour un auteur dont les aspirations étaient bien plus hautes que d’écrire des amusettes policières et pour qui le personnage de Holmes restera une malédiction jusqu’à la naissance tardive d’une certaine forme affection. Il aura fallu en passer par une tentative de meurtre sur son héros (qui a failli réussir et n’a finalement échoué que suite à la pression des lecteurs, des éditeurs et de la M’man de Conan Doyle).

« Si je ne le tue pas, c’est lui qui me tuera ! », aurait-il dit.

Si Conan Doyle voulait laisser son nom dans l’histoire, c’était pour ses romans historiques (dont les plus connues restent celles du sympathique Brigadier Gérard, donnant une vision complexe et non manichéenne de l’épopée sanglante napoléonienne). Mais si ces romans, comme ses pièces de théâtre, ont connu un honnête succès critique de son vivant, c’est bien Sherlock Holmes qui lui aura apporté l’immortalité (1).

Lorsque vous sortez de la station de Baker Street, ne vous attendez pas à replonger dans l’époque victorienne. La rue de Baker Street n’a que bien peu à voir avec celle décrite par Conan Doyle il y a plus d’un siècle. Aujourd’hui, il s’agit d’une rue moderne, encombrée par les voitures, parsemées de ces coffee shop qui envahissent toutes les rues de la capitale.

Difficile pourtant, et passablement absurde, de résister au fantôme de Holmes (2) et de chercher sa maison au numéro 221b en remontant la rue en direction de Regent’s Park.

A l’origine, quand Conan Doyle a décider de loger son héros à cette adresse, le numéro 221b n’existait pas. La rue ne comprenait alors que 85 numéros. L’auteur avait ainsi délibérément choisit une adresse inexistante, probablement pour éviter d’éventuels troubles aux réels propriétaires (3).

Il aura fallu attendre les années 30 et le prolongement et la renumérotation de Baker Street pour que le numéro 221 voit le jour dans l’ancienne Upper Baker Street.

Rapidement, cependant, les numéros 219 à 229 sont rassemblés en une seule adresse constituant le siège de la Abbey Road Building Society, adresse qu’elle occupera jusqu’en 2002 (4).

Un abondant courrier destiné au détective et demandant souvent son aide a commencé a arriver au sein de la société, au point que celle-ci fut condamnée à engager une secrétaire uniquement pour tenir la correspondance à jour (qui a dit que l’on cessait de croire au père Noël en grandissant ?) Jouant le jeu jusqu’au bout, une plaque en cuivre, hommage à Holmes et Doyle orne le bâtiment et la société à sponsorisé la construction de la statue de bronze visible à le bouche de métro.

Aujourd’hui, comble de l’absurdité, la maison de Sherlock Holmes existe bien sur Baker Street, une sorte de reconstitution de son appartement en hommage à l’œuvre de Conan Doyle, et si elle porte la pancarte ‘221b Ltd’ (5), cette maison se situe à l’adresse 239 Baker Street.

« Elémentaire, mon cher Watson ! » (6)

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(1) Conan Doyle était un de ces auteurs d’un autre temps, de la trempe de Rudyard Kipling ou Roald Dahl. Il était médecin, était partit dans sa jeunesse sur un baleinier, a été médecin militaire pendant la guerre des Boers, s’est impliqué dans de nombreuses causes politiques et autres et a même connu quelques succès comme détective amateur. Il s’est également impliqué vers la fin de sa vie dans la défense de la cause spirite (à l’époque, les tables tournantes étaient très à la mode), parfois jusqu’au ridicule (il s’est entre autre ridiculisé en défendant la véracité d’une photo de fée). Si vous voulez en savoir plus, il est intéressant de comparer son autobiographie, Ma vie aventureuse, avec la biographie de JD Carr, La vie fantastique de Sir Arthur Conan Doyle.

(2) L’idée que les personnages de romans puissent avoir une âme est reprise dans le roman Le fantôme de Baker street de Fabrice Bourland. Il s’agit d’un livre assez inégal qui prend parfois des allures de Buffy contre les vampires mais qui reste intéressant pour l’ambiance et le fait qu’il mélange personnages réels, imaginaires et des classiques de la littérature victorienne. On y retrouve le fantôme de Sherlock Holmes hantant le 221b Baker Street et entraînant à sa suite et malgré lui tous les monstres de la littérature victorienne, De Hyde à Dorian Gray en passant par Dracula et Jack l’Eventreur (en tant que produit de l’inconscient collectif). Si le roman est très moyen, l’auteur a vraiment fait ses devoirs et les faits sont scrupuleusement respectés.

(3) Dans la première édition du Guide Galactique, Douglas Adams n’a pas pris cette peine, donnant pour le clin d’œil le numéro de téléphone d’un de ses amis. Celui-ci s’est fait alors bombarder par des coups de téléphones de fans délirants. Le numéro a été changé dans les éditions ultérieures. L’histoire ne dit pas en quoi cela a altéré l’amitié entre les deux hommes.

(4) Les experts se disputent encore sur l’existence ou non d’un vrai 221 Baker Street. Les données sont pourtant difficile à rassembler puisque qu’une bonne partie de la rue a été détruite lors du Blitz. Quelques infos sur :

http://en.wikipedia.org/wiki/221B_Baker_Street

(5) Etant illégal de mettre une fausse numérotation de la maison, les propriétaires ont créé une société bidon portant le nom de ‘221b Ltd’ qui peut être placée devant la porte.

(6) Il est amusant de noter que cette phrase que l’on prête souvent à la plume de Conan Doyle, n’est jamais apparue dans aucun des romans du maître mais est un produit de son adaptation cinématographique.




[livre] Les chiens de Riga de Henning Mankell

11 02 2008

La Suède

 

Si pour vous la Suède c’est des blondes athlétiques et légères buvant de l’aquavitt les seins nus dans un sauna brûlant, vous avez partiellement raison. Si ce genre de chose arrive deux ou trois fois par an lors des beuveries organisées (en particulier pour la fête de Midsommar), le reste du temps, force est d’avouer que la Suède, son lourd passé chargé de zones d’ombres et sa culture luthérienne, est loin d’être le pays le plus joyeux du monde.

 

« La matinée était grise et venteuse. On annonçait une tempête de neige pour la soirée. »

 

Si vous en douter, je vous invite à lire l’œuvre de l’auteur de roman noir le plus connu de Scandinavie, Henning Mankell, dont les nombreux romans ont été traduit dans la collection point (sans aucune logique chronologique rendant la tâche du lecteur rigoureux quelque peu difficile).

 

Un des plus connu est le second volume de sa longue série consacrée à Kurt Wallander, un petit inspecteur de province que l’on a découvert dans Meurtriers sans visages, est Les chiens de Riga.

 

 

 

L’histoire débute quand un canot pneumatique échoue sur une plage de Scanie avec à son bord les cadavres de deux hommes visiblement exécutés. Rapidement, l’enquête révèle des connections avec la Lettonie et Wallander va se retrouver impliqué dans une enquête tentaculaire qui l’entraînera dans un pays encore dans le chaos engendré autour de la Baltique suis à la dislocation de l’empire soviétique fin des années 90.

 

Henning Mankell fait partie de ces auteurs de roman noir à l’écriture efficace à défaut d’être réellement brillante (tout comme Lawrence Block ou Michael Connely de l’autre côté de l’Atlantique). C’est un bon conteur dont l’originalité tient dans le cadre sombre d’une Suède en pleine mutation.

 

« Je me surprends parfois à reculer devant certaines enquêtes. Trop désagréables. Trop sanglantes, trop irréelles. A l’école de police, on ne nous a jamais appris à faire face à des cadavres torturés échoués dans des canots. J’ai l’impression d’être dépassé. Et je n’ai que trente ans. »

 

Les chiens de Riga est particulièrement intéressant par son contexte et la plongée dans un monde en pleine mutation et à la merci de toutes les avidités. Les visites de Wallander à Riga donnent une image réaliste de la lutte pour la liberté dans un pays encore sous dominance politique russe et où tous les coups sont permis.

 

Beaucoup de noirceur et de tristesse, aussi, dans le personnage de Wallander, hanté par les fantômes de son couple brisé et de son mentor décédé. Un homme simple, pas vraiment un héros, très humain de par ses nombreux doutes et faiblesses.

 

Les romans de Mankell vous donneront une autre vision de la Suède moderne, un pays à la croisée de deux époques, réaliste à défaut d’être gaie.




[livre] L’épouvantail de Ronald Hugh Morrieson

16 01 2008

Ecrire.

Comme toute activité artistique, l’écriture porte sa part de mystère, à la frontière entre l’inné et l’acquis.

On peut certainement apprendre à écrire, consciemment ou non, on s’améliore avec la pratique, le style se construit au fil de la plume et de l’expérience et non pas dans les tentatives juvéniles et naïves de la construction.

J’en suis un bel exemple.

Je ne suis pas un écrivain, je n’ai pas la prétention de me présenter comme tel, ni même l’espoir d’en devenir un. Il me suffit de quelques lignes de John Irving pour comprendre la différence.

Mais ma passion pour la lectures est toujours aussi vivace. La faim dévorante liée à une peur d’une mort qui m’entraînerait loin de tous ces volumes que je ne pourrais jamais lire à laissé place à une lecture plus raffinée, plus attentive.

Rien dans mon parcours ne m’a jamais préparé à l’écriture mais toujours j’ai ressenti le désir de raconter des histoires. Il y a cinq ans, j’ai finalement écrit ma première ligne pour un blogue qui s’est enrichit aujourd’hui de centaines de textes ; quatre ans que j’ai écrit la première d’une dizaine de nouvelles; deux ans que j’ai écrit le premier jet d’un court roman, un an que j’ai co-écrit un scénario de court métrage avec un ami réalisateur.

Avec la conscience de mes limites, l’écriture est devenu une part importante de ma vie. J’écris pour moi, pour le plaisir que cela me procure, et, soyons honnêtes pour alimenter mon ego virtuel. Aujourd’hui, je termine une nouveau petit roman destiné à la jeunesse. Un petit cadeau pour mes enfants.

Dans cette perspective, certains auteurs paraissent particulièrement intéressant. Des auteurs qui sortent de nulle part avec cette étrange capacité de raconter des histoires. Certains y étaient préparés (par exemple. J.K. Rowling), d’autres sont plus mystérieux.

Ronald Hugh Morrieson, " une énigme littéraire ", fait partie de ceux là.

Publié sur le tard, alors qu’il a déjà quarante ans, il ne publiera que quatre romans et quelques nouvelles. Ses romans connaîtront un succès relatif, c’est surtout après sa mort que son travail sera reconnu, entre autre grâce au cinéma qui adaptera trois de ses livres. Aujourd’hui reconnu comme une figure phare de la littérature néo-zélandaise, de son vivant ses romans furent au mieux ignoré dans son pays, probablement suite à la description un peu trop amère, cynique et dure qu’il en donne. " Je n’y retrouve certainement pas la Nouvelle-Zélande que je connais ", avoue un critique local à la sortie du premier roman de Morrieson en 1963.

