[culture] Le GRAND Jojo

20 12 2007

Je m'en souviens comme si c'était hier.

J'avais mis mon plus beau (et unique) smoking. A mon bras, une femme entre deux âges (ne sommes nous pas tous entre deux âges ?) et de petite taille.

Ma mère.

Nous étions aux Beaux-Arts, salle mythique de Bruxelles, pour assister à un concert mémorable (dont j'ai tout oublié, jusqu'au titre). Nous allions empreinter le grand escalier qui nous mènerait à notre loge lorsque nous l'avons croisé.

Il était là, dans toute sa splendeur. Grand, le cheveux délirant, presque incongru dans son smoking.

Je tenais ma revanche face à mon paternel qui toujours une anecdote de derrière les fagots: comment il a fait sourire le grand Jacques ou encore comment il a cassé Julos Beaucarne (l'homme aux pulls arc-en-ciel qui passera à la postérité pour avoir dit: « plus on aimera trop, moins ce sera assez »). .

Maintenant, je pourrais dire: je l'ai vu de mes yeux vu, je l'ai croisé dans le couloir des beaux-arts (et j'ai fait semblant de rien, prenant mon air le plus détaché) et, Bon Dieu, il ne faut pas être beau pour aller dans l'espace quand on est belge !

Vous ne me croyez pas? Regardez Frank De Winne.



S'il est le second belge à avoir été dans l'espace (et qui pourrait retourner y faire un tour en 2009), il n'a pas grand chose d'un canon de beauté.

...

où en étais-je ?

...

Les beaux-arts et les laids astronautes.

Vous l'avez deviné, ce personnage haut en couleur n'était autre que... Dirk Frimout.

Mais, me direz-vous, cela n'a rien à voir avec le titre de cette petite chronique. Ne sommes-nous pas censé parlé d'un grand Jojo ?

Oui, je vous l'accorde, mais comment parler du grand Jojo sans parler de Dirk Frimout ?

Souvenez-vous, c'était en 1990 (dire mille neuf cents nonante, une fois):

« On m'appelle Dirk Frimout
Je suis un astronout
Et comme je m'appelle Dirk
Ma vie n'est pas un cirque
Quand je suis dans l'espace
Je trouve pas ça dégueulasse
Voler dans l'apesanteur
Ca n'me fait pas peur »

Ce tube planétaire (enfin, un peu moins que Brasilia carnavale par les Chocolate Boys mais Marcel De Keukeleire avait pris sa retraite) n'a pas été écrit par Grand Jojo, n'a pas été chanté par Grand Jojo, le Grand Jojo n'est pas un Snuls, mais tous partagent une certaine idée de la belgitude.

Et puis, si je vous avais raconté comment j'avais rencontré Jules César, je suis certains que vous ne m'auriez pas cru.

« Jules César
On l'appelait Jules César
Il mettait pas d'falzar
Pour qu'on voie ses belles jambes
Ses jolies jambes
Ses jambes de Superstar »

Avouez qu'il y a un petit air de ressemblance !

Grand Jojo, comme Jean-Luc Foncq de Sttellla, c'est un guignol avec qui on rit, pas de qui on rit (ne citons, dans cette dernière catégorie que le triste Edouardo ou toute la clique sortie de AB production qui font leur come-back: Bernard Minet, les Musclés et consorts).

Grand Jojo est un homme élevé à la frite et à la bière, fier de sa ridicule patrie et qui en redemande. Le pote qu'on invite à toutes les fêtes et qui transforme une mise bière en bal aux lampions. Une sorte de Patrick Sébastien mais en drôle, sympathique, surréaliste et attachant.

Que celui qui n'a pas dansé avec des gestes démentiels sur « Ookie Pookie », reprise avantageuse d'un standard de la chanson anglo-saxonne, me jette la première bière.

« A peine au fond de l'eau
On a coulé, c'était idiot
On avait oublié d'fermer la porte et les hublots
Le capitaine a dit : "Pas de panique, bande de mauviettes
Tout l'monde dans les barquettes"
It's in the pocket !

On est sur l'Ookie Pookie
On est sur l'Ookie Pookie
On plonge et on est parti
Avec l'Ookie Pookie »

Pour résumer, Grand Jojo, âgé aujourd'hui de 71 ans (septante-et-un ans, j'insiste), est un ancien dessinateur reconverti dans la vente de disque et qui a décidé de compenser le manque cruel de musique de fête en se mettant à la chanson. Pari réussi puisque entre 1972 et 1998, il va enchaîner un nombre indécent de succès invraisemblables: de « On a soif » à «Sitting Bull » en passant par « Popeye le marin » et j'en passe.

Grand Jojo a aussi accompagné, s'il n'en était pas partiellement responsable, un des grands moments de la Belgique.