Dans L’épouvantail, son premier roman, il faut bien avouer qu’il n’y vas pas avec le dos de la cuillère. Ce roman, à mi chemin entre la nouvelle Stand by me de Stephen King pour le point de vue et les icônes du roman noir.

Parce que s’il n’a rien de policier, L’épouvantail est un vrai roman noir.

C’est au cours de la même semaine que nos poules furent volées et que Daphné Moran eut la gorge tranchée. "

Une ouverture simple et efficace très représentative du style de l’auteur, pourtant parfois surprenant dans son sens de la métaphore. Il nous entraîne alors dans l’univers de Neddy, un gamin de quatorze ans, qui va nous décrire la ville de Klynham des années trente de sa jeunesse. Curieusement, l’histoire de la pauvre Daphné Moran, aussi choquante soit-elle, reste au stade d’anecdote macabre et c’est avec toute la candeur de l’enfance que le lecteur s’enfonce dans le mystère de la mort des poules et de ses conséquences jusqu’à un dénouement prévisible mais qui n’en perd aucunement sa saveur.

Tout l’intérêt de ce roman repose dans la description de la ville et de ses habitants, une faune hétéroclite, de crasseux, d’alcooliques, de pervers, de voleurs, d’arnaqueurs et fainéants. Le tout est particulièrement drôle, très cynique tout en restant réaliste.

L’épouvantail est un voyage initiatique réalisé par un enfant à l’aube de l’adolescence découvre la différence entre la douleur, la violence, qui peut résulter de la bêtise ou de la jeunesse et le mal absolu dont les racines doivent être arrachées sans pitié.

Un livre réédité en français récemment dans la collection Rivage noir et qui vaut le coup d’œil. Un premier roman très mature d’un auteur peu prolifique qui à cinquante ans à peine, affaibli par la mort de sa mère et, à l’instar de John Kennedy Toole, des refus des éditeurs à publier ses nouveaux manuscrits.




[livre] Le Diable s’habille en Prada de Lauren Weisberger

11 01 2008

- O-wwweeeennnn ?

- Oui, Sam !

- As-tu fini Le Diable s’habille en Prada, O-wwweeeennnn ?

Tu ne souhaites pas réellement sa mort, ai-je pensé. Car si il meurt, tu perds espoir de le tuer de tes propres mains. Et ce serait dommage.

S’il est une chose que je dois avouer, c’est que j’ai réellement dévoré le best-seller récemment porté à l’écran, " **Le Diable s’habille en Prada** " de Lauren Weisberger.

Enfin, tout dépend de ce que l’on entend par ‘dévorer’. Si pour vous ‘dévorer un livre’ est synonyme de ‘lire à la vitesse de l’éclair’ alors, oui, j’ai dévoré ce livre, lisant sur la fin plus de cent pages de l’heure, un record même pour un lecteur avide comme moi.

Le Diable s’habille en Prada " était un de ces " livre à lire sur la plage " que ma tendre et douce avait acheté à notre dernière razzia en librairie. " C’est un livre pour fille, sans aucun intérêt ", m’avait-elle dit, poussant le vice jusqu’à m’annoncer clairement la couleur : " Ne perds pas ton temps à lire cela ! "

Mais bon, le livre était là, j’étais curieux, après tout c’était un phénomène de mode et je me demandais si cette mode là était justifiée par un petit quelque chose en plus. Toujours dans l’optique de nettoyer ma bibliothèque des nombreux livres non lus (dans le but avoué de les remplacer par une quantité indécente de nouveaux livres à lire), j’ai donc entamer sa lecture.

Après quelques deux cents pages, force m’était d’avouer qu’elle avait raison. Ce livre m’ennuyait au possible mais comme je suis têtu comme une mule et bête comme Homer J Simpson, j’ai néanmoins décidé d’aller jusqu’au bout. Pour abréger mon supplice (tout en étant conscient de ne plus accorder à ce roman la moindre chance), j’ai lu les trois cents dernières pages en accéléré. Mon regards bondissant de dialogues en dialogues, laissant de coté les descriptions totalement inutiles à la compréhension de l’histoire.

Pour ceux qui étaient dans le coma ces dernières années (et qui, chose totalement improbable, lit ces quelques mots à la sortie du lit), " Le Diable d’habille en Prada ", raconte l’histoire d’une jeune fille fraîchement diplômée et qui laisse de côté ses prétentions littéraires pour prendre un premier emploi de rêve comme assistante de la prêtresse de la mode, Miranda Priestly, éditrice de Runaway, LE journal sur le sujet. Il apparaît rapidement que sa patronne est totalement infecte, reflet caricatural de ce monde superficiel.

Ce roman, qui n’est que prétexte à une description caustique du monde de la mode, aurait pu donner lieu à une bonne nouvelle mais est tiré en longueur sur des centaines de pages, répétant inlassablement les mêmes caricatures, décrivant par le menu détail la descente aux enfers de la jeune Andrea (" An-dre-âââ ! ")

Si, comme moi, le monde de la mode vous inspire autant qu’un traité sur les maladies tropicales de la gencive, n’approchez pas de ce livre à moins de cent mètres. Si vous êtes légèrement curieux, je vous incite plutôt à lire " Comment se faire des ennemis " (1), l’expérience traumatisante de l’anglais Toby Young à la rédaction de Vanity Fair.

Pour sa part, Lauren Weisberg a été réellement assistante de l’éditrice Anna Wintour du magasine Vogue et on peut donc imaginer que son premier roman est un reflet de son expérience. Néanmoins, " Le Diable s’habille en Prada " n’a même pas le mérite de poser une quelconque question sur ce qu’est la mode ou, comme Toby Young l’a fait dans son roman : " Qu’est-ce qui fait la mode " ? (pour une petite réflexion sur le sujet, voir (2)).

Le phénomène " de mode " autour de ce livre me dépasse tout autant que la fascination pour la mode elle-même ou le jeu extrême des apparences. Sans doute suis-je (et ai-je toujours été) un sale plouc sans aucun sens des priorités.

Epilogue: Après avoir tourné la dernière page du roman proprement dit, l’éditeur tente de m’allécher avec un "si vous avez aimez Le Diable s’habille en Prada…" suivit d’une liste d’auteurs et surtout de romans aux titres révélateurs: Une semaine d’enfer pour tomber amouseuse de Rosie Rushton, Journal d’un coup de foudre de Sara Manning, ou encore La bande de Lisi Harrison. Il est toujours bon d’avoir une liste de livre que l’on ne doit absolument jamais lire.

  1. Pour une petite critique : http://owen.monblogue.branchez-vous.com/2004/01/25#35651
  2. Qu’est-ce qui fait la mode ? voir http://owen.monblogue.branchez-vous.com/2004/01/20#35311




[livre] L'alphabet assassin de Jean-Pierre Ghys – Part 1

09 01 2008

Il y a quelques années, je me faisais la main comme adjoint éditorial sur un site culturel lorsque ma route virtuelle à croisée celle d'un auteur qui se présentait sous le pseudonyme de Conrad. Ayant beaucoup à apprendre d'un auteur publié, j'ai réalisé son interview pour ensuite proposer un petit texte sur son expérience de l'écriture (1).

De cette expérience, nous avons gardé un intérêt l'un pour l'autre. Sans nous connaître, sans nous être jamais rencontrés, même avec l'intuition que nous étions fort différents, nous partagions quelque chose, au moins un amour des livres, de l'écriture et une envie d'évasion.

Un peu plus tard, j'eus la surprise de découvrir dans ma boite aux lettres un petit colis qui ne m'était pas seulement adressé mais également à mon pseudonyme virtuel, owen meany. Une première.

À l'intérieur, un livre. Déjà, il y avait matière à me faire plaisir.

À la première page, sous une citation prophétique, Homo homini lupus, une petite dédicace dont une phrase : « ... il te retrouvera, même au pays des mouettes les plus chouettes. »

Vous l'avez deviné, ce livre m'avait été envoyé par Conrad, alias Jean-Pierre Ghys.

Ce n'était, certes, pas le premier livre dédicacé que comptait ma bibliothèque mais c'était le premier dont l'auteur me faisait plaisir, me rappelant ces ouvrages d’Achille Chavée dédicacés à mon père, héritage d'une époque où il abreuvait la fine fleur des surréalistes belges.

Ce livre, « L'Alphabet assassin » est un recueil de 26 nouvelles, 26 femmes, 26 disparitions plus ou moins violentes. J'ai commencé par le picorer. J'avais lu quelques unes de ces nouvelles avant l'interview, maintenant, j'en lisais une à l'occasion.

Et puis, j'ai enfin décidé de le considérer plus sérieusement. Lui faire honneur en quelque sorte. Et je l'ai lu, vraiment lu, de A comme Alice à Z comme Zuhra.

Alors ? Alors ?

Comment être objectif quand on lit un livre de quelqu'un qu'on apprécie ? Comment être honnête quand on sait qu'il lira ces quelques mots ? La tâche n'est pas facile, j'espère que ces quelques mots sont aussi sincères et représentatifs que possible.

Alors ?

Alors, il sait écrire. Cela ne fait aucun doute.

« Écrire, c’est parfois aménager des souvenirs… »

C’est sur cette phrase que Jean-Pierre présente son livre et elle ne saurait mieux décrire ce recueil. Il s’agit certainement d’un livre très personnel à forte connotation autobiographique.

« L’alphabet assassin » est un voyage d’introspection. Les personnes pensent beaucoup et parlent peu. Avec un réel talent d’écrivain, Jean-Pierre Ghys nous fait partager ses démons, certains textes étant de vrais graines de grandeur (je ne citerai qu’« Alice » qui ouvre le recueil ou encore « Nicole »). Au fil des prénoms, il nous balade de pays en pays, bousculant les genres et les milieux, parfois surprenant, toujours intéressant.

Si je dois lui faire un reproche, c’est celui d’être un peu trop personnel. L’univers, qu’il développe, quoique très cohérent, en devient un petit peu redondant au fil de la lecture. S’il n’y a rien à reprocher à l’exorcisme que représente ce livre et le reflet de certaines obsessions et passions, on peut regretter la trop grande part de personnel sur l’universel et une réelle ouverture vers un questionnement social, philosophique ou autre.

Mais tous les livres ne sont pas là pour s’ouvrir sur de telles questions. « L’Alphabet assassin » est certainement un livre distrayant mais pas une lecture facile. Sans doute en cause, le vent de tristesse, de nostalgie qui plane comme une ombre sur ces nouvelles où la mort n’est finalement qu’un détail malencontreux.

Le grand mérite de ce livre, outre ses indéniables qualités littéraires, est de nous faire découvrir son auteur, un personnage intéressant que l’on retrouve en demi teinte dans la plupart des textes. Un homme qui a vécu plus d’une vie, qui a subit plus d’un retour de fortune mais qui toujours s’est remis sur ses pattes et toujours a repris la plume. Derrière la mort et la violence dont il gratifie ses personnages féminins (et je ne me risquerai pas à la simpliste interprétation qu’un freudien n’hésiterait pas à lancer et qui, j’en suis convaincu, ne correspond en rien à la pensée de l’auteur), se cache une extrême gentillesse, sans doute même excessive. Jean-Pierre apparaît comme un Peter Pan désabusé qui derrière l’improbable, l’impossible, cache une profonde naïveté et peut-être une certaine incompréhension de certains aspects du sexe qui n’a rien de faible, des malentendus qui font qu’hommes et femmes ont tant de difficultés à se comprendre. Probablement la source de tous ses maux et, j’en suis sur, de tous ses mots.

À la lecture ce livre, je devine qu’à l’image de sa prose, Jean-Pierre ne doit pas être un personnage toujours facile, mais bon Dieu, qu’il est intéressant et flamboyant. Un jour, je retrouverai le bonhomme. Nous boirons des bières toute la nuit, on parlera de tout de rien, des livres et des femmes, de nos différences que je devine nombreuses et de la passion, cette passion qui est notre moteur à tous deux.

Je lui dirai alors en face que j’aime beaucoup sa plume et que je suis persuadé d’une chose : le meilleur est encore à venir !

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(1) Le texte de cet interview est disponible ci-dessous sur:
http://owen.monblogue.branchez-vous.com/2008/01/09#157154


Pour commander ce livre (ou un autre du même auteur): http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/search/Default.aspx?source=NEUF&auteur=GHYS,%20JEAN-PIERRE




[livre] L'alphabet assassin de Jean-Pierre Ghys – part 2

09 01 2008

Voici un entretiens avec l'auteur réalisée il y a un peu plus de deux ans pour le site Parano.be

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Nombre d’entre nous sont arrivés sur parano parce que la plume les titillait. Il y avait de la lumière, on est rentrés et on est restés parce qu’on y a découvert des gens qui partageaient la même passion. Ainsi, quand le petit scientifique qui s’essaye timidement à l’écriture rencontre un gars comme Dragon-59551, cela fait des flammes.

Ce monsieur est un type comme on n’en fait plus. Écrivain publié, touche à tout, LE généraliste par excellence « perdu » dans notre société sur-spécialisée. Le département PRO est très heureux de vous faire découvrir un citoyen pas comme les autres.

Étant encore puceau de l’interview, j’ai abordé la rencontre avec toute la naïveté du monde. Nous avons donc pris rendez-vous msn, placé chacun de notre côté le même CD dans le lecteur (dans le cas présent ‘Alice & June’, le petit dernier des gentils petits gars d’Indochine) et nous avons discuté de choses et d’autres pendant 1h30 sans voir le temps passer.

Voici quelques extraits et mes impressions qui vous permettront de vous faire votre propre idée sur le bonhomme.

*** L’homme

Quand vous discutez avec Dragon, vous vous rendez compte qu’il n’est pas comme les autres. Au détour d’une remarque anodine, il vous balance « j'ai vécu 3 ans avec une milliardaire », qu’il a été « un an journaliste en presse régionale » ou encore « sonorisateur pour Christian Bécart ». Rapidement, vous découvrez qu’il a « tout fait » avec comme fil d’Ariane une quête de la créativité.

[Dragon] : ben disons que j'ai une bonne mémoire parfois, que ma vie fut de temps à autre assez chaotique, avec des expériences peu communes, toujours assez légales, mais parfois risquées...

Un vivier terrifiant pour nourrir ses histoires.

*** Le citoyen

Il avoue à propos de parano, « je suis addict », comme la plupart d’entre nous. Il vient de rentrer dans la haute administration corrompue de MED, son secteur de prédilection et porte sur le site un regard lucide.


[Dragon] Oui, beaucoup de dépressifs impressionnants, quelques fouteurs de merde, une bonne dose de branleurs et le reste [censuré pour NOTRE sécurité] mais il y a des gens très agréables à lire... Parano est un remède à beaucoup de solitudes claires ou plus subtiles!

Nous sommes quand même arrivé à la conclusion que nous restions sur parano parce que c’était un bon moyen de flatter notre égocentrisme.

*** L’auteur

Dragon est l’auteur de trois livres, deux recueils de nouvelles et une autobiographie qu’il présente comme « un travail d’analyse » ou encore « un livre à mettre à la portée de tous ceux qui croient les petites choses sans grande importance ».

[PRO] Comment est-ce que tu écris ?

[Dragon] De plus en plus, j’écris directement au clavier de mon ordi, en musique, le plus possible la nuit, des nuits entières, quand je suis en forme... Mais ça m'est arrivé de cracher mon texte à coups de bics pouraves au coin d'un bois dans ma bagnole, l'été. En général, je tiens facilement 2 ou 3 heures d'affilée en oubliant ma tasse de thé. Souvent ça part comme une fusée, puis je retravaille un peu pour la forme mais l'essentiel est dit dans le plongeon. Ma jubilation est d'écrire dans l'énergie de l'inspiration.


[PRO] Peux-tu nous en dire plus sur ton processus créatif ?


[Dragon] Un petit exemple ? « C’est là la faille Owen, tu m’a laissé des mots et posé des questions. Maintenant tout peut arriver. Tu n’as pas idée de ce que tu risques : finir comme un personnage de roman. Pas comme un prince charmant de conte de fées, non. Plutôt comme un pauvre gars qui pour un peu m’aurait fourni innocemment l’heure de son arrivée à Zaventem. Sans penser à mal, lui.
Tandis que moi, rien que pour augmenter mon exquise collection de cadavres, j’étais prêt à lui pourrir l’existence, jusque dans sa vie de famille. C’est vrai, quoi. On en a plus que pour les sérial killers, de nos jours. Alors vous pensez, un petit génocide familial en plein aéroport, il y avait de quoi me faire bander, question publicité gratuite. On en aurait parlé jusqu’en Suède. Un coup de maître !»

[PRO] (gloups)


[Dragon] Voilà. Ceci est un pur échantillon exclusif pour Parano *souriez, toi aussi Owen* de mon processus d’écriture. Une tranche de quotidien pas trop extraordinaire, une étincelle, une explosion. J’embarque les gens dans un univers parallèle. Un truc bien tordu qui n’a qu’une probabilité sur un million d’exister… mais qui pourrait arriver. Tous les jours, des gens prennent l’avion, tous les jours des types pètent des plombs. Personne n’est à l’abri. Et pour les psychodélirants profonds, ainsi que pour des raisons légales, je précise que je voue une admiration toute saine à Owen et que je n’ai nullement l’intention d’assassiner un quelconque membre de sa famille.

[PRO] Comment se passe la publication ?

[Dragon] En gros, j'écris avec un projet en tête, une idée d'ensemble puis je "meuble la pièce". Je fais des essais d'emballage du tout (couverture soit par moi soit par une amie illustratrice ou un mix). Puis c'est la proposition à la maison d'Édition qui me signe depuis quelques années, Chloé des Lys, des éditeurs « à compte d'éditeur », soit l'opposé même de l'arnaque classique du « compte d’auteur ».

*** Livres et extrait

Dragon est un auteur passionné, qui s’évade dans l’écriture, qui chasse le bonheur extatique. Il écrit comme il vit, sans concession dans un style coup de point. Son dernier recueil de nouvelles, ‘l’alphabet assassin’, est une sorte de bestiaire de «26 disparitions "non naturelles" de femmes ».

[Dragon] Ce sont des événements transformés (parfois à peine) Cela donne au livre un look "tranches de vie", un peu biographique, aussi mais nettement romancé ça et là.

Un petit extrait pour vous donner le ton :

(Extrait de Alice in « l’Alphabet Assassin »)
J’ai décidé de ne plus jamais vous parler d’elle. Alice disparaîtra de votre vie comme elle y est entrée.
Comme ça ! Sans crier gare. Peut-être pour la protéger d’un sort encore moins enviable. Allez savoir. Mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus.
Je sais, c’est très facile. Un peu trop, diront certains qui ignorent ce dont ils causent, pour la plupart. D’accord, j’ai un peu honte d’avoir ainsi « tué » Alice, ma première victime.
Je m’y ferai. Sans doute moins vite que vous, d’ailleurs.
où est le mal ? Après tout, il me fallait bien commencer.
Et pour une première fois, je trouve que c’est un assassinat modèle : propre, net et sans bavure comme il peut en arriver tous les jours près de chez vous.

*** références


Blog perso : http://ivreuniversdeslivres-de-jp.skynetblogs.be/

Commandes etc : chloe.deslys@scarlet.be

« L’Alphabet Assassin » 26 nouvelles mortelles 382 pages Éditions Chloé des lys 2005 ISBN 2-87459-116-5
« L’esthétique du Désastre » Autobiographie 291 pages Éditions Chloé des lys 2005 ISBN 2-87459-111-4
« Dernières Nouvelles des Vampires » Cycle premier 93 pages Éditions Chloé des lys 2004 Dépôt légal D/2004/8898/8




[livre] Confessions d’un homme dangereux de Chuck Barris

06 01 2008

« Peut-être qu’en terminant ces Confessions, je comprendrais pourquoi certains m’avaient crucifié avec tant de violence pour le seul fait d’avoir essayé de faire rire les gens, pendant que d’autres m’avaient glissé sous la table des médailles et des citations présidentielles pour avoir… Enfin, de toute façon, comme ma grand-mère disait toujours : ‘Allez savoir !’ »

Tels sont les mots de Chuck Barris dans le chapitre introductif de son « autobiographie non-autorisée » sortie en 1984, Confessions d’un homme dangereux.

Si vous n’avez pas lu ce livre, le nom de Chuck Barris vous est peut-être familier pour diverses raisons. La plus probable étant que vous avez vu l’adaptation de ce roman (avec le délirant Charlie Kaufman au scénario, (1)) réalisée en 2002 par George Clooney avec Sam Rockwell dans le rôle de Barris.

Mais si Chuck Barris a tenu le devant de la scène pendant de nombreuses années, c’est parce qu’il fut un des producteurs visionnaires de la télévision américaine et qu’il a ouvert plusieurs boites de Pandore qui ont donné naissance à la télévision poubelle que nous connaissons actuellement (il peut dans la foulée se vanter d’avoir donné naissance à la télé réalité).

On peut dire sans exagération que Chuck Barris a tout inventé.

Avec The dating game, il crée le concept qui sera repris dans Tournez manège (en version plus trash, (2)) ; avec The newlywed game, il invente celui de Les zamours et surtout, avec The gong show, il fait entrer dans le divertissement une bonne dose de cruauté et de voyeurisme que l’on retrouve aujourd’hui dans un nombre invraisemblable d’émission (en particulier, je penserais aux éliminatoires de Idol ou A la recherche de la nouvelle star).

C’est principalement The gong show, que Chuck Barris anime lui-même qui va faire de lui une star du grand public et lui faire hériter du surnom de roi des nuls auprès de l’intelligentsia en place. Le concept de l’émission est simple. Des gens viennent présenter leurs « « talents » » (je double les guillemets, pour preuve voir (3)) sur une émission de télévision devant un public et un jury de professionnels qui disposent d’un gong pour arrêter l’artiste en herbe si le spectacle est trop mauvais. C’est simple, bête et méchant mais l’émission remporte un énorme succès créant quelques stars éphémères en court de route comme Gene Gene the dancing machine (4), un machiniste danseur, Le comique inconnu (5) et son lot de scandales (6).