C'était en 1982. Je m'en souviens comme si c'était hier. J'étais en vacance en Espagne avec mes parents et mon cousin (qui en fait n'est pas mon cousin mais on l'appelle comme cela pour simplifier les choses). Nous avions loués un petit appartement dans un complexe. J'étais amoureux d'une fille appelée Sabine dont les cheveux étaient coiffés a la garconne. Mon plat préféré était la tortilla et un chat m'avait refilé une infection de la peau que l'on traitait avec de la teinture d'iode. Ma mère allait être prise en photo en train de peloter le cul d'un chimpanzé (photo qui trônerait, pour une raison qui me dépasse, dans la chambre de mes parents pour de nombreuses années). Mon paternel allait plonger au fond des océans pour capturer une pauvre étoile de mer (qui semblait pourtant gigantesque avec le masque de plongée) qui finirait désechée sur notre terrasse.

En pendant ce temps, à Mexico...

Les diables rouges, motivés par une foule qui entonait « E viva Mexico » allait arriver en demi finale du mondial (quelle émotion, j'en ai gardé mon collector Panini) incomplet et mes 2500 doubles).

Un autre exemple du talent inné de grand Jojo qui est au caberdouche du plat pays ce que l'Apérobic est au camping français:

http://www.youtube.com/watch?v=yDbqN6wu-SU

Mais s'il s'est fait discret pendant quelques années, le Grand Jojo n'est pas mort (car il bande encore, comme on aurait chanté dans les milieux estudiantins que j'ai hanté dans mes jeunes années). Pour preuve, il a repris la route en 2006 avec des groupes lui rendant hommages.

On notera également un « Tribute » organisé dans MA ville (Louvain-la-Neuve) le 7 février de cette année, par le cercle étudiant CESEC, lieu qui a abrité nombre de mes débauches (tiens, j'aurais pu commencer par cela plutôt que de disgresser sur les astronautes belges, dooooo !)

La consécration en quelque sorte.

Pour conclure, je vous rappellerai que le silence qui suit un morceau de Grand Jojo est aussi surréaliste que le Grand Jojo (ce qui n'est pas peu dire). Je propose donc une minute de silence en hommage à ce grand monsieur de la chanson pas française.




[histoire] L’ange de la cordillère

24 12 2006

 

C’était un vol de routine. Pas une partie de plaisir mais rien d’insurmontable pour le pilote « le plus sûr de l’aéropostale ». Un vol d’une heure trente à peine entre Mendoza et Santiago de Chili. Un vol difficile mais il n’était pas à son coup d’essais puisqu’il avait fait ce trajet une petite centaine de fois.

 

Pourtant, en ce 13 juin 1930, Henri Guillaumet au commande de son Potez 25 s’écrasera sur le plateau gelé de la Laguna del Diamante dans la cordillère des Andes dans des conditions météo infernales.

 

Il n’avait aucune chance de survie…

 

Et pourtant…

 

Il est de ces hommes au destin de personnages de roman. Henri Guillaumet est de ceux-là !

 

Cet as de l’aviation, ami de Mermoz et Saint Exupéry, était de ces hommes d’un autre temps. Ces têtes brûlées si sympathique qui fleurissent dans les romans d’Hemingway.

 

Pris dans une tempête de neige et alors qu’il se crache avec son avion au milieu de la cordillère des Andes, à plus de 3000 mètres d’altitude, il ne renonce pas. Il laisse derrière lui un mot à l’intention de sa femme et tente sa chance, seul. Sans aucun équipement, il franchira cols abrupts et rivières glacées, il affrontera le froid et le sommeil. Mais armé de sa seule volonté, il continue d’avancer pendant 5 jours et 4 nuits avant d’être sauvé par une bergère, d’abord effrayée par cet homme hagard, blessé, et épuisé.

 

Ses premiers mots alors qu’il retrouve son ami Saint Exupéry révèlent l’enfer qu’il a traversé « Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait. »

 

Il n’attendra pourtant pas 3 semaines avant de reprendre du service et remonter dans un avion. Il entrera en 1939 dans la catégorie de ceux qui ont volés plus de 1 300 000 km avant de se faire faucher en plein vol, abattu par la chasse italienne le 27 novembre 1940.

 

Il est de ces hommes au destin de personnages de roman. Henri Guillaumet en deviendra un par le biais du livre Terre des hommes et de la pièce radio Marche contre la mort, toutes deux écrites par son ami Saint Exupéry.

 

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Certaines vies ont des allures de roman et de manière plus générale, l’aventure est une grande source d’inspiration et de créativité.

 

Avez-vous remarqué l’étrange corrélation qu’il existe entre esprit aventureux, voyage et littérature ? Ainsi de nombreux auteurs sont aussi de grands voyageurs : Hemingway, Philip Pullman, Iain Pears, même J.K. Rowling (bien entendu, il y a autant d’exceptions que d’exemples ce qui en fait une piètre règle, ne citons que H.P. Lovecraft).

 

Mais outre un goût pour le voyage, il y a ce goût pour l’aventure : Conan Doyle partant à la pêche à la baleine à peine sortit de l’enfance, Roald Dahl en route pour l’Afrique avant de piloter des avions de chasse, Saint Exupéry qui mourra aux commandes de son avion.

 

Les voyages, dit-on, forment la jeunesse. Mais la question est posée :

 

faut-il vivre pour bien (d)écrire ?