Malgré le succès et l’argent, Chuck Barris vit mal le rejet par les critiques dont il fait les frais et lorsqu’il sort Confessions d’un homme dangereux en 1984, il sort une nouvelle carte de sa manche.

Dans cette autobiographie, il dévoile une autre facette. Oui, il est un producteur d’émissions à succès mais il est également un tueur respecté de la CIA avec quelques 33 meurtres à son actif pour son pays.

Commence alors la polémique.

Chuck Barris était-il vraiment un agent secret ? ou doit on considérer son livre comme une autre Autobiographie d’un menteur (7).

Encore aujourd’hui, Barris campe sur ses positions. Il produit régulièrement des photographies venant confirmer ses dires (quelques unes, peu informatives, sont d’ailleurs présentées dans son livre). Lorsque la question est posée à la CIA, un porte parole affirme « C’est ridicule. C’est absolument faux. », mais c’est exactement ce que l’on attendrait de la CIA si c’était vrai, n’est-ce pas ?

Confessions d’un homme dangereux est un livre irrésistible, une autobiographie que l’on lit avec un petit doute quelque part au fond de l’esprit et qui vous arrachera de nombreux éclats de rire. Une petite perle d’humour nonsense écrit par un homme qui a choisit de devenir l’acteur de sa propre existence, de s’inventer une vie pour racheter celle que lui-même doit considérer comme futile.

Comme quoi, parfois les mensonges que l’on se raconte, même pour rire, en disent long sur ce que l’on est vraiment.

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(1) Kaufman, a qui l’on doit également des ovnis tels que Dans la peau de John Malkovitch (1999), Adaptation (2002) dans lequel on retrouve une influence de Confessions d’un homme dangereux et plus récemment Eternal sunshine of the spotless mind. Pour l’adaptation du livre de Barris, Kaufman, qui n’a jamais rencontré l’auteur a pris de nombreuses libertés sur l’histoire originale, appuyant sur le côté surréaliste. Ainsi, il imagine la mère de Barris le travestissant en fille ou encore son père en tueur en série. « C’est tout Charlie. Il écrit des choses fantastiques ! », répondra Barris.

(2) Avant de trouver ses marques, l’émission de Barris connu de nombreux débordements. Un petit exemple tiré d’une des premières émissions :

Jolie pom-pom girl – Célibataire numéro un, je suis très mauvaise en orthographe. Comment vous épelez ‘soulagement’ ?

Célibaraire numéro un – P-È-T-E-R.

Jolie pom-pom girl (sans sourciller) – Je vois. Célibataire numéro deux, de quelle nationalité êtes-vous ?

Célibataire numéro deux – Mon père est de Memphis, ma mère est du Brésil, je suis donc bien Mem-Bré.

Jolie pom-pom girl – Petit malin ! Célibataire numéro trois, quelle est la situation la plus drôle dans laquelle on vous ait surpris ?

Célibataire numéro trois – Avec une cravate autour de la bite.

(3) Un exemple terrifiant parmi d’innombrables disponibles sur youtube : http://fr.youtube.com/watch?v=1tQyG7wS5-M&feature=related

(4) http://fr.youtube.com/watch?v=ACpNVD5GMUw&feature=related

(5) http://fr.youtube.com/watch?v=Xj3Q9l9Ivng&feature=related

(6) Un des numéros qui a mis l’émission sur la sellette est celui de deux adolescentes venues mimer une fellation à l’aide de glaces. http://fr.youtube.com/watch?v=XxX7NXeXy-o&NR=1

(7) Du regrété Graham Chapman, un des six Monty Pythons.




[livre] Au pire, qu’est-ce qu’on risque ? de Donald Westlake

03 01 2008

Il y a des limites à ne pas dépasser !

Ainsi, lorsque le milliardaire Max Fairbanks interrompt le cambriolage de Dortmunder, un voleur professionnel, le met en joue avec un revolver et le livre à la police, personne n’y trouve rien à redire. Cela fait partie des risques du métier et Dortmunder prend la chose avec philosophie.

Mais quand Max profite de la situation, sous le coup d’une impulsion malsaine, pour lui voler la bague que le voleur porte au doigt et qu’il vient de recevoir de sa copine, il franchit la ligne rouge.

Non pas que cette bague de quatre sous aient la moindre valeur, sentimentale ou financière, mais en humiliant Dortmunder de la sorte, il fait du cambrioleur la risée de sa profession. Et c’est quelque chose qu’il ne peut supporter !

Il décide alors de s’évader et de récupérer sa bague… à n’importe quel prix et contre tout bon sens. Et lorsque l’opération devient diablement rentable et prend des allures de voyage en absurdie, Dortmunder peut alors compter sur les princes de sa profession pour réaliser quelques cambriolages de haut vol.

Au pire, qu’est-ce qu’on risque ? est un roman de Donald Westlake, auteur inégal mais capable de réel moments de grandeurs. Très à l’aise dans le genre du polar délirant (avec d’autres succès à son actif, comme Le couperet, adapté il y a quelques années au cinéma ou Le contrat alors que d’autres romans plus surréalistes comme Trop humain ou Smoke sont beaucoup moins intéressants), il nous offre un bouquin truculent, à l’ironie légère, absurde á souhait et diablement amusant qui repose en grande partie sur le personnage de Dortmunder.

Dotmunder, c’est une tête de bois, têtu comme une mule et prêt à tout, surtout du pire et du plus imprudent. Par de nombreux aspects, il m’a immédiatement fait penser au personnage de Porter, le héros de Payback interprété par Mel Gibson, et qui contre toute logique s’attaque seul au syndicat du crime dans sa totalité (en faisant une petite recherche sur imdb.com pour me rappeler le nom de Porter, j’ai découvert que ce lien n’est pas fortuit puisque le scénario du film est une adaptation d’un autre roman de Westlake). Fort de son bon droit, Dortmunder en devient invincible et faire trembler sur son socle l’empire de Max Fairbanks.

De son côté, l’inquiétant Fairbanks, l’anneau au doigt semble sombrer dans une douce folie et ignorer tous les signes qui lui indique qu’il serait temps de faire machine arrière (c’est un adepte du Yi-King).

« Il ne l’aura pas. Max contempla la bague qui lui clignait de l’œil, étincelante à son doigt. Elle était si confortable, si chaude, tellement à sa place. Ceci est mon trigramme. »

Au pire, qu’est-ce qu’on risque ? est une version polar délirante de Le seigneur des anneaux, une lutte entre deux camps pour la possession d’un anneau maléfique, entre Payback et Ocean’s eleven.

Un livre et un auteur à découvrir !




[livre] Seras-tu là ? de Guillaume Musso

30 12 2007

Dans la perspective de poursuivre l’épuration de ma bibliothèque de voyage, je me suis attaqué à Seras-tu là ? d’un écrivain, Guillaume Russo, « dont l’avenir s’annonce radieux », si on doit en croire la critique de Gala présentée en quatrième de couverture (mais comme le dit si justement ma belle, c’est quand même un peu triste de ne trouver des recension positives que dans Gala et Marie-Claire).

Avant de commencer, j’avais plusieurs raisons d’être inquiet. Ma belle, a qui on avait prêté ce livre pour une obscure raison m’en avait déconseillé la lecture. L’auteur, dont une photo est visible au dos du livre, offre le même sourire de politicien vaguement ironique de mon ami Gilles D., mon alter-égo dans l’ombre, et avec qui nous avions se projet d’écrire un roman populaire merdique à la Bernard Werber, devenir ainsi riche et célèbre, mais surtout, but ultime, nous retrouver en sa compagnie chez Pivot pour lui montrer notre cul.

Et puis, ce titre : « Seras-tu là ? »

Que celui qui ne pense pas à Marc Levy me jette la première pierre (ceux de ses autres romans qu’il a sortit au rythme de un par an, sont du même tonneau : « Et après… », « Sauve-moi »).

Mais je suis un curieux et vaguement masochiste et me suis donc lancé dans sa lecture.

L’idée de départ est aussi simple que classique. Qui n’a pas rêvé de pouvoir remonter le temps pour corriger une erreur et ainsi changer la donne ?

Ainsi, Elliott, un médecin américain, se voit offrir pour ses bonnes actions, dix petites pilules magiques par un vieil homme dans un village Cambodgien. Chaque pilule lui permet ainsi, allez savoir comment, de faire un petit voyage de quelques minutes 30 ans en arrière et ainsi de se voir jeune homme et surtout de retrouver Ilena, la femme de sa vie, morte par sa faute à cette même époque. Arrivera-t-il à changer son destin ?

Mon Dieu, j’espère que ce n’est pas contagieux, je me mets à écrire comme lui.

J’espère que non, parce que outre une écriture terriblement pauvre, ce livre est terriblement naïf et présente un monceau d’incohérences, un travail de recherche (pour éventuellement teinter cette histoire d’un brin de logique) inexistant et un suspens digne d’un épisode de Colombo. Sa vision des années 70 est stéréotypée (il était fort jeune à l’époque) et le processus narratif aussi original que ceux utilisés par un Beigbeder au plus fort de sa forme. On dirait vaguement un mauvaise copie de Didier Van Cauwelaert, mais on doit reconnaître que ce dernier sait écrire.

Le pire, c’est que je ne doute pas du succès commercial potentiel de ce roman (dont, paraît-il, un roman est déjà en cours d’adaptation).

Pourtant, le thème, classique au possible a déjà été décliné des dizaines de fois et de façon beaucoup plus subtile. S’il ne devait en rester qu’un, je choisirais probablement l’épisode Walking distance de la brillante série La quatrième dimension sortit en 1959. Cet épisode des origines, considéré comme l’un des plus personnels et l’un des plus brillants de tous ceux qui sont sortit de la plume de Rod Sterling, l’homme à la cigarette, considéré comme l’Arthur Miller des auteurs de la télévision, raconte l’histoire d’un homme de 36 ans, qui par le biais d’un jeu de miroir Carrollien, se retrouve pour un instant dans la vie de son enfance. Sans vouloir changer le passé, il décide alors de parler à l’enfant qu’il était pour lui dire de profiter de son enfance.

« I guess because we only get one chance. Maybe there’s only one summer to every customer. »

Seras-tu là ? est à cent lieue de cette poésie et de cette subtilité.

« Encore un auteur que tout le monde aura oublié dans cinq ans », comme son personnage en parlant de Stephen King. Sans doute une parole prophétique.




[livre] Mma Ramotswe, la sagesse de l’Afrique

27 12 2007

Chaque personne qui a partagé ma vie m’a laissé une marque. Ainsi, une ancienne femme de ma vie m’a fait découvrir les plaisirs du thé, ce breuvage riche et varié dont j’avais jusqu’alors l’image bien triste des infâmes thé Lipton que ma mère buvait à l’occasion et dont elle tuait les vagues arômes à grand renfort de jus de citron.

Elle a fait de moi un inconditionnel, goûtant différentes sortes de thé, le préparant avec le soin rigoureux que l’on retrouve en Angleterre. Tous les auteurs anglais semblent d’ailleurs obsédés par le thé et lui consacre quelques pages dans leurs œuvres (ne citons que Douglas Adams qui dans le recueil posthume « Fonds de tiroir » donne la recette pour préparer correctement une tasse de thé à Roald Dahl qui fait de même dans une des ses nombreuses et truculentes nouvelles).

Il peut alors sembler étrange qu’un ressortissant britannique écrive la supériorité du thé rouge sur le thé « traditionnel » mais Alexander McCall Smith n’est pas un anglais comme les autres. Grand voyageur devant l’éternel, son histoire est largement rattaché au Botswana auquel il rend un vibrant hommage dans une série de roman (dont six sont actuellement traduits en français, (1)) consacré aux aventures de Mma Precious Ramotswe, la première femme détective du Botswana.

C’est souvent en buvant une tasse de thé rouge que cette dame, à la corpulence traditionnelle, résous ses problèmes les plus épineux.

Le thé rouge est une plante poussant dans le sud de l’Afrique et utilisé en Afrique du Sud et au Bostwana comme substitut au thé. Il donne une boisson au goût puissant, très rafraîchissante et qui en outre est dépourvue de théine mais riche en antioxydants. Le thé rouge, dont je déguste une tasse fumante en écrivant ces mots, est la marque que m’a laissé Mma Ramotse.

Mais on ne lit pas des livres parce qu’ils vous initient à une forme de thé (quoi que l’on pourrait arguer que c’est beaucoup plus que ce que ne font certains romans).

Il existe de nombreuses raisons qui pourraient pousser un lecteur à découvrir le monde unique de Mma Ramotse.

On y découvre une vision positive de l’Afrique, à cent lieues de cette image misérabiliste transmise par les médias ou le cinéma (à l’exception, peut-être, du magnifique Kirikou et la sorcière). On y découvre un pays à la culture et la tradition riche que l’on pourrait aujourd’hui considérer comme désuète. Une culture basée sur le respect et la fierté, la valeur du travail et le rejet de la futilité. Mma Ramotse apparaît comme un pilier sur lequel souffle le vent du changement et du cosmopolitisme. Elle incarne les valeurs simples, le bon sens, qui peuvent conduire au bonheur.

Les romans de Alexander McCall Smith sont faussement simpliste, cachant dans les réflexions de personnages simples et attachant, de vraies réflexions sur le sens de la vie. Dans un cadre de pensée radicalement opposé à nos canons occidentaux, il nous offre une vision joyeuse de ce que pourrait être la vie si nous passions plus de temps á prendre le thé et regarder pousser les légumes.

Si les considérations du quotidiens tiennent une part importante dans les aventures de Mma Ramotswe (de plus en plus importante au fil des tomes, comme dans toutes les séries de roman où souvent le personnage et sa vie prend le pas sur le reste de l’histoire), elle n’en reste pas moins la directrice de l’Agence n°1 des Dames Détectives et doit résoudre des mystères.

Les « affaires » de Mma Ramotswe n’ont que bien peu en commun avec les affaires de Sherlock Holmes ou des détectives urbains tels que Kenzie et Genaro ou encore Mongo le magnifique. Même Miss Marple semble plongée dans l’antre du démon en comparaison. Les gens consultent Mma Ramotswe pour des affaires plus simples : enquêter sur la vraie nature d’une personne, retrouver des personnes disparues, etc. Et qui, mieux qu’une femme, peut percer le cœur des hommes et leurs vraies motivations ? Nous les pauvres hommes n’avons vraiment aucune chance.

Une vraie bouffée de fraîcheur dans la littérature policière, les aventures de Mma Ramotswe se boivent à petite gorgée, en prenant son temps et en laissant son esprit divaguer.

1. Ces romans parus dans la collection « Grands Détectives » de la maison d’édition 10 :18 sont :

- Mma Ramotse détective [déjà traité sur « vous y croyez, vous », google est ton ami]

- Les larmes de la girafe [déjà traité sur « vous y croyez, vous », google est ton ami]

- Vague à l’âme au Botswana

- Les mots perdus du Kalahari

- La vie comme elle va

- En charmante compagnie




[livre] Un homme presque parfait de Richard Russo

24 12 2007

Il existe autant de façon d'aborder un roman qu'il existe de roman.

Il y a des romans que l'on dévore sans y penser, d'autres qui requièrent toute notre attention, d'autres pour lesquels il faut vraiment faire des efforts. Ainsi, de son propre aveux, Umberto Eco a écrit les cent premières pages de son « Nom de la rose » comme une épreuve de force, sorte de test pour éprouver la foi de ses lecteurs. Un procédé quelque peu élitiste et discutable mais que l'on passe comme une marque d'extravagance bien compréhensible chez un individu d'un tel talent.

Que dire alors d'un roman de huit cents pages dont les premières 450 ne sont qu'une mise en situation ?

450 pages, pas franchement difficile à lire, mais néanmoins complexes, labyrinthiques, dans lesquelles les personnages se succèdent à un rythme effréné et les points de vue au rythme d'un claquement de doigt. Des pages d'une honnêteté rare, aussi vraies que celles sorties de la plume de David Lodge mais sans cette douce absurdité que les grands auteurs tels que John Irving arrivent à faire passer sans aucun soulèvement de sourcil. Des personnages au delà du bien ou du mal, autant de vérités personnelles.

On y découvre des personnages attachants, à la dérive dans une ville métaphorique qui vit dans un passé glorieux et un avenir prometteur, un éternel présent morne et désabusé. Le roi de ce monde est Donald « Don Sully » Sullivan, une tête de bois de soixante ans qui flotte avec panache dans un océan de malchance. Sa logeuse, une vieille dame qui parlent aux fantômes. Son meilleur ami, un doux idiot prénommé Rub. Un avocat unijambiste et alcoolique. Un patron de bar, des familles « démantibulée », des maîtresses, des maris, chacun et chacune porteurs de rêves et d'espoirs.

Tout ce petit monde rassemblé dans une petite ville anonyme bien loin du rêve américain vit sa petite vie pendant trois jours aux alentours de la fête de Thanksgiving. On découvre les personnalités, on apprend la mythologie du lieu. On partage l'inconscient collectif.

Le roman prend alors une toute autre dimension.

Fort de ce petit monde, le lecteur est alors plongé dans un tout autre livre. Du roman nostalgique, on tombe dans un délire digne du génial « Wonder Boys » de Michael Chabon ou encore les situations les plus loufoques décrites par Irving.

On devient un élément d'une dynamique qui nous dépasse et on se laisse prendre et surprendre dans une douce folie dont on ressort un grand sourire au lèvre.

Vous l'avez compris, « Un homme presque parfait » est un de ces romans touffus qui ne se résument pas. On peut au mieux décrire l'un ou l'autre personnage, essayer de rendre l'ambiance d'une scène, le thème général (une déclinaison libre autour de l'idée que « le libre arbitre n'existe pas », que les gens ne changent jamais, que l'on est le produit de ce que l'on est et de ce que l'on vit).

A la sortie de ce livre, je peux affirmer que Richard Russo est sans conteste un des écrivains américains les plus doués que je connaisse, rejoignant Irving, Chabon et Lurie, et je vais de ce pas me plonger dans ses autres oeuvres.




[livre] Cul-de-sac de Douglas Kennedy

19 12 2007

« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage », dit le poème de Joachim du Bellay, « Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux, Que des palais Romains le front audacieux ».

Elle est tentante l'invitation au voyage, surtout dans ces périodes de doute ou de remise en question. L'herbe ne semble elle pas toujours plus verte ailleurs ? Mais la fuite du quotidien n'est que rarement une solution à ses problèmes, surtout pour celui qui cherche un sens à sa vie.

C'est particulièrement vrai pour Nick Hawthorne, l'anti-héros de 'Cul de sac', le premier roman de Douglas Kennedy.

Pauvre Nick Hawthorne. Journaliste de seconde zone, il décide de couper les ponts avec sa vie sans but pour aller se retrouver dans le bush Australien, traverser seul le désert en quête d'une révélation. Rapidement il prend conscience de la naïveté de sa démarche:

« Ne laissez personne vous dire que devant tant de beauté, vos problèmes et vos états d'âme vous paraîtront soudain insignifiants. C'est du baratin. En réalité, le désert ne fait qu'aggraver vos incertitudes et la piètre estime que vous avez de vous ».

Mais bientôt, son voyage initiatique va tourner au cauchemar catastrophique lorsque sa route croise le piège de la communauté perdue de Wollanup et sa faune délirante.

Kennedy est connu pour ses grands romans américains, flirtant parfois dangereusement avec le roman de gare tout en explorant avec un certain talent la complexité de sentiments humains (un pari réussi dans l'excellent 'La poursuite du bonheur').

Dans sa bibliographie, 'Cul-de-sac' apparaît comme un ovni. Non content d'être un premier roman, 'Cul-de-sac' se distingue par un style et un genre inattendu pour cet auteur. Il est d'ailleurs présenté comme « Le polar de Douglas Kennedy » ou encore « un des meilleurs romans noirs de l'histoire du genre ».

Cette description est des plus étonnantes parce que 'Cul-de-sac' n'a pas grand chose d'un roman noir ou d'un polar. Il débute comme un roman beatnik, sorte d'hommage tardif à Jack Kerouac pour glisser dans un cauchemar à la Stephen King (que celui qui ne pense pas à 'Misery' en le lisant me jette la première pierre).

En fait, si 'Cul-de-sac' doit être placé dans une catégorie, ce serait dans celle de l'humour noir, cynique et absurde.

'Cul-de-sac' est un livre cruellement drôle. On s'amuse des malheurs du pauvre Nick, on anticipe avec un petit frisson de plaisir ses multiples mésaventures et pourtant, on éprouve de la compassion et on lui cherche une porte de sortie.

Un petit roman sympathique à lire la tête encore embrumée d'un lendemain de réveillon.




[livre] Le huit de Katerine Neville

17 12 2007

Cela fait plusieurs mois que pour diverses raisons (dans l'ordre: un nouvel enfant et un boulot de malade), j'ai délaissé les pages de ce blogue que j'alimentais presque religieusement chaque jour depuis plusieurs années.

Ce n'était pas par manque d'inspiration, j'ai continué de lire de façon vorace, aussi bien des romans que des magasines scientifiques, regarder films et séries, voyagé (dont un mois en Ecosse avec son lot d'expériences formatrices), etc.

Non, j'ai simplement du recentrer mes priorités et investir mon énergie dans ce que je considérais comme vraiment important. Le fait est que l'écriture de ce blogue (et autres activités virtuelles) ne sont que des hobby pour combler mes excès de temps libre. J'ai consacré les quelques minutes de temps libre à écrire des choses plus consistantes (dont un début de roman pour enfant et une commande de long métrage pour un ami réalisateur).

Aujourd'hui, les choses se sont un peu calmées pour une raison mystérieuse, j'ai décidé de reprendre la plume.

Il me semble difficile de reprendre les choses où je les avais laissées. Il y a à côté de mois plusieurs piles de livres lus dont je ne ferai probablement aucune chronique: la plupart des recueils de nouvelle de Roald Dahl, plusieurs enquêtes sur le meurtre d'Elisabeth « Dahlia noir » Short, une biographie de Philip Pullman, une de Radiohead ou encore une de Johnny Depp, le dernier Pennac, plusieurs Terry Pratchett, et j'en passe. C'est probablement dommage mais je suis certains que ces lectures influenceront mes prochaines petits textes.

Curieusement, le bouquin qui marque mon « retour » dans ce journal égocentrique virtuel pour lecteurs improbables n'est pas un chef d'oeuvre et cette chronique ne sera donc pas un éloge, chose plutôt rare quand on sait que je suis très bon public.

Mais, quitte a faire de digressions interminable, continuons sur cette lancée.

Je dispose d'une bibliothèque impressionnante de plusieurs milliers de volumes. Des ouvrages de référence mais une grande majorité de romans. Et je ne suis pas de ceux, dont disait Hugo (je pense), qui « possèdent une bibliothèque comme les eunuques ont un harem ». J'ai lu la plus grande partie de ces ouvrages.

Mais, pire que tout, ma bibliothèque repose depuis quelques quatre ans dans des caisses entroposées dans une cave. Lorsque je suis partit (au départ pour 15 mois) vivre sur ma petite île suédoise, j'ai du me résigner à laisser derrière moi ces compagnons pour ne prendre avec moi que les quelques volumes qui constitueraient mes futures lectures.

Le temps passe et il semblerait que je n'arrive pas à me résoudre à rejoindre le plat pays qui est censé être miens. A chaque retour au pays, je rapporte les livres lus qui rejoignent les autres dans la cave et j'en reprend une nouvelle fournée.

Je ne dispose dans ma petite maison que de quelques dizaines de livres en transit. Certains semblent pourtant devenir des résidents permanents puisque je trouve toujours quelque chose d'autre á lire.

Il y a quelques jours, j'ai décidé de faire le nettoyage par le vide et de lire ces gros volumes que dont je reportais toujours la lecture pour diverses raisons.

Le premier sur lequel j'ai porté mon choix fut « Le huit » de Katerine Neville.

La raison pour laquelle je n'avais pas encore lu ce livre était que j'avais été passablement déçu par un autre roman de cette même romancière: « Le cercle magique » (dont j'avais fait une critique peu élogieuse il y a quelques temps).

Ma motivation pour lire un autre de ses romans était proche de zéro mais le fait est que j'ai tendance à prendre des risques quand je me lance dans mes achats orgiesques de romans et que j'avais acheté les deux livres sur un coup de tête.

Bref

J'ai donc pris une grosse respiration et je me suis lancé dans la lecture des quelques mille pages de ce roman encombrant les rayons de ma modeste bibliothèque de voyage.

Et? La suite, bordel ?

Commençons par les aspects positifs. « Le huit » est un de ces romans qui se lisent sans réfléchir. Les pages défilent sans effort. Le genre de livre dont on peut dire « je l'ai dévoré », mais comme on mangerait une soupe clairette de cantine, pour se nourrir mais sans réel plaisir.

L'impression qui ressort au fil de la lecture est la mauvaise qualité, jusque dans le peu d'effort qui a été mis dans la traduction et l'édition truffée d'erreurs. Les éditeurs n'ont même pas été fichu d'écrire un résumé correct pour le quatrième de couverture, celui-ci étant truffé d'absurdités (probablement qu'eux non plus n'ont pas eu le courage de le lire avant publication).

L'histoire est digne d'un roman de Dan Brown et possède le même lot de situations absurdes et de personnages improbables. Tout y est: le mystère plongeant aux racines de l'humanité, la quête d'un graal (ici un jeu d'échec contenant un secret), les conspirations, les francs-mâcons, les roses croix, la pierre philosophale, les Atlantes, numérologie, astrologie, science, le tout à toutes les époques impliquant tous les personnages historiques auxquels vous pouvez penser.

Concrètement, cela se présente comme une partie d'échec grandeur nature qui se répète à toutes les époques depuis Charlemagne et donc les pièces sont des personnes de chair et de sang. Le lecteur est plongé dans une partie qui se déroule dans les années 70 et dont l'héroïne devient un pion malgré elle. Assassinat, voyage, aventure, amour, tous les ingrédient du bon roman de gare.

Au niveau écriture, Katerine Neville à un sens de la métaphore digne de Ken Follett (non ce n'est pas un compliment) et pousse le vice jusqu'à intégrer ses notes de bas de page dans l'histoire.

« Le huit » semble tout droit sortit de l'ordinateur imaginé par Roald Dahl et qui pourrait écrire automatiquement un roman en reprenant les règles d'un genre.

Il paraît qu'une suite est en cours d'écriture. Je ne sais pas s'il s'intitulera « Le huit II » ou « Le neuf » mais ce sera sans moi. Une chose est sure, « Le huit » va rejoindre mes autres livres dans la cave mais il ne me manquera pas.




[livre] Des amis imaginaires de Alison Lurie

18 09 2007

La paranoïa, surtout si elle est partagée, peut avoir un certain charme. "

Je me souvins d’avoir lu quelque part que la fréquence des maladies mentales parmi le personnel de certains asiles était peut-être imputable au contact forcé avec des sujets perturbés pendant des laps de temps prolongés. Autrement dit, la **paranoïa** semblait être une maladie contagieuse ; même si on ne faisait pas semblant d’en être déjà atteint, comme dans mon cas. "

Etre paranoïaque, c’est aussi succomber au doux plaisir égocentrique qui nous fait croire que l’on se trouve au centre de l’univers. Quoi de plus satisfaisant que de se dire que l’on est l’objet d’une observation constante et mystérieuse et que notre monde est construit autour de notre petite personne (même si c’est pour servir des buts qui nous dépassent).

Ainsi, j’aimerais tellement croire que le hasard qui m’a fait découvrir Alison Lurie n’en était pas un. Découvrir un nouvel auteur brillant est l’ouverture d’un nouveau monde pour un lecteur passionné, la perspective de découvrir tout un ensemble de nouveaux romans et de déchiffrer les nombreux indices laissés consciemment ou inconsciemment par l’écrivain pour comprendre son mode de pensée et de fonctionnement.

Le chemin qui m’a conduit à Alison Lurie passe par David Lodge, auteur chaudement conseillé par un de mes amis et qui avait compris que je ne pourrais résister à son humour, sa justesse et son intelligence que certains appellent cruauté. Si vous êtes amenés à lire du David Lodge en français, vous en passerez certainement par la Bibliothèque étrangère dans la collection Rivages Poche, une collection de prestige qui est certainement un gage de qualité.

Dans ma quête de nouvelles lectures, je suis très intuitif et me laisse facilement séduire par un titre, une couverture ou une première phrase percutante. Dans le cas d’Alison Lurie, c’est une conjonction géographique qui a eu raison de moi. Alors que je flânais dans une librairie, j’ai été naturellement été attiré par plusieurs romans de David Lodge présentés sur une table. Ses livres étaient entourés de nombreux ouvrages dans la même collection, principalement de deux auteurs. Vous l’avez deviné, Alison Lurie et Barbara Kingsolver. En particulier, la couverture de Des amis imaginaires de Alison Lurie m’a rappelé le merveilleux Nouvelles du paradis de Lodge et j’ai lu le quatrième de couverture.

Il y est fait allusion au monde académique central à l’œuvre de Lodge et aux aventures de sociologues héros d’une " comédie intellectuelle " et de son " humour sarcastique ". J’ai rajouté ce livre à la pile de mes futurs achats (ainsi que d’autres de l’auteur).

Je n’ai pas aujourd’hui a regretter mon choix. Des amis imaginaires est un livre aussi drôle que brillant.

On y retrouve deux sociologues, Roger Zimmern, jeune prototype de l’universitaire, et Tom McMann, brillant chercheur qui n’a pourtant plus rien publié de significatif depuis plus de 20 ans. Tous deux se lancent dans une expérience de terrain : infiltrer un petit groupe fermé d’illuminé d’une petite ville qui sont persuadés recevoir des messages d’intelligences supérieures venant d’une autre planète. Leur objectif est de tester l’hypothèse selon laquelle dans un groupe fermé, l’opposition ne fait que renforcer la structure sociale. En gros, si un fait vient contredire leurs croyances délirantes, plutôt que de détruire le groupe il ne fait que le renforcer en s’intégrant à leur mythologie.

Mais nos chercheurs ne sont pas au bout de leurs peines. Ils ont, en effet, négligé deux aspects important inhérent à toute recherche scientifique : l’observation influence l’expérience mais également que l’expérience transforme l’observateur. Aucune recherche n’est totalement dépouillée des considérations et préoccupations de ceux qui la font et bien souvent, le chercheur ne fait que projeter ses désirs et ses croyances dans son interprétations de faits (pouvant même aller jusqu’à la manipulations des faits pour défendre ses croyances).

Derrière cette histoire à l’humour tellement anglais et frisant le nonsense, se cache une réflexion sociologique brillante qui présente les interactions entre l’observation, l’objet, les observations et les théories avec une intelligence rare. Des thèmes encore tellement d’actualité en sociologie des sciences (avec des gens comme Latour ou Steingers) mais qui sont présentés ici de manière simple et amusante. De la toute grande vulgarisation. La science au service de la littérature et de la littérature au service de la science.

Un petit voyage au pays de la paranoïa, de la folie individuelle et collective.




[culture] Spider Pig

13 08 2007

Spider pig spider pig

does whatever spider pig does

can he swing from a web?

no he can't he's a pig

look out he is a spider pig (1)

Je n'ai pas pu résister à l'appel des Simpson et si, comme Homer le dit si bien dans l'introduction du film, je ne suis qu'une andouille de payer une place de cinéma pour un truc que je pourrais voir à la télévision, je dois avouer que j'en ai eu pour mon argent.

Non pas que « Les Simpsons The Movies » soit une réelle perle cinématographique, il ne vaut ni plus ni moins qu'un autre épisode des Simpson (ce qui en soit est déjà excellent), mais il contient quelques scènes absolument délirantes qui valaient le déplacement.

En particulier, je pense que je ne me lasserai jamais de sa chanson « Spider Pig » qui ne me quitte plus depuis plusieurs heures et me fait ricaner bêtement à chaque fois que j'y pense.

Une petite recherche sur le net m'a fait découvrir que je n'étais pas le seul et que Spider Pig fait déjà l'objet d'un véritable culte (2).

Mais alors que je faisais quelques recherches sur le sujet (3), j'ai fait une découverte encore plus étonnante: Spider Pig n'est qu'un imposteur et une pâle copie d'un vrai héros Marvel des années 80: Spider-Ham alias Peter Porker.

Spider-Ham est une parodie confidentielle mais culte de Spiderman qui a connu quelques 17 épisodes à partir de 1987 et a connu encore des apparitions occasionnelles jusqu'à nos jours.

« C'est incroyable! Suis-je une araignée avec les limitations d'un cochon? Ou un cochon avec la force et l'agilité disproportionnées d'une araignée? Je suis devenu quelque chose de plus grand qu'une araignée ou un cochon... je suis devenu un Spider-Ham »

Ce héros débilissime devra affronter des personnages tels que Doctor Octopussy cat, Deer Devil ou encore Hanneto, et de nombreuses autres parodies animalières des Marvel Comics (4).

Bon, demain je fais une enquête sur Harry Plopper ! (5)


--


  1. http://fr.youtube.com/watch?v=IrT0IOt-Mes&mode=related&search=

  2. Il possède déjà son propre site web: www.spiderpig.org

  3. Oui, je sais, c'est pathétique mais ma femme et mes enfants sont en voyage et je me suis déjà repassé plusieurs fois toute ma collection de films pornos.

  4. Pour la liste compléte des personnages décallés de Spider-Ham, voir la page wikipedia: http://en.wikipedia.org/wiki/Spider-Ham

  5. http://www.youtube.com/watch?v=DkFlyzlpQE8




[livre] Deadwood de Pete Dexter

11 05 2007

Pour expliquer les états probabilistes de la matière totalement non intuitif qui est métaphorisé dans la fable du chat de Shrödinger, une des théories proposées par la mécanique quantique est l’existence d’univers parallèle. Si l’on n’a aucune preuve de la véracité d’une telle hypothèse, l’histoire, la mémoire et l’imagination suffit largement a donner naissance à différentes versions d’un même fait.

Ainsi, un événement est vécu, perçu et remémoré différemment par chaque protagoniste, les souvenirs sont ensuite déformés selon les filtres individuels et l’histoire se charge de brouiller encore un peu plus le tout.

Ainsi, dans les années 1870, une ville du nom de Deadwood a vu le jour dans les Black Hills en Amérique, construite en plein territoire indien à une époque où le massacre de Custer est encore tout frais et hors de toute autorité. Des pionniers appâtés par l’aventure et la richesse se sont rassemblés dans cette région pour exploiter l’or de la région " la plus dangereuse et la plus riche du monde ".

De grands noms s’y sont succédés, des événements marquant s’y sont déroulé. De quoi attiser l’imagination jusqu’à notre époque !

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Je ne suis pas particulièrement passionné par cette tranche de l’histoire des Etats-Unis. Je me contente d’être un amateur inconditionnel de western au cinéma mais jamais encore je n’avais entamé la lecture d’un roman sur le sujet. Ce qui m’a fait changer d’avis est le petit bandeau rouge couvrant un épais livre de poche et qui en grandes lettres blanches disait :

DEADWOOD : LE ROMAN DE LA SERIE CULTE.

Voilà de quoi titiller mon intérêt. En effet, Deadwood a inspiré une des meilleures séries de ces dernières années. Cette production HBO est une totale réussite, largement au dessus de tout ce qui se fait actuellement. Ainsi, ma belle et tendre qui est totalement hermétique aux meilleurs western s’accorde avec moi sur le fait que Deadwood est incroyablement réussi, avec des acteurs de grande qualité et des intrigues hors du commun.

Je ne pouvais donc résister à ce roman d’un certain Pete Dexter que je ne connaissais même pas de nom.

Lorsque j’en ai entamé la lecture, j’ai rapidement découvert qu’à part les noms et les lieux, le roman et la série n’avaient absolument rien en commun.

Une petite enquête m’a révélé que le nom de Pete Dexter et la série de HBO n’ont rien d’autre en commun que cette bande publicitaire qui a été ajouté à la hâte sur le roman pour le vendre (et arnaquer les nigauds dans mon genre). Par contre, j’ai découvert que Pete Dexter avait son nom plusieurs fois associé avec le cinéma. En effet, Pete Dexter a écrit pour le cinéma : une adaptation de son roman Deadwood en 1995 intitulée Wild Bill (avec une brochette impressionante d’acteurs dont Jeff Bridges dans le rôle titre) et dont le réalisateur a également réalisé le premier épisode de la série éponyme mais aussi des scénario de films intéressants tels que Rush ou Mulholland falls (aussi de Michael, la daube avec Travolta mais personne n’est parfait).

Quoi qu’il en soit, j’ai lentement poursuivit ma lecture et au final, je suis plutôt content de m’être fait arnaquer.

La déception que j’ai ressenti au début de ma lecture, ne venait que de la comparaison entre les deux média. Ainsi, les personnages du roman n’ont rien de ceux de la série. Par exemple, comment ne pas être choqué quand le charismatique et diabolique Al Swearingen se transforme littéralement en un cocksucker ?

Dans le roman, si les noms, les lieux et les événements majeurs (la mort de Wild Bill Hicock, l’épidémie, etc.), les lieux ou les relations entre les personnages sont les mêmes (Charley et Wild Bill, Calamity Jane Canary, Sol Star et Seth Bullock, etc.), les personnalités n’ont rien en commun. On a l’impression de voir deux fois la même pièce de théâtre mais écrite par deux dramaturge et joué avec des acteurs radicalement différents.

Le roman se centre sur le personnage de Charley Utter et raconte l’histoire et la cause du meurtre de Wild Bill, celui de la poupée chinoise et enfin le grand incendie de 1878. D’un point de vue historique, le roman est plus proche de la réalité en ce qui concerne la chronologie et les personnages que la série qui a pris énormément de liberté mais son réel intérêt tient dans son écriture.

L’histoire se défile selon différents points de vue à un rythme assez lent et baigné de mélancolie, racontant la grande histoire comme un vague bruit de fond, une scène dans laquelle se déroule de petits drames personnels. Tout comme les romans noirs de James Ellroy, Deadwood est bien plus qu’un roman sur l’histoire du far west, il décrit avec une grande justesse les questionnements et la perception du monde quotidienne que nous connaissons tous, donnant aux personnages une grande humanité á laquelle nous pouvons facilement nous identifier.

Pour prolonger cela, je me replonge actuellement dans la première saison de Deadwood, la seule série avec Twin Peaks et Sopranos que j’ai envie de revoir quelques mois seulement après l’avoir visionné une première fois.

Et je ne saurais trop vous conseiller de faire pareil, bande de cocksucker.




[BD] La philosophie de Calvin & Hobbes

26 04 2007

La philosophie est une part essentielle de l’humour nonsense.

Que cela soit les Monty Pythons, dont les sketches étaient parsemés de philosophie de haut vol (1) ou encore Douglas Adams et les délirantes démonstrations du Guide Galactique, Pratchett ou même Woody Allen. Même les Simpsons utilisent la philosophie à toutes les sauces.

Comme, dès lors, ne pas être intrigué quand deux philosophes du 16e et 17e siècle se retrouvent associés dans un même titre ?

D’un côté, vous avez Jean Cauvin dit aussi Calvin, dont le nom est resté associé au calvinisme, le théologien et philosophe français qui a reformé la théologie et s’est opposé à l’autorité papale au 16e siècles (2). De l’autre, vous avez Thomas Hobbes, un philosophe anglais majeur du 17e siècle qui a écrit sur l’existence des pensées et de l’imagination en dehors de l’esprit (3).

Une chose est sure : si Calvin avait rencontré Hobbes, ils auraient eu de grandes discussions de philosophe (vous connaissez l’histoire : " Quand un philosophe rencontre un philosophe… ") mais nous pouvions parier qu’il n’aurait pas eu celle-ci :

CALVIN : " Pourquoi sommes-nous là ? "

HOBBES : " Pour nourrir les tigres "

Cette conversation pourtant hautement philosophique provient de l’œuvre d’un philosophe contemporain : Bill Watterson dont une partie de son œuvre est rassemblée en 18 volumes publiés originellement dans des journaux périodiques entre 1985 et 1996 et intitulé Calvin & Hobbes.

Calvin est un petit génie de 6 ans, capable de vous parler de philosophie de haut vol mais incapable de faire ses devoir de math les plus élémentaires et allergique aux obligations d’un petit garçon de son âge (manger, prendre son bain, etc.) Ce génie infernal doublé d’un petit enfant très attachant est une victime de notre société de consommation et comme la famille Simpson voue un culte à la télévision, mais il possède aussi une imagination débordante le faisant osciller entre réel et imaginaire.

Hobbes, dont le nom est particulièrement bien choisi, est la personnification de son imagination. Pour tout le monde, Hobbes est un tigre en peluche mais lorsqu’il est seul avec Calvin, il se transforme en un vrai tigre, un homicidal psycho jungle cat, qui partage les jeux et les délires du petit Calvin.

Présenté sous la forme de petits histoires de quelques cases, dans la tradition des comics des journaux américains, Calvin & Hobbes est un mélange très réussi de poésie, de métaphores particulièrement efficace et de concepts philosophiques, prenant une place à part dans le genre par rapport à d’autres classiques comme Garfield ou Dilbert (sans doute suites aux motivations plus artistiques que veinales de Bill Watterson).

Quoi qu’il en soit, Calvin & Hobbes (et certains membres de leur entourage, en particulier le papa de Calvin) sont des incarnations de l’humour surréaliste.

En particulier, certains aspects de la vie de Calvin prennent des accents complètements absurdes.

Par exemple, le papa de Calvin a un sens très particulier de l’éducation et fournit à son rejeton les explications scientifiques les plus farfelues plutôt que d’avouer son ignorance (4). Par exemple, à la question de savoir comment on détermine le poids maximum des véhicules qui peuvent emprunter un pont, le papa répond sans sourciller qu’ls construisent un pont, ils font passer des camions de plus en plus lourd jusqu’à ce que le point s’écroule et ensuite ils reconstruisent le pont !

Mais la plus belle illustration de l’esprit absurde et tordu de Calvin est le calvinball, un sport de son invention aux règles surprenantes (5) : on porte un masque, cette règle n’est pas discutable, toute règle énoncée est valide et on ne joue jamais deux fois de la même manière.

Mais Calvin c’est aussi Spiff le spationaute, Hyperman, et pleins d’autres personnages et situations cocasses. Une BD a découvrir et re-découvrir sans cesse !

--

(1) Les exemples sont inonbrables, des discussions sur l’existentialisme de Madame Premisse et Madame Conclusion (http://www.youtube.com/watch?v=crIJvcWkVcs, Mrs Premise and Mrs Conclusion visit Sartre) au film Le sens de la vie en passant par la chanson des Bruce ou Always looks on the bright side of life. Plus tard, cela sera aussi tourné en ridicule par le personnage de Otto dans Un poisson nommé Wanda.

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Calvin

(3) " Je dis qu'à cet homme il restera du monde et de tous les corps que ses yeux avaient auparavant considérés ou qu'avaient perçus ses autres sens, les idées, c'est-à-dire la mémoire et l'imagination de leurs grandeurs, mouvements, sons, couleurs, etc. toutes choses qui, bien que n'étant que des idées et des fantômes, accidents internes en celui-là qui imagine, n'en apparaîtront pas moins comme extérieures et comme indépendantes du pouvoir de l'esprit. " http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Hobbes

(4) Une compilation des plus amusantes (en anglais) est disponible sur :

http://www.geocities.com/CollegePark/6174/jokes/calvin-hobbes-science.htm

(5) Joli petit site consacré au calvinball :

http://www.geocities.com/SoHo/Nook/2990/cb_rules.htm




[livre] De ”An instance of the fingerpost” à ”Le cercle de la croix”

25 04 2007

Je me suis déjà largement étendu sur le fait que Le cercle de la croix, le roman de Iain Pears, est l’un des grands chocs littéraires de mes dernières années de lecture. Il s’agit d’un de ces livres qui combinent un style sans faille et une histoire passionnante et redoutablement bien pensée mais qui est également une rencontre transformatrice. Derrière l’histoire qui se lit comme un roman policier se cache un virus mental qui peut transformer l’esprit préparé. Le livre est construit d’une telle manière qu’il fait passer son message insidieusement et fait évoluer notre façon de penser (1).

Aujourd'hui nous allons nous pencher sur une question posée par le petit Nicolas C. de Bruxelles, une question que je me pose d'ailleurs depuis bien longtemps :

"Cher Owen,

Je m'appelle Nicolas et j'aime beaucoup ce que vous faites. J'ai d'ailleurs prévu d'appeller tous mes prochains enfants Owen en votre honneur.

Mon amour pour vous est néanmoins teinté d'amertume parce que je ne cesse de me demander comment interpréter le titre de ce livre, particulièrement en anglais : An instance of the fingerpost ?

Merci beaucoup. Tu trouveras un petit dessin de moi que j'ai fait pour toi"

Hum hum... cher Nicolas, ne connaissant pas la réponse à ta question, je me suis donc lancé, tel Guillaume de Baskerville dans une enquête qui m’a entraîné dans l’univers des livres poussiéreux écrit en latin pour être finalement frappé par l’illumination.

An instance of the fingerpost, est un de ces titres aux ramifications complexes et qui par un système fractal de poupées russes, synthétise à lui seul l’esprit et le message caché de ce roman. Un de ces petits jeux intellectuels d’une rare complexité à faire renoncer Dan Brown à l’écriture (on peut toujours rêver).

Petite note : Cette interprétation est tordue et passablement compliquée mais le livre en lui-même est incroyablement facile à lire, ce qui ajoute au génie de son auteur en tant que vulgarisateur. Si vous ne l’avez pas lu, que ce qui suit ne vous rebute pas !

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Tout comme le mystérieux Nom de la rose de Umberto Eco, An instance of the fingerpost est lié à une citation dont un fragment en proposé en introduction du livre IV du roman. Il s’agit d’un extrait d’un livre de Francis Bacon, un homme d’état et un philosophe anglais du 17e siècle qui a largement contribué à la philosophie, l’histoire et la littérature mais qui a aussi révolutionné la méthode scientifique en s’opposant au dogme de Artistote et propose une logique nouvelle, une nouvelle façon de penser.

La citation est tirée d’un livre consacré à la science, le Novum organum, publié en 1620.

Dans ce livre, Bacon propose l’idée selon laquelle la façon dont nous percevons un objet, nous interprétons un fait, est biaisé dans sa déclaration d’hypothèse. Une autre idée centrale et prophétique développée dans ce livre est que le savoir est source de pouvoir (2).

Ainsi, notre vision du monde est le fait de notre interprétation et le savoir, ou du moins le sens que nous donnons aux choses, est source de pouvoir. Voilà les thèmes centraux du roman de Pears.

On voit très facilement la connexion entre le Novum organum et le roman mais aussi le lien plus surprenant entre le roman, écrit selon les normes de pensées et les règles historiques et culturelles de l’époque (le 16e siècle), et notre propre époque où les idées de Francis Bacon revivent en sociologie des sciences (3).

Notre époque, ses lecteurs et son courant de pensées - le roman et le 17e siècles - Francis Bacon dont l’œuvre était connue des personnages du livre, voilà un enchaînement qui se concentre vers le titre.

L’étape intermédiaire est la citation dont le titre s’inspire. Sa version complète est tirée du second livre : " Aphorismorum de interpretatione naturae sive de regno hominis " que l’on traduit par " Des aphorismes ou de l’interprétation de la nature ". L’aphorisme XXXVI commence par :

Nous mettrons au quatorzième rang, parmi les prérogatives des faits, les exemples de la croix, que nous qualifions ainsi, en empruntant le nom de ces croix qu’on élève à l’entrée des chemins fourchus, et qui indiquent les lieux où conduisent les deux routes. Nous les nommons aussi exemples décisifs, ou jugements décisifs; et, dans certains cas, exemples de l’oracle ou du commandement. Voici leur mécanisme et leur destination. Lorsque, dans la recherche de la forme de quelque nature, l’entendement est comme en équilibre et tellement en suspens, qu’il ne sait laquelle de deux natures il doit regarder comme la véritable cause (formelle) de la nature en question; incertitude où le jette le grand nombre de natures qui se trouvent souvent réunies et concourante dans un même sujet, les exemples de la croix montrent le lien étroit et indissoluble qui unit une de ces natures avec la nature en question, en faisant voir que l’autre n’y tient qu’accidentellement. Dès lors, la question est terminée, et l’on peut admettre comme cause la première de ces deux natures, en rejetant tout à fait l’autre. Ainsi, les exemples de cette espèce répandent un grand jour sur cette recherche; ils sont pour ainsi dire d’une grande autorité, et d’un tel effet, que la carrière de l’interprétation s’y termine quelque fois, et qu’alors ils mènent jusqu’au bout. De temps à autre, on aperçoit de tels exemples parmi ceux qu’on connaissait déjà, et qu’on avait imaginé d’une autre manière. Mais le plus souvent, ils sont entièrement nouveaux ; on ne les rencontre qu’après les avoir cherchés, et ce n’est pas sans peine qu’on les trouve." " (4,5).

Bacon illustre ensuite son idée en prenant un des grands mystères naturel : les marées.

Une fois encore, cet extrait concentre l’idée centrale du roman. Les objets peuvent avoir plus d’une interprétation selon notre façon de percevoir les choses. La vérité est individuelle, comme nous le montre si magnifiquement le roman de Iain Pears.

Ce que Bacon appelle un Exemple de la croix est une métaphore de ces moments de notre vie où nous pouvons choisir entre différentes interprétations, différentes façon de percevoir les choses. Nous sommes alors à la croisée des chemins, face à un panneau indicateur (la " croix " comme la nomme Bacon) et il nous faut alors prendre la direction de celle qui semble être la plus proche de la vérité.

C’est bien entendu exactement ce que fait le roman : il raconte 4 versions des mêmes faits, 4 interprétations biaisées par les formations, les façons de penser et les mensonges dont chaque personnage, et chacun d’entre nous, s’abreuve pour survivre.

L’Exemple de la croix est donc le titre parfait pour synthétiser cet extrait du livre de Bacon et par extension celui de Iain Pears qui donne un réel exemple de cette période clé où un choix doit être fait, un choix individuel mais avec des conséquences pour l’humanité toute entière.

C’est d’ailleurs le titre qu’a choisis Iain Pears.

Exemples de la croix de Bacon est une traduction du latin Instantias Crucis qui a été traduit en anglais par Instances of the Fingerpost.

La version latine (et francaise) sont pourtant encore plus marquante puisqu’au delà de la métaphore de Bacon reprise par Iain Pears, le mot Croix ou Crucis possèdent d’autres implications dans ce livre. De par son symbolisme mais aussi et surtout par son sens théologique et la crucifixion centrale de l’histoire.

Certainement la raison pour laquelle Croix a été conservée pour le titre français par le traducteur, Georges-Michel Sarotte.

Par contre, bien que ce dernier soit sans aucun doute au courant de tout ce que je viens de développer ci-dessus, il a opté pour un autre titre, Le cercle de la croix, perdant ainsi la force de la métaphore de Bacon utilisée par Pears.

Je n’ai trouvé aucune explication du traducteur mais on peut trouver plus facilement quelques explications, principalement symboliques au titre qu’il a choisit.

La Croix comme symbole du choix, de la crucifixion et liée au chiffre 4, nombre de livres dans le roman. Le Cercle pouvant correspondre aux personnes qui gravitent autour de la croix, les apôtres, les acteurs principaux de cette histoire éternelle, mais le cercle est aussi le symbole de la perfection et de l’unité.

Quoi qu’il en soit, le titre français n’a pas la puissance, le mystère caché de son équivalent anglais.

Une démonstration de plus que les VF n’équivait pratiquement jamais à la VO, même en littérature.

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  1. Pour un petit rappel sur l’histoire, revoir la petite chronique que j’avais écris à l’époque :

url= http://owen.monblogue.branchez-vous.com/2005/03/05

Pour en savoir plus sur Iain Pears et ses œuvres :

url= http://owen.monblogue.branchez-vous.com/2004/04/19#42369

(2) Ceci est basé sur sa célèbre maxime " Nam et ipsa scientia potestas est " que l’on peut traduire par " " En effet le savoir lui-même est pouvoir ", qu’il avait déjà formulé en 1597.

(3) Par exemple avec les travaux de Bruno Latour, Isabelle Steingers ou Vinciane Despret. Lire La danse du cratérope écaillé de cette dernière pour en savoir plus.

(4) Le texte original en latin est : " Inter praerogativas instantiarum, ponemus loco decimo quarto Instantias Crucis ; translato vocabulo a Crucibus, quae erectae in biviis indicant et signant viarum separationes. Has etiam Instantias Decisorias et Judiciales, et in casibus nonnullis Instantias Oraculi et Mandati, appellare consuevimus. Earum ratio talis est. Cum in inquisitione naturae alicujus intellectus ponitur tanquam in aequilibrio, ut incertus sit utri naturarum e duabus, vel quandoque pluribus, causa naturae inquisitae attribui aut assignari debeat, propter complurium naturarum concursum frequentem et ordinarium, instantiae crucis ostendunt consortium unius ex naturis (quoad naturam inquisitam) fidum et indissolubile, alterius autem varium et separabile ; unde terminatur quaestio, et recipitur natura illa prior pro causa, missa altera et repudiata. Itaque hujusmodi instantiae sunt maximae lucis, et quasi magnae authoritatis ; ita ut curriculum interpretationis quandoque in illas desinat, et per illas perficiatur. Interdum autem Instantiae Crucis illae occurrunt et inveniuntur inter jampridem notatas ; at ut plurimum novae sunt, et de industria atque ex composito quaesitae et applicatae, et diligentia sedula et acri tandem erutae. "

Il peut être consulté sur :

url= http://www.ac-nice.fr/philo/textes/Bacon-NovumOrganum.htm

(5) Cet extrait provient d’une traduction annotée du 18e siècle de l’intégrale de l’œuvre de Francis Bacon dont vous pouvez tourner virtuellement les pages sur le site :

url= http://gallica.bnf.fr/Catalogue/noticesInd/FRBNF33985463.htm

En particulier, les pages qui nous intéressent se trouve aux adresses suivantes :

url= http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k93949c/f335.pagination

url= http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k93949c/f336.pagination

url= http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k93949c/f337.pagination




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